Ma vie de professeur-documentaliste : dictionnaire

16 sept

Canapé (manifeste en faveur du)

le_coin_lectureEst-ce que vous aimez lire, vous, sur des chaises froides et dures? Non? Les élèves qui viennent au CDI non plus !

Point de lecture sans détente et point de détente sans canapé!

Par contre ne rêvez pas. C’est pour les élèves les canapés… En 4-5 ans de canapé, j’ai dû m’assoir 2 fois 10 secondes dessus.

Collègues "disciplinaires"

Ça surprend au début mais c’est comme ça que, nous les profs-docs, on appelle les autres profs : histoire-géo, maths, français, SVT et j’en passe. Eux, ils ont une "discipline". C’est à dire une matière qu’on étudie et qui rentre dans l’emploi du temps des élèves. Nous autres devons nous contenter de portfolios, recommandations, progression ou référentiels. Pas de programme officiel, pas d’heures imposées dans les emplois du temps, pas d’agrégation. Mais souvent aussi : pas de notes (ce qui ne signifie pas qu’il n’y ait pas d’évaluation) et pas de réunion parents-profs.

Les collègues, pour en revenir à eux, sont souvent nécessaires à la réalisation de projets pédagogiques. C’est logique : si on veut travailler une compétence (le Graal) avec les élèves, on ne peut pas leur demander de rester à 17h30 après leurs cours. Ni de revenir le samedi après-midi. Non. Il faut donc s’arranger avec les collègues "disciplinaires" pour nous faire prêter des élèves. A ce moment-là mieux vaut construire un projet en binôme, le mener ensemble et aller boire des coups le soir avec ce collègue plutôt que de lui "chiper" des élèves alors qu’il n’a rien demandé et qu’il y a le programme à finir (et que merde je suis en retard avec les 4B).

Concours

Créé en 1989 par Lionel Jospin, le CAPES de documentation est le concours d’accès à la fonction de professeur-documentaliste. C’est un des CAPES les plus sélectifs. Il faut désormais un Master 2 pour pouvoir le passer. De nombreux sites vous renseignent sur les épreuves, les taux, etc. Ça m’évite comme ça de le faire.

Elève

Individu qui nous surprend à chaque rentrée par le nombre de centimètres qu’il a pris pendant les vacances.
Il vaut mieux ne pas en avoir peur parce que ce sont parfois les seuls êtres vivants que l’on rencontre pendant les heures de travail (voir Solitude). Avec certain(e)s ont peut discuter de littérature, mais aussi de choses plus futiles, voire complètement niaises.

Hiérarchie

Bien plus qu’un professeur de maths, de lettres ou autre (voir Professeur disciplinaire), le professeur-documentaliste comprend vite l’intérêt d’entretenir de bonnes relations avec son chef d’établissement (principal ou proviseur). En effet, le chef a autorité sur un certain nombre de points sensibles : l’emploi du temps et le budget des livres du CDI, notamment.

L’avantage quand on n’apprécie pas particulièrement un chef, c’est qu’ils changent tous les 4-5 ans afin de promouvoir leur carrière. Par contre, quand on l’adooore, on sait d’avance qu’il ne fait que passer.

Une autre espèce de chef que l’on côtoie, mais plus rarement : l’IA-IPR-EVS. Pour "Inspecteur d’Académie – Inspecteur Pédagogique Régional – Etablissements et Vie Scolaire". Tout ça. Alors lui (souvent un homme…) a la douloureuse mission de nous inspecter en profondeur : bilans annuels, rapports d’activités, statistiques de fréquentation, taux d’emprunts, … tout est passé au crible. Et on est même observé en train de faire cours (voir Séance pédagogique). C’est souvent à cette occasion-là que l’on découvre à quel point les élèves sont passionnés par la construction d’une bibliographie ou la conduite d’une recherche documentaire! Quel talent!

Livres

espace_de_travailY’en a partout! Enfin, en principe. Pour l’anecdote : en 2009, quand j’ai pris mes fonctions dans le collège où je travaille, je découvris un CDI où aucun bouquin n’était visible! L’ancien chef (voir Hiérarchie) avait imposé le stockage d’une dizaine d’ordinateurs occupant l’essentiel de l’espace. Les livres devaient se contenter d’un coin qu’on ne voyait pas en rentrant.

Donc, normalement, un CDI est reeeempli de livres : des grands, des petits, des pour les "petits" 6e et des pour les "grands" 3e, si l’on bosse en collège. On trouve des documentaires sur tous les sujets, des romans pour toutes les occasions et même quelques pépites que les élèves se montrent en cachette (ceux où ça parle de SEXE – parce qu’au collège, permettez moi de vous dire, que la sexualité fait partie des programmes, ce n’est pas sale).

Comme pour ma copine Libraire jeunesse, on ne peut pas lire tous les bouquins disponibles au CDI. Et en plus on n’a pas envie.

Mammouth

Professeur-documentaliste = Éducation Nationale. Et même professeur-documentaliste = France cocorico car il n’existe dans aucun autre pays des enseignants qui gardent les livres aussi bien que nous (entre autres).

Faire partie du Mammouth, c’est la certitude de ne pas travailler pendant les vacances scolaires mais aussi que le salaire soit compté sur 10 mois puis multiplié par 10 puis divisé par 12. Ne cherchez pas le 13e mois même-si-on-n’a-pas-le-droit-de-se-plaindre-par-rapport-à-d’autres-qui-font-plus-d’heures-et-qui-gagnent-mois.

En même temps, j’ai envie de vous dire : venez voir comment on travaille dans les bahuts et passez le concours. Gnark gnark gnark.

Manuels scolaires

[Cette partie a volontairement été retirée. Sources insuffisantes].

