Discussion avec Loïc Clément et Anne Montel (partie 3)

Après le cliffhanger « de ouf » dans l’épisode précédent, voici enfin le troisième volet de notre discussion. On y aborde le mimétisme des collections et aussi les critères d’âge imposés sur certains livres.

Loïc : Je rebondis un peu à côté volontairement mais bien sûr qu’on peut appeler de ses vœux à toujours plus de diversité… toi qui est libraire, est-ce que tu n’es jamais interpellée par le mimétisme pour ne pas dire parfois la copie ? Tu as un titre qui va marcher genre une jeune fille avec un sacré caractère et ensuite tu vas avoir une palanquée de séries à suivre derrière avec peu ou prou le même modèle… Tu l’as déjà constaté, ça ?

Gaëlle : Je ne vois pas du tout de quoi tu parles (ironie). Tu veux un exemple en images ? Ce sera plus éloquent. Voici 4 albums que j’ai sélectionnés volontairement chez 4 éditeurs différents (Soleil, Glénat, Vents d’ouest et Dupuis), je précise qu’il n’y a aucun scénariste ou illustrateur en commun.

Petite sélection de quatre titres « ressemblants » chez 4 éditeurs différents avec en premier à gauche Les Carnets de Cerise  (que j’ai considéré comme étant l’idée de départ) puis les diverses variations sur le thème « la petite fille dégourdie dans les fourrés » au fil des années. Il est difficile de ne pas noter la similitude entre ces 4 ouvrages : dans tous les cas une jeune fille est mise en avant, généralement dans une forme plus ou moins ovale. On note également des couleurs très proches. J’ai pris des exemples particulièrement criants mais il y en a bien d’autres sur un modèle avoisinant.

 

C’est à se demander si t’as pas raté ta carrière si tu n’as pas été « embossé et doré » ! Donc, oui je le confirme : il y a désormais beaucoup de petites filles dégourdies cachées derrière des feuillages ! Je me dis que ça reste mieux que pléthore de nigaudes avachies sur leur lit en attendant que le temps passe, mais… On ne peut que constater qu’une idée qui plaît est reprise partout. Je ne pense pas que l’on puisse jeter la pierre aux éditeurs de chercher le succès sur la base d’autres succès publiés ailleurs, mais cette duplication me frustre. Je soupçonne que dans les tiroirs des auteurs de BD il y ait plein de projets novateurs et que les éditeurs soient trop frileux. Ce n’est qu’une hypothèse de ma part bien sûr ! Peut-être suis-je trop utopiste à vouloir découvrir sans cesse du nouveau, du frais, du neuf… Et à la place j’ai l’impression d’installer sans cesse des piles de livres identiques. Parfois on peut même « jouer » en présentant les ouvrages sur les ressemblances sur nos podiums.

Il n’y a pas que des modes en terme d’illustration ou de graphisme d’ailleurs. Dans la BD pour adultes, depuis plusieurs mois on reçoit énormément de biographies. Cette année on en a reçu deux sur Chaplin, deux sur Zola, deux sur Mata-Hari, deux sur Zaroff, deux sur Marie Curie… A chaque fois les parutions étaient espacées de quelques jours ou semaines. Évidemment généralement l’un efface l’autre, le client ne va pas acheter les deux mais faire un choix. A la rentrée il y en aura deux à propos de Nellie Bly déjà mise à l’honneur par Pénélope Bagieu. Je pense qu’on est partis pour avoir toutes les héroïnes issues de la BD Les Culottées en double !

Oui, la BD jeunesse n’est pas aussi explosive et diverse que je le souhaiterais… Il est impossible pour moi de m’en contenter, bien que ce soit le secteur que je gère dans le magasin. J’ai d’ailleurs installé un coin livres pour enfants et des activités depuis quatre ans en plein milieu d’une librairie BD. Parce que j’ai tout de suite ressenti cette frustration. Pas forcément liée à la mauvaise qualité de la BD jeunesse mais surtout parce que j’étais hyper désolée ne n’avoir rien à proposer aux lecteurs en dessous de trois ans. Et aussi frustrée de me contenter des quelques BD sans texte pour les 3-6 ans. Désormais il y a tout un choix d’albums et de premières lectures, y compris des livres pour les bébés. Car pour moi chaque livre est une passerelle vers un autre livre et c’est ainsi qu’on grandit, qu’on progresse, qu’on découvre…

Me voilà donc arrivée à un autre sujet qui me tient à cœur et me fait enrager : les âges inscrits sur les livres. Alors ça, ça me rend folle !

