Ô feutres!

20 oct

Aujourd’hui, c’est la technique d’illustration qui va être le fil conducteur de cet article, en l’occurrence le feutre. Ce type de stylo est plus rarement exploité dans l’illustration c’est pourquoi nous avons choisi de présenter le travail de trois jeunes femmes dont c’est l’outil de prédilection…

Charlotte Fréreau

Charlotte Fréreau utilise du matériel scolaire (feutres et crayons de couleurs) pour réaliser ses dessins inspirés par l’enfance et la nature. Son travail très instinctif démarre de la couleur et s’appuie sur la recherche de déséquilibres, de décalages d’échelle entre petites et grandes formes. Les univers qu’elle dessine sont fourmillants et colorés.

Le beau projet dont on voulait se faire l’écho est une série de 4 livres paravents mettant en scène la ronde des saisons. L’enfant déplie chaque livre grand format (24×40 cm) tel un accordéon et là mille et un détails de saison sont à observer: végétation, ville, activités, personnages etc.

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Petits pas dans la neige

un scarabée dort

dans une chaussette

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Marie Saarbach

Diplômée des Arts Décoratifs de Strasbourg, Marie Saarbach a vu son projet de fin d’études intitulé Le Jeu de l’Oie publié par les éditions Autrement Jeunesse en 2013. Cet ouvrage accordéon s’inspire du jeu traditionnel dont le parcours, case par case, symbolise les grandes étapes de la vie. Trente trois tableaux illustrent le voyage initiatique de deux enfants – un garçon et une fille-, de la maison jusqu’à la mer. A chaque image correspond une épreuve à franchir et met en situation un sentiment (la peur, le danger…). Le cheminement se fait de page en page…

jeudeloiemariesaarbach1Le Jeu de l’oie, Marie Saarbach, Autrement, Jeunesse, 2013, 24,50 €

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Détail sous la pluie

 

Dans un tout autre registre, Marie Saarbach a signé avec la complicité de Clément Paurd et Mathieu Lefèvre, un étonnant Catalogue de l’espace, véritable guide de survie en mode vente par correspondance pour les futurs voyageurs intergalactiques. Trois gammes de produits sont présentées: civile, scientifique et militaire. L’index en fin d’ouvrage détaille les différents articles. De même, les services de l’espace (commande, paiement, livraison, retour, conseil, bon à savoir) ainsi qu’un bon de commande ont parfait le sentiment d’authenticité de cet album voué à atterrir entre les mains du voyageur galactique, du biologiste cosmique ou du soldat stellaire.

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Fanny Ducassé

Enfin, voilà le portrait que dresse les éditions Thierry Magnier de Fanny Ducassé: 
Elle suit des études de Lettres modernes jusqu’à l’obtention d’une licence. Bien qu’elle s’épanouisse dans ce domaine, elle éprouve le besoin d’exercer son goût pour le dessin, et pour le vêtement. Aussi entame-t-elle des études de stylisme-modelisme à la Chambre syndicale de la Couture parisienne. Elle y développe un attrait certain pour l’illustration et pour l’univers de l’enfance. Peu à peu, ses dessins isolés représentant de petits personnages se transforment en une première histoire biscornue.

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 Louve, Fanny Ducassé, éditions Thierry Magnier, 2014, 13,90 €

Il y avait une fois, tout au fond de la forêt, une jeune fille rousse qui vivait parmi les renards. Louve se mêlait à eux aussi facilement que le chocolat se mêle au lait, car les animaux de feu savaient la reconnaître. Mais Louve est l’objet d’une étrange malédiction : ses cheveux s’enflamment dès qu’elle se laisse submerger par ses émotions. Un beau jour, Louve fait une rencontre qui va changer sa vie, la rencontre d’un gars-loup…

Ici, le feutre crée relief et densité grâce aussi aux mille petits traits noirs peuplant les pages de ce monde automnal et chatoyant. En attendant un prochain album toujours chez Thierry Magnier narrant les aventures d’une certaine Mustella (nous révèle Gaëlle la libraire), découvrez sur son blog son travail autour de la papeterie – carnets, cartes, marque-pages – où le motif est roi.

