Le langage des contes, d’Elzbieta

26 oct

L’automne nous amène de belles feuilles, Le langage des contes_2il en est ainsi du dernier livre d’Elzbieta. En 1997 déjà, l’auteure se dévoilait à travers L’enfance de l’Art. Moins autobiographique, mais tout aussi personnel, son essai Le langage des contes paru récemment nous offre la vision d’une artiste de renom sur un domaine encore plein de mystères.

Avant de plonger dans le monde des contes, Elzbieta se distancie de Bettelheim et de Propp, malgré son intérêt pour l’un et sa déception envers l’autre. L’enfant, le texte, l’image, la morale, l’imagination, le langage… sont parmi les multiples angles d’attaque de cet ouvrage. Pour parler des contes, l’auteur revient sans cesse à l’enfant : l’enfant éternel héros des contes, l’enfant qui écoute inlassablement les mêmes contes, l’enfant et la réception des contes, l’enfant que l’on a été et que l’on n’est plus… Elzbieta nous livre une réflexion sur le conte avec son regard d’artiste, d’une artiste proche de son enfance, toujours curieuse de la perception et de la logique des enfants.

Témoignant de son travail, Elzbieta revendique la pensée personnelle de l’enfant : Un enfant qui imagine, qui s’évade, qui pense par lui-même est un sujet d’inquiétude. Comment lui autoriser une vie intérieure hors de tout contrôle ? […] J’ai beau expliquer que l’exploration que je propose aux enfants à travers mes albums est une affaire privée ; qu’il ne s’agit pas pour moi de leur enseigner ce qu’il faut penser, comprendre ou éprouver d’un album, […] qu’en résumé je m’adresse à la capacité des enfants d’évoluer seuls, d’avoir une vie et une pensée personnelles et intimes : rien n’y fait. (p. 33)

Elzbieta prête aux contes un pouvoir puissant, en cela elle rejoint Bettelheim. De même que nos rêves, les contes ne mentent pas. L’usage consolateur intime, le travail caché de la pensée, que le conte – et sa répétition – suscite, demeurent dans le non-dicible, mais les enfants sentent intuitivement que ces récits-modèles abordent discrètement des questions qui méritent examen. (p. 85)

Quant au langage des contes, à leur structure narrative, Elzbieta entrouvre une porte qu’on aurait volontiers voulu la voir pousser plus loin. Elle nous introduit le langage I-maana et son esthétique de l’implicite que le linguiste Hassan Jouad a particulièrement étudié. Certes, les contes – malgré les nombreuses analyses qu’ils ont subies – recèlent bien des mystères et des pouvoirs méconnus. Approfondir la question sur le non-dit, l’implicite des contes aurait été bienvenu.

Au final, c’est un essai sur le conte marqué de l’empreinte personnelle de l’auteur et qui appelle d’autres lectures ou relectures (Bettelheim, Jouad, Péju, Grimm & co). Son ouvrage nous amène un éclairage sur son travail d’auteure : En me hasardant à inventer des contes […]. Il fallait m’exercer à employer des méthodes narratives qui ne me sont pas naturelles, notamment apprendre à surmonter le besoin d’expliquer, de rendre logique et cohérent le pourquoi et le comment […]. (p. 58)

Le langage des contes / Elzbieta ; Le Rouergue, 2014.

Ô feutres!

20 oct

Aujourd’hui, c’est la technique d’illustration qui va être le fil conducteur de cet article, en l’occurrence le feutre. Ce type de stylo est plus rarement exploité dans l’illustration c’est pourquoi nous avons choisi de présenter le travail de trois jeunes femmes dont c’est l’outil de prédilection…

Charlotte Fréreau

Charlotte Fréreau utilise du matériel scolaire (feutres et crayons de couleurs) pour réaliser ses dessins inspirés par l’enfance et la nature. Son travail très instinctif démarre de la couleur et s’appuie sur la recherche de déséquilibres, de décalages d’échelle entre petites et grandes formes. Les univers qu’elle dessine sont fourmillants et colorés.

