Si j’avais été…

25 mai
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Photographie de Mimi Barthélémy, "empruntée" sur son site officiel – http://www.mimibarthelemy.com/bio/

Si j’avais été Mimi Barthélémy, j’aurai su ra-Conter cette histoire. Mais c’est un métier conteuse, et je ne sais pas faire. Elle, elle savait.

En 2010, quand Marion nous a annoncé qu’elle avait trouvé une conteuse pour notre festival Anima’Docs, nous étions curieux et surtout "inconscients". Nous savions avoir une conteuse, mais pas La conteuse. C’est en organisant qu’on apprend… Et puis, tranquillement et savamment, nous avons compris recevoir une grande dame du conte, une célébrité.

Vint la rencontre. Mimi Barthélémy nous a éclaboussés par sa simplicité, sa modestie, sa chaleur. Avant de partir, elle a voulu absolument acheter un coeur de Neufchâtel, notre fromage local. Parce qu’elle était comme ça, Mimi Barthélémy, proche de l’authentique, proche des gens. Peu de temps après le festival, un drame, le séisme qui a ravagé Haïti. Un soir, en regardant à la télévision une émission consacrée à l’événement, Mimi est apparue dans le petit écran. Tout de suite, j’alerte mon entourage : "Regardez ! C’est Mimi Barthélémy, je la connais, je l’ai rencontrée !". Malgré les circonstances, et parce que c’est étonnant la vie, j’étais fière, heureuse de la re-voir. C’est que Mimi Barthélémy avait le don d’être attachante, tellement ouverte, débordante de respect et d’attention pour les Autres. Pétillante, captivante, elle nous emmenait même quand elle ne contait pas, pour dire. Quels souvenirs et leçons elle nous a laissés, après le festival. Elle nous a fait confiance, elle nous a tant appréciés, tant remerciés. Un schéma inversé ! C’était pourtant à nous de l’admirer, de la respecter, pour ce qu’elle prouvait, ce qu’elle était : une conteuse Remarquable, une personne Inoubliable.

Pour rendre un bel hommage à Mimi Barthélémy, au sein d’un blog comme L’Ouvre-livres, c’est bien plus qu’approprié ! Mimi utilisait l’oralité (bien-sûr) pour raconter ses histoires, mais aussi l’écrit. J’ai choisi le "Crapaud et la clef des eaux", publié chez Syros, dans la collection Paroles de conteurs pour vous le prouver.

Crapaud_des_eaux

Dans ce conte, "la jeune, belle et timide Simbi" doit s’absenter, "faire pélerinage". Elle confie alors la clé des eaux au Crapaud. Mais ce dernier abuse de sa confiance en décidant de couper l’arrivée de l’eau, car il "enfle de prétention, gonfle de présemption, pète plus haut que son cul" ! Malgré les doléances répétées des autres animaux, rien n’y fait ! Il use et abuse de son pouvoir. Le retour de Simbi devient alors salvateur. Elle rétablit la situation et s’occupe de Crapaud, à sa manière, "l’écrase sous son talon et le rend plus plat qu’une feuille d’avocat" ! C’est un conte sur l’abus de pouvoir et l’imbécilité. Bien que le sujet soit intemporel et universel, ce texte de Mimi Barthélémy nous porte. Il se passe sur la merveilleuse île d’Haïti (dont Mimi est originaire), est donc teinté d’exotisme entre les "cascades" et les "caféiers rouges, indigos bleus, blanc son coton, verts ses campèchers". Les parties du récit, en créole, contribuent à notre adhésion. Les mots sont chantants, envoûtants…. Ainsi, "Che mwen menm komè Poul ki la ! K ape mande chi pa gen dlo nan peyi a. Ch’est Mère Poule qui est là ! Qui vient demander ch’il y a de l’eau dans le pays."

