L’école est fermée, vive la révolution ! de May Angeli

9782889082575J’ai toujours plus de mal à parler d’un album que d’un roman. Parce que parler d’un album (dans sa version classique texte + images ) c’est parler du texte, des images mais aussi du rapport entre les 2 (voir les cours de Master, of course 😉 et Lire l’album de Sophie Van der Linden).

Je vais me forcer un peu pour vous présenter L’école est fermée, vive la Révolution! écrit et illustré par May Angeli – et ça c’est une bonne idée*. L’album aborde le printemps arabe par le prisme d’un jeune garçon.

Dans un village de pêcheurs, « coincé entre la montagne et la mer » Gavroche et ses cousins ne peuvent plus aller à l’école, fermée pour cause de révolution. Le jeune garçon est plongé dans un tumulte inhabituel, observateur malgré lui, de cette révolution. Il se fait le témoin, pur et naïf, des interrogations et des espoirs que peuvent susciter un mouvement populaire.

IMG_20151221_121717Et donc ce que j’ai trouvé d’admirable dans cet album, est le rapport entre les images et le texte. Tout d’abord les deux sont de grandes qualités, à la fois poétiques et pudiques. Ensuite, ils se répondent et s’enrichissent mutuellement. L’un peut même laisser des libertés à l’autre, comme quand de petits animaux s’échappent d’une page. Ou l’insouciance du cadre pour faire écho à celle de l’enfance.

IMG_20151221_121708Chaque double page est un chef d’œuvre de poésie.

Bien qu’il y ait plusieurs niveaux de lecture, n’allez pas le proposer à des enfants de maternelle! L’album s’adresse plutôt à des enfants en fin de primaire voire au collège. Et aux adultes bien sûr.

Je le recommande donc à partir de 9-10 ans.

La Joie de lire, 2015

* C’est une bonne idée d’être auteur-illustrateur, étant donné la répartition des sommes dans la chaîne du livre.

Nous les menteurs de E. Lockhart

product_9782070663132_244x0J’ai toujours des doutes a priori quand un roman propose en 4e de couverture des morceaux (bien) choisis de critiques encenseuses. J’aborde donc la lecture avec une moue dubitative : « Ah ouais, petit roman, tu prétends être formidable-beau-génial-intelligent? Hé bien c’est ce qu’on va voir! »*.

Vous vous doutez de la suite : j’ai adoré.

Cadence Sinclair fait partie d’une famille américaine impeccable. Ils sont beaux, ils sont blonds, il respirent la bonne santé et ils ont surtout beaucoup d’argent. Elle passent toutes ses vacances sur l’île privée des Sinclair où, avec ses cousins, elle s’adonne aux joies des bains de mer et des repas de familles. Cadence tombe amoureuse pour la première fois. Elle a 15 ans cet été-là.

Et puis survient l’accident. Et la vérité.

Ce roman m’a rapidement évoqué le film American beauty, de Sam Mendes. Le rêve américain qui vire au cauchemar. La beauté lisse des magazines qui cache l’atrocité. Et le tout dans une ambiance vaporeuse comme l’état dans lequel se trouve Cadence avec les médicaments qu’elle prend en grand nombre…

A lire dans un hôtel de luxe à Miami Beach (de préférence) à partir de 13-14 ans.

Gallimard jeunesse, 2015. 14,50€

* Un conseil : attendez d’être seul-e pour parler à vos livres sans quoi vous vous exposez à de douloureuses incompréhensions de vos proches ou des gens qui sont près de vous dans le métro.

La coloc de Jean-Philippe Blondel

IMG_20151101_140412Moi qui n’avait pas ouvert grand chose (hormis des boîtes de conserve) depuis des mois, quelle bonne idée d’avoir ouvert La coloc de Jean-Philippe Blondel!

Ce court-moyen roman d’apprentissage destiné aux ados (13-16 ans, on dira) raconte l’année scolaire de Romain, lycéen en 1ère L. Après moult négociations familiales, Romain quitte l’internat pour habiter l’appartement laissé par une grand-mère fraîchement décédée. Et on le sait déjà puisque c’est le titre du livre (c’est drôlement bien pensé !), il va vivre en colocation, avec 2 jeunes qu’il connait à peine :

  1. Rémi : geek, végétarien, maniaque et solitaire.
  2. Maxime : le mec le plus en vue du lycée.

Pour les 3 garçons de 16 ans c’est un véritable bouleversement mais chacun trouve sa place dans cette auberge espagnole. Rémi régente, fait des liste et nettoie. Maxime organise les fiestas. Et Romain, entre les deux, essaie de profiter de sa nouvelle vie pour améliorer sa condition dont il n’est pas satisfait. Il n’a pas embrassé une fille depuis un an et il trouve qu’il passe inaperçu au lycée.

