Lulu, le brontosaure, les poissons qui prennent le thé, Rémi Clafoutis et les autres…

Ce week-end j’ai lu tout plein de romans !

Je n’en suis pas peu fière mais l’exploit mérite d’être relativisé car je n’ai lu « que » des romans pour les « cadets ». La lecture est-elle un sport pour que l’on qualifie cette catégorie un peu au dessus des premières lectures, de « cadet » ? Collections Mouche, Milan benjamin, Folio cadet, Milan cadet voire même Milan cadet +, on se croirait sur un ring de boxe.

Cette catégorie aux drôles de noms revêt une importance toute particulière, c’est selon moi celle qui va faire que l’on prend son envol ou pas vers des lectures plus importantes. Vers un nombre de pages plus  élevé, vers des histoires moins illustrées (même si l’on remarque que de plus en plus de romans sont de nouveau illustrés, aérés), vers les « vrais » livres diraient certains. Parmi ces romans au noms de collections toutes plus sportives les unes que les autres, voici ceux que j’ai choisi de vous présenter :

Pour le premier cité, je l’annonce d’emblée, j’ai triché. Car je l’ai lu il y a déjà plusieurs semaines mais c’est un gros coup de coeur (c’est pour ça que c’est écrit en gras et en vert). Il s’agit d’un ouvrage tout de dorures et de verdure vêtu, découvert dans la sélection des premières lectures du prix Sorcières. J’en profite pour dire que cette année les Prix Sorcières seront annoncés et remis lors de la fête du livre jeunesse de Villeurbanne. Je n’en rajoute pas une couche sur les gagnants que l’on connaît déjà dans les librairies Sorcières parce que c’est INTERDIT de le dire à l’avance.interdit

luluJe parle là d’un charmant livre des éditions Milan qui s’intitule Lulu et le brontosaure, écrit par Judith Viorst et illustré par Lane Smith. Le charme désuet de l’ouvrage au look un peu rétro est au service d’une histoire drôlement amusante, celle de Lulu, l’infâme Lulu. Une gamine haute comme trois pommes mais qui est digne des pires chipies que la littérature pour la jeunesse ait proposé. Elle trépigne, elle geint, elle hurle pour obtenir ce qu’elle désire et ce n’est pas moins qu’un brontosaure. Elle chante aussi. Ça fait « Je veux un brontoto, un brontoto, un brontosaure rien que pour moi! » (je vous laisse imaginer l’air, le mien reste en tête longtemps…). Cette grr de Lulu, devant le refus tout net de ses parents, fugue avec sa jolie valise, afin de trouver son brontoto. Sous la forme d’un conte, elle affronte tout un tas de bestioles ignobles, les épuise avec ses manies et sa voix criarde jusqu’à ce qu’elle le voie… enfin.

Il est là son brontoto ! Elle le trouve, tente de l’apprivoiser mais (il y a un mais), le brontosaure trouve ça génial d’avoir un petit humain de compagnie, car il n’en a jamais eu. Devinez si Lulu fera le poids face à la bête ? Évidemment pas. Elle finira même en laisse, tient. Mais l’auteure qui n’est pas si méchante nous laisse le choix et propose trois fins alternatives. J’ai été ravie de cet ouvrage qui est proposé dans une belle édition reliée (et dorée ! j’insiste). Une chouette histoire et un bel objet.

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Mes copines du blog, folles de Guillaume Guéraud (ou de ses livres je ne sais pas trop), ont piqué ma curiosité. J’ai donc lu Bob le raté tout juste paru chez Sarbacane. Une sorte de roman graphique trop bien illustré par Alfred qui fait aussi pas mal de bandes-dessinées. J’ai tout de suite aimé l’accroche sur la 4e de couverture qui donne le ton:

« Une histoire criminelle au cœur de la pègre avec des gangsters de haut vol et des personnages hauts en couleur de la poisse et de la chance mais aussi des allumettes et la femme du président des États-Unis ! »

Bob est un voleur raté qui sort de prison mais depuis tout petit « il avait constamment échoué. Les sacs qu’il dérobait étaient toujours vides. les voitures qu’il fauchait tombaient toujours en panne. Les sirènes des banques qu’il attaquait se mettaient toujours à hurler. Et, même à l’époque ou il ne volait que des sucettes dans les épiceries, il se faisait toujours pincer ».

