A quoi bon…

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… parler, s’expliquer, quand tout vous accuse. Yan, qui vient d’avoir 18 ans, est en prison. Accusé d’un crime, il ne peut s’exprimer : blocage psychologique ou propre volonté ? Il « s’enferme » dans un mutisme qui empêche ses proches (sa mère, sa sœur) de comprendre, son avocat de le

défendre, ses co-détenus d’échanger… Un livre à la couverture blanche, épurée, sur laquelle un hygiaphone donne le ton. Un sous-titre – « les silences y sont souvent plus forts que les mots… » – nous interpelle. C’est une histoire qui se lit assez vite, rythmée par de nouvelles visites au parloir, presque à chaque chapitre. Le point de vue – celui du héros – nous maintient dans une sorte de bulle, celle de l’isolement. Isolement de la prison, isolement du silence. Nous assistons alors à un défilé de protagonistes, à des scènes émouvantes ou angoissantes avec un détachement déconcertant. Plus d’une fois, je me suis surprise à vouloir secouer ce personnage de papier : « mais parle donc ! », « mais réponds-lui donc ! », « mais défends-toi donc ! », « mais agis donc ! ». Et pourtant, rien ! Sûrement ce fameux « qui ne dit mot consent » qui me paniquait.

« Le parloir », c’est plutôt l’ambiance qui prime sur l’histoire, la façon dont elle nous est narrée. Et même si le dénouement m’est apparu évident peu de temps avant la fin, c’est un récit qui questionne. Le sujet grave, d’une part, pose la question de la nature humaine. Quels choix fait-on et à quel moment ? En quoi ces choix changeront ou pas notre avenir ? Il pose aussi la question de la vie en détention. Yan, le héros, n’est pas dans un quartier de mineurs. Comment gérer la relation avec les autres prisonniers, au vu de la différence d’âge ? Comment se protéger au mieux ? Mais il est aussi question d’optimisme dans ce livre, et le héros en est dépourvu. Ce qui nous engage, nous lecteurs, à vouloir comprendre, aider, sauver. Ce refus dérange, tout comme ce silence, que nous ne supportons. Et pourtant, c’est peut-être cela l’important ? Un récit prenant, que je conseille à des ados peut-être naïfs et trop confiants, mais à qui il faut laisser l’espoir. C’est à lire assurément, même si en cette période de décembre, le sujet

n’est pas festif. Un moment de lecture… en silence !

Le parloir, Eric SANVOISIN, Gründ romans, 2012. 9,95€

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