Des amitiés vont naître. Des amours aussi, forcément. Et mourir, mais pas vraiment. L’année qu’ils vivront est un condensé d’émotions, de petits moments et réflexions existentielles.

C’est prenant, divertissant et intelligent!

Actes Sud Junior, 2015. 12,50 €

Où est donc MA maison?

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Voici un album comme je les aime.

1. Les illustrations (Emmanuelle Houssais) sont magnifiques, pas trop chargées et produites d’un mélange habile de dessin et de collages. Les couleurs sont très belles, le rendu des expressions efficaces. Beaucoup d’humour dans les nombreux petits détails qui composent le mobilier des maisons. Regardez par exemple cette formidable maison des abeilles!

IMG_20141005_2239572. Le texte (Françoise Laurent) est à l’image des illustrations (et inversement) simple et efficace. Il se lit un peu comme une comptine.

3. Le cadeau bonus : à la fin, le jeu du Poussin Valentin (un jeu de l’oie en fait) auquel l’enfant pourra jouer (mais seulement s’il a bien écouté l’histoire et qu’il a bien répondu aux questions qu’on lui aura posé en fin de lecture pour tester son attention).

En résumé, un très joli album sur des questions à la fois métaphysiques (dans quel état j’erre?) et pragmatiques (elle est où ma maison?). J’ai adoré!

Editions du Ricochet, 2004. 11€

A (se faire) lire à partir de 2-3 ans.

Mon livre d’enfance : Alice détective

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Alice Roy (nom original : Nancy Drew) est l’héroïne d’une série américaine de romans policiers pour la jeunesse écrite par Caroline Quine et publiée aux États-Unis à partir de 1930 par Grosset et Dunlap.

En France, la série a paru pour la première fois en 1955 aux éditions Hachette dans la collection Bibliothèque verte jusqu’en 2011.

Très grand succès de librairie, dix millions d’exemplaires ont été vendus en France de 1955 à 1974 chez Hachette.

Depuis 2011, la série paraît dans la collection Bibliothèque rose (catégorie Classiques de la Rose). Elle a également été partiellement éditée dans les collections Idéal-Bibliothèque (1964 à 1981), La Galaxie (1971 à 1978) et « Masque jeunesse » (1983 à 1985) des éditions Hachette.

Merci à Wikipédia de me rafraîchir la mémoire.

Voilà ce que j’adorais lire quand j’étais petite…  Je bravais les interdits et les couvres-feux pour savoir qui avait dérobé les diamants d’Emily ou qui hantait le manoir de Rosemary.

C’est vrai, on est très loin de Dexter. Pas de tueur en série. Pas même une goutte de sang. Alice vit dans un monde où la délinquance est maîtrisée. Et c’est toujours les gentilles qui gagnent à la fin.

D’un point de vue sociologique (soyons fous!), c’est un peu le Beverly Hills des séries policières pour la jeunesse (avec un côté Princesse Sarah quand même) : Alice est parfaite et tout va bien pour elle, merci. C’est vrai qu’elle a perdu sa mère mais manifestement ça lui a donné du plomb dans l’aile puisqu’elle conduit elle-même son cabriolet (à 16 ans) et qu’elle va où elle veut, quand elle veut. Le rêve! On se sent bien chez Alice.

Au début de chaque aventure, Alice s’ennuie terriblement… [quand tout à coup!] jusqu’à que se présente une mystérieuse intrigue (voire un intrigant mystère) qui va lui donner du fil à retordre. A elle et à ses deux copines Marion et Bess. Et les voilà lancées dans des enquêtes rocambolesques où l’aventure se mêle au suspens!…

Par contre je ne vous cache pas ma déception à la lecture de ça (toujours Wikipédia) :

Alice est née aux États-Unis en 1930 sous la plume de Caroline Quine (Carolyn Keene en anglais). Cette dernière est en fait une romancière virtuelle : il s’agit d’un nom de plume derrière lequel sont regroupés divers écrivains travaillant pour la compagnie Stratemeyer Syndicate. Le patron, […] invente le personnage d’Alice et fournit à ses rédacteurs les grandes lignes de l’intrigue principale. Les auteurs touchaient alors 125 dollars pour chaque roman écrit et devaient, selon les clauses du contrat, garder secrètes leur identité et leur collaboration.

Quelle naïve j’ai été! Toutes ces années à vénérer Caroline Quine alors qu’elle n’existe pas! Pour moi c’est un mythe qui tombe. La trahison est incommensurable.

Si je vous ai convaincu à lire Alice détective, sachez qu’il y en 89 (et qu’en plus ils ne sont pas écrits par le même auteur – et ça, ça ne passe pas. Et pour seulement 125$ ! De l’exploitation pure). Je hais Alice.