Partenaires particuliers

Citons quelques partenaires dans le désordre. Les bibliothécaires du coin qui souvent font un boulot formidable et sont en demande de partenariats. Le gestionnaire/intendant/comptable que l’on peut positionner sur une échelle allant de "précieux allié" à "boulet". Les libraires pour leurs bons conseils et le soin qu’ils mettent à traiter les commandes souvent vite et bien. Les partenaires culturels du coin ou de plus loin. Le Conseil d’orientation psychologue, l’infirmière, le conseiller principal d’éducation… Les profs-docs du coin ou de plus loin qui sont souvent là quand ont a besoin d’eux (voir Solitude). Ma famille, sans qui je ne serai pas là où j’en suis arrivée au jour d’aujourd’hui et à l’heure qu’il est.

A vous tous, merci :-)

Séance pédagogique

Habituellement appelé "cours" pour les autres profs ou les élèves, la séance pédagogique est aux profs-docs ce que la sonnerie est à la récréation.

Mais alors là, attention! Tout est possible, tout est envisageable. Les mailing-listes professionnelles sont là pour témoigner de la diversité (devrais-je dire richesse?) de notre métier. Il y a ceux qui n’en font jamais, ceux qui en font 3 dans l’année et ceux qui en ont 4 par semaine. Il y a ceux qui font ça à plusieurs. Et ceux qui ne prennent qu’une moitié de classe.

Dans le cas "classique" (enfin, dans mon cas), le prof-doc enseigne aux élèves la recherche documentaire, les questions de droits d’auteurs, les "dangers" des réseaux sociaux, la bibliographie, le logiciel documentaire, tout ça, tout ça. La plupart du temps, je "prends" les élèves en demi-classe, ce qui permet au collègue de travailler avec un effectif allégé. Mais j’ai aussi une heure hebdomadaire intégrée à l’emploi du temps des élèves et où je fais cours à toute une classe. En fait, ça dépend (ça dépasse).

Solitude

Si vous êtes incapable de travailler seul et que vous compter toujours sur les autres, ce métier n’est pas fait pour vous. Il est rare (et de plus en plus) que le professeur-documentaliste travaille au même endroit qu’un autre de ses pairs. Quand c’est le cas, le chef d’établissement (voir Hiérarchie) aspire davantage à augmenter l’amplitude horaire du CDI que de fournir une compagnie à un prof-doc esseulé.

Ceci dit les journées passent vite tant la diversité des tâches (et des taches) qui nous incombent est grande. De la solitude, oui, mais point de routine!

Statut

Professeur certifié. Classe normale ou Hors classe. La plupart du temps titulaire mais de plus en plus, malheureusement, contractuel.

Donc même grille de salaire, même système de notation et de mutation et on a même un casier en salle des profs avec son nom marqué dessus : Mme CDI.

Un jeu d’enfant…

14 sept

Lorsqu’on est médiateur du livre, et sans doute tout particulièrement quand on est bibliothécaire comme moi, on aime bien avoir différentes sources pour choisir les documents que l’on va mettre en avant…L’un des endroits du net où j’adore aller fureter et qui me donne toujours de belles idées, c’est chez Gaëlle la libraire, un homonyme tout aussi pétillant que notre Gaëlle à nous!Récemment, elle mettait en avant un très beau titre dans sa rubrique "Un livre par semaine" (idée elle-même empruntée à une autre libraire, This pretty thing pour ne pas la nommer!). Il s’agit pour les libraires bloggueuses de publier la photo d’un livre coup de cœur chaque semaine de l’année… Là, Gaëlle évoquait l’imagier suivant:

tacalogue de jouets nathalie létéTacalogue de jouets, Nathalie Lété, éd. Thierry Magnier, 2006, 17 €

Déjà, on craque pour le titre qui nous emmène tout de suite en enfance…Le tacalogue de jouets… Oui, oui, vous avez bien lu: TA-CA-LOGUE. En langage barbare littéraire et stylistique, on parle de métathèse lorsqu’il y a une permutation de 2 phonèmes proches mais nous, on retiendra la poésie du langage enfantin comme dans les mots pipallion ou pestacle (qui nous rappelle cette fois l’album d’Ilya Green…).

Pour l’heure, c’est l’univers des jouets qui a attiré notre attention. Nathalie Lété a représenté dans cet ouvrage des jouets de toutes sortes et de diverses époques, qui raviront enfants et adultes. Page de gauche, le nom du jouet et sa traduction en anglais, italien, allemand, espagnol et japonais. A droite, l’illustration pleine page.

Aujourd’hui, on a donc décidé de traiter d’auteurs-illustrateurs qui ont mis en scène grâce à la photographie des jouets dans leurs livres. D’abord, Zazie Sazonoff. Cette plasticienne joue sur l’assemblage d’objets de récupération. Son travail fait penser aux collections bizarres qu’on pouvait faire enfant…

alphabet zinzin zazie sazonoff

L’alphabet zinzin, Zazie Sazonoff, Fred Chapotat, Mila éditions, 2002, 19,95 €

Dans cet abécédaire, on aime déjà la dédicace, qui nous plonge d’emblée en enfance, puisqu’elle est rédigée à l’aide de pâtes à potage représentant l’alphabet! Et le jeu commence dès les pages de garde. Les premières présentent les lettres en plastique magnétiques qu’on met sur les tableaux ou les frigos. Les dernières reprennent quelques-uns des objets mis en scène dans le livre, agrémentés de l’initiale du mot et en bas de page, les 26 lettres de l’alphabet pour inciter à renouveler le jeu de devinette proposé tout au long du livre. Ainsi, une double page est consacrée à chaque lettre: à gauche, un décor confectionné grâce à des jouets en plastique, des figurines, des cartes à jouer, des pages de livres ou de revues, du matériel scolaire etc et à droite, la lettre, en énorme majuscule centrale puis en écriture cursive ainsi que quelques exemples de vocabulaire, qu’on retrouve bien-sûr illustrés sur l’autre page. A chaque fois, c’est tout un univers qui est crée, le cirque pour le C, la classe, l’école pour le E etc.

tout en couleur zazie sazonoff

Tout en couleur, Zazie Sazonoff, Fred Chapotat, Mila éditions, 2005, 19,95 €

Dans cet opus, ça débute par un sommaire égrenant une liste d’expressions autour des couleurs. Chacune est imprimée dans la couleur à laquelle elle fait référence. A gauche, on retrouve la mise en scène avec de petites choses de la couleur traitée et à droite, un court texte conçu grâce à des jeux de mots et des noms d’objets de la couleur dont on parle. Une foule d’associations d’idées viennent à l’esprit en parcourant ces grandes pages colorées!

album en formes zazie sazonoff

L’Album en formes, Zazie Sazonoff, Fred Chapotat, Mila éditions, 2011, 19,95 €

Mise en forme

Vous trouverez à chaque page une liste de mots pour réfléchir, ou pour écrire des histoires, en forme de rond, carré, triangle, rectangle ou étoile.

