Comics Crossover for ever

Cela fait quelques années maintenant que littérature jeunesse et adulte se mêlent, et dans la BD alors ???

Ça a commencé tout doucement quand on s’est aperçu que les adultes lisaient Harry Potter. En faisant grandir son héros au fil des tomes, JK Rowling avait bien compris comment garder ses lecteurs jusqu’à leur entrée dans l’âge adulte. Mais se doutait-elle pour autant que des millions de moldus bien plus âgés allaient s’emparer de son œuvre ? Puis, Twilight a lancé la mode du roman « crossover » qui n’a cessé depuis de prendre de l’ampleur. Dorénavant on ne compte plus tous ces romans qui ont fini dans certaines librairies par devenir un rayon à part entière.

Pour qualifier ce phénomène de nouveaux termes sont même apparus dans nos bouches : « crossover » et « young adults » sont devenus légion. Certains éditeurs y consacrent désormais des collections complètes, créant ainsi un genre voué à devenir une passerelle regroupant deux mondes : celui des enfants et des adultes. Les enfants acquièrent ainsi la sensation de lire des livres de vieux grands, tandis que les grands rajeunissent à coups de romans pour ados.

Est-ce un bien ou un mal de cloisonner ainsi ? En créant des espaces fermés, ne prive-t’on pas la « vraie » littérature pour adultes d’une public plus jeune ?  « De mon temps », dans les 80’s, on lisait ce qu’on avait car il n’y avait pas tout ce choix, ni toutes ces cases dans lesquelles on essaie de faire rentrer des textes. C’est comme ça qu’avec les livres de ma mère j’ai fini par passer certains étés avec Eric Orsenna au fin fond des bois en Amérique du nord ou avec la Bible (je jure que c’est vrai). Si je suis complètement honnête, je me demande si je n’aurais pas préféré m’éclater avec les Kinra girls.

Je me rappelle avec émotion qu’à l’époque dans la Bibliothèque rose et de la Bibliothèque verte, on écrivait encore au passé composé et on comprenait quand même ce que ça voulait dire. Dedans, il y avait des « bicyclettes » et des « transistors » ! Maintenant je crois qu’il y a des Ipad et que c’est tout au présent (pour ne pas perdre le lecteur en route…) Des fois qu’il ait besoin d’une vieille tante pour expliquer qu’un transistor n’est pas un médicament… Vous pouvez lire à ce sujet cet article à la fois drôle et désespérant dont rien que le titre est un hommage hilarant à la série d’Enid Blyton : Le club des cinq et la baisse de niveau.

Et dans la BD alors ? Car, oui, je comptais bien vous parler de BD aujourd’hui. Ce qui m’amène à vous parler de tout ce bazar aujourd’hui c’est Craig Thomson et sa nouvelle BD Space boulettes.

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Quand on a l’ouvrage entre les mains (feuilletez-le), il faut peu de temps pour comprendre que cette histoire s’adresse à tous et qu’il n’y a pas d’âge pour entrer ans cette aventure bouillonnante et spatiale. Comme le dit si bien une mienne proche connaissance :

Une lecture délicieusement régressive, avec tout le pétillement, toute l’inventivité de la jeunesse, accompagnée par un dessin juste parfait, avec des couleurs sublimes, une narration d’une efficacité absolue !… Craig Thompson, que je vénère depuis la lecture de Blankets, prouve plus que jamais son immense talent, qu’il n’enferme pas dans un seul genre.
De 10 ans à… non, sans limite d’âge, lisez Space Boulettes !!

Alors je me suis dit qu’il y avait urgence à rédiger un article qui mettrait en valeur toutes ces BD que j’aime et que je considère comme des passerelles.

Rien que depuis le début d’année, j’en identifie un bon nombre qui permettent d’offrir sans crainte un chouette album à des ados ou jeunes adultes (ou à qui vous voulez si vous avez compris mon charabia en intro). Roulements de tambour…

Et les gagnants sont :

Lumberjanes, de Stevenson, Ellis, Watters et Allen. Paru chez Urban kids en février 2016, 14 €.

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De tous les titres présentés dans cet article, c’est le seul à paraître dans un label pour enfants (Urban kids) mais cette bd punchy est à lire par tous ! 5 jeunes filles scouts au caractère bien bien bien trempé assistent à de drôles de phénomènes dans la forêt où elles campent. Bon, ok, elles font pas mal de bêtises et ne sont pas un exemple à suivre à tous les coups mais qu’est-ce qu’on se marre et on n’a pas le temps de s’ennuyer. Vraiment chouette, neuf, frais, c’est la coolitude incarnée. Un souffle nouveau sur la BD pour ados. Lumberjanes a été nominée aux Eisner Awards comme meilleure publication pour adolescents et comme meilleure création originale pour la jeunesse aux Harvey Awards. C’est loin de chez nous, mais croyez-moi c’est pas rien ! D’autres titres à venir (yes!)

Ms. Marvel de Wilson et Alphona. Tome 1 paru en février 2015 (3 volumes pour l’instant), 14.95 €.