Mimi Barthélémy explique : "la présence des onomatopées en créole, qui, tout en étant très rythmées, contribuent à donner au texte du sens et de l’humour, m’a enchantée. Par exemple, le roucoulement de la tourterelle : Pitit ou pou wou, qui se traduit en français par "Cet enfant est à toi", est bien plus savoureux en créole à cause de la répétition des p et des ou". (p. 43 – Crapaud et la clé des eaux)

Comme vous le constaterez par vous-même sur son site – http://www.mimibarthelemy.com/ – Mimi Barthélémy a publié une trentaine de contes. Là encore, c’est révélateur ! Les éditions et les collections font place à la diversité.

Cela fait presque un mois que Mimi Barthélémy est partie et le blog de L’Ouvre-Livres ne cesse de s’ouvrir… En lui dédiant cette nouvelle catégorie : Contes, je suis certaine que ça l’aurait fait rire, autant de "coquetterie".

A ton bon souvenir, Mimi !

« Paris, BnF et lije en I »

22 mai 20130513_173813

20130513_173813Non, rassurez-vous, ce n’est pas le titre du dernier roman policier à succès qui vous aurait échappé ! Encore que cela ne serait pas pour me déplaire ;-) .

Ce n’est pas non plus le titre d’une version inédite et enfin rééditée d’un rarissime album de Peyo, dans la lignée de  Schtroumpfonie en ut et autres opus de la série, qui aurait été découvert au fin fond d’un grenier belge !

En réalité, ces quelques mots sont ceux que j’ai choisis pour exprimer mon farouche attachement à ce Graal qu’est la salle I de la Bibliothèque nationale de France (site François Mitterrand) entièrement consacrée à notre chère littérature /de/pour la/jeunesse.

Je m’y rends dès que mon emploi du temps me le permet, c’est-à-dire le plus souvent lorsque je vais à la BnF suivre un des stages dispensés par le Centre national de la littérature pour la jeunesse – La joie par les livres, comme ce fut le cas la semaine dernière. Et à chaque fois je me fais prendre, surprendre par l’immensité des documents réunis en un seul lieu. Croyez-moi, c’est « effet NoËl » assuré ! Depuis les dernières productions éditoriales de documentaires ou de fictions, à peine sorties en librairie, jusqu’aux revues professionnelles françaises et internationales, le fonds est vaste et varié. Sans oublier tous les documents numérisés et accessibles en ligne.20130514_131539

20130514_133046Pour ne citer que quelques exemples significatifs, j’ai ainsi découvert mardi dernier un article de la revue belge Lectures consacré aux schémas heuristiques, auxquels je m’intéresse en ce moment, et ai pu entrevoir leur possible utilisation d’un point de vue professionnel ; j’ai également déniché un article en espagnol de la revue bilingue Bloc sur les relations entre le cinéma et les albums illustrés, de quoi faire rêver Marie, une des complices de ce blog « accro » sur le sujet ;-).

20130514_133313Quant à mon rayonnage de prédilection, rien de mieux que son titre pour le désigner : il s’intitule "lieux de lecture" !

 billetbnfSi vous n’êtes ni stagiaire, ni enseignant, encore moins chercheur ou bibliothécaire, sachez qu’à partir de 17h00 l’accès en Bibliothèque d’Étude, (salles du Haut-de-jardin) est gratuit ; il vous suffit donc de récupérer le précieux sésame à l’accueil, et vous voilà prêt à partir « à l’aventure »  pour tenter d’accéder un tant soit peu à cet Everest livresque et numérique.