Cette fois, on s’attaque donc aux formes. On peut dire qu’une sorte de chapitre est consacré à chaque forme, le dit chapitre étant composé de plusieurs doubles pages où chacune met en scène une expression. Par exemple, pour le rond, il y a successivement "rond-point", "rembobine!","encerclé!", "bulle, envole-toi…", "tout en rondeur". A chaque fois, une brève histoire nous est racontée et on nous soumet une liste par ordre alphabétique de toutes sortes de mots (préposition, adverbe, verbe, adjectif, nom commun etc)pour créer notre propre récit:

autour, circulation, cycle, faire le tour, gyrophare, pneu, rayonner, recycler, retourner, rond, rondelle, roue, rouleau, rouler, sens giratoire, sens interdit, six, tournant, tourner, virage, volant par exemple illustre l’expression "rond-point".

album des contraires zazie sazonoff

L’Album des contraires, Zazie Sazonoff, Fred Chapotat, Mila éditions, 2003, 19,95 €

Dans ce titre là, ce sont les notions contraires qui sont abordées…A découvrir également!

bouilles sarah d'haeyer

Bouilles, Sarah d’Haeyer, éd. Rita Gada et l’Oeil d’or, 2006, 10 €

Dans Bouilles, on a affaire à des portraits réalisés entre 2001 et 2005 en mode automatique et par grand beau temps dixit Sarah d’Haeyer! Les jouets immortalisés dans cet album sont les témoins d’une enfance certainement révolue…Pourquoi? parce qu’ils sont tantôt écaillés comme les chats Marcel et Asmodée, rayés comme l’éléphant Gédéon, cassés comme ce béni oui-oui à qui il manque un bras de bois, élimés comme la peluche perroquet nommée Paca, délavés comme le chien Otto, tout simplement usés comme Herman, succédané de Spiderman…Ces photos colorées ravivent les souvenirs de jeux passés avec émotion.

c'est qui le petit corinne dreyfuss virginie vallier

C’est qui le petit? Corinne Dreyfuss et Virginie Vallier, éd. Thierry Magnier, 2013, 13,50 €

Pour évoquer cet album empli de subtilité, voici la préface de Corinne Dreyfuss qui divulgue là la démarche qu’elle partage avec Virginie Vallier:

Être petit, devenir grand…

Se faire tout petit, faire comme les grands, être trop petit ou être trop grand,

être le petit dernier ou le plus grand, avoir un petit frère, une grande sœur.

Enfant, petit, tous nos désirs et toutes nos préoccupations nous portent à devenir grand. Grandir, devenir fort, autonome, indépendant. Mais pour cela, il faut d’abord être petit, habiter, se représenter et jouer sa petite enfance. Ce livre conçu à deux présente des couples d’images en miroir qui nous entraînent dans un jeu de perspectives, de projections. Les images, toujours liées à l’enfance, inspirées de comptines, contes et jeux, posent questions, mettent en abîme, tiennent à distance, s’amusent de ces notions de petit et de grand qui se révèlent imaginées, construites, appropriées, relativisées, déjouées.

C’est quoi être grand?

Comme un petit atelier de philosophie, C’est qui le petit? invite petits et grands à analyser, argumenter, produire et comprendre des idées en partant de ces simples notions. Chacun peut inventer la règle de son propre jeu, choisir ce qui définit le grand ou le petit. Et pourquoi pas répondre aux questions:

C’est qui le petit?

C’est quoi être grand?

En fin d’ouvrage, vous trouverez une sorte de sommaire indiquant les notions/expressions en jeu pour prolonger la discussion.

bric à brac maria jalibert

Bric-à-brac, Maria Jalibert, Didier Jeunesse, 2013, 19,90 €

Enfin, il y a ce Bric-à-brac signé Maria Jalibert. On reprend ici la chronique de Delphine Juthier sur le site Ricochet dont on partage l’avis enthousiaste:

Avec Bric-à-brac, Maria Jalibert nous fait visiter un véritable petit musée. Cet imagier original et nostalgique donne une nouvelle vie aux vieux jouets de son enfance autant qu’à ceux d’aujourd’hui. 

L’imagier est donc plutôt une excuse pour s’amuser à ranger et déranger toute sa collection, un méli-mélo de petits jouets, le plus souvent en plastique : avions, voitures, petits animaux, dînette, cow-boy et indiens, poupées, araignées ou bijoux, ce petit monde est plutôt éclectique. Elle les classe par couleur ou par forme, elle les range en lignes ou en rond, elle les associe avec ou sans logique… Bref, elle nous promène à sa guise parmi des concepts formels en apparence, mais qui en fait ne manquent pas d’humour et de fantaisie.

Il y a d’abord des jeux de mots ou de lettres : orange rangé, rose désordre, vert endroit envers. Ici, les jouets choisis illustrent en même temps chacun des deux concepts (la couleur, et l’organisation dans la page). Puis elle nous amuse avec la séquence « devant/derrière ». Celle-ci montre sur la première page des petits poupons de face avec une couche, et sur la deuxième les mêmes bébés de dos sans couche, ce qui provoque bien évidemment des éclats de rire chez les petits. Elle nous surprend avec ses combinaisons insolites et déjantées, comme ses cochons perchés dans des arbres ou les moutons qui côtoient des boutons. De façon ludique (littéralement !), elle dédramatise certains tabous, celui de la mort ou de la bagarre. Par exemple, sa séquence « en l’air/sous terre » est assez jouissive, puisqu’elle évoque l’univers de la décomposition à travers les jouets qui « vivent » sous terre : squelettes, chenilles, mille-pattes ou vers de terre. Une autre trouvaille est son « bazar de A à Z », dans lequel elle classe par ordre alphabétique toute une variété de jouets.

