Ma vie de libraire pour la jeunesse # 1. À bas les clichés !

Bienvenue dans ma vie de libraire !

Cet article s’inspire de plusieurs vies de libraires, les miennes.  En librairie dite de Grande Surface Spécialisée, puis en librairie généraliste, puis en spécialisée jeunesse. Toutes pareilles et pourtant toutes différentes !

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Oui, c’est moi ! En mode Marvel, un jour de pétage de plombs. Attention, on ne s’amuse pas tous les jours non plus !

Il s’agit ici du premier article voué à faire connaître un métier qui fait fantasmer bien des gens. C’est justement pour faire prendre conscience des réalités que j’ai décidé de vous livrer un portrait assez peu glamour mais 100% véridique de mon gagne-pain.

Li-braire !

Avouez que ça fait rêver. Ça en jette, non ? Je suis parfois prise d’une envie de faire ma maligne lorsqu’on me demande « Et toi, tu fais quoi comme boulot ? » En réponse, j’ai l’impression de prononcer une simili formule magique « Oh, moi tu sais, je suis libraire pour les enfants… » Puis,  j’ai pris l’habitude après avoir écouté les « T’as trop d’la chance ! Ça doit être trop coooooool comme boulot ! » (oui c’est vrai), de vite calmer les ardeurs de mes fans. Salaire minable, boulot épuisant, horaires de commerçant, vacances de commerçant, patience en toutes circonstances pour gérer les désirs des clients, etc…

Mais c’est vrai que j’ai de la chance d’être libraire, c’est un boulot cool et de passion. Franchement, y a pire. Mais avant de vous décider à venir vivre ma vie de libraire dans votre vraie vie à vous, lisez cet article et celui de Télérama intitulé Profession : libraire fier qui donne un bon aperçu du métier. Même si le terme « fier » dans le titre me fait grincer des dents car j’ai du mal avec l’importance que certains donnent à ce métier car enfin, soyons honnêtes, on ne vend que des livres. Je ne vois nulle mission sacrée ou acte de bravoure là-dedans.

Avant tout, vous qui pensez à devenir libraire, demandez-vous si vous êtes vraiment passionné de livres et non pas de lecture et encore moins d’un genre de lectures en particulier… Je m’explique : on peut-être un fan absolu de SF, lire 150 romans de SF dans l’année et vouloir passer sa vie à en conseiller dans une librairie et puis… on se retrouve dans une librairie généraliste au rayon dictionnaires (je n’ai rien contre les dictionnaires).

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On ne tombe pas toujours du premier coup au poste escompté, surtout dans les GSS ou les librairies généralistes. Alors, je pense que l’amour du LIVRE est essentiel, ça parait bête de dire ça, n’est-ce pas ? Il faut aimer le renifler, le tripatouiller, ok bon, j’arrête. Nul besoin d’être fétichiste non plus.

Si vous êtes vraiment passionné par la chose livresque alors vous pourrez certainement vous accommoder de votre paie au SMIC, de vos samedis travaillés, de vos 5-semaines-de-congés-pas-une-de-plus, de vos centaines de kilos de cartons portés chaque semaines, de vos clients de mauvaise humeur, du téléphone qui sonne toujours au mauvais moment (fonctionne aussi avec la cb qui tombe en panne au mauvais moment, l’ordi, la caisse etc…) Vous ferez le ménage avec délice en fin de semaine, irez à la déchèterie en sifflotant vous débarrasser des tas de cartons évoqués plus haut. C’est encore et toujours la passion qui vous aidera à vous lever les dimanches à l’aube pour aller sur les divers salons du livre pour lesquels des semaines de préparation sont nécessaires et une journée entière de remise à neuf de la librairie au retour. Et j’en passe.

Donc de la passion, sinon c’est cuit.

Quand je vois le nombre de personnes qui rêêêêêêvent de faire ce boulot lorsque j’en parle, je m’aperçois que l’image qu’en a une bonne partie de la population est terriblement déformée.

Voici selon moi les pires clichés véhiculés (et un brin exagérés je l’avoue) auxquels j’apporte mon vécu…

Idée reçue numéro 1: pour être libraire il faut être très intelligent.

Même pas ! J’en connais qui n’ont pas le bac mais je ne dirai pas qui. Pour être libraire, il faut surtout être curieux et avoir de bonnes connaissances de culture générale.

Exemple : si vous soutenez à un client que Stendhal n’a jamais écrit Le rose et le vert et que vous lui ricanez au nez en lui disant c’est Le rouge et le noir ! , vous aurez l’air idiot car ça existe bel et bien… Idem avec un autre piège de nos classiques de la littérature française, notre ami Molière a bien écrit L’école des maris bien qu’on nous demande toujours celle des femmes.