Les livres à colorier soi-même d’Hélène Maurel

13 mai
Comment intéresser un jeune lecteur à des classiques de la littérature jeunesse ? Rien de mieux que des livres géants où, côtoyant les textes originaux de La Fontaine ou de Perrault, s’étalent de multiples illustrations en noir et blanc… A colorier soi-même !
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Les dessins d’Hélène Maurel, drôles et minutieusement détaillés, n’attendent qu’une chose : prendre vie sous les coups de crayons et de feutres des enfants. Les grandes et hautes pages permettront à ces derniers de s’en donner à coeur joie, de s’étaler et d’inventer leurs propres illustrations…
Cette initiative astucieuse et originale ne manquera pas de séduire les petits, comme les grands qui retrouveront les oeuvres de grands auteurs. On peut seulement s’interroger sur la durée de vie de ces livres qui risquent bien de succomber aux paillettes, tubes de colles et gribouillages des artistes en herbes les plus créatifs… 
Et pour ceux que l’expérience a convaincu, Hélène Maurel propose aussi des Coloriages Enchantés : 27 illustrations grand format revisitants avec un humour complètement loufoque les contes célèbres ou les créatures magiques, tels "La fée Camembert" ou "Le Dragon a un chat dans la gorge". Et une fois coloriée, la page peut se détacher et s’accrocher au mur !
A vos gommettes !
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  • Les Fables, Jean de la Fontaine & Hélène Maurel, Milan Jeunesse, 2010.
  • Les Contes, tome 1 : La Belle au Bois Dormant, Le Petit Chaperon Rouge, Peau d’Ane, Les Souhaits Ridicules… Charles Perrault & Hélène Maurel, Milan Jeunesse, 2012.
  • Coloriages Enchantés, Hélène Maurel, Milan Jeunesse, 2010.
13,90 euros chacun.

L’ouvre-films #5 : Tomi Ungerer, l’Esprit Frappeur. Bonus : Maître des Brumes.

12 mai

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Petite fiche technique :

Écrit et réalisé par Brad Bernstein.

Date de sortie DVD en France : 24 avril 2013.

Tous ceux qui s’intéressent à la littérature jeunesse, de près ou de loin, ne sont pas étrangers au nom et à l’œuvre de Tomi Ungerer. Même ceux qui n’y connaissent rien ont de fortes chances de dire : « Ha oui, ça me dit quelque chose », en feuilletant l’un de ses albums pour enfants. Il faut dire que cela fait maintenant un demi siècle que cet auteur et illustrateur alsacien de génie concocte des livres poétiques et émouvants, des aventures des Mellops en passant par Les Trois Brigands ou Jean de la Lune jusqu’au très récent Maitre des Brumes.

TomiUngere1Au delà des œuvres, il y a un vieil homme de plus de 80 ans qui a bourlingué à travers le monde, a activement milité contre la guerre du Viêt Nam avec ses affiches provocantes, et qui, surtout, a vécu l’occupation de l’Alsace par l’Allemagne et s’est vu censurer aux USA lorsque ses dessins érotiques ont été rendus publics. Il était donc important de rapidement réaliser un documentaire sur sa vie mouvementée et c’est ce que le jeune réalisateur américain Brad Bernstein a accompli avec intelligence et talent.

Son film, Tomi Ungerer, l’Esprit Frappeur, est sorti dans les salles françaises en décembre 2012. Bien que fortement soutenu et apprécié par les critiques, on ne peut pas dire que beaucoup de cinémas aient eu le courage de le programmer. Heureusement pour tous ceux qui l’ont manqué, il vient de sortir en DVD et est désormais disponible un peu partout !

Ce documentaire ingénieux et sensible nous raconte le destin peu commun de ce grand contributeur à la littérature jeunesse mondiale. Anti conformiste, drôle et généreux, l’auteur se livre avec pudeur sur son enfance douloureuse et son parcours à la fois grandiose et chaotique. Confessions et anecdotes, dessins prenant vie devant nos yeux, émouvants témoignages d’anciens collaborateurs – dont Maurice Sendak, peu de temps avant son décès… Ce film est une véritable mine d’or pour tout lecteur sensible à la littérature jeunesse et touché par les histoires de Tomi Ungerer. A voir et à revoir.

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A droite, Tomi Ungerer et Brad Bernstein.

***

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Le dernier album de Tomi Ungerer "Maître des Brumes" nous conte l’aventure de deux jeunes Irlandais qui, lors d’un jour de tempête, débarquent sur la mystérieuse et défendue Ile des Brumes. Leur rencontre avec le maître des lieux restera mémorable.

