Ma vie de libraire #2, une bonne journée !

Une bonne journée de libraire, il y en a plein dans l’année !

C’est parfois un petit rien qui va faire qu’on rentrera chez soi le sourire béat aux lèvres. Par exemple, il me suffit d’avoir réussi à vendre un livre que j’aime mais qui n’emballe pas les foules pour être contente. Si je parviens à vendre un Moomin, autant dire que j’ai gagné ma journée.

moomintowelOn voit là les Moomin de Tove Jansson déclinés en mode PQ, serviette en papier.

C’est dire comme dans d’autres contrées, ils sont vénérés…

Une bonne journée de libraire est, selon moi, une journée variée. La journée pendant laquelle je ne fais rien d’autre que rentrer des livres en stock (oui, oui, c’est même fréquent…), n’est PAS une bonne journée à mon avis ! J’aime quand tout se mêle dans un chaos relativement organisé tout de même.

Avant de me lancer, je tiens juste à préciser un basique de notre métier : la diffusion et la distribution du livre… Ce sont les socles sur lesquels notre métier repose. Deux gros mots qui font peur aux stagiaires et qui n’ont pourtant rien de bien vilain.

La diffusion du livre c’est l’aspect commercial. Les représentants qui viennent nous visiter pour nous présenter les nouveautés c’est la diffusion du livre.

La distribution du livre c’est l’aspect technique. Colis, facturation, avoirs…

Un petit exemple : prenons l’éditeur Bayard jeunesse. Les nouveautés nous sont présentées par un représentant qui travaille pour la société de diffusion SOFEDIS, il vend aussi d’autres éditeurs tels que Mijade ou Minedition. Mais la distribution de ces ouvrages est confiée à la SODIS qui s’occupe de nous faire parvenir les ouvrages et de les récupérer lors des retours, la SODIS s’occupe aussi de la facturation etc… Dans ces cartons venus de la SODIS il y aura aussi d’autres éditeurs diffusés par tout un tas d’autres sociétés et pas seulement ceux vendus par le représentant qui vend Bayard et cie. On y trouvera par exemple les livres de chez Gallimard jeunesse qui sont eux aussi distribués par la SODIS mais dont la diffusion est assurée par la représentante de chez Gallimard (qui vend aussi d’autres éditeurs que Gallimard tels que les Grandes personnes…)

Je vous ai perdus ? Alors, retour au concret !

Mais de quoi donc est composée une journée type à la librairie me direz-vous ? En voici les grandes lignes, à savoir nos principales tâches auxquelles se rajoutent tout un tas de petites choses dont on pourra reparler une autre fois :

Réception des colis/Entrer les livres en stock : Aïe mon dos, ouille mes doigts ! Attention les dégâts les cartons peuvent faire jusqu’à 25 kg mais en moyenne on s’arrête autour de 20… Oui, c’est réglementé ! Un carton plein de livres à ras bord atteint facilement les 25 kilos, ce n’est pas rien surtout quand on reçoit 30, 40, 50… 80 cartons et plus (selon les librairies évidemment). C’est la tâche qui nous occupe le plus bien que ce soit la plus ingrate à mes yeux (mais peut-être y a t’il des libraires qui trouvent ça top ?). Selon les librairies, les livraisons sont quotidiennes ou 2 ou 3 fois par semaines, chacun gère selon ses besoins et possibilités.

Dans les cartons, il y a de tout ! Youpi c’est tout mélangé à l’exception des nouveautés. Sinon dans les autres il y a notre réassort (le fonds qu’on vend régulièrement et qu’on recommande ou les nouveautés qu’on à déjà vendues et qu’on recommande illico), le livre de Mme Machin pour sa petite file, et pour ceux qui travaillent avec des collectivités ; tous les livres réservés pour les bibliothèques, crèches etc… Notre logiciel ne nous permet pas de valider le carton dans son ensemble, aussi nous bipons patiemment chaque livre de chaque carton et regardons bien attentivement pour qui il est. Je vous l’ai dit, c’est vraiment nul comme tâche ! Mais bon, pour celui qui s’occupe de rentrer en stock les nouveautés c’est pas tellement mieux car passé le cap du « oh les jolis livres tout neufs ! », il va passer le reste de sa journée à créer des fiches pour référencer toutes ces merveilles.

Bon, ok, il y a des logiciels plus évolués ou des librairies qui ont un service de réception. Mais là, je vous raconte la vie du petit libraire de quartier qui fait tout lui-même. Ma vie, quoi. Je vous raconte ma vie, c’est le propre de cette catégorie « Ma vie de ».

Il faut bien sûr s’esquinter les yeux à vérifier bien toutes les factures ou bons de livraison car les erreurs sont fréquentes ou bien il faut faire aussi attention aux changements de prix… Autant dire que ça prend un max de temps et que c’est un brin rébarbatif.

Retour des invendus : Ah ben c’est marrant, c’est presque l’exact opposé de tout ce que je viens de vous raconter. On reprend les mêmes cartons mais vides et on recommence ! Bon, avant il y a un jeu que j’adore personnellement et que je compare un peu à une chasse aux trésors c’est de chercher dans tous les recoins de la librairie les ouvrages à renvoyer aux éditeurs. Certains font ça très méticuleusement en imprimant des listes de suggestions de retours proposés par le logiciel, d’autres font ça plus sauvagement en enlevant au cas par cas là où il y a besoin de place. L’essentiel étant de respecter un juste équilibre et de ne pas vider le magasin ou se « sur-stocker » d’ouvrages invendables.