Cet album, qui nous paraît bien simple au premier abord (un imagier pour les tous petits), étonne et détonne, grâce au regard singulier de cette illustratrice. C’est bien un de ces ouvrages qu’on peut lire et relire à tous les âges, un livre pour regarder, observer, décortiquer. On y sent des odeurs d’enfance, des plaisirs de collectionneur passionné, des petits trésors sans valeur que l’on a envie de garder dans un coffret… Même les jouets cassés, ces objets inutiles destinés au rebut, ressuscitent à la fin de cet album, ne serait-ce que pour la dernière fois. Une vraie réussite !

Toutefois, tous les livres utilisant les jouets dans leurs illustrations ne sont pas systématiquement des formes d’imagier, pour preuve cette interprétation des Trois petits cochons déjà évoquée là! Vous avez d’autres exemples? On attend vos commentaires!

très petits cochons martine camillieri angélique villeneuve

Mon livre d’enfance : Fantômette

1 sept

 Fan de Fantômette je suis, fan je resterai!

 

fantomette01L’histoire:

De mémoire, c’est l’histoire de Françoise, écolière le jour, justicière la nuit. Elle est accompagnée d’une copine bouboule et d’une autre maniaque de la mode, Ficelle, je crois. Je ne me souviens d’aucun ennemi..Ah! si peut-être Alpaga? ..mais j’ai lu et relu les aventures de ce personnages vers l’âge de 7-8 ans!

Après vérification sur  Wikipédia (je n’ai, hélas plus aucun roman de la bibliothèque rose )….:

Fantômette est une série de cinquante-deux romans pour la jeunesse créée par  Georges Chaulet et publiée en France de 1961 à 2011 aux éditions Hachette dans la collection Bibliothèque Rose. Écolière brillante dans la ville (fictive) de Framboisy, Françoise Dupont mène une double vie car la nuit, elle devient Fantômette, justicière masquée. Elle parle un nombre considérable de langues, lit sur les lèvres. Ficelle et Boulotte, ses deux meilleures amies, ne savent pas qui est Fantômette. Son chat s’appelle Méphisto. Le journaliste Œil-de-Lynx (de son vrai nom Pierre Dupont) fait partie des rares personnes à connaître son identité secrète.

Ma rencontre: Un anniversaire, des livres en cadeau => Comme je dévorais tout ce qui me passait sous la main, mes parents ont eu l’occasion de m’offrir des brouettes de romans avec le sentiment de participer à ma bonne éducation, lire c’est bien! La série Bibliothèque rose permettait de collectionner les romans, comme on collectionne les timbres. Les différents tomes étaient bien rangés dans ma bibliothèque.

Et là, identification complète! Non pas à Boulotte (qui aurait été naturel si l’on en croit les remarques de l’infirmière durant les visites médicales à l’école) mais à la justicière de la nuit: Fantômette! Trop bien son costume, trop bien ce qu’elle était capable de faire ( en fait, cette fille est une mutante car elle vit à la fois le jour et jour et la nuit, elle ne dort pas, ne mange pas,  elle est aussi hyperactive si l’on comptabilise le nombre d’activités qu’elle enchaine et a un QI proche de celui d’Einstein et de Kasparov réunis!)

Je me souviens de m’être interrogée sur l’identité de Fantômette, car je ne crois pas que l’auteur ait clairement signifié que Françoise et Fantômette n’étaient qu’une seule et même personne (oups! désolée pour le spoiler!) Je me souviens avoir comparé les dessins, cherché les ressemblances, assise sur mon lit!

Quelle place dans mon parcours de lecteur?

Je dirais qu’elle a été celle qui m’a donné le goût pour les séries policières car les années qui ont suivi j’ai lu les séries de la bibliothèque rose : Le club des 5, le Club des 7, de la bibliothèque verte: les sept compagnons, Alice…..plus tard l’ensemble des romans d’Agatha Christie et autres romans policiers pour adultes. Devenue vieille (appelons un chat, un chat), j’aime volontiers lire les romans jeunesse policiers comme les Cherub, Artémis Fowl, et autres Pénélope Green. Bon, aujourd’hui, je m’identifie moins. :-)

Fantômette aujourd’hui:

Je découvre un site qui me replonge dans mes lectures d’enfance, que je ponctue de "Ah oui: c’est vrai!", le sourire aux lèvres.

http://www.millepompons.free.fr

De nouvelles éditions ont vu le jour, je m’interroge et fais appel aux nouveaux lecteurs de Fantômette:

-Les textes sont-ils identiques?

-Fantômette a-t-elle bien vieilli?

-Que pensez-vous du dessin animé de Fantômette?

et aux "anciens" pour qu’ils partagent leurs souvenirs de lecture!!!!!

C………………. (comme Cristel)

qui_costume

Carole Fives, Modèle vivant

30 août

modele-vivant-carole-fives-9782211215435Dès les premières pages de ce roman, j’apprécie la délicatesse de cet auteure…une belle histoire qui se veut  autobiographique. Une histoire d’amour entre deux adolescents, deux artistes, deux personnalités qui ont du mal à évoluer dans le monde qui les entoure, à la recherche de sentiments vrais.

Bon, je dois avouer que j’ai eu du mal à croire qu’un père autorise sa fille de quinze ans à séjourner chez son copain inconnu et que sa mère ne déclenche pas le plan alerte-enlèvement… après deux jours de retard.

Mais… j’ ai suivi avec tendresse la rencontre de Carole, quinze ans qui vit avec son père depuis le divorce de ses parents,

"à l’époque de la séparation, on ne nous a pas demandé notre avis, chaque parent a gardé son enfant préféré et basta."

Cette jeune ado  utilise le dessin comme langage, elle exprime ainsi ses interrogations, son mal-être.