Malgré ce piètre palmarès, Bob veut se refaire. Lorsqu’il entend parler d’une compétition dans laquelle s’affrontent les meilleurs voleurs du monde, Bob ne peut s’empêcher malgré les railleries, de vouloir participer.

Que va t’il rapporter ? Va t’il gagner ? Vous le saurez en lisant le premier épisode de la collection Série B. La série promet des péripéties jamais vues à la télé, ni dans la cour de récré, ni chez mémé !

On est vraiment dans l’ambiance d’un film noir, je trouve cette série très novatrice et je suis contente de trouver là une alternative aux polars de la série Mini Syros qui étaient bien seuls dans leur catégorie de polars pour les plus jeunes. Le graphisme et le lettrage sont vraiment géniaux et les textes de Guéraud sont au poil. Je suis plus perplexe sur l’âge car le récit est très court toutefois le vocabulaire de la criminalité peut-être pas forcément accessible. Je pense conseiller cette série à partir de 8 ou 9 ans.

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Attention changement de style radical ! Avec un an de retard, pourvue d’une appréhension certaine et d’un a priori catastrophique j’ai pris l’initiative de lire … Rémi Clafoutis de Michael Broad chez Bayard poche dans ce que j’appelle « la collection à rayures ». Oui, celle-là même qui propose les inoubliables Sheltie le poney, ou encore les regrettés Coeur Grenadine, les revenants Chair de poule, les tonitruantes Cabane Magique… Je partais moqueuse, perplexe, blasée. Au bout de 5 pages mon mari est parti de la chambre car je riais tellement qu’il ne pouvait pas bouquiner tranquillement (anecdote véridique). J’ai le rire facile, il est vrai. Toutefois cette petite série devient, je l’annonce officiellement, mon nouveau « livre pour ceux qui n’aiment pas lire ». Ce petit roman qui est le premier tome d’une série qui en compte 3, est composé de deux histoires abracadabrantes mais vraies, racontées par Rémi dans son carnet avec dessins à l’appui. La première est de loin la plus marrante. Rémi découvre que la dame de la cantine qui sert du chou tous les jours (vous imaginez?), est en réalité un robot programmé pour. Et ce jour-là, Rémi est puni, il doit manger double ration de chou. Le robot-dame de cantine, se met à gronder « encore plus de chou! » pour lui mettre sa seconde fournée. Rémi fait voler l’assiette remplie à ras-bord, le robot n’apprécie pas, fait un bond de deux mètres, poursuit Rémi en criant « encore du chou » tout en démontant les portes qui croisent son chemin. Rémi réfugié dans sa salle de classe est terrorisé jusqu’à ce que le robot dérape (sur du chou), fasse un salto et se cabosse. Ce ne sont ensuite que Bang! et Clang! puisque le robot-dame de cantine qui s’appelle Mrs Brown est tout démantibulé. Bon, voilà, c’est pas convaincant mais je vous jure que c’est très drôle et que ça mérite d’être découvert. Foi de libraire. A  lire sans modération, qu’on aime le chou ou pas, dès 8 ans.

Là, tout d’un coup, je sens qu’il faut que je remonte le niveau avant de perdre toute crédibilité.

chocolat

Restons dans le culinaire mais passons au dessert. Enfin, ça dépend pour qui. Vous allez vite comprendre pourquoi. Écrit par Elise Fontenaille, en collaboration avec l’ethnologue Clarisse Buono ce roman appétissant appelé Pour un carré de chocolat s’inspire de la réalité. Et oui il y a des endroits où l’on récolte le cacao sans même savoir quel goût ça a dans la tablette.

Dans le village ivoirien de Boignykro, Jean Reno, Mandela et la belle Innocente décident de travailler à la récolte de cacao pour se faire un peu d’argent et grignotent (du temps) sur leurs heures d’école pour aller travailler. Du chocolat, ils n’en ont jamais vu de leur vie, ce qui n’est sûrement pas le cas de l’autre Jean Renoreno. Pour connaître le goût du chocolat il faudrait de l’argent mais aussi aller à Abidjan. Impossible pour Jean Reno (le nôtre) qui rêve pourtant d’en offrir à Innocente pour qui son cœur de pré adolescent s’emballe. Cette lubie de gagner de l’argent pour lui offrir un carré de chocolat leur fait frôler la mort. On est loin de l’ambiance de Rémi Clafoutis, mais si le sujet porte à le réflexion c’est tout de même un ouvrage joyeux. Elise Fontenaille relate cette histoire avec l’accent qu’il faut et dès les premières lignes il nous semble entendre parler et rire ces enfants ivoiriens. Un joli petit roman avec (un autre) Jean Reno.

