MANGA !

Hier mon œil a été attiré par un article pour le moins inhabituel figurant à la une du journal du coin, Le Progrès : http://www.leprogres.fr/rhone/2011/11/30/agresses-dans-leur-quartier-a-cause-de-leur-passion-pour-les-mangas

Toute la nuit je me suis demandée comment cette passion pour les mangas avait pu les mener dans une telle galère. Etant moi-même grande consommatrice de manga, à la différence près que je ne pratique pas le cosplay, j’ai décidé d’écrire aujourd’hui cette bafouille au sujet d’un des secteurs éditoriaux les plus en vogue du moment, même s’il paraît que ça se tasse.

Les origines

Le manga puise ses racines dans l’imagerie populaire du Japon. Entre les IXe et XIVe siècles c’est l’essor de la technique appelée « E-makimono » (à ne pas confondre avec le kimono), se sont des dessins peints sur un long rouleau de papier, comme ce que l’on appelle chez nous des volumen. N’en déplaise à ceux qui pensent que les mangas sont des dessins gribouillés vite fait, il est temps de rappeler une bonne fois pour toutes que l’on considère que c’est Hokusaï lui-même qui a dessiné le premier manga en 1814. On parle bien là du Hokusaï de la fameuse peinture les 36 vues du mont Fuji et surtout celle de La vague.  A l’époque les mangas ça donnait donc ça :

Joli, n’est-ce pas ? Bon, pour l’action et les dialogues on repassera…

Je cite au passage un roman que j’adore, vite lu et parfait pour les enfants qui-ne-lisent-que-des-mangas : Le vieux fou de dessin de François Place qui justement raconte un bout de vie de Maître Hokusaï et son amitié pour un petit garçon. Je dis toujours aux enfants : « Si tu aimes les mangas, il faut que tu lises ça pour savoir comment tout a commencé ». Sinon pour les ados il y a un roman plus que formidable publié à l’Ecole des loisirs qui reprend la légende du singe-roi qui a elle-même inspiré Dragon Ball, il s’agit de Pas de vacances pour immense savoir de Mark Salzman. Si vous êtes un adulte vous pouvez aussi l’acquérir chez Picquier ! Un roman trépidant de vie, d’aventures, de voyages entre la Chine et les Etats-Unis, ce qu’on appelle un roman d’initiation.

Le nom « manga »

C’est encore Hokusaï qui forge le nom de manga en accolant deux caractères chinois (pourquoi chinois, je ne sais pas !) qui signifient « Image dérisoire« , certains préfèrent « Image illusoire« . Bon, une fois dit ça, ça ne nous explique pas s’il faut dire LE ou LA manga… Voyons voir ce qu’en pense Thierry Groensteen, grand monsieur de la BD qui a écrit bien avant que ce ne soit franchement à la mode L’univers des mangas. Voici son explication qui va mettre tout le monde d’accord : « Les substantifs japonais n’étant pas référés à un genre, il est tout aussi licite de parler de la manga que du manga. Cependant, l’usage qui tend à s’établir penche en faveur du masculin. » Va t’il falloir encore s’incliner du côté masculin ? Pour une fois qu’on a le choix, dans ce blog composé uniquement de femmes, et si on disait « la » ? Voilà qui va faire plaisir à Frédéric Boilet, ferme défenseur du « la ». Bon, sinon il y a aussi une théorie qui veut qu’on dirait la manga lorsque ce sont des oeuvres littéraires et le pour les autres. Exemple : « vous avez reçu le dernier manga Naruto tome 354 ? » Ou encore :  » La nouvelle délicieuse manga de Jiro Taniguchi est-elle parue ? ».

Une fois ceci dit, vous faites comme vous voulez.

Les débuts

Passons rapidement sur le Kamishibaï, un délicat spectacle de rue immensément populaire dans le Japon d’après-guerre, et qui tomba dans l’oubli à l’arrivée de la télévision.

Citons, tout de même un album très émouvant Le bonhomme Kamishibaï d‘Allan Say qui raconte justement cette courte période d’emballement puis de désamour de cet art. De nos jours, le kamishibaï est la spécialité d’éditeurs tels que Callicéphale.

Dès 1914, l’éditeur Kôdansha, lance un mensuel appelé Shônen club (pour les garçons), puis en 1923 Shôjo Club et enfin en 1926 Yônen Club pour les plus petits. A cette même période la BD hérite d’un support à grand tirage qui anticipe ce que seront plus tard les comic books américains.