"ces mots je les exprime avec le dessin, avec la rage du fusain, des couleurs, du trait."

Elle rencontre José, un jeune peintre de 19 ans

" à la fois sombre et lumineux"

et ils tombent passionnément amoureux le temps d’un court séjour près des châteaux de la Loire. Cette rencontre dépassera de loin le simple amour de vacances.
La couverture, illustration de Rascal, propose une Carole perdue dans ses pensées, à la recherche de solutions pour arriver à gérer la relation qu’elle a avec sa belle mère qui a décidé de ne pas l’inclure dans sa vie, la relation avec son père jusque-là exclusive, la relation avec sa mère qui a choisi d’emmener son frère quand elle a déménagé à 1000 kms du domicile familial… Elle a la grâce, le port de tête d’une statue antique et la coquetterie d’une adolescente contemporaine…

Carole Fives, Modèle vivant, Ecole des Loisirs, 2014.

Ma vie de libraire pour la jeunesse # 1. À bas les clichés !

27 août

Bienvenue dans ma vie de libraire !

Cet article s’inspire de plusieurs vies de libraires, les miennes.  En librairie dite de Grande Surface Spécialisée, puis en librairie généraliste, puis en spécialisée jeunesse. Toutes pareilles et pourtant toutes différentes !

SAMSUNG

Oui, c’est moi ! En mode Marvel, un jour de pétage de plombs. Attention, on ne s’amuse pas tous les jours non plus !

Il s’agit ici du premier article voué à faire connaître un métier qui fait fantasmer bien des gens. C’est justement pour faire prendre conscience des réalités que j’ai décidé de vous livrer un portrait assez peu glamour mais 100% véridique de mon gagne-pain.

Li-braire !

Avouez que ça fait rêver. Ça en jette, non ? Je suis parfois prise d’une envie de faire ma maligne lorsqu’on me demande "Et toi, tu fais quoi comme boulot ?" En réponse, j’ai l’impression de prononcer une simili formule magique "Oh, moi tu sais, je suis libraire pour les enfants…" Puis,  j’ai pris l’habitude après avoir écouté les "T’as trop d’la chance ! Ça doit être trop coooooool comme boulot !" (oui c’est vrai), de vite calmer les ardeurs de mes fans. Salaire minable, boulot épuisant, horaires de commerçant, vacances de commerçant, patience en toutes circonstances pour gérer les désirs des clients, etc…

Mais c’est vrai que j’ai de la chance d’être libraire, c’est un boulot cool et de passion. Franchement, y a pire. Mais avant de vous décider à venir vivre ma vie de libraire dans votre vraie vie à vous, lisez cet article et celui de Télérama intitulé Profession : libraire fier qui donne un bon aperçu du métier. Même si le terme "fier" dans le titre me fait grincer des dents car j’ai du mal avec l’importance que certains donnent à ce métier car enfin, soyons honnêtes, on ne vend que des livres. Je ne vois nulle mission sacrée ou acte de bravoure là-dedans.

Avant tout, vous qui pensez à devenir libraire, demandez-vous si vous êtes vraiment passionné de livres et non pas de lecture et encore moins d’un genre de lectures en particulier… Je m’explique : on peut-être un fan absolu de SF, lire 150 romans de SF dans l’année et vouloir passer sa vie à en conseiller dans une librairie et puis… on se retrouve dans une librairie généraliste au rayon dictionnaires (je n’ai rien contre les dictionnaires).

dictionnaire

On ne tombe pas toujours du premier coup au poste escompté, surtout dans les GSS ou les librairies généralistes. Alors, je pense que l’amour du LIVRE est essentiel, ça parait bête de dire ça, n’est-ce pas ? Il faut aimer le renifler, le tripatouiller, ok bon, j’arrête. Nul besoin d’être fétichiste non plus.

Si vous êtes vraiment passionné par la chose livresque alors vous pourrez certainement vous accommoder de votre paie au SMIC, de vos samedis travaillés, de vos 5-semaines-de-congés-pas-une-de-plus, de vos centaines de kilos de cartons portés chaque semaines, de vos clients de mauvaise humeur, du téléphone qui sonne toujours au mauvais moment (fonctionne aussi avec la cb qui tombe en panne au mauvais moment, l’ordi, la caisse etc…) Vous ferez le ménage avec délice en fin de semaine, irez à la déchèterie en sifflotant vous débarrasser des tas de cartons évoqués plus haut. C’est encore et toujours la passion qui vous aidera à vous lever les dimanches à l’aube pour aller sur les divers salons du livre pour lesquels des semaines de préparation sont nécessaires et une journée entière de remise à neuf de la librairie au retour. Et j’en passe.

Donc de la passion, sinon c’est cuit.

Quand je vois le nombre de personnes qui rêêêêêêvent de faire ce boulot lorsque j’en parle, je m’aperçois que l’image qu’en a une bonne partie de la population est terriblement déformée.

Voici selon moi les pires clichés véhiculés (et un brin exagérés je l’avoue) auxquels j’apporte mon vécu…

Idée reçue numéro 1: pour être libraire il faut être très intelligent.

Même pas ! J’en connais qui n’ont pas le bac mais je ne dirai pas qui. Pour être libraire, il faut surtout être curieux et avoir de bonnes connaissances de culture générale.

Exemple : si vous soutenez à un client que Stendhal n’a jamais écrit Le rose et le vert et que vous lui ricanez au nez en lui disant c’est Le rouge et le noir ! , vous aurez l’air idiot car ça existe bel et bien… Idem avec un autre piège de nos classiques de la littérature française, notre ami Molière a bien écrit L’école des maris bien qu’on nous demande toujours celle des femmes.