Ombres chinoises

13 oct

L’histoire du soir peut prendre mille et une formes. L’espace de la chambre qui abrite souvent ce temps de racontage peut ainsi devenir le décor même du récit. Voici quelques titres qui vous permettront de mettre en scène l’histoire grâce aux ombres chinoises… mespremiersjeuxdemainsenombreschinoises

Mes premiers jeux de mains en ombres chinoises, Elisabeth Morais, Madeleine Deny, Tourbillon, 2014, 7,50 €

Ce premier titre accessible dès le plus jeune âge vous donnera les clés pour créer très facilement des animaux en ombres chinoises tels que le poisson, le lapin, le chien ou le chat, animaux que vous pourrez choisir grâce aux onglets en tissu. Chaque figure présente une petite histoire poétique, les gestes schématisés avec les deux mains et le résultat juste à côté.

Chez les petits, les jeux de mains favorisent l’expression corporelle (sentir son corps et ses limites), la mémorisation (répéter les gestes de l’adulte puis les faire tout seul) et la motricité (différencier et faire bouger chaque main).

Pour les plus grands, Hélium et Clémentine Sourdais ont crée une collection de contes accordéon avec des décors et des découpes. Il s’agit de versions intégrales des contes de Charles Perrault où la moralité prend place sur la 4ème de couverture. Plutôt que de parler d’ombres chinoises ici, on entre dans le royaume des ombres portées. On proposera aux enfants de tenir le livre et d’en déplier les pages ciselées ou bien de diriger la lampe vers le plafond afin que les personnages prennent vie discrètement dans l’obscurité de la pièce. La langue du XVIIème siècle propre à Perrault participe grandement à l’ambiance où crainte et émerveillement se côtoient.

petit chaperon rouge clémentine sourdais2Le Petit chaperon rouge, Clémentine Sourdais, Hélium, coll. « Contes en accordéon », 2012, 13,90 €

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© Sophie  :*

Dans la même collection, d’autres contes sont parus:

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Le Chat botté, Clémentine Sourdais, Hélium, coll. « Contes en accordéon », 2013, 13,90 €

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 La Barbe bleue, Clémentine Sourdais, Hélium, coll. « Contes en accordéon », 2014, 13,90 €

Mes petits théâtres à construireliseherzog

Mes petits théâtres à construire, Je décore, je découpe, je colle, j’assemble, Lise Herzog, coll. « Les apprentis bricolos », Eyrolles, 2014, 9,90 €

Cinq réalisations à fabriquer en compagnie de Jules et Julie et à animer de 1001 manières ensuite : un pantin articulé, des marionnettes à doigts, un petit théâtre en forme de boîte, un théâtre-livre et un théâtre d’ombres, puisque c’est le sujet du jour! Avec des patrons et des modes d’emploi pour une réalisation pas à pas.

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Benjamin Lacombe et Sébastien Pérez, invités d’honneur du salon du livre de Margny-lès-Compiègne

7 oct

Il y a quelques mois, je vous faisais part du prix ficelle qui réunissait plusieurs médiathèques de l’Oise autour d’une sélection d’albums jeunesse. Dans quelques jours, à l’occasion du salon du livre de Margny-lès-Compiègne, les lauréats de ce prix seront dévoilés! Et l’équipe nous l’assure quelques surprises nous attendent… Peut-être aurons-nous la chance de rencontrer quelques uns des gagnants!

affiche margny 2014 Le thème du salon, organisé par l’équipe de la médiathèque Jean Moulin, pour cette 15e année consécutive, est celui des duos : Sébastien Pérez et Benjamin Lacombe représentent l’un des duos auquel on pense spontanément lorsqu’il est question d’album pour la jeunesse : le duo auteur-illustrateur. Ils viendront donc s’exprimer à ce sujet et peut-être nous dévoiler quelques uns de leurs secrets lors de la rencontre prévue ce samedi à 15h à la médiathèque. En attendant, pour les plus impatients, il est d’ores et déjà possible d’y admirer les illustrations originales de Benjamin Lacombe. En effet, ses peintures à l’huile et à la gouache, époustouflantes par la maîtrise dont l’artiste fait preuve, sont exposées depuis deux semaines et seront encore visibles jusqu’au 22 octobre. Une date à retenir car il s’agit de la date de sortie de leur prochain album Les super-héros détestent les contes de fées. Vous découvrirez d’ailleurs en avant-première, au sein de l’exposition quelques planches originales de cet album! les super héros détestent les artichauts

Alors avis à tous les curieux! courrez faire de nouvelles découvertes! Pour consulter le programme complet du salon qui a lieu ce week-end, rendez-vous sur le site de la médiathèque.