Loic et Anne : tu n’es pas la seule !

Gaëlle : D’après moi, la lecture n’est pas uniquement une question d’âge mais avant tout de niveau, de curiosité, d’envie. Et puis il y a lecture en autonomie et lecture offerte, ce qui n’a rien à voir. Je regrette que Dargaud inscrive au dos des Ana Ana ou des P’tit Boule et Bill « de 3 à 6 ans ». Résultat, la plupart du temps quand je les propose à des CP qui débutent tout juste car ils me semblent la collection la plus adaptée, on me répond « il/elle a plus de six ans ». Du coup on fait quoi ? On saute directement à Ariol en début de CP ? J’ai caché l’âge sur le présentoir en carton avec des autocollants…

A l’inverse chez Pocket, ils ont fait le choix de noter au dos des P’tites poules « à lire à l’enfant dès 5 ans », « et à lire seul à partir de 7 ans en lecture autonome ». Je trouve que ça a le mérite de faire la distinction entre ces deux modes de lecture.

Quant à la Joie de lire, j’adore leur façon de faire ! Au dos des romans c’est carrément écrit « Chaque lecteur est unique, si vous avez un doute, demandez à votre libraire ». Parce que la réalité de la lecture c’est qu’à 7 ans, il y en a qui seront encore à balbutier sur les P’tites poules pendant que d’autres auront déjà englouti Harry Potter (je ne sais pas si c’est vrai pour HP mais j’entends ça toutes les semaines de la part des clients).

Cette histoire d’âge sur les livres pour moi c’est avant tout un problème, sauf si tu es dans un supermarché ou sur une aire d’autoroute et qu’il n’y a pas de libraire, que tu n’y connais pas grand-chose et que tu as besoin d’un cadeau de dernière minute ; là et uniquement là je comprends que ça puisse servir à quelque chose. Mais sinon je trouve que c’est trop réducteur.

Heureusement, j’ai des clients qui me font confiance et quand je suggère à un parent de prendre quelque chose et qu’il voit que l’âge indiqué au dos ne colle pas, je lui explique ma démarche. A l’inverse, je ne vais pas aller juger les gosses de douze ans qui lisent encore Max et Lili. Bien sûr que j’ai envie de leur filer autre chose dans les mains mais si ça se trouve ils sont déjà au maximum de leur capacité de lecture avec ça.

Je m’adapte à chaque lecteur, aux fainéants comme aux gloutons. Je pars du principe qu’il vaut mieux partir de très bas avec un gosse mauvais lecteur et le faire grimper progressivement plutôt que de lui refiler du Jules Verne en BD si le seul truc qui lui plaît ce sont les jeux vidéo. Donc, ne serait-ce que pour ça, toutes ces BD facile d’accès ou issues de licences, de You tubeurs etc. ; heureusement qu’elles existent pour leur mettre un pied dans la lecture. Il ne faut jamais désespérer. Mais toujours, j’essaierai de les faire grimper !

Loïc : De par ma double casquette (j’ai une formation de bibliothécaire) je me rends compte comme les livres sont toujours enfermés dans des cases. Je me rappelle de débats avec des collègues sur le fait que telle ou telle BD ne peut pas être classée en jeunesse parce que le sujet abordé est trop dur ou que certaines images sont trop choquantes. C’est à dire si on récapitule qu’en premier lieu, l’éditeur détermine à peu près un public (et je suis d’accord avec toi, déjà ça peut être réducteur) et qu’ensuite derrière, des prescripteurs viennent encore plus enfermer dans une catégorie et parfois même en contradiction. Ça fait parfois beaucoup de filtres, je trouve.