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Le renouveau de la super-héroïne est incarné par Kamala Khan, jeune pakistanaise musulmane qui prend les traits de Ms. Marvel bien malgré elle. En pleine crise d’adolescence Kamala se pose beaucoup de question notamment sur son identité et la religion. Une BD qui allie astucieusement vengeance, pouvoir et tourments adolescents. Avec en prime des illustrations faciles d’accès et lumineuses. Ms Marvel devrait attirer de nombreuses jeunes filles vers le comics ! Dans la série « j’ai obtenu un prix qui a de la gueule », Ms. Marvel a gagné le prix de la meilleure série à Angoulême en 2016…

Antoine et le fille trop bien, d’Alexandre Franc. Paru chez Sarbacane en avril 2016, 13.90 €.

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Alors, là je ne vais pas trop me fouler car j’ai déjà écrit il y a quelques jours un article qui dit tout le bien que j’en pense !

Les contes de la ruelle, de Nie Jun. Paru chez Gallimard en mars 2016, 18€.

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Mais regardez-moi cette jolie chose que voilà ! Sous la forme de plusieurs courtes histoires au charme fou, on ne peut que se laisser envelopper par la douceur de cet album dont les couleurs douces et la poésie vous transportent au fond de cette ruelle (qui n’a rien de glauque). Un album enchanteur à mettre entre les mains de tous, mêmes les toutes petites mimines d’enfants de 8 ans si on a envie. Un livre qui fait un bien fou ! Et qui n’a pas encore eu de prix à ce que je sache…

La ballade de Sean Hopper, Christophe Merlin (adaptation du roman de Martine Pouchain paru aux éditions Sarbacane). Paru chez Sarbacane en mars 2016,

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Sean Hopper n’est pas un rigolo. Colérique, fiévreux, torturé, ce gars vous fera passer par de multiples émotions contradictoires. Lorsqu’il côtoie la mort, cette ballade âpre devient lumineuse. Happée de bout en bout par cette rédemption, je ne peux que recommander vivement cet album vibrant à tous ceux qui aiment les histoires de vies torturées et habilement écrites. Un récit raconté par un petit gars à la rude vie mais qui ne cesse d’espérer une issue heureuse. Bouleversant et empli d’espoir.

Le journal d’Anne Frank, d’Ozanam et Nadji. Paru aux éditions Soleil en mars 2016, 17.95€.

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Cette adaptation de la première version du journal d’Anne Frank est subtile dans tous ses aspects. Le choix des teintes délicates retranscrit parfaitement l’enfermement de la cachette sans pour autant nous oppresser. On croit tout savoir d’Anne Frank mais on la découvre tout à tour espiègle, grognon, polie, amoureuse, trépignante, joueuse, optimiste… Une jeune fille étonnante qui confie librement ses pensées entre 13 et 15 ans, des écrits plein d’esprit qu’on redécouvre avec émotion.

Voilà du côté des nouveautés mais je ne peux écrire un article sur le sujet sans mentionner le phénomène Lastman initié il y a maintenant 3 ans par Balak, Vivès et Sanlaville. Série tonitruante qui brasse les genres de manière efficace et inattendue que je ne conseille toutefois pas avant 13 ou 14 ans.

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Parmi les titres plus anciens mais qui sont pour de formidables passerelles vers l’âge adulte je citerais :

Nonnônba, de Shigeru Mizuki. Publié chez Cornélius, 33.50€. Une nouvelle édition cartonnée est prévue pour tout bientôt, soyez patients !

Couverture nonnonbaî

Gagnant d’Angoulême en 2007, ce livre est un chef d’œuvre et figure dans mon top 10 de tous les temps. Un pavé plein de malice et de monstres yokaï, une grand-mère facétieuse et un petit garçon inoubliable. Parfait pour tous les récalcitrants du manga.

Couleur de peau : miel, de Jung. Paru aux éditions Soleil en septembre 2007, 17.95€. (3 volumes parus).

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L’autobiographie sans fard de Jung, enfant coréen adopté par une famille de belges. Un récit qui émeut et fait se poser plein de questions sur la filiation et la parentalité. Mais c’est avant tout le récit d’une enfance et adolescence, faites de complicité/rivalité avec sa fratrie. Bouleversant et attachant juste comme il faut. Je vous recommande par la même occasion le film d’animation tiré de la BD.

Ma maman est en Amérique, elle a rencontré Buffalo Bill, de Regnaud et Bravo. Paru aux éditions Gallimard en juin 2007, 16€.

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Doit-on tout dire aux enfants, même le plus tragique ? Ici le jeune héros s’invente une maman qui vit en Amérique (na !). Tout le monde aura compris qu’il n’y a personne en Amérique mais cette BD aborde délicatement un thème compliqué sans tomber dans le pathos, comme on dit… Et puis c’est si joliment illustré.

Manuel du puceau, Retour au collège et autres Riad Sattouf tels que La vie secrète des jeunes pour tous ceux qui se posent des questions sur l’acné, l’éjaculation nocturne et autres tourments adolescents… Fous rires garantis !

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