Et pour vous mettre encore plus l’eau à la bouche, voici une petite sélection d’albums pour les touts-petits sur le thème du DUO, présentés hier lors de la rencontre partage organisée par l’association Grandir Ensemble.

lolaLola, d’Olivier Dunrea, Kaleidoscope, 2005. Lola, la petite oie jaune et ses petites bottines rouges qui vont l’amener à créer un duo avec une autre oie…

toiToi, de Martine Bourre, éditions Memo, 2008. Le duo protecteur mère-enfant? Grand-petit?

2petitesmains2 petites mains et 2 petits pieds de Mem Fox, Helen Oxenburry et Anne Krief, chez Gallimard, 2010. Comme le titre l’indique pour le duo formé par les deux mains, les deux pieds, une manière d’associer des bébés d’origines différentes et pourtant si semblables…

grodoudou et moiGrodoudou et moi, Didier Levy, Selma Mandine, Gauthier Languereau, 2011. La relation de l’enfant avec son doudou.

papaye-et-mamanguePapaye et Mamangue, de Lydia Gaudin Chakrabarty, éditions Chandeigne, 2012. Un album duo! Papaye d’un côté et Mamangue de l’autre. Album graphique sur la création d’un bébé et sur le duo père-enfant / mère-enfant.petite soeurPetite sœur, d’Iris de Moüy, l’école des loisirs, 2014. Le duo frère-sœurernestErnest, Catherine Rayner, Alice Jeunesse, 2014. Deux acolytes, un grand et un petit, jeu avec l’espace et le format du livre.voila voilaVoilà, voilà, Ilya Green, Didier jeunesse, 2014. Duos insolites d’enfants et d’animaux associés par la rime de leur nom.duo rigoloDuo rigolo qui es-tu?/ Duo rigolo où vas-tu?, Guido Van Genechten, Mijade, 2014. Imagiers associant des duos d’animaux par des points communs.

le petit curieuxLe Petit Curieux, d’Edouard Manceau, Milan , 2014. Livre jeu, le  duo « livre-lecteur », le duo « moi et le monde qui m’entoure ».DunCoteEtDeLautreD’un côté…, et de l’autre de Gwendoline Raisson et Ella Charbon, l’école des loisirs, 2014. Livre duo, deux histoires séparées par un mur, deux visions de la situation.

bonjour, au revoirBonjour, au revoir, Delphine Chedru, Albin Michel, 2014. Livre jeu, sur les duos contraires. A voir en bleu et en rouge.

Où est donc MA maison?

5 oct

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Voici un album comme je les aime.

1. Les illustrations (Emmanuelle Houssais) sont magnifiques, pas trop chargées et produites d’un mélange habile de dessin et de collages. Les couleurs sont très belles, le rendu des expressions efficaces. Beaucoup d’humour dans les nombreux petits détails qui composent le mobilier des maisons. Regardez par exemple cette formidable maison des abeilles!

IMG_20141005_2239572. Le texte (Françoise Laurent) est à l’image des illustrations (et inversement) simple et efficace. Il se lit un peu comme une comptine.

3. Le cadeau bonus : à la fin, le jeu du Poussin Valentin (un jeu de l’oie en fait) auquel l’enfant pourra jouer (mais seulement s’il a bien écouté l’histoire et qu’il a bien répondu aux questions qu’on lui aura posé en fin de lecture pour tester son attention).

En résumé, un très joli album sur des questions à la fois métaphysiques (dans quel état j’erre?) et pragmatiques (elle est où ma maison?). J’ai adoré!

Editions du Ricochet, 2004. 11€

A (se faire) lire à partir de 2-3 ans.

Inintéressante, ma vie de bibliothécaire ?