Maintenant, prenons une bibliothèque où tu vas avoir un fond BD (jeunesse donc) et un fond BDA (Ado – adulte). Hé bien par exemple, Le Royaume de Benoit Féroumont que l’éditeur considère destiné aux lecteurs à partir de 9 ans (alors qu’un bon lecteur de CP peut la lire à l’aise selon moi…), un.e bibliothécaire va l’acheter et derrière peut la classer en BDA. Je prends cet exemple parce que c’est de l’histoire vécue. Pourquoi ma collègue avait-elle envie de mettre cette bande dessinée jeunesse en secteur ado-adulte ? C’était parce qu’elle était certaine que l’héroïne couche avec le roi au début du tome 1 puisque cette dernière se réveille dans son lit… Alors déjà non, pour remettre les pendules à l’heure, Anne ne couche pas avec le roi (je parle du personnage de fiction hein, pas de toi, Anne !) ! Mais même si c’était le cas, je ne vois pas bien ce qu’il y a de choquant… Toujours est-il que le bilan de ces décisions consécutives c’est que finalement, on réduit les chances qu’un petit lecteur puisse lire ce titre qui serait pourtant fait pour lui. Bilan : ça peut être écrit sur la 4eme de couv. ou bien le livre peut être rangé dans tel ou tel secteur et certains parents diront : « ah non, ce n’est pas une BD pour toi, mon poussin (ou ma puce, ou mon grumeau) ! »

Heureusement que lorsque j’étais petit ma mère ne m’empêchait pas d’emprunter les Thorgal ou les Jérome K. Jérome Bloche du secteur adulte… 🙂

Moi j’ai une théorie qui est qu’on ne devrait avoir que deux espaces distincts dans une bibliothèque. Un fonds tout public où tu mets aussi bien du Astrid Bromure que Les Ignorants soit à peu près 90% de la BD et dans un espace adulte, tu mets les Bds qui comportent réellement des scènes de violence ou de sexe explicites. Comme ça, finies les barrières, les filtres. Le pire que tu risques lorsqu’un enfant ouvrira Astérios Polyp ou Le Sommet des dieux, c’est qu’il se dise que ce n’est pas pour lui. Par contre, les adultes pourront plus facilement emprunter un ouvrage habituellement classé en jeunesse et les enfants, notamment les bons lecteurs, pourront faire des découvertes qui auraient été hors de leur portée.

Anne : De toute manière, quoiqu’on décide en terme de cible (enfin, tu auras compris qu’au final, Loïc et moi ne décidons pas grand chose à ce propos), on aura toujours des exemples pour nous montrer que les lecteurs peuvent nous surprendre. Lorsque nous avons publié Les Jours Sucrés, nous pensions faire une BD adulte et un nombre incalculable d’enfants sont venus se la faire dédicacer, en nous disant à quel point les chats étaient mignons et comme  la grand-mère était trop marrante. Pareil avec Chaussette, qu’on pourrait davantage destiner aux enfants, et qui finalement fait son petit effet auprès des personnes âgées avec son héroïne aux cheveux blancs et le côté accessible de cette BD pour ceux qui n’en lisent pas, avec de grandes cases et peu de bulles. Comme quoi…

Maintenant dis moi Gaëlle, je m’éloigne du sujet mais j’ai une illumination : j’en reviens à ton opinion sur la bande dessinée jeunesse : ne serais-tu pas la mieux placée pour nous dire ce qu’il manque dans la BD jeunesse actuelle ? Et quelles sont les fausses bonnes idées, selon toi ?

Gaëlle : Je peux résumer mon avis à propos de la BD jeunesse actuelle en une phrase : il y a trop de production et elle n’est pas assez variée.

Mais, allons plus loin dans l’analyse car ta question mérite une réponse développée. Même si elle est corsée car s’il y avait une bonne réponse évidente, les éditeurs l’auraient probablement trouvée ! Ce qu’il manque selon moi c’est de l’audace, de la variété, de la fantaisie (orthographe capitale ici !), du culot… Parce que ce qui est sûr c’est qu’on ne manque pas de talents en France du côté des auteurs, on a un vivier inestimable de scénaristes et d’illustrateurs comme nulle part ailleurs ou presque. Ce qui est fou c’est que cette matière première semble comme contenue. Comme je le disais plus haut, quand on voit la richesse de la production du côté des albums pour enfants mais aussi la variété et la beauté de la BD pour adultes je me demande pourquoi en BD jeunesse on ne retrouve pas cette émulation. C’est comme si tout était permis en terme de production pour adultes et qu’on misait tout sur la retenue et le risque zéro en BD jeunesse. Ça me donne le sentiment qu’il y a trop de frilosité chez les éditeurs qui préfère assurer leurs arrières en produisant des « valeurs sûres », en restant dans les clous habituels.