Le beau projet dont on voulait se faire l’écho est une série de 4 livres paravents mettant en scène la ronde des saisons. L’enfant déplie chaque livre grand format (24×40 cm) tel un accordéon et là mille et un détails de saison sont à observer: végétation, ville, activités, personnages etc.

automne charlotte fréreauUn an l’automne, Charlotte Fréreau, MeMo, 2009, 22 €

hiver charlotte fréreauUn an l’hiver, Charlotte Fréreau, MeMo, 2009, 22 €

printemps charlotte fréreau

Un an le printemps, Charlotte Fréreau, MeMo, 2009, 22 €

été charlotte fréreauUn an l’été, Charlotte Fréreau, MeMo, 2009, 22 €

 

Petits pas dans la neige

un scarabée dort

dans une chaussette

SAMSUNG CAMERA PICTURESExtrait d’Un an, l’hiver

 

Marie Saarbach

Diplômée des Arts Décoratifs de Strasbourg, Marie Saarbach a vu son projet de fin d’études intitulé Le Jeu de l’Oie publié par les éditions Autrement Jeunesse en 2013. Cet ouvrage accordéon s’inspire du jeu traditionnel dont le parcours, case par case, symbolise les grandes étapes de la vie. Trente trois tableaux illustrent le voyage initiatique de deux enfants – un garçon et une fille-, de la maison jusqu’à la mer. A chaque image correspond une épreuve à franchir et met en situation un sentiment (la peur, le danger…). Le cheminement se fait de page en page…

jeudeloiemariesaarbach1Le Jeu de l’oie, Marie Saarbach, Autrement, Jeunesse, 2013, 24,50 €

jeudeloiemariesaarbachDétail sous la pluie

 

Dans un tout autre registre, Marie Saarbach a signé avec la complicité de Clément Paurd et Mathieu Lefèvre, un étonnant Catalogue de l’espace, véritable guide de survie en mode vente par correspondance pour les futurs voyageurs intergalactiques. Trois gammes de produits sont présentées: civile, scientifique et militaire. L’index en fin d’ouvrage détaille les différents articles. De même, les services de l’espace (commande, paiement, livraison, retour, conseil, bon à savoir) ainsi qu’un bon de commande ont parfait le sentiment d’authenticité de cet album voué à atterrir entre les mains du voyageur galactique, du biologiste cosmique ou du soldat stellaire.

91tYCkBB48LCatalogue de l’espace, Clément Paurd et Mathieu Lefèvre, Marie Saarbach, Gallimard Jeunesse, 2013, 20 €

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Fanny Ducassé

Enfin, voilà le portrait que dresse les éditions Thierry Magnier de Fanny Ducassé: 
Elle suit des études de Lettres modernes jusqu’à l’obtention d’une licence. Bien qu’elle s’épanouisse dans ce domaine, elle éprouve le besoin d’exercer son goût pour le dessin, et pour le vêtement. Aussi entame-t-elle des études de stylisme-modelisme à la Chambre syndicale de la Couture parisienne. Elle y développe un attrait certain pour l’illustration et pour l’univers de l’enfance. Peu à peu, ses dessins isolés représentant de petits personnages se transforment en une première histoire biscornue.

louve fanny ducassé

 Louve, Fanny Ducassé, éditions Thierry Magnier, 2014, 13,90 €

Il y avait une fois, tout au fond de la forêt, une jeune fille rousse qui vivait parmi les renards. Louve se mêlait à eux aussi facilement que le chocolat se mêle au lait, car les animaux de feu savaient la reconnaître. Mais Louve est l’objet d’une étrange malédiction : ses cheveux s’enflamment dès qu’elle se laisse submerger par ses émotions. Un beau jour, Louve fait une rencontre qui va changer sa vie, la rencontre d’un gars-loup…

Ici, le feutre crée relief et densité grâce aussi aux mille petits traits noirs peuplant les pages de ce monde automnal et chatoyant. En attendant un prochain album toujours chez Thierry Magnier narrant les aventures d’une certaine Mustella (nous révèle Gaëlle la libraire), découvrez sur son blog son travail autour de la papeterie – carnets, cartes, marque-pages – où le motif est roi.

Ombres chinoises

13 oct

L’histoire du soir peut prendre mille et une formes. L’espace de la chambre qui abrite souvent ce temps de racontage peut ainsi devenir le décor même du récit. Voici quelques titres qui vous permettront de mettre en scène l’histoire grâce aux ombres chinoises… mespremiersjeuxdemainsenombreschinoises

Mes premiers jeux de mains en ombres chinoises, Elisabeth Morais, Madeleine Deny, Tourbillon, 2014, 7,50 €

Ce premier titre accessible dès le plus jeune âge vous donnera les clés pour créer très facilement des animaux en ombres chinoises tels que le poisson, le lapin, le chien ou le chat, animaux que vous pourrez choisir grâce aux onglets en tissu. Chaque figure présente une petite histoire poétique, les gestes schématisés avec les deux mains et le résultat juste à côté.