L’Irlande imprègne les pages de cet album : de la dédicace (un remerciement aux Irlandais pour leur accueil "à cœur ouvert") à l’atmosphère vert-de-gris des illustrations. Une Irlande pauvre, mais fière et droite. Une Irlande de légendes avec ses figures fantasmagoriques qui se fondent dans la brume. Une Irlande simple avec ses bergers, ses moutons, ses ânes et ses gens qui se satisfont de peu.

L’illustrateur fascine (encore). Des pages très sombres où souvent la seule lueur est celle de la lune qui nous plongent dans une atmosphère mystérieuse. Des rochers anthropomorphiques, des racines griffues, une mer pâle et bienveillante qui dirige vers l’inconnu. Des doubles-pages qui imposent un temps d’arrêt dans le rythme de lecture, pour ne pas se hâter, retenir notre souffle et profiter du mystère. Les deux enfants surplombant le centre de la Terre rougeoyant. Le curé, une bière à la main.

Maitre-des-brumes-Tomi-Ungerer-Bandeau-780x290Le conteur émeut (encore). La famille est pauvre, "mais ils ne manquaient de rien", pas de misérabilisme. L’aventure est présente : "Ceux qui se sont aventurés dans ses eaux ne sont jamais revenus". Le danger est là : l’île ressemble à "une dent de sorcière". Le maître des Brumes est incroyable avec sa bougie sur le front, sa barbe immense et sa "voix caverneuse". Son  antre nous renvoie à l’univers de Jules Verne avec ses poulies et autres manivelles. Les enfants Finn et Cara, heureux de vivre, curieux de découvrir cette île des Brumes et bien loin d’être naïfs.

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Un bien bel album.

Tomi Ungerer, Maître des Brumes, Ecole des Loisirs, Paris,  2013. 13, 70 euros.

Tomi Ungerer, Fog Man, Diogenes Verlag AG, Zurich, 2012.

Marie et Cristel

Depuis 20 ans, le Rouergue s’est branché !

7 mai

Bon je dois avouer que mon titre – jeu de mot est un peu "flop ! flop !", sans une petite explication. Tout le monde connaît les fameuses éditions du Rouergue, qui ouvraient en 1993 (mince j’étais jeune moi à ce moment là…) leur super département jeunesse, avec ces petits albums qui en ont fait sa renommée. Depuis, cet éditeur qui avait semé quelques graines, bien bonifié ses premières pousses, a pris racine – fortement, fermement – dans le paysage de la littérature pour la jeunesse française. Le Rouergue s’est logé, perché, sur les plus hautes branches de ce qui fait aujourd’hui notre passion, avec des ouvrages destinés aux petits, tout-petits, et ados. Bref, "le Rouergue s’est branché…" Comprendo, maintenant, mon jeu de mots ?

Pour fêter tout cela, comme il se doit, c’est donc avec l’image de l’arbre que les éditions du Rouergue ont décidé de marquer cet anniversaire et de continuer à nous surprendre, nous enchanter (forêt enchantée…). Bien que je sois persuadée que le choix de ce symbole fort que soit l’arbre n’ait absolument rien à voir avec ma démonstration alambiquée, quoi que… ?

Pour l’occasion, c’est Olivier Douzou (ne me dites pas que ce nom vous est inconnu, je me fâche !) et José Parrondo qui ont concocté un superbe album : Forêt-Wood ! Dans cet album, inutile d’espérer y découvrir notre grandes essences forestières françaises. Les arbres y sont peu communs, imaginaires et poétiques.

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1ère de couverture de "forêt-wood"

Mais là où Le Rouergue continue (selon moi) à demeurer une pétillante, et revivifiante maison d’édition, c’est par cette idée de proposer aux jeunes lecteurs de dessiner – à leur tour – leur arbre imaginaire (ce qui ne cache en rien la forêt !). Ainsi, depuis octobre 2012, des arbres les plus étonnants, drôles, sympathiques qui soient sont postés sur ce site : http://foretwood.tumblr.com/

Ce qui devient, au fur et à mesure et pour reprendre les termes exacts de l’éditeur, "une forêt virtuelle de zéro hectare mais un espace infini, comme l’imaginaire des enfants et des créateurs".