5 oct

Pour ne pas faire très original dans cette catégorie, je copierai la trame des copines toujours parfaite, évidemment, en recensant les phrases entendues lorsqu’on est bibliothécaire.

Oh, vous savez, moi, la lecture…

En général, la phrase reste en suspens, mais démontre bien la nécessité de se justifier de ses pratiques culturelles face à la bibliothécaire du village, forcément intelligente et cultivée, n’est-ce pas ! Pas le temps, pas le courage, pas de livres qui plaisent, une grande bibliothèque chez soi… il faut être inventif pour trouver des excuses lorsqu’on ne veut pas s’inscrire. Rappelons pourtant le premier droit élémentaire des lecteurs selon Daniel Pennac, celui de ne pas lire ! Mais sachez tout de même qu’en bibliothèque, on peut aussi trouver des musiques, des films, feuilleter des journaux et magazines, consulter Internet et qui sait tomber par hasard sur un livre qui nous plaira.

sans-titreLa lecture c’est important !

Il suffit d’assister à l’inauguration d’une bibliothèque et aux discours des huiles pour se convaincre que le cliché de la bibliothèque comme temple de la culture et de la connaissance est encore largement présent. Loin de moi l’idée de nier que lire peut apprendre des tas de choses, mais n’oublions pas que lire permet – aussi – de se distraire, de s’évader, de prendre PLAISIR. Je vous annonce ici que lire de la bande dessinée, c’est lire. Et un grand qui sait déjà lire a le droit de vouloir emprunter un livre avec des images, sans être obligé de faire croire que c’est pour sa petite sœur… En écrivant ceci, j’ai l’impression de tenir un discours galvaudé pour une cause déjà acquise, mais de même que pour l’égalité des genres, une piqûre de rappel ne peut pas faire de mal…

Et celui-ci, vous l’avez lu ?

Pas de commentaire à ce sujet, lisez les articles précédents de la catégorie pour vous apercevoir que cette remarque est sans doute le point commun de nos métiers le plus important. Une transition toute trouvée avec la réplique suivante :

Et vous ne vous ennuyez pas quand il n’y a personne ?

En voilà une rude épreuve pour vos nerfs, à savoir si vous allez être capable de rester aimable face à ce type de comportement. Je dois avouer que ma réaction varie selon l’humeur : humour, indifférence et flegme total genre je suis de marbre et rien ne peut m’atteindre… Spécialement pour vous, je vais me lancer dans un panorama forcément incomplet sur le circuit du document qui justifie l’état calamiteux de mon bureau…

La partie « acquisitions », c’est les commandes de livres. Un budget annuel est voté en conseil municipal, pour lequel il faut souvent faire preuve de conviction et d’argumentation. Il peut être complété de subventions publiques diverses, qui nécessiteront un montage de dossier… béton. Il faut ensuite le saucissonner en fonction des supports (livres, CD, DVD), des sections (jeunes et adultes) et des tranches d’âge, des genres (romans dont policier, amour, humour, terroir, BD, albums, etc…). Et effectuer des commandes auprès de fournisseurs, de préférence des libraires locaux de proximité. Parce qu’effectuer des commandes signifie choisir les meilleurs titres pour nos publics face à la grande diversité de la production. Et donc, des outils de sélection sont nécessaires : sites Internet, revues, émission TV, conseils des lecteurs, comités lecture entre bibliothécaires, libraires (encore eux!) tous les avis sont bons à prendre. Des tâches intéressantes mais chronophages, qui pourraient occuper toutes nos journées…

Seulement lorsque les livres sont réceptionnés, le travail est loin d’être terminé. Catalogage, indexation, cotation sont les bases du travail de bibliothécaire, pour qu’en gros le lecteur puisse être autonome et qu’il puisse trouver son livre sur la culture du bonsaï ou sur le « développement personnel » tout seul sans avoir à « déranger » la bibliothécaire plongée dans son catalogage… Décrire le plus fidèlement le document, y accoler des mots-clés, s’astreindre à un résumé, le ranger à l’endroit le plus pertinent. Heureusement, les logiciels de bibliothèque permettent aujourd’hui d’échanger les notices et de mutualiser le travail.