Chez les petits, les jeux de mains favorisent l’expression corporelle (sentir son corps et ses limites), la mémorisation (répéter les gestes de l’adulte puis les faire tout seul) et la motricité (différencier et faire bouger chaque main).

Pour les plus grands, Hélium et Clémentine Sourdais ont crée une collection de contes accordéon avec des décors et des découpes. Il s’agit de versions intégrales des contes de Charles Perrault où la moralité prend place sur la 4ème de couverture. Plutôt que de parler d’ombres chinoises ici, on entre dans le royaume des ombres portées. On proposera aux enfants de tenir le livre et d’en déplier les pages ciselées ou bien de diriger la lampe vers le plafond afin que les personnages prennent vie discrètement dans l’obscurité de la pièce. La langue du XVIIème siècle propre à Perrault participe grandement à l’ambiance où crainte et émerveillement se côtoient.

petit chaperon rouge clémentine sourdais2Le Petit chaperon rouge, Clémentine Sourdais, Hélium, coll. « Contes en accordéon », 2012, 13,90 €

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© Sophie  :*

Dans la même collection, d’autres contes sont parus:

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Le Chat botté, Clémentine Sourdais, Hélium, coll. « Contes en accordéon », 2013, 13,90 €

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 La Barbe bleue, Clémentine Sourdais, Hélium, coll. « Contes en accordéon », 2014, 13,90 €

Mes petits théâtres à construireliseherzog

Mes petits théâtres à construire, Je décore, je découpe, je colle, j’assemble, Lise Herzog, coll. « Les apprentis bricolos », Eyrolles, 2014, 9,90 €

Cinq réalisations à fabriquer en compagnie de Jules et Julie et à animer de 1001 manières ensuite : un pantin articulé, des marionnettes à doigts, un petit théâtre en forme de boîte, un théâtre-livre et un théâtre d’ombres, puisque c’est le sujet du jour! Avec des patrons et des modes d’emploi pour une réalisation pas à pas.

Mes petits théâtres à construireliseherzog1

Benjamin Lacombe et Sébastien Pérez, invités d’honneur du salon du livre de Margny-lès-Compiègne

7 oct

Il y a quelques mois, je vous faisais part du prix ficelle qui réunissait plusieurs médiathèques de l’Oise autour d’une sélection d’albums jeunesse. Dans quelques jours, à l’occasion du salon du livre de Margny-lès-Compiègne, les lauréats de ce prix seront dévoilés! Et l’équipe nous l’assure quelques surprises nous attendent… Peut-être aurons-nous la chance de rencontrer quelques uns des gagnants!

affiche margny 2014 Le thème du salon, organisé par l’équipe de la médiathèque Jean Moulin, pour cette 15e année consécutive, est celui des duos : Sébastien Pérez et Benjamin Lacombe représentent l’un des duos auquel on pense spontanément lorsqu’il est question d’album pour la jeunesse : le duo auteur-illustrateur. Ils viendront donc s’exprimer à ce sujet et peut-être nous dévoiler quelques uns de leurs secrets lors de la rencontre prévue ce samedi à 15h à la médiathèque. En attendant, pour les plus impatients, il est d’ores et déjà possible d’y admirer les illustrations originales de Benjamin Lacombe. En effet, ses peintures à l’huile et à la gouache, époustouflantes par la maîtrise dont l’artiste fait preuve, sont exposées depuis deux semaines et seront encore visibles jusqu’au 22 octobre. Une date à retenir car il s’agit de la date de sortie de leur prochain album Les super-héros détestent les contes de fées. Vous découvrirez d’ailleurs en avant-première, au sein de l’exposition quelques planches originales de cet album! les super héros détestent les artichauts

Alors avis à tous les curieux! courrez faire de nouvelles découvertes! Pour consulter le programme complet du salon qui a lieu ce week-end, rendez-vous sur le site de la médiathèque.

