En attendant Guillaume Guéraud…

Guillaume Guéraud viendra au salon du livre d’Albi (les 5, 6 et 7 avril 2013… qu’on se le dise !)

Heureuse je suis, parce que les copines ici présentes en parlent beaucoup. Alors je me dis, que ce sera certainement MA grande rencontre littéraire de ce salon.

Curieuse aussi je suis car (mea culpa) je n’avais encore jamais rien lu de lui.

Erreur réparée, j’ai lu du Guillaume Géraud, j’ai réfléchi à du Guillaume Guéraud, j’ai rêvé du Guillaume Guéraud, j’ai cauchemardé du Guillaume Guéraud.

Bref, ma curiosité est satisfaite, grandement satisfaite.

Atypique dans le paysage lijien (lije est un néologisme signifiant littérature jeunesse), les romans de GG ne laissent pas indifférents. Ils sont étonnants, parfois inquiétants et souvent dérangeants.

Parmi tous ceux que j’ai lus, il y a une ligne directrice, quelques thèmes et détails récurrents. Le cinéma y est sans conteste très présent. Les références cinématographiques y sont nombreuses (il faut lire absolument Sans la télé car on y touche de près tous les motifs guéraudiens).

Autre récurrence qui m’a beaucoup amusée : les personnages semblent développer une phobie des maths en général et de la géométrie en particulier. Anecdotique certes, mais cela évoque très souvent une aversion des personnages pour le collège. L’école et ses représentants y sont parfois récriés : on s’ennuie ferme dans les coulisses de l’Éducation Nationale !

anka

Dans Anka, Marco 14 ans,  planche avec difficulté sur un devoir de géométrie quand deux policiers qui manquent cruellement de tact viennent lui apprendre la mort de sa mère. Abasourdi, Marco n’arrive pourtant pas à pleurer. Il ne sait pas pourquoi mais un détail sur l’avis de décès le préoccupe. Il erre dans l’appartement quand sa mère finit par rentrer…

Ce roman n’est pas un roman de science-fiction et la mère de Marco n’est pas une revenante. Plus banalement, son père, il y a quelques années, avait contracté, un mariage blanc avec une jeune roumaine sans papier. C’est elle qui vient d’être retrouvée morte, abandonnée sur un banc public.

Révoltée par cette nouvelle et par l’attitude passée et actuelle de son père, Marco décide de découvrir qui était cette jeune roumaine. Oubliée de tous, il va faire revivre son histoire en enquêtant sur son passé.  Ainsi les chapitres se succèdent sur un rythme binaire : le récit de Marco est coupé par des retours en arrière sur l’histoire d’Anka, la jeune roumaine. Chaque chapitre, montre le lien étrange qui se noue entre le jeune homme et la jeune décédée. Chaque chapitre, montre le mal-être de Marco se développer. La fin est déconcertante (trop déconcertante ?) – vraiment -.

Un roman sombre qui dénonce le mensonge, la misère et une société égocentrée qui abandonne les esseulés.

image le contour de toutes les peurs

Restons du côté obscur de GG pour parler du Contour de toutes les peurs. Un livre qui nous parle de nos peurs : celle de nous retrouver nez à nez avec un intrus dans notre propre demeure, celle d’être torturé et… conséquence de toutes ces peurs : celle de la mort.

Un roman qu’on a du mal à lâcher dès les premières pages. On veut connaître l’issu et surtout comprendre. Comprendre comment quelqu’un peut basculer dans une telle violence et surtout savoir comment Clément le jeune héros du roman va réussir à sortir presque indemne de cette histoire. Clément a été séquestré, torturé et laissé pour mort chez lui. Il n’était pas une victime prise au hasard : il est le fils d’une avocate.

J’ai particulièrement aimé ce roman parce qu’il aide à la réflexion et aux échanges avec des adolescents sur des notions telles que la justice ou la vengeance. Par ailleurs,  les personnages,  même secondaires, apportent un éclairage à la narration. Et ça j’aime beaucoup !

Mon fils de 13 ans a aimé cette  narration haletante. Étrangement, il noue un lien privilégié avec cet auteur. Il aime ce qu’il écrit même si cela lui fait VRAIMENT peur. Particulièrement celui-ci : il a réveillé des peurs fortement ancrées qui lui ont fait perdre le sommeil quelques jours durant. Bref : à ne pas laisser entre toutes les mains. Un accompagnement adulte me semble nécessaire.

la-plus-belle-fille

Je ne pouvais pas finir cet article sans parler d’un ovni dans la bibliographie de Guillaume Guéraud. Quand j’ai terminé de lire ce court roman, j’ai relu le nom de l’auteur sur la couverture pour être sûre que je ne m’étais pas trompée. J’ai trouvé ce livre « culculapraloche » vraiment! La fin est plus qu’attendue et sans surprise.