Le Rouergue, un arbre Remarquable… qui reste "branché" ! (la boucle est bouclée, et TOC !)

Forêt-wood, de Olivier Douzou et José Parrondo, Editions Du Rouergue, mars 2013, 17 €

Vers Dautremer

4 mai

SAMSUNG DIGITAL CAMERADe Rebecca Dautremer, on ne sait pas grand chose : née à Gap en 1971, a fait des études de graphisme, s’inspire de la photographie et travaille principalement à la gouache. Et c’est à peu près tout. Même dans un ouvrage qui lui est consacré, son Art Book, elle ne se livre pas davantage. Très discrète sur sa vie, privée et professionnelle, Rebecca Dautremer reste un mystère pour quiconque tape son nom dans Google.

Son parcours et sa bibliographie nous renseignent davantage sur cette grande actrice de la littérature jeunesse. Car si Rebecca Dautremer publie de nombreux albums dès 1995, le succès de masse arrive seulement huit ans plus tard avec l’album L’Amoureux, qui se vend depuis comme des petits pains lors de la Saint Valentin.

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En 2004, le magnifique et volumineux Princesses oubliées ou inconnues explose dans les librairies. Les images sont de grands et sublimes tableaux, proposant à la fois des vues d’ensembles et des portraits délicats qui attirent le regard et ne le lâchent plus. Les illustrations parlent autant aux adultes qu’aux enfants et se retrouvent bientôt déclinées sous toutes les formes : papier à lettre, agenda, calendrier…

Capture d’écran 2013-05-04 à 11.12.31Bref, Rebecca Dautremer devient une illustratrice incontournable et enchaîne les projets. Mariée à l’auteur Taï-Marc Le Thanh (dont on ne sait d’ailleurs pas plus), ils collaborent régulièrement ensemble, notamment avec la série Séraphin Mouton qui permet à Rebecca Dautremer de changer de style, de tester d’autres formes d’illustrations. Délaissant quelques instants sa poésie habituelle, elle se fait plus enfantine, rigolote, et flirte avec les références cinématographiques et la bande-dessinée.

Depuis, Rebecca Dautremer est définitivement entrée dans la cour des grands : après la consécration de la publication de son Art Book, elle co-assure la direction artistique du long-métrage Kérity – La maison des contes, écrit par Anik Le Ray et réalisé par Dominique Monféry et conçoit un livre-objet unique, original et de toute beauté, son Petit Théâtre.

Sans oublier qu’elle fait désormais partie de la précieuse liste des illustrateurs ayant mis en images le célébrissime et populaire Alice au Pays des Merveilles de Lewis Caroll et qu’elle a exposé dans différentes galeries ses illustrations créés pour l’album Soie, écrit par l’écrivain italien Alessandro Baricco.

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Originaux d’Alice au pays des merveilles exposés lors de la rétrospective inédite de Saint-Paul-Trois-Châteaux

Toutefois, le fait que Rebecca Dautremer ait été l’invitée d’honneur de l’édition 2013 de la fête du livre de jeunesse de Saint-Paul-Trois-Châteaux (qui s’est déroulée du 30 janvier au 3 février 2013) a permis à l’artiste de sortir de son « antre », comme elle aime à appeler son atelier parisien. Elle s’est alors confiée à son public notamment lors des dédicaces et des journées professionnelles en évoquant tour à tour son travail passé, sa volonté de prendre du recul afin de voir vers quoi elle veut aller artistiquement dorénavant, ses futurs projets aussi…