Car l’idée est de faire en sorte que chaque lecteur trouve son livre et que chaque livre trouve son lecteur. Reste donc à l’équiper et le ranger en rayon, et si besoin le réparer [Tiens, cela me rappelle une anecdote avec un jeune lecteur de 4 ans : « Ca sert à quoi ? » « Ca, c'est pour couvrir les livres. » « Pour pas qu'ils aient froid ? »] Eh oui, on protège les livres de tout un tas de dangers, voyez l’image qui suit.

lirenuitAlors non, les bibliothécaires ne font pas seulement des prêts-retours. La preuve, certains grands établissements ont fait le choix d’automatiser cette tâche ingrate, comme en supermarché, sujet polémique parmi d’autres au sein de la profession (oui, les bibliothécaires aiment bien perdre du temps en se plongeant dans des débats et réflexions avec des collègues, sur des forums Internet ou lors de rencontres professionnelles).

Si on revient à notre idée de mise en valeur du livre, il ne suffit pas de le poser à sa place et basta. C’est d’ailleurs seulement ici que tout commence, oubliez le blabla précédent. Pour ne pas noyer les nouveautés dans la masse, on les met en présentation, on fait des thématiques… Lorsque certains livres sont moches et vieux et prennent de la place sur les rayonnages, hop, sans pitié, on désherbe. La plupart des bibliothécaires vous le diront, rien de mieux que le conseil personnalisé, en mettant le livre entre les mains du lecteur. Et toutes les animations, cercles de lecture, heure du conte pour les plus jeunes participent de cette découverte du fonds. Ah, la fameuse heure du conte en bibliothèque ! Article à suivre sur le développement de ces animations en bibliothèque.

En guise de conclusion, un avertissement : Peut-être certains collègues ne se sont pas reconnus dans cette description du métier, c’est sans doute parce qu’il y a autant de points communs entre une bibliothèque rurale, une médiathèque en ville, et une annexe de quartier qu’entre un médecin généraliste et un hépatologue. Sans exagérer, la taille de l’établissement modifie les pratiques de travail d’un extrême à l’autre, d’une polyvalence à toute épreuve à un cloisonnement des tâches à outrance.

Mon livre d’enfance : Alice détective

1 oct

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Alice Roy (nom original : Nancy Drew) est l’héroïne d’une série américaine de romans policiers pour la jeunesse écrite par Caroline Quine et publiée aux États-Unis à partir de 1930 par Grosset et Dunlap.

En France, la série a paru pour la première fois en 1955 aux éditions Hachette dans la collection Bibliothèque verte jusqu’en 2011.

Très grand succès de librairie, dix millions d’exemplaires ont été vendus en France de 1955 à 1974 chez Hachette.

Depuis 2011, la série paraît dans la collection Bibliothèque rose (catégorie Classiques de la Rose). Elle a également été partiellement éditée dans les collections Idéal-Bibliothèque (1964 à 1981), La Galaxie (1971 à 1978) et « Masque jeunesse » (1983 à 1985) des éditions Hachette.

Merci à Wikipédia de me rafraîchir la mémoire.

Voilà ce que j’adorais lire quand j’étais petite…  Je bravais les interdits et les couvres-feux pour savoir qui avait dérobé les diamants d’Emily ou qui hantait le manoir de Rosemary.

C’est vrai, on est très loin de Dexter. Pas de tueur en série. Pas même une goutte de sang. Alice vit dans un monde où la délinquance est maîtrisée. Et c’est toujours les gentilles qui gagnent à la fin.

D’un point de vue sociologique (soyons fous!), c’est un peu le Beverly Hills des séries policières pour la jeunesse (avec un côté Princesse Sarah quand même) : Alice est parfaite et tout va bien pour elle, merci. C’est vrai qu’elle a perdu sa mère mais manifestement ça lui a donné du plomb dans l’aile puisqu’elle conduit elle-même son cabriolet (à 16 ans) et qu’elle va où elle veut, quand elle veut. Le rêve! On se sent bien chez Alice.