  • Je crois vraiment que l’on mise trop sur les séries. Et par « séries », je considère qu’il y a deux cas de figure : celles à lire dans l’ordre et celles dont les tomes sont indépendants. Là-dedans tu as toutes celles dont tous les auteurs sont décédés mais qui continuent quand même, la liste est colossale… Là, c’est encore un autre débat qui va probablement reprendre vie très vite avec la mort récente d’Uderzo… Elles ont néanmoins l’avantage d’être des albums en histoire unique. C’est souvent une demande de la part des parents ou grands-parents qui veulent faire découvrir et transmettre. Les séries dont les tomes ne se suivent pas sont un peu plus faciles à placer auprès des clients que ce que j’appelle celles avec une continuité car elles sont  à double tranchant. Pourquoi je pense ça ? Les parents qui achètent pour leur enfant ou qui souhaitent faire un cadeau pour un anniversaire ne vont pas forcément vouloir prendre un truc en xxx tomes, déjà quand c’est pour offrir tu ne choisis pas des sagas sans fin car ça fait cadeau empoisonné à la famille qui le reçoit. D’ailleurs, il est très fréquent qu’on nous demande spécifiquement du one-shot pour enfants, et là je pense que les adultes ont pris le pli il y a un moment déjà de sortir des séries à rallonge et que naturellement ils reportent leur nouvelle manière de lire sur leurs enfants. Très régulièrement je me sens coincée parce qu’on va me demander par exemple : « une BD policière en un volume pour un garçon de 10 ans ». Je ne dis pas que ça n’existe pas, je dis juste que ce sera beaucoup plus compliqué que de trouver une série en plusieurs tomes de BD humoristique pour une fille de 10 ans par exemple. Mais à l’inverse, les séries à rallonge sont parfois un immense soulagement pour les parents quand leur enfant qui ne voulait pas lire à accroché à une série et qu’il s’enfile tous les tomes d’affilée. Il me semble donc que le one-shot devient petit à petit la règle en BD adulte mais que c’est une habitude balbutiante en BD jeunesse. Sauf si l’on parle de Rue de Sèvres qui propose de nombreuses BD en one-shot (plutôt pour les ados que pour les plus jeunes). On ne peut pas tout généraliser une fois encore !
  • Ensuite, je pense qu’il y a une sorte de catégorisation des genres en fonction des âges et qu’il est difficile de casser les codes. Je m’explique : comme je n’aime pas les âges sur les livres, j’ai fait le choix à la librairie ne pas faire de classement par âge ; à part celui d’isoler les toutes premières BD ; pour le reste de la production jeunesse je n’ai pas choisi de classer par thèmes : Humour, Aventure, Univers fantastiques… Et bien figurez-vous que ça revient plus ou moins au même que de classer par âge ! Car au final on s’aperçoit que quasiment tous les albums d’humour sont pour les plus jeunes et que tout le fantastique et l’aventure sont pour les plus grands. Ce n’est pas strictement le cas mais c’est beaucoup ça. Donc, selon les niveaux de lecture, il y a de grosses carences dans certains genres. Par exemple il y a assez peu de BD du genre policier pour les enfants. Je suis toujours assez embêtée quand on me pose la question. Et très peu de fantastique pour les lecteurs débutants aussi, ce qui explique aussi probablement le succès des Légendaires. Moi j’aime beaucoup conseiller la série Archibald par exemple dès 8 ans, c’est du polar qui fout la frousse mais gentiment. Si je schématise, j’ai la sensation que les commandements de la BD jeunesse actuelle c’est : tu apprendras à lire avec des histoires du quotidien, quand tu sauras bien te débrouiller tu pourras lire des BD qui te font rigoler et puis pour finir tu te perdras dans des mondes fantastiques. Du coup  : et si une fille de 7 ans à envie de lire du policier ? (Oui je sais vous allez me répondre Le Temps des Mitaines !), et si un garçon de 12 ans n’aime pas le fantastique et veut lire un truc un peu romantique ? J’ai envie de vous répondre un truc un peu provoc : il n’a qu’à lire du manga ! Là au moins il y a le choix… Le manga est un secteur de nouveau en pleine forme ! J’aime sa variété, sa richesse, son culot ! Tous les sujets sont traités, personne n’est exclu, c’est limite formidable !