Ma fille de 10 ans, elle, a un avis enthousiaste sur ce court roman. Elle a aimé ce récit qui évoque les amours de cour de récréation. C’est léger, facile à lire et plein d’énergie positive. Cela suffit à la lectrice qu’elle est actuellement.

image sans la télé

Surtout n’oubliez pas de lire Sans la télé. 

Tout commence par une enfance sans télévision car « la télévision c’est un poison qui rend con ». Une enfance, dans les années 70-80, une enfance sous la gauche. Il y a un peu de chaque enfant né dans ces années-là dans ce livre. Mais il y a surtout beaucoup de l’auteur. Chaque chapitre fait référence à un film culte (ou moins culte !). Le cinéma y éclaire les morceaux de vie du narrateur. Il aide à comprendre (un peu) l’œuvre si éclectique de notre GG bien aimé.

Bref, ici, à Albi, nous avons hâte de rencontrer Monsieur Guéraud. En attendant, nous savourons SA littérature.

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8 réflexions sur “En attendant Guillaume Guéraud…

  1. Anka, je n’ai pas réussi à le lire: trop noir, trop bizarre, mais je ne m’avoue pas vaincue, je vais de ce pas à la recherche d’autres de ses titres! Bonne journée à toi Hélène!

    • HélèneM'LiR dit :

      Je te dirai bien d’insister Cricri mais j’ai trouvé la fin plus que déconcertante. C’est sombre, très sombre. Et je ne comprends toujours pas pourquoi le héros en arrive là. Le début était tellement bien amené, le rythme binaire donne du souffle à la narration et puis il y a cette fin… Bref, reprends-le et dis moi ce que tu en penses.

  2. Elsa dit :

    Merci Hélène pour cet hommage de son vivant à GG. Je rajoute qu’il FAUT lire aussi l’excellent « Déroute sauvage », le formidable « La brigade de l’œil » et l’incontournable « Je mourrai pas gibier ». Si on aime l’univers, il faut regarder ses vidéos-maison aussi, ça vaut la peine http://www.youtube.com/user/guillaumegueraud

  3. Karinedetours dit :

    Bon, ma bourse va encore en prendre un coup… Merci Hélène pour ce magnifique article ! Ca donne envie.

    • sandrinemz dit :

      Suis complètement d’accord avec Elsa. Ne pas ignorer « La brigade de l’oeil » et le renommé « Je mourrai pas gibier » : ma première découverte G. Guéraud. Qui avait fait pas mal parler de lui à l’époque. Même si je comprends que G. Guéraud, on n’aime pas toujours, ça reste un univers et une écriture bien particuliers. Rien que pour ça, chapeau !

  4. HélèneM'LiR dit :

    Evidemment, l’article ne se veut pas exhaustif et il manque certains incontournables de Guillaume Guéraud. « Je mourrai pas gibier » m’avait pas mal chamboulée. Sa lecture est moins récente que les 4 cités, et donc mon souvenir moins détaillé.
    Sandrine: tu as raison, Monsieur Guéraud à une place particulière mais non moins importante dans le paysage lijien.
    Elsa: tu restes la spécialiste es-GG (sans conteste!) 😉
    Karine: merci et pardon de participer à l’appauvrissement de tes finances ! (sinon, il y a les médiathèques!)

    • Emi lit dit :

      Moi, je recommande un texte d’album de GG: Oméga et l’ourse, magnifiquement illustré par Beatrice Alemagna.Une subtile histoire autour de la figure enfantine de l’ours, tantôt animal sauvage prédateur tantôt doudou nounours…

  5. Gaëlle dit :

    Et bien je me demande depuis longtemps si GG est schizophrène car on voit ici la face sombre de ses romans mais il y en a tout de même d’autres pour plus jeunes dont on parle moins qui sont tout à fait, comment dire, inoffensifs ? Notamment chez Milan comme tu le disais Hélène. Mais ceux là on n’en entend pas parler ! Viennent de paraître deux petits romans graphiques « mimitouplin » chez Sarbacane, dont j’ai lu le premier hier soir Bob le raté. J’ai trouvé ce roman super et le graphisme d’Alfred génial. C’est conseillé à partir de 8 ans, suis un tout petit peu perplexe sur l’âge que j’aurais légèrement haussé mais on va pas chipoter.

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