Au début de chaque aventure, Alice s’ennuie terriblement… [quand tout à coup!] jusqu’à que se présente une mystérieuse intrigue (voire un intrigant mystère) qui va lui donner du fil à retordre. A elle et à ses deux copines Marion et Bess. Et les voilà lancées dans des enquêtes rocambolesques où l’aventure se mêle au suspens!…

Par contre je ne vous cache pas ma déception à la lecture de ça (toujours Wikipédia) :

Alice est née aux États-Unis en 1930 sous la plume de Caroline Quine (Carolyn Keene en anglais). Cette dernière est en fait une romancière virtuelle : il s’agit d’un nom de plume derrière lequel sont regroupés divers écrivains travaillant pour la compagnie Stratemeyer Syndicate. Le patron, [...] invente le personnage d’Alice et fournit à ses rédacteurs les grandes lignes de l’intrigue principale. Les auteurs touchaient alors 125 dollars pour chaque roman écrit et devaient, selon les clauses du contrat, garder secrètes leur identité et leur collaboration.

Quelle naïve j’ai été! Toutes ces années à vénérer Caroline Quine alors qu’elle n’existe pas! Pour moi c’est un mythe qui tombe. La trahison est incommensurable.

Si je vous ai convaincu à lire Alice détective, sachez qu’il y en 89 (et qu’en plus ils ne sont pas écrits par le même auteur – et ça, ça ne passe pas. Et pour seulement 125$ ! De l’exploitation pure). Je hais Alice.

Ma vie de libraire #2, une bonne journée !

24 sept

Une bonne journée de libraire, il y en a plein dans l’année !

C’est parfois un petit rien qui va faire qu’on rentrera chez soi le sourire béat aux lèvres. Par exemple, il me suffit d’avoir réussi à vendre un livre que j’aime mais qui n’emballe pas les foules pour être contente. Si je parviens à vendre un Moomin, autant dire que j’ai gagné ma journée.

moomintowelOn voit là les Moomin de Tove Jansson déclinés en mode PQ, serviette en papier.

C’est dire comme dans d’autres contrées, ils sont vénérés…

Une bonne journée de libraire est, selon moi, une journée variée. La journée pendant laquelle je ne fais rien d’autre que rentrer des livres en stock (oui, oui, c’est même fréquent…), n’est PAS une bonne journée à mon avis ! J’aime quand tout se mêle dans un chaos relativement organisé tout de même.

Avant de me lancer, je tiens juste à préciser un basique de notre métier : la diffusion et la distribution du livre… Ce sont les socles sur lesquels notre métier repose. Deux gros mots qui font peur aux stagiaires et qui n’ont pourtant rien de bien vilain.

La diffusion du livre c’est l’aspect commercial. Les représentants qui viennent nous visiter pour nous présenter les nouveautés c’est la diffusion du livre.

La distribution du livre c’est l’aspect technique. Colis, facturation, avoirs…

Un petit exemple : prenons l’éditeur Bayard jeunesse. Les nouveautés nous sont présentées par un représentant qui travaille pour la société de diffusion SOFEDIS, il vend aussi d’autres éditeurs tels que Mijade ou Minedition. Mais la distribution de ces ouvrages est confiée à la SODIS qui s’occupe de nous faire parvenir les ouvrages et de les récupérer lors des retours, la SODIS s’occupe aussi de la facturation etc… Dans ces cartons venus de la SODIS il y aura aussi d’autres éditeurs diffusés par tout un tas d’autres sociétés et pas seulement ceux vendus par le représentant qui vend Bayard et cie. On y trouvera par exemple les livres de chez Gallimard jeunesse qui sont eux aussi distribués par la SODIS mais dont la diffusion est assurée par la représentante de chez Gallimard (qui vend aussi d’autres éditeurs que Gallimard tels que les Grandes personnes…)

Je vous ai perdus ? Alors, retour au concret !

Mais de quoi donc est composée une journée type à la librairie me direz-vous ? En voici les grandes lignes, à savoir nos principales tâches auxquelles se rajoutent tout un tas de petites choses dont on pourra reparler une autre fois :

- Réception des colis/Entrer les livres en stock : Aïe mon dos, ouille mes doigts ! Attention les dégâts les cartons peuvent faire jusqu’à 25 kg mais en moyenne on s’arrête autour de 20… Oui, c’est réglementé ! Un carton plein de livres à ras bord atteint facilement les 25 kilos, ce n’est pas rien surtout quand on reçoit 30, 40, 50… 80 cartons et plus (selon les librairies évidemment). C’est la tâche qui nous occupe le plus bien que ce soit la plus ingrate à mes yeux (mais peut-être y a t’il des libraires qui trouvent ça top ?). Selon les librairies, les livraisons sont quotidiennes ou 2 ou 3 fois par semaines, chacun gère selon ses besoins et possibilités.