Anne, tu me demandes ce que c’est pour moi une fausse bonne idée. C’est dur de répondre mais par exemple je pense que c’est de surfer sur une mode. C’est tout l’inverse du bon livre qui selon moi est intemporel. Si tu produis à foison des livres en lien avec les modes (là je pense à des BD sur des You tubeurs par exemple), tu n’inscris pas cet ouvrage dans la durée, tu fais un coup médiatique et il y a même assez fort à parier que tu ne finiras même pas en médiathèque à faire une belle carrière sur des décennies de lecteurs. Là évidemment je donne mon point de vue de libraire spécialisée. Ce ne sera pas le même sentiment partout et je suis assez certaine que les rayons livres de chez Auchan regorgent de ces bouquins là. Malheureusement, les classes les plus populaires ne se rendent pas vraiment en librairies spécialisées, peut-être pas beaucoup en librairie tout court. J’ai quand même la sensation que ce public qui a moins accès à la culture aura plus tendance à se servir dans les hypermarchés par exemple au moment de faire les courses. Ils n’y trouveront pas la même chose que dans ma librairie par exemple. ce sera des licences qui seront mises en avant, des adaptations de dessins animés, des BD en rapport avec les héros de jeux vidéo… Mais là encore est-ce vraiment une mauvaise idée que d’attraper un lecteur au passage en lui donnant du Transformers en BD ? Je ne peux pas l’affirmer, je ne peux regretter qu’il n’y ait pas autre chose sur la tête de gondole.

Le paysage BD jeunesse actuel, c’est nous qui le dessinons par nos choix. Nous tous ensemble. Je ne veux pas dire par là que je sais dessiner… Mais, tous autant que nous sommes dans ce secteur culturel nous faisons des choix : toi Loïc tu choisis de quoi tu veux parler, Anne tu choisis comment tu veux le représenter, l’éditeur choisit s’il croit ou pas en votre ouvrage, il convainc ou non le représentant, qui me convainc ou pas à son tour, je choisis combien en commander ou pas, de le conseiller ou pas, de le sélectionner pour les bibliothèques ou pas, qui elles-mêmes feront le choix de me l’acheter ou pas, pour le conseiller ou pas à leur tour à leurs lecteurs… Il y a un très long chemin à parcourir pour un livre avant d’atterrir dans les mains du lecteur ! Et mon avis, c’est que si tout au long de cette route chaque intermédiaire fait les meilleurs choix, on ne peut qu’améliorer la diversité de cette production.

Je suis critique mais pas élitiste, je hais les librairies dans lesquelles on se sent observé ou pire encore jugé sur ses choix ! La littérature ne doit pas être intimidante si l’on souhaite que les gens lisent. Dans mes choix à la librairie il y a donc de tout, et effectivement beaucoup de choses que je n’aime pas, que je ne pousse pas mais qui sont là pour ceux qui espèrent les trouver. Parce que je ne peux pas me permettre de perdre un lecteur pour cause de snobisme. Alors je bichonne quand même tout le monde avec plus ou moins tout ce qui existe (sauf quand vraiment j’ai l’impression que « non mais oh là faut arrêter de délirer… »). Dans une zone de mon rayon par contre il y a un secteur avec tous mes coups de cœur, ça me représente vraiment, c’est un peu comme si c’était chez moi. D’ailleurs toute mon secteur jeunesse me ressemble, parce que a lecture, l’approche qu’on en a est unique à chacun. C’est pourquoi les rangements, les classements, les goûts et les couleurs… On pourrait en parler pendant des heures sans trouver la réponse juste.

