Eleanor et Park de Rainbow Rowell (dès 13 ans)

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Pourtant c’était mal parti. Une histoire de love love écrite par une fille qui s’appelle Arc en Ciel… Ça me faisait clignoter tous les indicateurs au rouge.

Voilà bien l’une des plus belles histoires d’amour que j’ai lues et je peine à trouver les mots pour vous dire comme j’ai été émue par ces deux splendides personnages.

Autant j’ai peu aimé Nos étoiles contraires l’an dernier, autant je suis tout à ma joie d’avoir dévoré ce roman.

J’ai donc beaucoup hésité à entamer ce roman. Puis j’ai vu que dedans il y avait beaucoup de punk-rock, de new-wave, de post-punk… Quand j’ai vu que les personnages principaux s’échangeaient des cassettes (vous avez bien lu) des Smiths et de Joy Division en dissertant sur l’intro de Love will tear us apart, j’ai commencé à sérieusement changer d’avis.

L’histoire se déroule en 1986 ce qui explique que les plus jeunes parmi vous n’ont peut-être rien compris à mon charabia musical ci-dessus et c’est bien normal. Certains ne savent peut-être même pas comment on rembobine une cassette avec un crayon. Certains n’ont peut-être jamais vu une cassette de leur vie ! J’y remédie de suite :

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Jeunes amis, la cassette est l’ancêtre du CD, lui-même déjà ringard. Pff ! Le temps file à une de ces vitesses !

Je rassure tout le monde ici, le thème principal n’est pas le post-punk ou les Watchmen d’Alan Moore dont nos héros se régalent. Le thème c’est l’amour, le vrai grand amour hein ? Pas la bluette qui dure une semaine et qui se termine derrière le gymnase après l’UNSS du mercredi.

Ça commence dans un bus. Eleanor monte à son bord, subit tout un tas de moqueries parce qu’elle est moche, grosse, rousse et mal fringuée. On l’appelle Rouquemoutte. Pas top, hein ? Quand on débarque dans un lycée pour la première fois on aimerait un autre accueil… Mais, Eleanor en a vu d’autres, ça semble lui passer au dessus de la tête. Il faut dire que son beau-père l’a virée un an de chez elle et que sa mère n’a trop rien fait pour la récupérer. L’histoire débute lorsqu’elle revient à la « maison ». Façon de parler, puisqu’il s’agit plutôt d’un poulailler où ils sont entassés les uns sur les autres à picorer des fonds de conserves.

Un matin, aux alentours de la page 50, Eleanor zieute par dessus l’épaule de Park dans le bus pendant qu’il lit les Watchmen. Le soir, dans le même bus, ils reprennent leur lecture ensemble « pile à la page où il s’étaient arrêtés ». Et là on comprend qu’ils ne sont plus qu’un. On le saisit bien avant eux ! C’est ce qui m’a particulièrement plus dans cette histoire. C’est doux et lent et puis vers la fin il y a un gros coup d’accélérateur. J’ai aimé voir ces sentiments prendre forme et se construire tout doucement. J’ai adoré voir les personnages tomber amoureux, l’accepter, l’assumer, faire des erreurs.

Il faudra attendre la page 139 pour que le premier « je t’aime » jaillisse de la bouche de Park. À vrai dire il est raide dingue de cette fille ringarde mais c’est assez dur de l’assumer auprès des potes qui se moquent d’elle sans cesse, mais aussi vis à vis des ses parents. Surtout sa mère ! Petite poupée coréenne, tirée à quatre épingles du matin au soir. Son truc à elle c’est coiffer, c’est même son métier. Et aussi maquiller avec la gamme de produits Avon pour qui elle est représentante. Alors quand elle découvre Eleanor avec ses fringues de Punky Brewster, elle prend sur elle pour ne pas s’évanouir. Malgré un accent asiatique caricatural, j’avoue voir bien ri des saillies de cette mère interloquée par le choix de son fils. Moment d’apothéose lorsque la maman poupée décide de relooker la petite amie épouvantail dans son salon de coiffure :

 » Quel shampooing tu te sers ? »
« Je ne sais pas »
« Comment tu sais pas ? S’est récriée Mindy en lui touchant les cheveux. Trop secs. Cheveux ondulés toujours trop secs, tu sais ? »

Ce que je ne vous ai pas encore dit c’est qu’Eleanor se lave généralement les cheveux au produit vaisselle. Pas parce que c’est une lubie ou un truc de grand-mère, parce que dans sa famille on n’a pas un rond pour se faire belle ; ni même une porte à la salle de bains. Ou un placard dans la chambre pour ranger ses affaires, qu’elle camoufle au fond de son lit en espérant que sa tripotée de petits frères et soeurs ne trouvera pas la photo de
Park. S’il la trouve, c’est sûr qu’ils iront tout cafter. S’ils caftent, son beau-père la tue.

Alors Eleanor a tout le temps peur, elle n’ose pas s’impliquer à fond dans cette histoire qui la submerge de bonheur. Un bonheur comme elle ne pensait jamais en connaître. Incroyable qu’un type aussi beau et gentil soit si dingue d’un « boudin » comme elle. Alors elle fait pas mal d’erreurs, elle est maladroite et toujours touchante. Elle a tellement honte d’elle, de cette famille et de cette vie misérable qu’elle n’ose même pas lui en parler.

Chez Park, elle ne se sent pas à sa place. La grosse dondon et l’esthéticienne doivent apprendre à s’apprécier. Eleonor découvre chez eux ce qu’est une famille et ça lui brise le coeur en même temps que ça la bouleverse de joie quand elle est enfin acceptée. Les pires crasses des filles de sa classe en gym ne l’atteignent plus vraiment depuis qu’elle a un prince charmant qui a déglingué la tête du plus costaud du bahut pour faire cesser les moqueries à coup de taekwondo.

Les personnages sont complexes et formidablement attachants.

Le récit se focalise alternativement sur l’un ou l’autre offrant ainsi une parfaite égalité à ce couple incongru.

Gros coup de coeur, à lire dès parution le 4 juin.

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