En 1947 Osamu Tezuka qui se destinait à être médecin, révolutionne la technique narrative avec La nouvelle île au trésor au découpage intensément cinématographique (regardez l’image ci-contre et vous comprendrez tout de suite). Puis viendront Le roi Léo, pillé des années plus tard par Disney… et tant d’autres encore (des centaines de milliers de pages dessinées et des héros qu’on ne peut tous citer : Astro boy, Bouddha, Phoenix… et leurs adaptations en anime par la suite). Tezuka hérite à juste titre du surnom de « Dieu du manga ». Étonnamment, Tezuka reste longtemps méconnu en France et c’est trop injuste ! A lire absolument, sa biographie en 4 volumes publiée dans la collection Ecritures chez Casterman. Cette biographie est tout aussi réussie et happante que ses propres récits car la vie de Tezuka est un film, une aventure incroyable, presque sans sommeil. Tezuka était toujours sur des dizaines de projets à la fois et ses éditeurs le harcelaient constamment pour qu’il rende ses travaux dans les délais, allant jusqu’à s’installer chez lui. J’ai été particulièrement troublée par le passage narrant sa venue au festival d’animation d’Annecy  en 1983 et sa venue passée inaperçue à l’époque au festival d’Angoulême en 1982 où il se lia d’amitié avec Jean Giraud/Moebius. Ironie du sort, Tezuka est nominé à Angoulême en 2004 et 2006, alors qu’il est mort en 1989. Encore plus ironie du sort, il gagne le prix Intergénérations du même festival pour la série Pluto … en 2011. Série relancée par Naoki Urasawa auteur monstrueusement talentueux des célèbres 20th century boys et Monster.

Remercions au passage les éditions Cornélius http://www.cornelius.fr/ qui font paraître les oeuvres de Tezuka, Mizuki et d’autres illustres mangakas avec des couvertures trop belles à en tomber par terre.

Et là, encore, je ne vous montre que les tranches…

(aucun de ces articles n’est à vendre).

Dans les années 50, c’est l’essor des bibliothèques de prêt appelé Kashibon manga, et là si ça vous intéresse il faut absolument lire les tout-récents volumes d’Une vie dans les marges qui retracent toute cette période à travers les yeux d’un autre grand monsieur de la manga : Yoshihiro Tastumi. Ce mangaka, allié à d’autres a fondé une nouveau genre de BD dite réaliste possédant un genre narratif très soutenu appelé Gekiga que l’on peut traduire par « dessins dramatiques », ça vous met dans l’ambiance. Oui, dans le gekiga on ne vous épargne pas grand chose, meurtres et compagnie sont le lot de ce genre littéraire que l’on retrouve édité notamment chez Vertige Graphic.

Sur cette photo on voit des deux volumes de la vie dans les marges racontant la vie de mangaka de l’auteur Yoshihiro Tatsumi et en dessous deux mangas de type gekiga à propos desquels on découvre plein d’anecdotes dans Une vie dans les marges. La boucle est bouclée !

Le milieu

Mais le/la manga ce n’est pas que ça ! Pour nous qui avons grandi avec les mangas du Club Dorothée notre idole est forcément Goldorak, ou bien Candy ou alors encore le mythique Dragon Ball qui caracole toujours en tête des ventes. Pourtant c’est à cause de ces dessins animés mal fignolés que le manga a longtemps eu mauvaise presse en France. Ben quoi ? C’est vrai qu’il bougeait pendant longtemps sur place le ballon dans Olive et Tom… Et puis on peut pas dire que les personnages en fond soient très vivants puisqu’ils étaient complètement immobiles. Bon, et puis faut rajouter à cela que des dessins animés comme Cobra ou Ken le survivant n’auraient pas dû être diffusés pour un public aussi jeune. Car au Japon on a compris que le dessin animé ou le manga ce n’est pas QUE pour les enfants, erreur fatale commise à l’époque.

Les versions papier du manga en France sont a attribuer à Glénat qui a vite compris l’ampleur du phénomène et a acheté les droits d’Akira de Katsuhiro Otomo, puis ceux de Dragon Ball ainsi que d’autres série d’Akira Toriyama. De nos jours Glénat reste l’un des acteurs principaux du manga en France.

