Entre légèreté et uppercuts…

Je ne sais pas vous, mais il m’arrive parfois d’avoir une pile de romans qui attend tranquillement sur mon bureau, que je daigne les lire. Cela n’est pas donné à tout le monde, je m’en rends bien compte.

Et puis, au hasard de l’illustration, du résumé de la 4ème de couverture, j’en saisis un et commence de fabuleuses – ou pas – lectures. Ainsi, d’autres fois, je me prends à m’autocritiquer, à me détester même pour ne pas avoir découvert et lu ce livre-pépite bien plus tôt. C’est ce qui m’est arrivé avec ce roman, « Une histoire à vieillir debout« , de Carole Prieur, qui attendait bien trop sagement sur mon bureau. (A l’occasion, chers romans pour ados, n’hésitez pas à me faire signe !!)

Vieillir_Debout

1ère de couverture

« Une histoire à vieillir debout« , je vous préviens tout de suite, je l’ai lu sans aucun recul, ni objectivité, ni analyse critique. Je l’ai lu plutôt avec mes tripes. Si ! Si ! Il y a des récits qui vous happent, qui vous enserrent, qui vous bouleversent. Et pourtant, l’histoire terminée, j’ai bien eu du mal à comprendre, à analyser. On ne sait pourquoi certains récits vous touchent à ce point. Ainsi va la vie !

« Une histoire à vieillir debout« , c’est un récit à deux voix, deux points de vue : Lou, une jeune adolescente et son grand-père, monsieur Grayet. Ce dernier, remisé (c’est comme cela qu’il le conçoit) dans une maison de retraite, n’y trouve pas sa place, déprime, veut s’opposer et décide donc de fuguer. Lou, déconcertée par cette nouvelle, mais aussi étouffée par une ambiance à la maison lourde et souvent culpabilisante, décide de partir avec Najette, une copine de la cité, pour le retrouver. Ce n’est rien d’autre qu’un voyage initiatique pour les deux jeunes filles, qui aux détours de leurs rencontres et péripéties, apprendront à pardonner, à démonter les préjugés, à grandir et à profiter (voire même à aimer ?? Inéluctable scène du baiser). Pour le grand-père, c’est une autre affaire. C’est plutôt un voyage inversé, un parcours à remonter le temps, qu’il effectue dans l’envie de retrouver ses meilleurs souvenirs, ses meilleurs instants, ses « inoubliables » secrets et de continuer à Vivre (dans tous les sens du terme) quelques temps, encore un peu.

« Je suis enfin où le temps tout à coup nous met des coups et gagne par K.-O. debout » … « Je prends des résolutions : ne pas me laisser vieillir, me bouger ! » p. 22

« Je le sens bien : je me débats, je me débats avec le temps, je me débats avec la vieillesse. Je me débats avec la vieillesse telle que la voient les autres, telles qu’ils l’imaginent pour moi« . p. 24

« Une histoire à vieillir debout« , c’est aussi une Grande interrogation sur la vieillesse, sur la vie que nous offrent ces personnages, extrêmement sensibles. Lou et Najette, pures figures d’innocence, de légèreté, de fraîcheur nous octroient à nous lecteurs quelques pauses bien méritées. Car, le ressenti du Grand-père, ses reflexions et sentiments sont beaucoup plus graves et nous envoient quelques uppercuts, qui remuent, touchent, attendrissent.

« Je me souvenais de moi. Je me souvenais de mes rides, de mes cheveux blancs, de ma peau dépossédée par le temps, par mon histoire, mes histoires. Je me souvenais de mon regard qui mêlait avec nuances la perte de certaines illusions et l’espérance toujours tenace. Je me souvenais de mes lèvres qui ne se battaient plus pour dire à tout prix mais qui savaient s’entrouvrir aux moments opportuns. Ca, c’était moi. Mais pas ces rides inexpressives, ces cheveux blancs filasse, ces lèvres qui rentrent pour ne plus rien dire, cette peau abandonnée, inhabitée. Ca ne pouvait pas être moi. Je ne me suis pas reconnu. J’ai eu envie de me retrouver« . p. 77

Bien évidemment (pour moi ça l’est en tout cas), « Une histoire à vieillir debout » fait partie de la sélection du Prix Chronos 2013-2014. C’est une évidence, car les ouvrages sélectionnés pour ce prix sont toujours de qualité. En suivant ces sélections, depuis maintenant une quinzaine d’années, j’y ai fait de belles découvertes, de grands plaisirs de lire et y ait déposé quelques litres de larmes…

Je saluerai également la maison d’édition, Oskar, qui m’assure toujours de beaux voyages littéraires, peut-être égalés, mais jamais oubliés. Et surtout, les romans de chez Oskar proposent des thèmes, qui incitent à se poser, à cogiter et sûrement à débattre et à partager. (C’était le cas de « Sako » – entre autres – sur l’amitié et la clandestinité).

« Une histoire à vieillir debout » oblige à marquer un temps d’arrêt, à se re-découvrir les uns et les autres, à profiter de chaque instant qui passe (même si cela semble gnangnan) et prépare à un certain Vivre ensemble. Les jeunes ne sont pas aussi insensibles, égoïstes et irresponsables. Les vieux ne sont pas aussi… « vieux » ! C’est un roman qui aborde très justement les questions de la vieillesse et de la mort, et pourtant un roman plein de vie.

« Une histoire à vieillir debout« , Carole PRIEUR, Oskar éditeur, 2012.

Pour découvrir l’univers prolifique et poétique de Carole Prieur, l’auteure : http://caroleprieuraffabule.blogspot.fr/

Pour en savoir plus sur le Prix Chronos : http://www.prix-chronos.org/

« Je n’ai pas peur de la mort. Incontournable issue. Une évidence contre laquelle il n’est pas nécessaire de se battre. Ce qui me fait peur, c’est le renoncement. Renoncer à vivre parce qu’il y a la mort. Plus jamais ça. La mort me surprendra en vie« . p. 127

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