L’abécédaire pas comme les autres !

9782841813803Ce sont six mains qui ont mis en forme cet abécédaire coloré, celles d’Anne Loyer, d’Ingrid Chabbert et de Lionel Larchevêque.

Sous la forme d’un abécédaire classique (l’ordre alphabétique est respecté) et éducatif (les trois graphies de chaque lettre apparaissent sur un bandeau noir), cet abécédaire est plus fantaisiste qu’il n’y paraît.

L’idée c’est un monologue d’une ou deux phrases, voire un dialogue succin entre personnages et animaux : ils utilisent la lettre en question, comme un virelangue, une comptine que l’on se plaît à répéter. On imagine aisément le parent, l’enseignant, la bibliothécaire…. (bref, l’adulte qui lit des livres aux enfants et qui aime ça), on l’imagine utiliser ses talents de théâtre pour lire l’album ou bien le jeune lecteur s’essayer à la mise en voix….

« J’hallucine, Juju joue dans son justaucorps jaune! » (Essayez donc avec la voix de  Mimi la souris ou celle de Gargamel… 🙂 )

Chaque lettre utilise une page à l’exception des fatidiques lettres finales si redoutées des auteurs d’abécédaires et autres joueurs de baccalauréat. Elle est ainsi bien identifiée, et la lecture peut se faire sous forme alléatoire ( je peux avoir envie de re-re-relire ce que dit le chat du poisson Pipo…!!.)

Les textes frisent souvent l’absurde (contrainte de s’en tenir à la lettre étudiée), ils sont parfois délirants et provoqueront sans aucun doute le sourire voire le rire du lecteur (de tout âge).

Les illustrations naïves et très colorées s’articulent parfaitement autour des textes, elles apportent du sens et jouent sur la polysémie des mots ; le lecteur est invité à chercher le double-sens caché, à interpréter ce qu’il lit. Sans l’illustration, le texte deviendrait vite incomplet.

Les situations font partie de l’univers enfantin, le lecteur retrouve le zoo, le cirque, la petite souris, l’ogre, le repas …

Côté recherche, Isabelle Nières-Chevrel classerait l’abécédaire dans ce qu’elle  nomme les « albums liste » [1]. Il s’agit d’albums adressés à de jeunes non lecteurs, il est caractérisé par sa simplicité  formelle. Les abécédaires ont pour fonction de connaître et d’ordonner le monde du lecteur, ils agissent comme des pré-documentaires.

De plus, Bruno Duborgel écrit qu’avec « l’album dit abécédaire, l’image se fait berceau des lettres » [2]. Dès le plus jeune âge, lire des abécédaires c’est entrer dans l’ordre des signes alphabétiques avant d’en maîtriser les relations phonologiques, les significations linguistiques. C’est entrer dans l’ordre symbolique du monde représenté, en éprouver la sécurité et les contraintes, garanties par ceux qui en maîtrisent l’usage. L’abécédaire continue d’assurer sa fonction historique d’apprentissage de l’alphabet et d’initiation aux relations phonographiques pour les plus jeunes lecteurs.

Ainsi les compétences de lecture se construisent  dans les jeux sur la langue et le langage, dans des jeux sur le mot , dans les jeux sur les rapports texte- image, dans les pratiques documentaires , et plus généralement dans l’activité de réception lorsque le lecteur éclairé devient attentif à l’architecture du récit, à l’alchimie de la fiction.

L’abécédaire fait une place de plus en plus large à l’interprétation de l’image, créant des liens entre une pratique orale de la langue et l’initiation à l’écrit.

L’activité du lecteur est privilégiée , il est confronté à la construction des significations selon la configuration de la lettre.

Cet « Abécédaire pas comme les autres ! » peut être destiné aux enfants non-lecteurs mais aussi et surtout aux jeunes lecteurs débutants. Il est à noter que désormais l’abécédaire, même s’il continue à être rangé  (hélas) au rayon « éveil » de nombreuses librairies, est un album que peuvent lire les lecteurs autonomes : certains auteurs ont dépoussiéré l’abécédaire de nos grand-mères pour lui ouvrir un chemin vers l’art, les contes, la photographie…

[1] NIERES-CHEVREL Isabelle, Introduction à la littérature de jeunesse, Didier Jeunesse, 2009.

[2] DUBORGEL Bruno, Imaginaire et pédagogie de l’iconoclasme scolaire à la culture des songes, Le Sourire qui mord, 1983.

Petite biblio piochée ici et là :

http://www.ricochet-jeunes.org/themes/theme/63-abecedaire-alphabet

http://www.cndp.fr/crdp-creteil/telemaque/document/imagiers-bibli.htm

Mes chouchous :

Sans le A, l’antiabécédaire, Escoffier, Di Giacomo, Kaléidoscope, 2012.

La boîte à outils, Rascal, Pastel, 2001.5149A147XVL._SL500_AA300_

et bien d’autres à venir…

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