Mais bon, pas de panique car quand on débute on ne peut pas être une encyclopédie non plus. Et même au bout de xxx années de carrière, il y aura toujours un client qui en saura plus que vous sur un sujet et ne manquera pas de vous le faire remarquer. C’est agaçant mais au moins, dans mon boulot, j’en apprends tous les jours et tous les soirs je me couche un peu moins bête. N’est-ce pas formidable ? Donc, il faut en avoir dans le ciboulot mais on n’a pas besoin de réviser l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert non plus. Quoi que avec celle magnifique publiée par l’Edune l’an dernier, on s’y met avec plaisir. lumières

Dans les faits, pour être libraire il n’y a pas forcément besoin d’un diplôme MAIS les DUT Métiers du livre par exemple sont appréciés. On peut trouver des formations dès le CAP, suivez le lien ici pour voir la liste des formations. Vous voyez, il y en a pour tous les goûts. Pas besoin de se lancer dans un cursus de lettres modernes et ça, c’est pas une chouette nouvelle ? Donc, non pour être libraire, pas besoin de faire de longues études. Le plus dur c’est de trouver du boulot car on est serrés comme des sardines.

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Les formations en alternance sont, sur le papier, une super idée. Dans les faits je connais malheureusement peu de libraires qui prennent des apprentis. Le plus dur est de trouver celui qui voudra faire de vous son petit protégé. Sollicitez les librairies auxquelles personne ne pense, celles cachées dans un petit village en périphérie où un libraire galère tout seul et voudrait bien un peu d’aide…

Idée reçue numéro 2 le libraire lit beaucoup

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Le libraire lit quand il peut mais jamais au travail…

Alors ça c’est forcément vrai, je vous faisais une petite blague. Le libraire lit beaucoup mais je voulais préciser une petite chose loin d’être anecdotique : le libraire ne lit jamais pendant son temps de travail ! Ou alors c’est un petit veinard. Personnellement, je n’en connais pas qui ont le temps de bouquiner pendant les heures d’ouverture. Le libraire lit donc en dehors de son travail, dans son lit par exemple jusqu’à ce qu’il s’écroule de fatigue. Ou à la plage, ou dans son canapé. Où il veut mais pas au boulot. Donc on fait beaucoup d’heures supplémentaires non rémunérées. Mais vous allez me dire « quand on aime on ne compte pas ». Je l’attendais celle-là mais je préfère ne pas y répondre. Dans le cas où l’on est « spécialisé jeunesse » puisque c’est de ça dont on parle dans ce blog, j’en viens carrément à culpabiliser lorsque je prends le temps de lire un bouquin pour adultes.

ça te saoule pas de lire que des livres pour les gosses ?

Me demande-t’on parfois à juste titre (la réponse est oui ET non)

Je ne m’autorise que les congés d’été pour lire du « pour les vieux…  » Le reste du temps ça m’angoisse et me donne l’incroyable sensation de prendre trop de retard sur toutes les nouveautés si je ne carbure pas à la jeunesse. Ce qui m’amène à l’idée reçue suivante.

Idée reçue numéro 3 : le libraire connait tout (même pas vrai)

Alors celle-là, je l’entends toutes les semaines : »Demande à la dame mon chaton, elle connaît tous les livres. » Ou sa variante lorsque l’on conseille : « Mais vous avez lu tous les livres ? »

Et bien non le libraire ne connait pas tout et n’a pas lu tout ce qui est dans sa boutique… Mais normalement au bout d’un certain temps et s’il sait bien faire son boulot, il est capable de répondre à un peu tout. Par quel miracle ? Et bien déjà, suis-je autorisée à dire « tous les Nothomb se ressemblent ? » N’allez pas croire que j’ai une dent contre Amélie, je veux juste dire par là que généralement on se fait vite une idée du style d’un auteur par exemple, de l’identité d’une collection. Si vous aimez machin alors vous aimerez bidule (oui, comme sur les propositions de libraires par internet, c’est dingue !) Par exemple : si vous aimez Musso vous aimerez Lévy.

Et puis, normalement le libraire se tient au courant (magazines, blogs, etc…) et sait donc ce que machin ou bidule qui est hyper renommé dans le monde de la littérature en a pensé. Lorsque je ne peux pas donner mon avis mais que j’ai lu un bon article dessus, j’en parle. Attention ! Je n’ai pas dit que je faisais semblant d’avoir lu le livre en mettant dans ma bouche les propos de Michel Abescat dans Télérama !!! Je suis toujours honnête même si ça apporte parfois la réaction que je déteste : « Ah bon, vous ne l’avez pas lu ? » « Non madame, mais j’en ai lu d’autres vous savez… » On dirait que le monde s’écroule lorsque l’on ose dire non.