Et pour vous mettre encore plus l’eau à la bouche, voici une petite sélection d’albums pour les touts-petits sur le thème du DUO, présentés hier lors de la rencontre partage organisée par l’association Grandir Ensemble.

lolaLola, d’Olivier Dunrea, Kaleidoscope, 2005. Lola, la petite oie jaune et ses petites bottines rouges qui vont l’amener à créer un duo avec une autre oie…

toiToi, de Martine Bourre, éditions Memo, 2008. Le duo protecteur mère-enfant? Grand-petit?

2petitesmains2 petites mains et 2 petits pieds de Mem Fox, Helen Oxenburry et Anne Krief, chez Gallimard, 2010. Comme le titre l’indique pour le duo formé par les deux mains, les deux pieds, une manière d’associer des bébés d’origines différentes et pourtant si semblables…

grodoudou et moiGrodoudou et moi, Didier Levy, Selma Mandine, Gauthier Languereau, 2011. La relation de l’enfant avec son doudou.

papaye-et-mamanguePapaye et Mamangue, de Lydia Gaudin Chakrabarty, éditions Chandeigne, 2012. Un album duo! Papaye d’un côté et Mamangue de l’autre. Album graphique sur la création d’un bébé et sur le duo père-enfant / mère-enfant.petite soeurPetite sœur, d’Iris de Moüy, l’école des loisirs, 2014. Le duo frère-sœurernestErnest, Catherine Rayner, Alice Jeunesse, 2014. Deux acolytes, un grand et un petit, jeu avec l’espace et le format du livre.voila voilaVoilà, voilà, Ilya Green, Didier jeunesse, 2014. Duos insolites d’enfants et d’animaux associés par la rime de leur nom.duo rigoloDuo rigolo qui es-tu?/ Duo rigolo où vas-tu?, Guido Van Genechten, Mijade, 2014. Imagiers associant des duos d’animaux par des points communs.

le petit curieuxLe Petit Curieux, d’Edouard Manceau, Milan , 2014. Livre jeu, le  duo « livre-lecteur », le duo « moi et le monde qui m’entoure ».DunCoteEtDeLautreD’un côté…, et de l’autre de Gwendoline Raisson et Ella Charbon, l’école des loisirs, 2014. Livre duo, deux histoires séparées par un mur, deux visions de la situation.

bonjour, au revoirBonjour, au revoir, Delphine Chedru, Albin Michel, 2014. Livre jeu, sur les duos contraires. A voir en bleu et en rouge.

Où est donc MA maison?

5 oct

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Voici un album comme je les aime.

1. Les illustrations (Emmanuelle Houssais) sont magnifiques, pas trop chargées et produites d’un mélange habile de dessin et de collages. Les couleurs sont très belles, le rendu des expressions efficaces. Beaucoup d’humour dans les nombreux petits détails qui composent le mobilier des maisons. Regardez par exemple cette formidable maison des abeilles!

IMG_20141005_2239572. Le texte (Françoise Laurent) est à l’image des illustrations (et inversement) simple et efficace. Il se lit un peu comme une comptine.

3. Le cadeau bonus : à la fin, le jeu du Poussin Valentin (un jeu de l’oie en fait) auquel l’enfant pourra jouer (mais seulement s’il a bien écouté l’histoire et qu’il a bien répondu aux questions qu’on lui aura posé en fin de lecture pour tester son attention).

En résumé, un très joli album sur des questions à la fois métaphysiques (dans quel état j’erre?) et pragmatiques (elle est où ma maison?). J’ai adoré!

Editions du Ricochet, 2004. 11€

A (se faire) lire à partir de 2-3 ans.

Inintéressante, ma vie de bibliothécaire ?

5 oct

Pour ne pas faire très original dans cette catégorie, je copierai la trame des copines toujours parfaite, évidemment, en recensant les phrases entendues lorsqu’on est bibliothécaire.

Oh, vous savez, moi, la lecture…

En général, la phrase reste en suspens, mais démontre bien la nécessité de se justifier de ses pratiques culturelles face à la bibliothécaire du village, forcément intelligente et cultivée, n’est-ce pas ! Pas le temps, pas le courage, pas de livres qui plaisent, une grande bibliothèque chez soi… il faut être inventif pour trouver des excuses lorsqu’on ne veut pas s’inscrire. Rappelons pourtant le premier droit élémentaire des lecteurs selon Daniel Pennac, celui de ne pas lire ! Mais sachez tout de même qu’en bibliothèque, on peut aussi trouver des musiques, des films, feuilleter des journaux et magazines, consulter Internet et qui sait tomber par hasard sur un livre qui nous plaira.

sans-titreLa lecture c’est important !