08061101On peut ainsi s’intéresser à l’affiche que la jeune femme  a réalisé pour la fête qui avait cette année pour thème « Enchantons le réel » et qui fait tout particulièrement écho à sa démarche. Lors de sa carte blanche, Rebecca Dautremer a en effet exprimé son désintérêt pour le quotidien, son goût pour la fuite et son attraction pour le monde de l’étrange et du bizarre. Elle aime jouer avec la frontière ténue entre le rêve et le cauchemar et recherche la douceur avec un soupçon d’inquiétant dans ses illustrations. Elle ajoute qu’elle aime créer des univers pour pouvoir y inviter les lecteurs privilégiant la sensation, la poésie, loin des livres donnant des leçons…

Focus sur Soie, le roman d’Alessandro Barrico… En 1996, paraissait en Italie un petit livre qui selon son auteur ne devait pas se vendre. Il l’avait écrit pour lui, dit-il. Raté : ce livre remporta un immense succès, tant en Italie qu’en France où il est paru un an plus tard. En ce qui concerne l’histoire, voilà ce qu’on peut lire sur la quatrième de couverture de la précédente édition :

« Vers 1860, pour sauver les élevages de vers à soie contaminés par une épidémie, Hervé Joncour entreprend quatre expéditions au Japon pour acheter des œufs sains. Entre les monts du Vivarais et le Japon, c’est le choc de deux mondes, une histoire d’amour et de guerre, une alchimie merveilleuse qui tisse le roman de fils impalpables. Des voyages longs et dangereux, des amours impossibles qui se poursuivent sans jamais avoir commencé, des personnages de désirs et de passions, le velours d’une voix, la sacralisation d’un tissu magnifique et sensuel, et la lenteur, la lenteur des saisons et du temps immuable. »

On vous invite à (ré)écouter l’entretien donné par l’écrivain sur France Culture à l’occasion de la sortie d’Emmaüs.

En ce qui concerne la genèse du projet, il faut préciser que ce livre a été imaginé et édité par Jonathan Bay et Antoine Ullmann (qui s’occupe de la revue Dada) chez Tishina. Il s’agit là du premier opus de leur collection. On peut même dire que leur maison a vu le jour sur l’idée de mettre en images ce texte de Barrico sous la plume de Rebecca Dautremer, que les deux compères ont contacté au culot, confirme l’illustratrice. Leur ligne éditoriale ? Publier de la littérature contemporaine illustrée. Mais alors, pourquoi évoquer ce titre dans l’Ouvre-livres ? Et bien d’une part, parce que les livres d’images ne sont pas uniquement pour les enfants, ça on en est intimement persuadé, et d’autre part, parce qu’on imagine facilement cette (future) collection entre les mains d’ados, pour amener les jeunes lecteurs vers d’autres horizons littéraires… On aime aussi le grand soin dans les choix des techniques employées et notamment des papiers : la couverture a été marquée à chaud, le papier utilisé pour la jaquette permet à celle-ci de se déplier en une magnifique affiche (et ce sans traces de plis !)…Toutes ces précisions ayant été amoureusement dévoilées en fin d’ouvrage, prouvant là l’implication dans ce projet !

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Comme elle en a l’habitude, Rebecca Dautremer n’a pas sollicité l’écrivain lors de l’élaboration des images. En revanche, elle s’est renseignée sur l’époque du cadre du roman, et ce pour pouvoir mieux s’en détacher après ; elle dessine après digestion, dit-elle. À la (re)lecture de Soie, on est frappé par l’alternance des techniques exploitées (peinture, collage, crayon) mais surtout par le fait que le choix de chacune semble motivé par l’envie de susciter un sentiment différent chez le lecteur :

- lors de ses recherches, elle a trouvé quelques photos noir & blanc colorisées qui lui ont inspiré l’aspect de ses illustrations – certaines sont légendées donnant l’impression de véritables souvenirs glanés,

- quelques portraits caricaturaux au crayon retranscrivent le malaise du héros Hervé Joncour tout au long du récit,

- la série d’images érotiques semblables à des diapositives grâce à la marge plus large,

- les vignettes reprenant une scène du roman mot par mot,

- les pseudos icônes religieuses de Sainte Agnès, etc.

