La vie cachée des poupées, Gisèle Bienne.

Ces derniers temps j’ai lu un roman qui m’a bien plus qu’emballée. C’était la première fois que je découvrais Gisèle Bienne. Avec un tel prénom et une telle maîtrise de la langue française, j’imagine que Madame Bienne n’est plus toute jeune et pourtant quel bonheur de lire un roman si joliment écrit. Un peu comme ceux de Colette Vivier dont j’adore La maison des petits bonheurs, des livres écrits par des gens qui ont encore une idée assez précise de ce qu’est la grammaire.

« Je l’ai, je l’ai enlevée. Personne ne s’en occupait plus. Elle devait probablement appartenir à Catherine, la demi-soeur d’Aurélia, qui a quinze ans de plus qu’elle, vit à Paris et se fiche de cette poupée comme de sa première liquette […] C’est ma première poupée, à mon âge… douze ans et demi, il était temps. J’ai un peu honte, mais je la voulais, oui, je la voulais. »

Mais que se passe t-il donc dans la tête d’Ingrid pour qu’à douze ans passés elle s’entiche de poupées au point d’en voler de partout et de mentir à tout le monde ? On le saura à la fin c’est promis. Mais avant il y aura tous ces vols de poupées et même un drôle d’achat sur un marché aux puces en Hollande de deux belles poupées indonésiennes. Si ce roman aborde le thème du vol, car c’en est bien, ce n’est pas traité d’un point de vue moralisateur. On voit bien qu’Ingrid ne peut se contrôler et qu’elle est persuadée d’entendre comme un appel de la part de ces poupées qui veulent être chouchoutées. Et « Ingrid petite maman » se met à les accumuler : d’abord la pirate dérobée chez son amie Aurélia, puis la mannequin prise chez Alix « une gourde, elle ne sait ni courir, ni sauter, ni s’amuser », et une 3e la soldate blessée, soi-disant la dernière.

Ingrid n’arrive plus à s’arrêter, elle les accumule et les bichonne dans le grenier où elle leur a installé des lits douillets dans des cagettes. A sa mère qui découvre ces poupées dissimulées sous du papier journal, elle explique qu’elle le fait « pour leur honneur ».

Ce roman étonnant à la langue savoureuse m’a bouleversée. Si différent de ce qu’on lit habituellement. Un livre qu’il faudrait lire à haute voix pour encore mieux en profiter.

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