Inintéressante, ma vie de bibliothécaire ?

Pour ne pas faire très original dans cette catégorie, je copierai la trame des copines toujours parfaite, évidemment, en recensant les phrases entendues lorsqu’on est bibliothécaire.

Oh, vous savez, moi, la lecture…

En général, la phrase reste en suspens, mais démontre bien la nécessité de se justifier de ses pratiques culturelles face à la bibliothécaire du village, forcément intelligente et cultivée, n’est-ce pas ! Pas le temps, pas le courage, pas de livres qui plaisent, une grande bibliothèque chez soi… il faut être inventif pour trouver des excuses lorsqu’on ne veut pas s’inscrire. Rappelons pourtant le premier droit élémentaire des lecteurs selon Daniel Pennac, celui de ne pas lire ! Mais sachez tout de même qu’en bibliothèque, on peut aussi trouver des musiques, des films, feuilleter des journaux et magazines, consulter Internet et qui sait tomber par hasard sur un livre qui nous plaira.

sans-titreLa lecture c’est important !

Il suffit d’assister à l’inauguration d’une bibliothèque et aux discours des huiles pour se convaincre que le cliché de la bibliothèque comme temple de la culture et de la connaissance est encore largement présent. Loin de moi l’idée de nier que lire peut apprendre des tas de choses, mais n’oublions pas que lire permet – aussi – de se distraire, de s’évader, de prendre PLAISIR. Je vous annonce ici que lire de la bande dessinée, c’est lire. Et un grand qui sait déjà lire a le droit de vouloir emprunter un livre avec des images, sans être obligé de faire croire que c’est pour sa petite sœur… En écrivant ceci, j’ai l’impression de tenir un discours galvaudé pour une cause déjà acquise, mais de même que pour l’égalité des genres, une piqûre de rappel ne peut pas faire de mal…

Et celui-ci, vous l’avez lu ?

Pas de commentaire à ce sujet, lisez les articles précédents de la catégorie pour vous apercevoir que cette remarque est sans doute le point commun de nos métiers le plus important. Une transition toute trouvée avec la réplique suivante :

Et vous ne vous ennuyez pas quand il n’y a personne ?

En voilà une rude épreuve pour vos nerfs, à savoir si vous allez être capable de rester aimable face à ce type de comportement. Je dois avouer que ma réaction varie selon l’humeur : humour, indifférence et flegme total genre je suis de marbre et rien ne peut m’atteindre… Spécialement pour vous, je vais me lancer dans un panorama forcément incomplet sur le circuit du document qui justifie l’état calamiteux de mon bureau…

La partie « acquisitions », c’est les commandes de livres. Un budget annuel est voté en conseil municipal, pour lequel il faut souvent faire preuve de conviction et d’argumentation. Il peut être complété de subventions publiques diverses, qui nécessiteront un montage de dossier… béton. Il faut ensuite le saucissonner en fonction des supports (livres, CD, DVD), des sections (jeunes et adultes) et des tranches d’âge, des genres (romans dont policier, amour, humour, terroir, BD, albums, etc…). Et effectuer des commandes auprès de fournisseurs, de préférence des libraires locaux de proximité. Parce qu’effectuer des commandes signifie choisir les meilleurs titres pour nos publics face à la grande diversité de la production. Et donc, des outils de sélection sont nécessaires : sites Internet, revues, émission TV, conseils des lecteurs, comités lecture entre bibliothécaires, libraires (encore eux!) tous les avis sont bons à prendre. Des tâches intéressantes mais chronophages, qui pourraient occuper toutes nos journées…

Seulement lorsque les livres sont réceptionnés, le travail est loin d’être terminé. Catalogage, indexation, cotation sont les bases du travail de bibliothécaire, pour qu’en gros le lecteur puisse être autonome et qu’il puisse trouver son livre sur la culture du bonsaï ou sur le « développement personnel » tout seul sans avoir à « déranger » la bibliothécaire plongée dans son catalogage… Décrire le plus fidèlement le document, y accoler des mots-clés, s’astreindre à un résumé, le ranger à l’endroit le plus pertinent. Heureusement, les logiciels de bibliothèque permettent aujourd’hui d’échanger les notices et de mutualiser le travail.

Car l’idée est de faire en sorte que chaque lecteur trouve son livre et que chaque livre trouve son lecteur. Reste donc à l’équiper et le ranger en rayon, et si besoin le réparer [Tiens, cela me rappelle une anecdote avec un jeune lecteur de 4 ans : « Ca sert à quoi ? » « Ca, c’est pour couvrir les livres. » « Pour pas qu’ils aient froid ? »] Eh oui, on protège les livres de tout un tas de dangers, voyez l’image qui suit.

lirenuitAlors non, les bibliothécaires ne font pas seulement des prêts-retours. La preuve, certains grands établissements ont fait le choix d’automatiser cette tâche ingrate, comme en supermarché, sujet polémique parmi d’autres au sein de la profession (oui, les bibliothécaires aiment bien perdre du temps en se plongeant dans des débats et réflexions avec des collègues, sur des forums Internet ou lors de rencontres professionnelles).

Si on revient à notre idée de mise en valeur du livre, il ne suffit pas de le poser à sa place et basta. C’est d’ailleurs seulement ici que tout commence, oubliez le blabla précédent. Pour ne pas noyer les nouveautés dans la masse, on les met en présentation, on fait des thématiques… Lorsque certains livres sont moches et vieux et prennent de la place sur les rayonnages, hop, sans pitié, on désherbe. La plupart des bibliothécaires vous le diront, rien de mieux que le conseil personnalisé, en mettant le livre entre les mains du lecteur. Et toutes les animations, cercles de lecture, heure du conte pour les plus jeunes participent de cette découverte du fonds. Ah, la fameuse heure du conte en bibliothèque ! Article à suivre sur le développement de ces animations en bibliothèque.

En guise de conclusion, un avertissement : Peut-être certains collègues ne se sont pas reconnus dans cette description du métier, c’est sans doute parce qu’il y a autant de points communs entre une bibliothèque rurale, une médiathèque en ville, et une annexe de quartier qu’entre un médecin généraliste et un hépatologue. Sans exagérer, la taille de l’établissement modifie les pratiques de travail d’un extrême à l’autre, d’une polyvalence à toute épreuve à un cloisonnement des tâches à outrance.

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Une réflexion sur “Inintéressante, ma vie de bibliothécaire ?

  1. Elsa dit :

    Pas inintéressant du tout cet article en tous cas! Il est vrai qu’il y a autant de réalités différentes qu’il n’y a de bibliothèques (et même de sections de bibliothèques) mais c’est pareil pour les profs-docs, les profs des écoles, etc. Merci donc d’avoir décrit ta réalité à toi que tu as.

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