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tonton

Récemment paru dans la collection « Roman » des Mini Syros, voici Allô Jésus, ici Momo. Ou comment un banal problème de maths fait ressurgir d’antiques querelles de voisinage. Tout commence quand Doumbia pêche face à un problème de maths concernant un rendu de monnaie pour l’achat de barquettes de framboises. Elle se rend chez monsieur Habib l’épicier, s’exprime mal et celui-ci comprend que l’instituteur l’accuse de mal rendre la monnaie. S’ensuivent des quiproquos s’enchaînant en ribambelle. Le tout finit dans la crèche toutes religions confondues. Ouf, on a eu peur. Avec Henriette Santon en guest star pour coacher ces apprentis bergers, rois mages (et les moutons). Je ne crois pas que ce sympathique roman fera partie des inoubliables du fonds Syros mais c’était tout de même un moment de lecture agréable. J’ai a peu près le même avis concernant Dépêche-toi tonton de Roland Fuentès. Cette nouvelle aventure de tonton Zéro nous montre combien il est ridicule de toujours vouloir gagner du temps plutôt que d’en prendre.

Pour finir, car ça fait bien 2 heures que je suis sur cet article, je garde une pépite pour la fin. Un genre de livre sorti de nulle part et qui va sûrement passer complètement inaperçu, je vous présente un roman venu d’Estonie, écrit par Piret Raud (je ne sais pas qui c’est) :

poissons

Il s’intitule donc comme vous pouvez le voir Le thé des poissons , il n’est pas publié comme le laisse penser la couverture à La Joie de lire mais au Rouergue.  Il se compose de tout petits récits dans lesquels les poissons prennent le thé ! Mais ce n’est pas tout, il y a aussi des œufs qui mettent la tête à l’envers et des théières qui font du yoga, et une histoire que j’adore dans laquelle il y a un téléphone portable peureux qui tremble tout le temps. C’est charmant, drôle, presque jamais vu. J’adore ce genre de livres surprenants, déconcertants mais toutefois bidonnants. Cela me rappelle un autre roman également composé de courtes histoires que j’ai lu l’an dernier Dom do dom du hongrois Ervin Làzàr, tout aussi loufoque dans lequel on croisait un cheval bleu, un sapin mobile, d’autres curieuses choses mais le tout évoluant dans une joyeuse communauté. dom_do_dom_HIBOUK_web_500

Je vous quitte sur ces quelques idées consacrées aux lecteurs à partir de 8 ans. Je ne mets pas de limite d’âge,  il ne manquerait plus que ça.

En attendant, mangez du chou. Ou du chocolat.

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7 réflexions sur “Lulu, le brontosaure, les poissons qui prennent le thé, Rémi Clafoutis et les autres…

  1. Marie dit :

    Que de livres ! J’ai été regarder les illustrations de Lulu et le brontosaure, elles sont magnifiques. De toute évidence un superbe livre que j’offrirai avec plaisir 😀

  2. En commande auprès de la librairie de mon village, je suis heureuse que l’on parle des romans pour enfants de 8 ans, ce n’est pas toujours facile de trouver des textes originaux…A faire plus souvent!

  3. A la médiathèque, on a mis en place un comité de lecture dédié aux 8-12 ans justement car c’est un créneau pas évident…à la fois pour trouver de chouettes références et parce que ces lecteurs désertent les bibliothèques et/ou la lecture à cette période…

    • Gaëlle dit :

      Je rajoute quelques idées par-ci par là, je suis en train de lire un roman néerlandais plein de peps qui s’intitule Mon papi et moi, et Mamie Cochon, de Marjolijn Hof. Publié chez Castor poche. C’est plein de vie et de joie, marrant comme tout. Ce sont des historiettes d’une dizaine de pages chacune. Il y a de la fantaisie, de l’humour, de l’optimisme… et des crêpes et des gaufres comme dans tout bon roman « nordique » qui se respecte. Je fais allusion entre autres à un roman que j’adore pour les 9-12 Cascades et gaufres à gogo de Maria Parr chez Thierry Magnier.

      • sandrinemz dit :

        Il y a « Max et les maximonstres » et il y a « Lulu et le Brontosaure », un régal ! C’est frais et amusant. On en redemande… des autres ! des autres !

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