Il suffit d’assister à l’inauguration d’une bibliothèque et aux discours des huiles pour se convaincre que le cliché de la bibliothèque comme temple de la culture et de la connaissance est encore largement présent. Loin de moi l’idée de nier que lire peut apprendre des tas de choses, mais n’oublions pas que lire permet – aussi – de se distraire, de s’évader, de prendre PLAISIR. Je vous annonce ici que lire de la bande dessinée, c’est lire. Et un grand qui sait déjà lire a le droit de vouloir emprunter un livre avec des images, sans être obligé de faire croire que c’est pour sa petite sœur… En écrivant ceci, j’ai l’impression de tenir un discours galvaudé pour une cause déjà acquise, mais de même que pour l’égalité des genres, une piqûre de rappel ne peut pas faire de mal…

Et celui-ci, vous l’avez lu ?

Pas de commentaire à ce sujet, lisez les articles précédents de la catégorie pour vous apercevoir que cette remarque est sans doute le point commun de nos métiers le plus important. Une transition toute trouvée avec la réplique suivante :

Et vous ne vous ennuyez pas quand il n’y a personne ?

En voilà une rude épreuve pour vos nerfs, à savoir si vous allez être capable de rester aimable face à ce type de comportement. Je dois avouer que ma réaction varie selon l’humeur : humour, indifférence et flegme total genre je suis de marbre et rien ne peut m’atteindre… Spécialement pour vous, je vais me lancer dans un panorama forcément incomplet sur le circuit du document qui justifie l’état calamiteux de mon bureau…

La partie « acquisitions », c’est les commandes de livres. Un budget annuel est voté en conseil municipal, pour lequel il faut souvent faire preuve de conviction et d’argumentation. Il peut être complété de subventions publiques diverses, qui nécessiteront un montage de dossier… béton. Il faut ensuite le saucissonner en fonction des supports (livres, CD, DVD), des sections (jeunes et adultes) et des tranches d’âge, des genres (romans dont policier, amour, humour, terroir, BD, albums, etc…). Et effectuer des commandes auprès de fournisseurs, de préférence des libraires locaux de proximité. Parce qu’effectuer des commandes signifie choisir les meilleurs titres pour nos publics face à la grande diversité de la production. Et donc, des outils de sélection sont nécessaires : sites Internet, revues, émission TV, conseils des lecteurs, comités lecture entre bibliothécaires, libraires (encore eux!) tous les avis sont bons à prendre. Des tâches intéressantes mais chronophages, qui pourraient occuper toutes nos journées…

Seulement lorsque les livres sont réceptionnés, le travail est loin d’être terminé. Catalogage, indexation, cotation sont les bases du travail de bibliothécaire, pour qu’en gros le lecteur puisse être autonome et qu’il puisse trouver son livre sur la culture du bonsaï ou sur le « développement personnel » tout seul sans avoir à « déranger » la bibliothécaire plongée dans son catalogage… Décrire le plus fidèlement le document, y accoler des mots-clés, s’astreindre à un résumé, le ranger à l’endroit le plus pertinent. Heureusement, les logiciels de bibliothèque permettent aujourd’hui d’échanger les notices et de mutualiser le travail.

Car l’idée est de faire en sorte que chaque lecteur trouve son livre et que chaque livre trouve son lecteur. Reste donc à l’équiper et le ranger en rayon, et si besoin le réparer [Tiens, cela me rappelle une anecdote avec un jeune lecteur de 4 ans : « Ca sert à quoi ? » « Ca, c'est pour couvrir les livres. » « Pour pas qu'ils aient froid ? »] Eh oui, on protège les livres de tout un tas de dangers, voyez l’image qui suit.

lirenuitAlors non, les bibliothécaires ne font pas seulement des prêts-retours. La preuve, certains grands établissements ont fait le choix d’automatiser cette tâche ingrate, comme en supermarché, sujet polémique parmi d’autres au sein de la profession (oui, les bibliothécaires aiment bien perdre du temps en se plongeant dans des débats et réflexions avec des collègues, sur des forums Internet ou lors de rencontres professionnelles).