Elle accorde une grande importance à la conception : le cadre, la lumière, le placement des éléments etc. La mise en couleurs passerait presque pour du repos, plaisante-t-elle. Elle a ainsi opéré un minutieux travail sur les cadrages, créant des jeux de flous avec les différents plans de l’image à l’instar des techniques du cinéma, de la photographie et de la BD qu’elle affectionne.

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On aime les instants qu’elle cristallise, tels des arrêts sur images nostalgiques : les miettes dans le vent, les gouttes d’eau figées en l’air, les reflets dans l’eau, les jeux d’ombres aussi. Elle a souhaité s’amuser de l’attention de Baricco pour le rythme graphique, pour les tailles des paragraphes, pour les alinéas récurrents, pour les phrases brèves en étudiant tout particulièrement le placement de ses images afin de recréer des silences, du rythme, des blancs… Par exemple, ses petits crayonnés représentent des temps d’expression du texte selon elle.  Elle a par ailleurs choisi de concevoir elle-même la maquette pour maîtriser jusqu’au bout les contraintes matérielles : la taille du blanc tournant, la tête de chapitre, la taille des illustrations…

Rebecca Dautremer a su subtilement intégrer sa propre interprétation du texte. Elle a notamment bousculé la narration en créant un duo de spectateurs, proche du coryphée [Dans le théâtre antique grec figurait un chœur, personnage collectif qui présentait et commentait l’action en faisant généralement preuve de bon sens et d’humanité. Le chœur exprimait ses sentiments par l’intermédiaire du coryphée en déclamant des vers, en chantant et en dansant même]. Ses personnages apparaissent lors de scènes clé du récit :

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Mais Rebecca Dautremer ne veut pas se cantonner à la seule illustration jeunesse. Elle se remet en question malgré son succès et aimerait se concentrer sur la qualité, déclare-t-elle. Elle tend donc à (ré)apprendre à dessiner et à produire de nombreuses planches de recherche pour enfin sortir du style dans lequel elle s’est retrouvée enfermée… et quitter l’étiquette « Princesses » qu’on lui a collée.

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De gauche à droite : pochette de l’album "Nerfs du temps" du groupe La Milca, Pochette de l’album "Dusty rainbow from the dark" de Wax Tailor puis dessins inédits pour le projet "Une bible".

Côté projets, elle travaille à nouveau sur un livre en collaboration avec Philippe Lechermeier, intitulé Une bible. Il traitera de l’Ancien et du Nouveau Testament. Sortira également prochainement un film d’animation intitulé Miles, quasi anagramme d’Elvis, l’album qui a servi de point de départ à ce  road-movie en duo avec Taï-Marc Le Thanh.

Emilie & Marie.

Sans Papiers

3 mai
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Sans Papiers.
Sans chichis et autres explications pseudo-pédagogiques alambiquées.
Sans pathos et autres réflexions sur le pourquoi du comment.
Sans détour, sans joliesse, sourires niais et autres actes convenus.
Juste la réalité des faits, une guerre- une déchirure-un exil.
Juste la simplicité des actes, un toit, une école, la vie qui redevient.
Juste l’attachement à un pays, sa culture, ses artistes.
Et puis la loi.
Ne cherchez pas plus loin pour évoquer la guerre, les droits des enfants, l’exil, pour débattre des valeurs de notre pays : tout est dit!
Des vers en plus. Ceux des poètes qu’affectionne Rascal et qui viennent embellir la triste réalité de cette fuite en avant.
Des illustrations qui soulignent le témoignage poignant d’une petite fille.*
Tous les ingrédients de l’univers de Rascal sont présents, je n’arrive pas (encore) à me lasser.
Une question cependant me turlupine… cet album a-t-il  attendu son heure avant de paraître?
Sans Papiers, Rascal, Cendrine Genin, Jean-François Martin, Editions Escabelle, 2012.
* Celle qui ressemble étrangement à la petite Antinéa, arrivée du Kosovo il y a quelques années de cela… avant que l’on parle de retour. Une pensée à toi et à ta famille.