Mais bon, pas de panique car quand on débute on ne peut pas être une encyclopédie non plus. Et même au bout de xxx années de carrière, il y aura toujours un client qui en saura plus que vous sur un sujet et ne manquera pas de vous le faire remarquer. C’est agaçant mais au moins, dans mon boulot, j’en apprends tous les jours et tous les soirs je me couche un peu moins bête. N’est-ce pas formidable ? Donc, il faut en avoir dans le ciboulot mais on n’a pas besoin de réviser l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert non plus. Quoi que avec celle magnifique publiée par l’Edune l’an dernier, on s’y met avec plaisir. lumières

Dans les faits, pour être libraire il n’y a pas forcément besoin d’un diplôme MAIS les DUT Métiers du livre par exemple sont appréciés. On peut trouver des formations dès le CAP, suivez le lien ici pour voir la liste des formations. Vous voyez, il y en a pour tous les goûts. Pas besoin de se lancer dans un cursus de lettres modernes et ça, c’est pas une chouette nouvelle ? Donc, non pour être libraire, pas besoin de faire de longues études. Le plus dur c’est de trouver du boulot car on est serrés comme des sardines.

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Les formations en alternance sont, sur le papier, une super idée. Dans les faits je connais malheureusement peu de libraires qui prennent des apprentis. Le plus dur est de trouver celui qui voudra faire de vous son petit protégé. Sollicitez les librairies auxquelles personne ne pense, celles cachées dans un petit village en périphérie où un libraire galère tout seul et voudrait bien un peu d’aide…

Idée reçue numéro 2 le libraire lit beaucoup

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Le libraire lit quand il peut mais jamais au travail…

Alors ça c’est forcément vrai, je vous faisais une petite blague. Le libraire lit beaucoup mais je voulais préciser une petite chose loin d’être anecdotique : le libraire ne lit jamais pendant son temps de travail ! Ou alors c’est un petit veinard. Personnellement, je n’en connais pas qui ont le temps de bouquiner pendant les heures d’ouverture. Le libraire lit donc en dehors de son travail, dans son lit par exemple jusqu’à ce qu’il s’écroule de fatigue. Ou à la plage, ou dans son canapé. Où il veut mais pas au boulot. Donc on fait beaucoup d’heures supplémentaires non rémunérées. Mais vous allez me dire "quand on aime on ne compte pas". Je l’attendais celle-là mais je préfère ne pas y répondre. Dans le cas où l’on est "spécialisé jeunesse" puisque c’est de ça dont on parle dans ce blog, j’en viens carrément à culpabiliser lorsque je prends le temps de lire un bouquin pour adultes.

ça te saoule pas de lire que des livres pour les gosses ?

Me demande-t’on parfois à juste titre (la réponse est oui ET non)

Je ne m’autorise que les congés d’été pour lire du "pour les vieux… " Le reste du temps ça m’angoisse et me donne l’incroyable sensation de prendre trop de retard sur toutes les nouveautés si je ne carbure pas à la jeunesse. Ce qui m’amène à l’idée reçue suivante.

Idée reçue numéro 3 : le libraire connait tout (même pas vrai)

Alors celle-là, je l’entends toutes les semaines :"Demande à la dame mon chaton, elle connaît tous les livres." Ou sa variante lorsque l’on conseille : "Mais vous avez lu tous les livres ?"

Et bien non le libraire ne connait pas tout et n’a pas lu tout ce qui est dans sa boutique… Mais normalement au bout d’un certain temps et s’il sait bien faire son boulot, il est capable de répondre à un peu tout. Par quel miracle ? Et bien déjà, suis-je autorisée à dire "tous les Nothomb se ressemblent ?" N’allez pas croire que j’ai une dent contre Amélie, je veux juste dire par là que généralement on se fait vite une idée du style d’un auteur par exemple, de l’identité d’une collection. Si vous aimez machin alors vous aimerez bidule (oui, comme sur les propositions de libraires par internet, c’est dingue !) Par exemple : si vous aimez Musso vous aimerez Lévy.

Et puis, normalement le libraire se tient au courant (magazines, blogs, etc…) et sait donc ce que machin ou bidule qui est hyper renommé dans le monde de la littérature en a pensé. Lorsque je ne peux pas donner mon avis mais que j’ai lu un bon article dessus, j’en parle. Attention ! Je n’ai pas dit que je faisais semblant d’avoir lu le livre en mettant dans ma bouche les propos de Michel Abescat dans Télérama !!! Je suis toujours honnête même si ça apporte parfois la réaction que je déteste : "Ah bon, vous ne l’avez pas lu ?" "Non madame, mais j’en ai lu d’autres vous savez…" On dirait que le monde s’écroule lorsque l’on ose dire non.

Et puis ce sont aussi souvent les mêmes que l’on conseille car nous avons bien sûr nos chouchous. Ce qui ne nous empêche pas de savoir aussi nous débrouiller lorsque l’on nous demande des conseils sur des choses qui nous inspirent moins. Et ça ça arrive quand même assez fréquemment car on ne tombe pas toute la journée sur des lecteurs avec qui l’on peut partager ses affinités. Et un fin libraire, à mon sens, ne tentera pas le diable en proposant à un fan de 50 shades of grey de tenter dans la foulée Belle du seigneur. Je pars du principe qu’il faut respecter les lectures des clients et y aller mollo dans leur reconversion.

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J’avoue j’ai pas tout lu. Quoi, vous n’allez pas me dire que vous avez lu tous vos livres quand même ?

Idée reçue numéro 4 : le libraire aura bien un livre pour régler le problème du petit.

Votre enfant mord ? Il ne veut pas jeter sa tétine ? Votre fille ne veut plus se montrer toute nue ? Votre fils est mauvais perdant ? Votre chien est mort ?
Pas de panique le libraire a des livres pour toutes les situations et c’est presque vrai. Grâce à la série de chez Calligram Ainsi va la vie -que tout le monde même moi appelle Max et Lili-, on trouve de tout.  Mais alors vraiment de tout. Même si la mère de la meilleure amie de votre fille picole ou si le neveu de je ne sais pas qui est en prison, c’est tout bon. Grâce à Max et Lili on est sauvés ! Pour tous les âges les auteurs et éditeurs proposent des titres pour soigner tous les maux. Le libraire doit jouer au psychologue avec certains clients et faire preuve de tact dans des situations parfois bien difficiles. Divorce, maladie, décès, beaucoup de familles confrontées à des situations compliquée cherchent un livre pour aborder des sujets délicats avec leurs enfants.  Pas toujours simple de répondre à toutes les demandes et de trouver le livre adéquat. Pour les plus grands il va falloir "taper" dans les romans, trouver le titre auquel s’identifier au héros. Bon, pas simple tout ça. Et en plus c’est même pas sûr que ça marche… Il y en a qui croient dur comme fer au livre médicament. Je reste un peu plus sur la réserve selon les demandes et me retient parfois de conseiller aux parents un pédo-psy plutôt que d’essayer d’éradiquer la jalousie maladive de l’aîné qui mord le nouveau né à coups de Trotro à une petite sœur.