Et puis ce sont aussi souvent les mêmes que l’on conseille car nous avons bien sûr nos chouchous. Ce qui ne nous empêche pas de savoir aussi nous débrouiller lorsque l’on nous demande des conseils sur des choses qui nous inspirent moins. Et ça ça arrive quand même assez fréquemment car on ne tombe pas toute la journée sur des lecteurs avec qui l’on peut partager ses affinités. Et un fin libraire, à mon sens, ne tentera pas le diable en proposant à un fan de 50 shades of grey de tenter dans la foulée Belle du seigneur. Je pars du principe qu’il faut respecter les lectures des clients et y aller mollo dans leur reconversion.

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J’avoue j’ai pas tout lu. Quoi, vous n’allez pas me dire que vous avez lu tous vos livres quand même ?

Idée reçue numéro 4 : le libraire aura bien un livre pour régler le problème du petit.

Votre enfant mord ? Il ne veut pas jeter sa tétine ? Votre fille ne veut plus se montrer toute nue ? Votre fils est mauvais perdant ? Votre chien est mort ?
Pas de panique le libraire a des livres pour toutes les situations et c’est presque vrai. Grâce à la série de chez Calligram Ainsi va la vie -que tout le monde même moi appelle Max et Lili-, on trouve de tout.  Mais alors vraiment de tout. Même si la mère de la meilleure amie de votre fille picole ou si le neveu de je ne sais pas qui est en prison, c’est tout bon. Grâce à Max et Lili on est sauvés ! Pour tous les âges les auteurs et éditeurs proposent des titres pour soigner tous les maux. Le libraire doit jouer au psychologue avec certains clients et faire preuve de tact dans des situations parfois bien difficiles. Divorce, maladie, décès, beaucoup de familles confrontées à des situations compliquée cherchent un livre pour aborder des sujets délicats avec leurs enfants.  Pas toujours simple de répondre à toutes les demandes et de trouver le livre adéquat. Pour les plus grands il va falloir « taper » dans les romans, trouver le titre auquel s’identifier au héros. Bon, pas simple tout ça. Et en plus c’est même pas sûr que ça marche… Il y en a qui croient dur comme fer au livre médicament. Je reste un peu plus sur la réserve selon les demandes et me retient parfois de conseiller aux parents un pédo-psy plutôt que d’essayer d’éradiquer la jalousie maladive de l’aîné qui mord le nouveau né à coups de Trotro à une petite sœur.

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Madame la libraire ! Au secours mes enfants se sont transformés en félins, qu’est-ce que je peux leur lire ?

Je pourrais mettre encore ici bien des idées reçues sur mon métier mais j’en garde pour la suite ! Il faut savoir tenir en haleine ses lecteurs.

Je vous donne quand même un SPOILER en attendant le #2 : libraire, un chouette métier… Dans le prochain post : votre libraire balaie (tout en décrochant le téléphone et en disant au revoir avec le sourire à la madame qui s’en va).

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5 réflexions sur “Ma vie de libraire pour la jeunesse # 1. À bas les clichés !

  1. Elsa dit :

    Génial Gaëlle ton article ! Tu arrives presque à donner envie de devenir libraire. En tous cas de faire la sardine avec toi sans aucun doute!

  2. Diéval dit :

    Bonjour à vous et merci pour votre article , j’habite Amiens et je suis intérimaire dans la logistique comme Manutentionnaire, j’ai un BAC PRO logistique avec mention très bien , mais en vérité je n’aime pas ce que je fais , je le fais car je suis en couple avec ma conjointe qui elle aussi est en CDD à la mairie, nous habitons en appartement et comme tous le monde nous payons nos factures etc…
    Depuis quelque mois je souhaiterai devenir Libraire car j’aime lire et aussi le contact avec la clientèle, on me dit souvent que je suis très littéraire car je m’exprime bien , je lis de tous car je m’intéresse à beaucoup de lecture, le soucis c’est que j’aimerai obtenir un diplôme en alternance et pouvoir exercer ce métier qui me fait tant rêver et je c’est que ce n’est pas toujours facile , j’en suis conscient, j’ai déjà un peu parcouru le net , j’aimerai avoir des conseils de votre part sur ce que je vous ai dit et s’il-vous- plaît des pistes pour ce beau métier qu’on aime à transmettre à nos chers lecteurs.Pour moi les freins seraient de partir dans une autre ville sans argent de côté , de trouver un logement et une entreprise qui veuille bien accepté de prendre un adulte de 30 ans pour préparer un diplôme par le biais de l’alternance, je vous souhaite une excellente soirée.

    Cordialement, Monsieur DIÉVAL

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