La tendresse des pierres, Marion Fayolle, éditions Magnani.

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J’aime marquer mes livres.

Inscrire avec un bille bien épais mon nom (parce que je prête) mais aussi la date et le lieu de lecture. Car j’aime me souvenir où et quand ils m’ont transportée. Des années après en les feuilletant, je me revois en leur compagnie dans d’autres pays ou blottie dans mon lit.

Et puis il y a ceux qui me marquent. Il n’y en a pas tant que ça. Et puis encore plus rares, ceux qui me figent sur place.

Ceux qui sont tellement puissants qu’ils me figent dans le temps et à un endroit précis.  De ces livres, je me souviendrai toujours de manière précise où ils m’ont attrapée.

Lors du salon Petite édition jeune illustration de Saint-Priest (69) en novembre dernier, j’ai été capturée par La tendresse des pierres de Marion Fayolle.  Ses albums précédents m’avaient réellement intriguée par leur beauté. Ce sont des albums qui ne ressemblaient à aucun de ceux que j’avais dėjà lu. Des albums dont on ne peut pas dire : »tiens ça me fait penser à…  » Et je crois que c’est une qualité.

Marion Fayolle compose une œuvre absolument singulière qui ne ressemble qu’à elle. C’est une artiste dont toute la sincérité, toute l’humilité et tout le talent jaillissent dans ce nouvel album.

Dans La tendresse des pierres, Marion relate de manière tout à fait novatrice le décès de son père, gravement malade pendant plusieurs mois ou années. On y voit ce père souffrir puis mourir. On y voit la famille qui cogite, les sentiments des uns et des autres qui s’emballent.

En voici l’introduction :

On a enterré le poumon de papa. C’était un jour de printemps, les arbres étaient chargés de cerises et la nature était belle. On s’habilla pourtant tous en noir pour assister à la cérémonie. Toute la famille était là. Des hommes en blanc portaient sur leurs épaules l’énorme poumon. Papa assistait avec nous à l’enterrement d’une partie de son corps. Certains reniflaient dans leurs mouchoirs. D’autres suivaient le cortège sans vraiment réaliser qu’un morceau de mon père venait de disparaître et que peut-être, bientôt, on lui retirerait d’autres bouts de son corps, jusqu’à l’enterrer tout entier

Voici comment débute le récit de Marion Fayolle, le ton est donné d’emblée et l’on comprend que ce n’est pas de la rigolade, que le sujet va nous secouer plus ou moins selon notre vécu. Difficile même si l’on ne se sent guère concerné de rester de marbre face à cet album incroyable.

Peu à peu le père perd ses parties de corps malades. Le poumon est bientôt suivi du nez, c’est la dégringolade de la maladie. Les sentiments des personnages sont admirablement retranscrits et rien n’est ridicule dans cette histoire qui pourtant traite de la maladie de manière très imagée.

Pourtant jamais je n’avais eu autant cette sensation d’être le personnage principal d’un livre. Je ne suis pas ressortie indemne de cette lecture qui m’a bouleversée profondément. J’avais aussi un peu mal aux jambes car j’étais toujours debout et encore au salon de Saint-Priest lorsque je l’ai fini dans la foulée. Sitôt ouvert, sitôt englouti. La gorge serrée et le nez  et les yeux qui dégouline.

J’ai eu beaucoup de mal à dire à Marion combien je m’étais reconnue dans cette histoire pour avoir vécu la même à quelques détails près. J’ai vraiment cru qu’elle était dans ma tête et que mes pensées étaient sur ce papier. C’était une sensation troublante et en même temps une expérience que je n’oublierai pas.

Marion Fayolle est originaire d’Ardèche et ce n’est pas du tout une pimbêche. Elle est talentueuse, jolie, sympathique, vit et travaille à Lyon. Rien ne cloche chez cette auteure/illustratrice dont les prochains travaux risquent d’être attendus avec la plus grande curiosité. Son site internet donne un bel aperçu de l’étendue de ses talents.

Cet album ne s’adresse pas aux enfants. Plutôt aux adultes ou aux ados. Mi BD, mi roman graphique, difficile de qualifier cet objet rare et puis à quoi bon ? Il est publié par les éditions Magnani qui éditent de très beaux ouvrages quelques fois l’an… Une production de qualité et raisonnée !Du travail d’orfèvre pour cet éditeur scrupuleux et son auteure talentueuse.

Je ne cache pas que je suis trèèèèèèèèèèèèèès déçue que La tendresse des pierres n’ait rien récolté à Angoulême mais je compte sur le bon goût de chacun pour faire vivre ce livre radical et juste parfait.

Je vous conseille vivement cette video dans laquelle Marion Fayolle s’exprime à propos de son album. Vous verrez que tout ce que je vous ai dit est vrai (pas pimbêche, jolie, talentueuse etc…)

Merci Marion pour toutes ces émotions !

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