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Madame la libraire ! Au secours mes enfants se sont transformés en félins, qu’est-ce que je peux leur lire ?

Je pourrais mettre encore ici bien des idées reçues sur mon métier mais j’en garde pour la suite ! Il faut savoir tenir en haleine ses lecteurs.

Je vous donne quand même un SPOILER en attendant le #2 : libraire, un chouette métier… Dans le prochain post : votre libraire balaie (tout en décrochant le téléphone et en disant au revoir avec le sourire à la madame qui s’en va).

Ma vie de Maîtresse-qui-enseigne-la-littérature

21 août

En route pour la découverte de la vie d’une maitresse dans le monde de la littérature pour la jeunesse! Si l’on a un côté littéraire développé, je pense que c’est un passage obligé étant donnée la richesse de cet univers…

Pour être dans les clous et mener à bien la "mission" qui nous est confiée, à nous enseignants du primaire, un crochet par les Instructions Officielles (programmes) est vivement conseillé!

Depuis 2002, la littérature est au coeur des programmes pour l’école élémentaire ; elle devient support et vecteur de la «culture littéraire» des élèves. Les documents d’accompagnement soulignent sa richesse en «chefs d’oeuvre depuis deux siècles». La littérature de jeunesse s’installe à l’école par le biais de la liste de références parue en 2002 actualisée en 2004, 2008 et 2013. Une nouvelle fonction lui est conférée, elle se décline en compétences, elle se doit de supporter des activités, de conduire à des évaluations. De nombreux enfants issus de milieux culturels fort éloignés de la littérature peuvent désormais accéder à cette culture littéraire. Un fois dans le cadre de l’Institution, les petites mains de la maitresse peuvent s’entrechoquer pour partir à la découverte de trésors…

La lecture offerte a une part essentielle dans ma vie de maitresse : en lisant quotidiennement un album, un roman, les enfants ont accès à une lecture longue qu’ils n’auraient peut-être pas effectuée. Et oui! Ne nous leurrons pas, la lecture aujourd’hui, pour beaucoup, n’occupe pas une grande place à la maison, si ce n’est la lecture du soir! Je me plais à leur faire partager mes coups de cœur, mes découvertes et je leur prête ensuite volontiers mon album ou mon roman pour qu’ils le relisent à temps perdu, pour qu’ils observent les illustrations et réfléchissent à ce qu’ils avaient compris… J’ai beaucoup appris des recherches sur les lectures parentales dans l’ouvrage de Cathy Frier paru en 2006 : Les passeurs de lecture : lire ensemble à la maison et à l’école, Paris, Retz. Cette année, mes élèves ont vécu sur la péniche d’Abel (Pascal Nottet, La Princesse de Neige), ont hurlé le nom des contes décrits par les haïkus de Agnès Domergue et Cécile Hudrisier, et ont échappé à l’affreux ogre au pull vert moutarde (Marion Brunet)….

Quoi de mieux que de commencer la journée par une belle aventure?

La lecture suivie est l’un des piliers de mon année de CE1 ; après la méthode d’apprentissage de la lecture au CP, l’élève de CE1 devient un lecteur de livres. Je choisis généralement un album, un roman, un recueil de poèmes ou un album sans texte par période. J’adore fouiner et suivre les conseils de mes génialissimes copines du blog ou piocher ici et là dans les nombreux sites et blogs :

Les Centres Nationaux ou Départementaux de Documentation Pédagogiques s’intéressent de près à la littérature pour la jeunesse. «Télémaque», section littérature de Jeunesse du site du CRDP de l’académie de Créteil propose une riche bibliographie d’ouvrages accompagnée de fiches pédagogiques et de compte-rendus d’animations pédagogiques en lien. Malheureusement, nous ne trouvons pas les dernières parutions, le site ayant cessé d’être actualisé en 2008.

«Savoir Lire», site associatif, publie un article consacré aux productions qui apparaissent dans la sélection du Ministère de l’Education Nationale. Bien moins institutionnels, les blogs de littérature ou sites d’enseignants proposent des exploitations pertinentes de certains livres. Le blog d’Aliaslilli, enseignante, publie plusieurs articles fort intéressants. Elle renvoie son lecteur vers d’autres sites et vers les podcast de l’émission radio « l’attrape-livres » de Colombe Schneck diffusée sur France Inter depuis 2012. «Cahiers et livres», dirigé lui aussi par une enseignante, nous fait partager ses coups de cœur. «Petit Partage», autre site de Professeur d’école, évoque la Bande Dessinée comme support de langage mais s’interroge très pertinemment sur  l’exploitation de certains albums à l’école.

Quand je ne pioche pas ici et là, je construis mes séquences comme celles que je présente sur ce site. L’an dernier, mes élèves ont travaillé sur les abécédaires (partage du corpus avec Hélène), la lettre, le récit de point de vue, la poésie, l’album sans texte et le conte de randonnée. Et chaque fois, un réseau thématique, d’auteur ou de structures est disponible sur notre table exposition.