La déferlante et la stabilisation

La France est le 2e pays consommateur de manga au monde messieurs dames ! 1/3 des albums BD publiés par an sont des mangas. Depuis les années 1990/2000, le manga est partout, tous les éditeurs de BD ou presque se sont rués sur la manne avec plus ou moins de succès. Ce qui est génial avec le manga c’est qu’il y en a pour tous les goûts, donc forcément un pour vous. Mais si. Vous aimez les docteurs ? Lisez Say hello to black Jack, Vous préférez les boulangers ? Lisez Yakitate Ja pan ! Vous aimez les chats ? Lisez Chi, c’est pour les enfants mais tellement mignon… Les mangas sont loin de l’image longtemps véhiculée d’histoires bêtifiantes et violentes. Bon, ok, certains oui mais au regard de l’immensité de la production ce n’est rien du tout.On a vu des mangas pour apprendre la sexualité, plein d’humour et sans fausse pudeur Step up love story, d’autres pour apprendre la science Manga science etc…

Une série pour enfant que j’aime particulièrement vient de se terminer, il s’agit d’Une sacrée mamie, soit dit en passant une sacrée série. Humaine, drôle,  capable de vous donner envie d’aller récupérer les légumes pourris du marché dans l’eau gelée du ruisseau. Et puis y a pas que moi qui aime parce que la série a obtenu le prix Tam-Tam . Sacré exploit pour un récit dans lequel on se les gèle, et ou on a rien a manger à part une boulette de riz. Mais c’est pas grave, on se marre bien, on se baigne tout nus dans la rivière, on dit des gros mots, on recoud ses chaussures trouées et c’est reparti pour un tour ! Cette série est belle, drôle et émouvante. On y rit de bon cœur et ça fait du bien.

Bon, ben sinon, je n’ai pas parlé de Jiro Taniguchi que tout le monde connaît mais je cite tout de même mon préféré Le journal de mon père. Et sinon je veux juste dire deux mots sur Shigeru Mizuki lui aussi remarqué à Angoulême qui a reçu pour Nonnonba en 2007 rien de moins que le prix du meilleur album ainsi que le prix du patrimoine pour Opération Mort en 2009. Reconnaissance tardive mais bienvenue pour ce grand monsieur qui a tout de même 89 ans.

Cet article doit bien se finir à un moment, je m’arrête donc avec un vif sentiment d’avoir oublié quelque chose. J’espère pour autant vous avoir intéressée. Il semble que plus on aime une chose, plus il est difficile d’en causer en quelques lignes.

Sayônara, arigato gozaimasu !

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9 réflexions sur “MANGA !

  1. Ah ben la on peut dire qu’il y a de la passion dans cet article !! N’étant pas une grande connaisseuse de manga, je vous remercie ! Je ne savais même pas qu’il y avait une polémique entre le ou la manga ^^

  2. Elsa dit :

    J’avais lu qu’on disait LA manga parce qu’on disait LA bande-dessinée. J’arrive à dire LA manga quand je parle du genre mais pas UNE manga quand je parle d’un ouvrage…

    • Gaëlle dit :

      oui c’est vrai qu’il existe une série sur les sommeliers. Quand on vous dit que le manga y en a pour tout le monde, il faut nous croire ! Impossible donc de ne pas en trouver un à votre goût.

  3. Bonjour,

    C’était trop court sur le kamishibaï! Je me demande si on n’a pas trop tendance à ramener le kamishibaï qu’à ses origines… japonaises; à le faire passer pour tomber dans les oubliettes.

    Mes alertes googles m’avertissent d’une pratique riche, dans tous les coins de france et du monde.

    Jetez un coup d’oeil sur mon blog, toujours en évolution.
    http://kamishibailleur.over-blog.com

    Kamishibayavatar… mais appelez-moi Sylvain

  4. Madame d'Albi dit :

    Hep! Tu aurais du publier cet excellent article plus tôt (l’an passé par exemple)…J’aurai économisé un voyage à la Capitale et un stage à la BNF ! Bon ok, Olivier Piffaut est aussi un vrai passionné et je tâcherai de mettre au propre mes notes pour vous les communiquer.

  5. Bon jour,
    C’est SeL qui m’a fait découvrir ton blog et surtout cette article.
    Il regorge énormément d’info que j’apprécie beaucoup sur certaines références que je ne connaissais pas du tout !
    Du coup, je compte bien le suivre ^^
    Je suis une passionné de l’univers Nippon mais j’avoue que tu à l’air beaucoup plus addict que moi ^^

    • Gaëlle dit :

      Chère Fauve,

      Merci pour ton commentaire sympathique, je compte bien faire parler davantage des mangas sur ce blog !

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