Si on revient à notre idée de mise en valeur du livre, il ne suffit pas de le poser à sa place et basta. C’est d’ailleurs seulement ici que tout commence, oubliez le blabla précédent. Pour ne pas noyer les nouveautés dans la masse, on les met en présentation, on fait des thématiques… Lorsque certains livres sont moches et vieux et prennent de la place sur les rayonnages, hop, sans pitié, on désherbe. La plupart des bibliothécaires vous le diront, rien de mieux que le conseil personnalisé, en mettant le livre entre les mains du lecteur. Et toutes les animations, cercles de lecture, heure du conte pour les plus jeunes participent de cette découverte du fonds. Ah, la fameuse heure du conte en bibliothèque ! Article à suivre sur le développement de ces animations en bibliothèque.

En guise de conclusion, un avertissement : Peut-être certains collègues ne se sont pas reconnus dans cette description du métier, c’est sans doute parce qu’il y a autant de points communs entre une bibliothèque rurale, une médiathèque en ville, et une annexe de quartier qu’entre un médecin généraliste et un hépatologue. Sans exagérer, la taille de l’établissement modifie les pratiques de travail d’un extrême à l’autre, d’une polyvalence à toute épreuve à un cloisonnement des tâches à outrance.

Mon livre d’enfance : Alice détective

1 oct

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Alice Roy (nom original : Nancy Drew) est l’héroïne d’une série américaine de romans policiers pour la jeunesse écrite par Caroline Quine et publiée aux États-Unis à partir de 1930 par Grosset et Dunlap.

En France, la série a paru pour la première fois en 1955 aux éditions Hachette dans la collection Bibliothèque verte jusqu’en 2011.

Très grand succès de librairie, dix millions d’exemplaires ont été vendus en France de 1955 à 1974 chez Hachette.

Depuis 2011, la série paraît dans la collection Bibliothèque rose (catégorie Classiques de la Rose). Elle a également été partiellement éditée dans les collections Idéal-Bibliothèque (1964 à 1981), La Galaxie (1971 à 1978) et « Masque jeunesse » (1983 à 1985) des éditions Hachette.

Merci à Wikipédia de me rafraîchir la mémoire.

Voilà ce que j’adorais lire quand j’étais petite…  Je bravais les interdits et les couvres-feux pour savoir qui avait dérobé les diamants d’Emily ou qui hantait le manoir de Rosemary.

C’est vrai, on est très loin de Dexter. Pas de tueur en série. Pas même une goutte de sang. Alice vit dans un monde où la délinquance est maîtrisée. Et c’est toujours les gentilles qui gagnent à la fin.

D’un point de vue sociologique (soyons fous!), c’est un peu le Beverly Hills des séries policières pour la jeunesse (avec un côté Princesse Sarah quand même) : Alice est parfaite et tout va bien pour elle, merci. C’est vrai qu’elle a perdu sa mère mais manifestement ça lui a donné du plomb dans l’aile puisqu’elle conduit elle-même son cabriolet (à 16 ans) et qu’elle va où elle veut, quand elle veut. Le rêve! On se sent bien chez Alice.

Au début de chaque aventure, Alice s’ennuie terriblement… [quand tout à coup!] jusqu’à que se présente une mystérieuse intrigue (voire un intrigant mystère) qui va lui donner du fil à retordre. A elle et à ses deux copines Marion et Bess. Et les voilà lancées dans des enquêtes rocambolesques où l’aventure se mêle au suspens!…

Par contre je ne vous cache pas ma déception à la lecture de ça (toujours Wikipédia) :

Alice est née aux États-Unis en 1930 sous la plume de Caroline Quine (Carolyn Keene en anglais). Cette dernière est en fait une romancière virtuelle : il s’agit d’un nom de plume derrière lequel sont regroupés divers écrivains travaillant pour la compagnie Stratemeyer Syndicate. Le patron, [...] invente le personnage d’Alice et fournit à ses rédacteurs les grandes lignes de l’intrigue principale. Les auteurs touchaient alors 125 dollars pour chaque roman écrit et devaient, selon les clauses du contrat, garder secrètes leur identité et leur collaboration.

Quelle naïve j’ai été! Toutes ces années à vénérer Caroline Quine alors qu’elle n’existe pas! Pour moi c’est un mythe qui tombe. La trahison est incommensurable.

Si je vous ai convaincu à lire Alice détective, sachez qu’il y en 89 (et qu’en plus ils ne sont pas écrits par le même auteur – et ça, ça ne passe pas. Et pour seulement 125$ ! De l’exploitation pure). Je hais Alice.