Pour les retours il y a une règle de base avec plein de petites variantes sympas selon les distributeurs : « retours libres entre 3 mois et 12 mois de stock ». En gros un libraire qui n’a pas vendu ses livres au bout de 3 mois à la possibilité de les renvoyer, il lui sera fait un avoir. S’il dépasse un an, il est censé demander une autorisation de retour à son représentant… Alors, ça c’est ce qu’on nous enseigne à l’école des libraires et puis une fois dans nos jobs on s’aperçoit que c’est loin d’être si figé. Y a ceux qui ne reprennent rien du tout (rare mais ça existe!), ceux qui ne reprennent rien sans l’aval du représentant, ceux qui reprennent tout même si c’est paru la veille. Ceux qui sont censés reprendre mais te renvoient la moitié de ce que tu as rendu… Y a même ceux qui veulent pas reprendre dans la librairie X mais qui reprennent dans la librairie Y. Oh la la ma tête, j’y comprends plus rien ! (cf. rubrique Achats/copinage ci-dessous)

Tout ce qui reste en stock longtemps voire très longtemps devient de la dépréciation et ça c’est moyennement recommandé car ça finit par coûter de l’argent au libraire. On évite donc de laisser trop vieillir les stocks, sans pour autant évidemment enlever nos chouchous qu’on vend quand même une fois l’an.

Achats : la pause copains. Les achats sont essentiels à la bonne marche de la librairie, il y va de la crédibilité de votre assortiment tout de même ! Le libraire reçoit plusieurs représentants par semaine, parfois même plusieurs par jour. Et ça peut aller de 1 minute à 2 heures (ou plus si affinités!) Les relations qu’entretiennent les deux parties sont assez fascinantes. Pourquoi ? D’abord parce que le libraire est alors un client et non plus un vendeur le temps d’un rendez-vous ! J’aime cette inversion des rôles, ce n’est plus à moi de convaincre mais au représentant de faire l’effort de m’attirer vers ses ouvrages. On se laisse porter en regardant les belles images sur l’ordinateur en se disant qu’on a bien de la chance de voir ça avant tout le monde ! Ensuite parce qu’entre nous, au fil des années se tissent des copinages plus ou moins sérieux. Alors qu’il ne faudrait pas du tout !!! Là est tout le nœud du problème: avoir confiance en son représentant qu’on soit pote ou pas… Difficile de dire non à un ami, n’est-ce pas ? Mais un vrai ami te dira : « laisse tomber ce livre c’est naze, c’est pas pour toi. » Et heureusement, il y en a !

Difficile aussi les premiers temps de savoir à qui accorder sa confiance ou  pas. Attention, le représentant n’est pas là pour arnaquer les libraires mais disons que tous n’ont pas la même vision du métier.

Lors des RV les équipes commerciales représentent généralement plusieurs maisons d’édition (ex : Actes sud junior, Rouergue, Thierry Magnier c’est untel.1 tandis que Flammarion, Casterman, Autrement c’est untel.2) Donc les RV peuvent parfois être très longs car nous travaillons généralement 2 ou 3 mois de programmes d’affilée. Certains envoient parfois les bons de commande à l’avance aux libraires pour que les quantités soient prêtes le jour du RV plutôt que de tout discuter et de se bagarrer le bout de gras pendant des heures ! C’est le cas en BD où certains diffuseurs (coucou Guigui !) ont un catalogue teeeeeeeeeeeeeellement étoffé qu’on étouffe. Et là je ne parle pas du marathon que sont leurs journées de tournée mais simplement la largeur de gamme de leur catalogue… De ce fait on ne voit pas tout le monde aussi souvent.

La règle, quand on veut tout bien faire comme il faut voudrait qu’on prévienne dès le début du RV : « j’ai xxx temps à t’accorder et j’ai xxx retours à te demander ». On est client oui ou bien ? Dans les faits on commence par se raconter nos vacances.

Il y a aussi les journées exceptionnelles qu’on ne vit que de temps en temps !

Et ces 2 dernières années il y en a eu quelques unes de grandes joies ! ll y a eu la fois où, après avoir terminé Max de Sarah Cohen-Scali, j’ai eu une démangeante envie de lui poser des questions (l’interview est d’ailleurs par ici sur ce site même). Et puis il y a eu ces jours heureux de rencontres avec des auteurs invités pour le club de lecture. J’en profite pour remercier les deux derniers venus qui ont été absolument adorables : Fred Paronuzzi et Annelise Heurtier.

Encore plus folles sont les journées de salon où l’on côtoie tout le gratin de la littérature jeunesse sur nos stands avec qui on fait copains comme cochons pendant un week-end alors qu’en vrai dans la rue on n’oserait même pas leur parler tellement on les ââââââdmire. C’est ainsi que ces deux dernières années j’ai passé quelques journées en compagnie de certaines de mes « idoles » obtenant ainsi lâchement de belles dédicaces sans jamais faire l’once d’une queue…

dedicaces

 

Méli-mélo de Carole Chaix, Marion Fayolle et Marie Caudry.

Voilà, c’était une bonne journée dans ma vie de libraire. J’aurais pu ajouter la vitrine, petit détail qui m’amuse toutes les 3 semaines. J’adore trouver des thèmes qu’on ne voit pas trop ailleurs du genre l’automne, le printemps, Noël, Pâques. Ces derniers mois j’ai bien cogité avec mes collègues et on a trouvé des thèmes plutôt chouettes : les onomatopées, les pois, les personnages ronchons, la moumoute…

Le but est que le client se dise : tiens, c’est quoi le rapport entre tous ces livres ? C’est « la moumoute »

moumoute

Une bonne journée c’est une journée d’échange avec les clients, évidemment. De conseils et de partages !

 

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