La visite à la bibliothèque

Car la circulation des livres est primordiale. Il faut toucher, feuilleter, sentir, manipuler le livre. La visite à la bibliothèque municipale est une priorité pour moi. Beaucoup d’enseignants soupirent dès que la visite à la bibliothèque approche : "ça prend du temps!", "ils ne rendent pas les livres", "ils perdent les livres". Près de mon école, la bibliothèque est toute petite, mais Nicole, la bibliothécaire et Maryline, l’employée municipale présente à chaque visite font leur maximum pour que ce moment reste un moment de plaisir. On écoute une histoire, un conte, on regarde une exposition, on fabrique un petit quelquechose et on fouine ici et là dans les bacs des albums, dans les étagères des documentaires, des romans. Parfois, je donne une consigne  d’emprunt : aujourd’hui on prend un livre qui a un rapport avec l’hiver, un livre que l’on doit lire en plusieurs fois…, parfois non. Le livre se doit d’être banalisé, échangé. En classe, on en parle, on a aimé, pas aimé, on argumente, on extrapôle, on digresse. On recommande, on ne recommande pas. Je n’hésite pas à leur parler des droits du lecteur de Daniel Pennac…et de mes lectures. Bref, le livre n’est pas anodin.

Le carnet de lecteur

Cette année, j’aimerais mettre en place un carnet de lecteur qui suivrait chaque enfant jusqu’en CM2 voire plus. C’est en chantier encore, mais je sais ce que je ne veux pas. Ce ne sera pas :

- un énième cahier que l’on "brûle à la fin de l’année"

- un exercice obligatoire, évalué.

- un cahier corrigé (je sais que je m’attire les foudres de tout plein de monde quand je dis ça!)

J’aimerais que chaque lecteur note, apprécie, dessine, décore,  imagine, réfléchisse à sa lecture… Que ce carnet soit une mémoire de toutes ses lectures d’enfances.

Bon, il va falloir que je trouve les arguments adéquates pour motiver mes collègues et construire un projet pertinent, efficace… :-)

Les projets lecture-écriture

La littérature pour la jeunesse est au cœur de ma pratique de classe. Elle sert de fondement aux séquences de productions d’écrits, elle me sert de support pour chaque notion de langue vivante et réussit à s’insinuer même dans le domaine scientifique (voir l’ouvrage de Yvanne Chenouf, Hauts les docs!). Dans ma classe, le livre est plaisir, jeu, partage.

Quand je vois le plaisir qu’a chaque élève de cycle 2 face à un album, je me dis que nous avons un rôle à jouer, nous, enseignants, pour guider discrètement ce jeune lecteur vers cet univers d’aventures qu’est la littérature pour la jeunesse. Ce rôle reste modeste, il suffit de lire, lire et relire.

Mots d’élèves

Pour finir, voici quelques réactions de cette année:

En lisant La taupe "Maitresse si on s’amusait à écrire le bruit des cacas des autres animaux?" Maxance

En lisant L’ogre au pull vert moutarde "J’aimerais pas avoir un sœur comme la Boule, moi!" Gabriel

En lisant Dessine! "Ben moi, tu sais, je n’ai pas peur des dinosaures!" Sacha

En lisant Chère maîtresse : "C’est trop fort d’être un agent secret et d’envoyer une lettre à sa maitresse!" Tom

En lisant Ami-Ami : "Mais non, il le mange pas, la maîtresse, elle nous montrerait pas des histoires qui font peur!" Yélina

En lisant Petit Pirate et grande chanteuse "Moi aussi, je veux être chanteuse quand je serai grande" Kallista

Voilà, voilà, mes petits plaisirs de maitresse-qui-enseigne-la-littérature… une maitresse, c’est comme un élève, quand l’école est agréable, tout devient facile!

des albums culottés

11 août

Il y a des thèmes dont les enfants sont particulièrement friands et dont on sait à coup sûr qu’ils déclencheront des éclats de rire à la lecture! Parmi ceux-là, on peut compter sur les traditionnelles histoires scatologiques… Idem en évoquant la question du sous-vêtement, qu’on parle du slip, du caleçon ou bien de la culotte, sujet central de nos 3 albums sélectionnés aujourd’hui.

Le premier album culotté est signé Anne Crahay. C’est une forme d’hommage à la chanson populaire Le Bon roi Dagobert :

Le bon roi Dagobert
A mis sa culotte à l’envers ;
Le grand saint Éloi
Lui dit : Ô mon roi !
Votre Majesté
Est mal culottée.
C’est vrai, lui dit le roi,
Je vais la remettre à l’endroit.

Le récit en randonnée ajoute à l’humour déjà présent par le sujet même, la culotte, le tout accentué par le choix des rimes et du vocabulaire. Les pages qui se déploient achèvent de nous tordre de rire…

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A qui sont ces culottes? Anne Crahay, Alice Jeunesse, 2009, 13 €

Dans le même registre, La culotte du loup offre une bonne partie de rigolade. Cette fois, c’est la comptine « Loup y est-tu ? M’entends-tu ? Que fais-tu ? » qui marque le point de départ du récit. Et comme dans la comptine, le loup entreprend de s’habiller, mais s’aperçoit que sa culotte est toute trouée. Les répétitions entêtantes de la part du loup d’expressions telles que "bande de saucissons, ça va barder pour vous !" ou "par les poils de ma barbichette, c’est celle-là que je veux !" associées aux illustrations pleine de malice de Laetitia Le Saux provoqueront à coup sûr les rires des enfants. Le petit plus: l’album égratigne notre société de consommation avec drôlerie!

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La culotte du loup, Stéphane Servant, Laetitia Le Saux (ill.), Didier Jeunesse, 2011, 12,50 €

Dans cette autre version destinée aux plus petits, c’est Ours blanc qui est stupéfait : il a perdu sa culotte ! Il ne se rappelle même plus à quoi elle ressemble… Aidé par son ami Souris, il se lance à sa recherche. Les deux compères croisent au cours de leur quête une multitude de culottes : hélas, ce n’est jamais la bonne. Mais la culotte d’Ours blanc est peut-être moins loin qu’il ne le pense… Là encore, le thème très fréquent  de la quête de l’objet perdu amuse toujours autant. On aime tout particulièrement le regard du duo japonais Tupera Tupera sans oublier le clin d’œil de la culotte rouge en papier à (re)mettre sur le livre!

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Ours blanc a perdu sa culotte, Tupera Tupera, Albin Michel Jeunesse, 2014, 13,50 €