Black out de Brian Selznick

9782747039161FS Ce roman atypique dans sa composition mérite un article à sa hauteur. Aussi je me sens un peu timide de parler de cet ouvrage incroyable car je lui voue un immense respect et que j’aimerais sincèrement aider à le faire découvrir.

Atypique pourquoi ?

D’abord la forme ! Passé le choc du poids de l’ouvrage et de son épaisseur, on aperçoit vite en le feuilletant que l’on se trouve face à un ouvrage unique où deux histoires se mêlent astucieusement. Selznick nous propose de suivre de façon alternée une histoire contée par écrit, ce sera celle de Ben. Puis celle de la jeune Rose, histoire dessinée au crayon, subtil et délicat, qu’on ose à peine effleurer de peur de faire des tâches. Certains qualifient ce livre de roman graphique, terme qui semble désormais fourre-tout puisque l’on qualifie habituellement de roman graphique, une BD au texte particulièrement littéraire et souvent long. Destiné à un public adulte, le roman graphique est souvent réalisé en noir et blanc mais pas que… Elle s’oppose aux BD typiquement enfantines au nombre de page calibré. On peut citer les célèbres Will Eisner, Art Spiegelman de l’autre côté de l’océan et Marjane Satrapi par exemple, plus près de chez nous.
Black-Out n’a rien d’une BD. Je laisserai le soin aux spécialistes de décider quel terme convient ! selznick-unisphere1

Il est certain que depuis plusieurs mois, nous avons pointé le grand retour des images dans les romans pour les 8-12 ans, ce Black Out en est encore un exemple bien que la composition soit radicalement différente de ce que l’on a déjà pu lire ici. Rappelons Le voyage de Théodore, Le Petit Gus, Monsieur Stan, Prune, tous ces héros qui évoluent dans ces univers particulièrement illustrés.
Ici la grande différence est que l’histoire de Rose est toute en illustration et qu’elle compte autant que celle de Ben. Ce ne sont pas des croquis servant à faire plus facilement digérer un long texte. On s’immerge totalement dans ces décors, particulièrement, à mon avis, à la fin du roman où nos héros entrent dans le décor de New-York en maquette, tout comme le lecteur entre dans l’image. Une dernière partie sublime à vous mettre la larme à l’oeil…

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Un brin d’histoire

S’il est des romans dont on ne peut pas dévoiler grand chose sans « spoiler », Black Out en est.
Toutefois on peut en révéler ceci sans risquer de fiche en l’air toute l’intrigue :

Ben est sourd d’une oreille et vit au bord d’un lac ans le Minnesota, chez son oncle et sa tante car sa mère vient de décéder. On est en 1977. Un soir d’orage et de cafard, Ben retourne dans sa maison où il trouve des indices sur son père qu’il n’a jamais connu. Ce soir là, il prend la foudre en téléphonant et perd toute son audition. Mais au sortir de l’hôpital sa détermination à retrouver son père le mènera,lors d’une fugue, à New-York. Le seul indice en sa possession étant le nom d’une librairie, fermée depuis.

50 ans plus tôt, Rose vit à Hoboken, proche de New-York dans une maison cossue. Toutefois, elle est emmurée dans cet univers car elle est sourde. On lui refuse le droit de sortir pour la protéger. Tout comme Ben elle saisira une opportunité de partir pour New-York, ville qu’elle adore et dont elle construit une incroyable maquette en papier dans sa chambre.

Les routes de Rose et Ben à travers la ville ne cessent de s’entrecroiser. Ils visitent les mêmes lieux à des époques différentes, ont les mêmes passion, la même curiosité.

Si l’histoire monte en puissance très vite, l’apogée du récit est à mon sens atteinte lorsque l’on découvre Ben en image à travers les yeux de Rose lors de leur rencontre. Celui que l’on n’avait encore jamais vu prend forme d’une manière inattendue. Cet instant magique restera pour moi l’un des plus beaux moments de lecture que m’ait offert un livre pour la jeunesse.

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Black-out peut selon moi se lire dès la fin du primaire si l’on en a envie. Il ne faut surtout pas se laisser rebuter par le nombre de pages car la partie illustrée est longue et donc très vite passée.

Une merveille absolue.

Bayard jeunesse, 2012. 16,90€

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5 réflexions sur “Black out de Brian Selznick

  1. mariemnd dit :

    Ca donne envie ! On dirait un très beau livre, autant l’objet que l’histoire. Je le mets sur ma liste, merci !

  2. Hélène M dit :

    Encore une belle découverte. Ton article a eu une conséquence directe: me diriger vers ma librairie préférée, le chercher, ne pas le trouver , le demander (zut, vendu la veille: une autre admiratrice de tes articles ici à Albi?), le commander… Voilà, tu as réussi à m’hypnotiser. À suivre…

  3. sandrinemz dit :

    Un « Black out » époustouflant ! Même le lecteur est proche de l’évanouissement… Oui Gaëlle un roman graphique et surtout graphite. Le dessin est magnifique !
    C’est étonnant la mémoire, car à la fin de cette lecture, j’ai eu soudainement envie de revoir « Blind » de Wiseman – un documentariste (lui-aussi) très humain et très touchant. Je dis cela car « Black out » peut aussi se lire comme un documentaire : les Etats-Unis au début du siècle et puis plus tard, New-York, l’intérêt pour les curiosités, les sciences naturelles, la peur de la différence…
    En tout point « Black out » est parfait : le récit, les illustrations, le thème (handicap), le voyage au coeur de NY, les personnages… Demeure la question : amener cette « pépite » dans de nombreuses mains, dépasser le poids des pages, les préjugés de nos jeunes lecteurs. Peut-être : le présenter – en masse – dans nos clubs lecture, nos comités ados,… Le mettre sous le nez de nombreux prescripteurs, professeurs… Ou alors : le découvrir au ciné. M. Scorsese, un autre projet après « Hugo Cabret » ??

    • Gaëlle dit :

      Quel enthousiasme Sandrine ! Voilà ce qui me plaît tant quand je conseille des livres, avoir ce genre de réactions. Maintenant comme tu le dis, comment faire passer ce genre d’ouvrages ? J’utilise systématiquement l’argumentaire du temps de lecture : pas plus de 2 heures malgré l’épaisseur ! Et c’est véridique. En plus je dois avoir la chance avec moi, chaque fois que je le fais découvrir à quelqu’un je ne tombe que sur les dessins…

  4. Gaëlle dit :

    Cette conversation a trois ans et j’aime toujours autant ce livre. J’ai même fini par le commander pour la librairie où je travaille maintenant… Bon, on ne vend officiellement que de la BD mais c’est bien un roman graphique, non ?
    Et du coup je continue à trouver des petites mains dans lesquelles je le remets précieusement, comme un trésor.

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