Je ne suis pas un auteur jeunesse. Vincent Cuvellier.

Quelle joie de retrouver Vincent Cuvellier « à confesse » ! Car si j’aime l’écrivain de fiction qu’il est, j’adore encore plus qu’il se livre sans façon. Déjà, dans La fois où je suis devenu écrivain, j’avais pris un plaisir dingue à lire ses confessions d’élève médiocre au talent fou.

Dans Je ne suis pas un auteur jeunesse, lui  au « charisme d’une palourde », lui qui se revendique le spécialiste du « petit livre rigolo » ne veut pas entendre parler d’auteur jeunesse. Et faut pas le chercher avec ça :

J’imagine un musicien qui ferait des disques pour enfants et qui dirait « je suis compositeur jeunesse ».

N’a t’il pas franchement raison ?

Dans ce nouvel ouvrage, l’auteur nous raconte son métier, sa passion, ses galères, ses joies, ses colères. Comme d’habitude, toujours sur un ton juste, dans le langage oralisé qui le caractérise avec cette manie jubilatoire du bon mot au bon endroit. Le mot qu’il faut : grossier si nécessaire, soutenu si la situation l’exige. J’ai trouvé très intéressant en tant que libraire et participant à l’organisation d’un salon de BD, de lire son avis sur les rencontres avec les scolaires ou l’organisation des salons du livre… J’ai été choquée qu’il ait été invité dans des classes où les maîtresses n’avaient même pas pris la peine de faire découvrir un de ses livres aux élèves. M’est avis qu’il a bien fait de se casser même si ça lui a valu une certaine réputation d’emmerdeur. Tant pis. Y a des limites.

J’ai beaucoup aimé que l’auteur convoque ses figures paternelles et de référence et qu’il les fasse intervenir tout au long de ses confessions. C’est le général De Gaulle qui intervient le 1e, et le général faut pas le titiller. Il se plait à bousculer Vincent Cuvellier « Tu arrêtes de faire ouin-ouin, et tu essaies une dernière fois de devenir écrivain ».

Puis on croise aussi Lino Ventura en train de « slurper » des pâtes. Il se laisse pas emmerder Lino, parce que c’est bien de pas se laisser marcher sur les pieds. Puis, Claude François l’inattendu qui débaroule. Tous ces personnages tissent avec l’auteur de savoureux dialogues, viennent tantôt lui botter le cul tantôt l’apaiser.

Quel soulagement d’écrire un article sans trop surveiller son langage !

Merci Vincent Cuvellier d’avoir depuis tant d’années libéré la parole et les mots de leur carcan. Merci d’avoir remisé la double négation au placard. Merci de cette franchise nécessaire à propos de votre métier parfois ingrat. Merci de dire aux élèves médiocres qu’ils ne seront pas rien dans la vie pour autant.

Lisez Vincent Cuvellier ! Il y en a pour tous les âges. Gavez-vos gosses d’Émile, la série culte pour les jeunes lecteurs qui parle de vieilles dames, de poubelles et d’enterrement, avec parfois des soupçons d’endives au  jambon. Et puis, tous ses romans, qui se dévorent si vite. Aucune excuse ne sera tolérée !

 

 

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