Dans les cartons, il y a de tout ! Youpi c’est tout mélangé à l’exception des nouveautés. Sinon dans les autres il y a notre réassort (le fonds qu’on vend régulièrement et qu’on recommande ou les nouveautés qu’on à déjà vendues et qu’on recommande illico), le livre de Mme Machin pour sa petite file, et pour ceux qui travaillent avec des collectivités ; tous les livres réservés pour les bibliothèques, crèches etc… Notre logiciel ne nous permet pas de valider le carton dans son ensemble, aussi nous bipons patiemment chaque livre de chaque carton et regardons bien attentivement pour qui il est. Je vous l’ai dit, c’est vraiment nul comme tâche ! Mais bon, pour celui qui s’occupe de rentrer en stock les nouveautés c’est pas tellement mieux car passé le cap du « oh les jolis livres tout neufs ! », il va passer le reste de sa journée à créer des fiches pour référencer toutes ces merveilles.

Bon, ok, il y a des logiciels plus évolués ou des librairies qui ont un service de réception. Mais là, je vous raconte la vie du petit libraire de quartier qui fait tout lui-même. Ma vie, quoi. Je vous raconte ma vie, c’est le propre de cette catégorie « Ma vie de ».

Il faut bien sûr s’esquinter les yeux à vérifier bien toutes les factures ou bons de livraison car les erreurs sont fréquentes ou bien il faut faire aussi attention aux changements de prix… Autant dire que ça prend un max de temps et que c’est un brin rébarbatif.

- Retour des invendus : Ah ben c’est marrant, c’est presque l’exact opposé de tout ce que je viens de vous raconter. On reprend les mêmes cartons mais vides et on recommence ! Bon, avant il y a un jeu que j’adore personnellement et que je compare un peu à une chasse aux trésors c’est de chercher dans tous les recoins de la librairie les ouvrages à renvoyer aux éditeurs. Certains font ça très méticuleusement en imprimant des listes de suggestions de retours proposés par le logiciel, d’autres font ça plus sauvagement en enlevant au cas par cas là où il y a besoin de place. L’essentiel étant de respecter un juste équilibre et de ne pas vider le magasin ou se « sur-stocker » d’ouvrages invendables.

Pour les retours il y a une règle de base avec plein de petites variantes sympas selon les distributeurs : « retours libres entre 3 mois et 12 mois de stock ». En gros un libraire qui n’a pas vendu ses livres au bout de 3 mois à la possibilité de les renvoyer, il lui sera fait un avoir. S’il dépasse un an, il est censé demander une autorisation de retour à son représentant… Alors, ça c’est ce qu’on nous enseigne à l’école des libraires et puis une fois dans nos jobs on s’aperçoit que c’est loin d’être si figé. Y a ceux qui ne reprennent rien du tout (rare mais ça existe!), ceux qui ne reprennent rien sans l’aval du représentant, ceux qui reprennent tout même si c’est paru la veille. Ceux qui sont censés reprendre mais te renvoient la moitié de ce que tu as rendu… Y a même ceux qui veulent pas reprendre dans la librairie X mais qui reprennent dans la librairie Y. Oh la la ma tête, j’y comprends plus rien ! (cf. rubrique Achats/copinage ci-dessous)

Tout ce qui reste en stock longtemps voire très longtemps devient de la dépréciation et ça c’est moyennement recommandé car ça finit par coûter de l’argent au libraire. On évite donc de laisser trop vieillir les stocks, sans pour autant évidemment enlever nos chouchous qu’on vend quand même une fois l’an.