Tout en espérant qu’un jour les tendances s’inverseront ! Qu’il y aura moins de livres mais qu’ils seront vraiment spéciaux. Vous n’avez pas envie de lire de genre de livres ? Ceux qui laissent une empreinte pour la vie ? Qui vous vrillent le cœur ? Qu’on retrouve les larmes aux yeux dans le grenier 30 ans plus tard ? Ce sont ces livres là que je voudrais voir débarquer en masse, des livres convaincants qui soient des compagnons pour des générations de lecteurs.

Loïc et Anne : On a envie d’en lire et si possible d’en réaliser…

 

Pour terminer cet article par une notre super positive voici les albums que j’aimerais que tout le monde lise ! (par ordre alphabétique, avec potentiellement d’énormes oublis et sans citer toutes celles qui sont déjà extrêmement populaires et n’ont pas besoin de moi pour faire leur bonhomme de chemin…)

La sélection de Gaëlle :

 

  • Akissi de Marguerite Abouet et Mathieu Sapin, ed. Gallimard.
  • Astrid Bromure de Fabrice Parme, ed. Rue de Sèvres.
  • La Balade de Yaya de Marty, Omont, Girard et Golo Zhao, ed. Fei.
  • Bergères Guerrières de Jonathan Garnier et Amélie Fléchais, ed. Glénat.
  • Biguden de Stan Silas, ed. Paquet.
  • Bonbon Super de Saïd Sassine, ed. Glénat.
  • Les Cahiers d’Esther de Riad Sattouf, ed. Allary.
  • Cet Eté-là de Mariko et Jillian Tamaki, ed. Rue de Sèvres
  • Le Collège noir d’Ulysse Malassagne, ed. Grafiteen-Milan.
  • Dad de Nob, ed. Dupuis.
  • Un été d’enfer de Vera Brosgol, ed. Rue de Sèvres.
  • Le Fils de l’Ursari de Cyril Pomès adapté du roman de Xavier-Laurent Petit, ed. Rue de Sèvres.
  • Irena de JD Morvan, Séverine Tréfouël et Walter, ed. Glénat.
  • Le Jardin de minuit d’Edith adapté du roman de Philippa Pearce, ed. Soleil.
  • Lettres d’amour de 0 à 10 ans de Thomas Baas adapté du roman de Susie Morgenstern, ed. Rue de Sèvres.
  • Le Mont des brumes, Susan Schade et Jon Buller, ed. BD Kids.
  • Momo de Jonathan Garnier et Rony Hotin, ed. Casterman.
  • Petit Vampire de Joann Sfar, ed. Delcourt.
  • Le Prince et la couturière de Jen Wang, ed. Akileos.
  • Quatre Sœurs de Cati Baur, adapté du roman de Malika Ferdjoukh, ed. Rue de Sèvres.
  • Rat de Sibylline, Capucine et Jérôme d’Aviau, ed. Delcourt.
  • Roller Girl de Victoria Jamieson, ed. 404.
  • Super Sourde de Cece Bell, ed. Les Arênes.
  • La Tête dans les étoiles de Jen Wang, ed. Akileos.

Dur dur de faire une liste quand on est confinée chez soi sans avoir tout sous les yeux…

Et vous ? Quels titres avez-vous envie de nous faire découvrir ?

 

Loïc : En plus de certains que tu as cité et qu’on a en commun :

  • Le Trop Grand Vide d’Alphonse Tabouret de Sibylline, Capucine, D’aviau chez Ankama parce que ça foisonne, ça titille, ça questionne, ça tourbillonne !
  • Hilda de Luke Pearson chez Nobrow puis Casterman, la meilleure série jeunesse du monde, honteusement copiée, jamais égalée.
  • Epiphanie Frayeur de Lefèvre et Gauthier chez Métamorphose parce que c’est angoissé et cathartique ! (N’oubliez pas tous les autres de Séverine que j’ai cité avant et qui valent le détour !)
  • Pistouvi et Jeanne de Merwann et Gatignol chez Dargaud parce que c’est aussi beau qu’un Miyazaki où on ne comprend pas tout.
  • Seuls de Velhmann et Gazotti chez Dupuis parce que c’est évident. Efficace, inquiétant…
  • Mon Cousin dans la mort de François Duprat chez Petit à petit. Je ne sais pas s’il est encore dispo mais c’est le film Le grand chemin qui aurait rencontré la Guerre des boutons.
  • Basse déf de Jibé chez Omake Books parce que même si ça parle de rétrogaming, les enfants peuvent adorer…

