Je procrastine, tu procrastines,… nous procrastinons !

"Un peu de bois et d'acier", 1ère de couverture

« Un peu de bois et d’acier », 1ère de couverture

Au-delà de ce titre plutôt clin d’oeil pour mes copines de la DT, se cache un très bel ouvrage, mon grand coup de coeur BD de ce début d’année. C’est simple, ce livre m’a tellement plu que je ne sais même pas par où commencer mon post. « Un peu de bois et d’acier » parle sans doute de procrastination, mais surtout d’oisiveté, voire de béatitude. Comment ne pas vouloir se poser, se re-poser, contempler et profiter quand le sujet d’un livre est un banc public. Je fais partie de ceux (et nous sommes nombreux) qui aiment donner une âme aux objets, une histoire et pour qui chiner c’est plus que passionnant. C’est L’Aventure ! Alors quand Chabouté nous propose de prendre le temps, d’être partiellement un lecteur, encore plus un voyeur et de réaliser ce que peut être la vie d’un banc, j’adhère à 100%

Dans un jardin public, sous un arbre, un Banc. Il est le spectateur de nos vies, l’îlot salvateur, le « confident ». Il est aussi la victime du chien qui urine, du skateur qui le néglige, des amoureux qui le gravent. Inlassablement, il supporte nos humeurs, nos pieds, nos séants. Il traverse les jours, les nuits, les saisons. Dans l’indifférence, il est au coeur de la vie. Il assiste aux premiers pas d’un enfant, aux rencontres fortuites mais pas tant…, aux injustices, et à de multiples moments qui passent. Il confronte les générations, les classes sociales, les différences. Il est l’ami du SDF, de la vieille dame qui s’essouffle, du sportif qui s’étire, des jeunes qui glandouillent. Oui c’est tout cela un banc !

"Un peu de bois et d'acier", p. 211

« Un peu de bois et d’acier », p. 211

Avec un dessin en noir et blanc, Chabouté nous montre aussi des histoires et des leçons de vie. Oui, le gardien du jardin et le SDF peuvent être amis. Oui, le skate, ça peut être dangereux. Oui, la vie peut être légère – à l’image du ballon qui soulève le banc – joyeuse, mais aussi grave et triste comme l’absence, la maladie, le deuil. Avec ses personnages, l’auteur nous raconte des histoires parallèles, qui s’interfèrent ou pas. Et puis il y a des allusions, des situations que l’on ne croit adressées qu’à nous (la vente du lampadaire style leboncoin, l’ado qui a honte de montrer qu’il aime lire…) et traitées avec tant de réalisme mais aussi de poésie et d’humour. Et puis il y a la fin. Malgré sa solidité, sa fidélité, le banc a fait son temps… Des gens, urbanistes peut-être, décideurs sûrement vont le remplacer, mettre « quelque chose » de moderne à la place. Le banc devient un encombrant. Et on se demande si après on a la chance d’avoir une autre vie, une « nouvelle » vie ?

« Un peu de bois et d’acier » n’est certes pas pour nos petits lecteurs. Il va plaire aux ados, lycéens, voire jeunes adultes. Sans texte, c’est au lecteur de créer des histoires, des raisons, de futurs aboutissements. Chabouté joue avec nous, laissant parfois libre cours à notre imagination, parfois la guidant. Il y a des apparitions de personnages, des disparitions, des réapparitions. On se surprend à retourner au début du livre, à sourire, à se satisfaire. Le début devient une fin et inversement. La vie ?

C’est une BD à proposer à « nos » jeunes car le point de vue de l’auteur est plein de justesse et de sensibilité. C’est un récit-miroir, qui nous renvoie nos choix, nos attitudes, et parfois nos lâchetés. Il nous interpelle, nous bouscule. Et puis surtout, « Un peu de bois et d’acier » nous apprend à s’arrêter, à contempler, à s’intéresser. En définitive, on se laisse aller. On est saisi, emporté jusqu’à se demander : « mais un banc, c’est presque vivant…??? »

Juste "Un peu de bois et d'acier" !

Juste « Un peu de bois et d’acier » !

« Un peu de bois et d’acier », Chabouté, Vents d’Ouest – 30 €

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3 réflexions sur “Je procrastine, tu procrastines,… nous procrastinons !

  1. Hélène M dit :

    J’adore le titre évidemment… Mais ce que j’aime le plus c’est lorsque tu parles de ces objets à qui l’on prête des vies imaginaires et surtout imaginées.

  2. sandrinemz dit :

    Merci LN. Ca nous permet aussi de faire un peu plus attention à ces objets qui font notre quotidien…

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