- Achats : la pause copains. Les achats sont essentiels à la bonne marche de la librairie, il y va de la crédibilité de votre assortiment tout de même ! Le libraire reçoit plusieurs représentants par semaine, parfois même plusieurs par jour. Et ça peut aller de 1 minute à 2 heures (ou plus si affinités!) Les relations qu’entretiennent les deux parties sont assez fascinantes. Pourquoi ? D’abord parce que le libraire est alors un client et non plus un vendeur le temps d’un rendez-vous ! J’aime cette inversion des rôles, ce n’est plus à moi de convaincre mais au représentant de faire l’effort de m’attirer vers ses ouvrages. On se laisse porter en regardant les belles images sur l’ordinateur en se disant qu’on a bien de la chance de voir ça avant tout le monde ! Ensuite parce qu’entre nous, au fil des années se tissent des copinages plus ou moins sérieux. Alors qu’il ne faudrait pas du tout !!! Là est tout le nœud du problème: avoir confiance en son représentant qu’on soit pote ou pas… Difficile de dire non à un ami, n’est-ce pas ? Mais un vrai ami te dira : « laisse tomber ce livre c’est naze, c’est pas pour toi. » Et heureusement, il y en a !

Difficile aussi les premiers temps de savoir à qui accorder sa confiance ou  pas. Attention, le représentant n’est pas là pour arnaquer les libraires mais disons que tous n’ont pas la même vision du métier.

Lors des RV les équipes commerciales représentent généralement plusieurs maisons d’édition (ex : Actes sud junior, Rouergue, Thierry Magnier c’est untel.1 tandis que Flammarion, Casterman, Autrement c’est untel.2) Donc les RV peuvent parfois être très longs car nous travaillons généralement 2 ou 3 mois de programmes d’affilée. Certains envoient parfois les bons de commande à l’avance aux libraires pour que les quantités soient prêtes le jour du RV plutôt que de tout discuter et de se bagarrer le bout de gras pendant des heures ! C’est le cas en BD où certains diffuseurs (coucou Guigui !) ont un catalogue teeeeeeeeeeeeeellement étoffé qu’on étouffe. Et là je ne parle pas du marathon que sont leurs journées de tournée mais simplement la largeur de gamme de leur catalogue… De ce fait on ne voit pas tout le monde aussi souvent.

La règle, quand on veut tout bien faire comme il faut voudrait qu’on prévienne dès le début du RV : « j’ai xxx temps à t’accorder et j’ai xxx retours à te demander ». On est client oui ou bien ? Dans les faits on commence par se raconter nos vacances.

Il y a aussi les journées exceptionnelles qu’on ne vit que de temps en temps !

Et ces 2 dernières années il y en a eu quelques unes de grandes joies ! ll y a eu la fois où, après avoir terminé Max de Sarah Cohen-Scali, j’ai eu une démangeante envie de lui poser des questions (l’interview est d’ailleurs par ici sur ce site même). Et puis il y a eu ces jours heureux de rencontres avec des auteurs invités pour le club de lecture. J’en profite pour remercier les deux derniers venus qui ont été absolument adorables : Fred Paronuzzi et Annelise Heurtier.

Encore plus folles sont les journées de salon où l’on côtoie tout le gratin de la littérature jeunesse sur nos stands avec qui on fait copains comme cochons pendant un week-end alors qu’en vrai dans la rue on n’oserait même pas leur parler tellement on les ââââââdmire. C’est ainsi que ces deux dernières années j’ai passé quelques journées en compagnie de certaines de mes « idoles » obtenant ainsi lâchement de belles dédicaces sans jamais faire l’once d’une queue…

dedicaces

 

Méli-mélo de Carole Chaix, Marion Fayolle et Marie Caudry.

Voilà, c’était une bonne journée dans ma vie de libraire. J’aurais pu ajouter la vitrine, petit détail qui m’amuse toutes les 3 semaines. J’adore trouver des thèmes qu’on ne voit pas trop ailleurs du genre l’automne, le printemps, Noël, Pâques. Ces derniers mois j’ai bien cogité avec mes collègues et on a trouvé des thèmes plutôt chouettes : les onomatopées, les pois, les personnages ronchons, la moumoute…

Le but est que le client se dise : tiens, c’est quoi le rapport entre tous ces livres ? C’est « la moumoute »

moumoute

Une bonne journée c’est une journée d’échange avec les clients, évidemment. De conseils et de partages !