Et sinon si j’ai le droit de citer les classiques qui m’ont bouleversé aussi tiens :

  • le Broussaille de Frank et Bom notamment La Nuit du chat,
  • les Johan et Pirlouit de Peyo qui à mes yeux sont bien bien supérieurs aux Schtroumpfs…

Anne : Moi je suis obligée de citer Les Vermeilles de Camille Jourdy chez Actes Sud  pour son côté Voyage de Chihiro dans la campagne française, avec humour et aventures comme celles qu’on inventait enfant.

  • Cecil et les objets cassés d’Elodie Shanta chez Biscoto pour sa narration ovniesque, sa candeur et son inventivité.
  • Kaïros d’Ulysse Malassagne chez Ankama parce que Ulysse Malassagne !
  • Le Mickey de Tébo chez Glénat parce que son dessin est génial d’expressivité, d’humour et de mignonnitude et que je ne pourrais pas me lasser de scruter chaque planche pendant des heures
  • Le grand méchant renard de Benjamin Renner chez Delcourt parce que c’est à mourir de rire !

 

Gaëlle : En découvrant votre liste j’y trouve tous mes oublis ! Ça me donne l’occasion de citer aussi Crevette d’Elodie Shanta qui est extra en première lecture de BD. Et je suis bien d’accord avec toi Anne, le Mickey réalisé par Tebo est mon préféré de toute cette collection ! Découvrir Mickey Pépé c’est trop cool.

 

Loïc : Et en parlant de Tébo, longtemps la collection Tchô a été une valeur sûre pour moi. Je pense à Lou de Julien Neel bien sûr mais aussi, Nini Patalo de Lisa Mandel et Zblu Cops de Bill & Gobi qui comptent parmi les Bd les plus drôles que j’ai pu lire. Anne se rappelle peut-être les rires à gorge déployée que j’ai pu avoir avec « la chipougnette » dans Zblu Cops ! Du grand art…

Gaëlle : Cette chipougnette m’intrigue, il faut que je mette la main dessus !

Je remercie Loïc et Anne de m’avoir suivie dans cette discussion ! Je ne les ai pas cités dans ma sélection mais je pense qu’ils auront compris que si je ne les portais pas haut dans mon estime je ne leur aurais pas donné la parole… Lisez-leurs ouvrages, ceux qu’ils ont en commun, ceux qu’ils ont fait seul, ceux qu’ils ont fait avec quelqu’un d’autre ! Ils sont tous légitimes à être dans toutes les bibliothèques. Voici ci-dessous leur belle production, il manque Miss Charity dans la liste mais je suis certaine que vous en avez déjà entendu beaucoup parlé et qu’il est probablement englouti depuis belle lurette.

 

 

Jeannot est reporté au 10 juin.

2 réflexions sur “Discussion avec Loïc Clément et Anne Montel (partie 3)

  1. Emilie Liabeuf dit :

    Merci à vous 3 pour cette discussion livresque! ça donne envie évidemment d’en savoir plus sur les nombreux maillons de la chaîne du livre. Même si on en fait partie – déjà en tant que lecteur, parfois en tant que professionnel – on ne sait jamais assez ce que font les autres « maillons » me semble-t-il …
    Merci d’avoir partagé vos avis francs et audacieux et d’avoir pris de votre rare temps libre en cette période confinée. J’espère que les personnes actives sur les réseaux sociaux prendront le temps aussi de nourrir ces échanges en apportant leurs remarques constructives. Si on like tous beaucoup, on commente finalement un tout petit peu sur les réseaux et quasi pas (plus) sur les blogs qui pourtant offrent beaucoup de matière, non?!

  2. Allie dit :

    Un grand merci pour cet entretien à trois voix, très intéressant. Travaillant également au rayon jeunesse d’une librairie, je partage votre avis sur la surproduction et le manque de diversité pour certaines tranches d’âge… C’est toujours un peu frustrant de voir les différents éditeurs s’engouffrer tous dans la même brèche. Heureusement qu’il y a quand même de très belles découvertes en littérature jeunesse !

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