Beatrice Alemagna dans l’univers d’Astrid Lindgren.

Un grand merci aux éditions Versant Sud qui no seulement publient d’excellents livres pour la jeunesse mais qui nous font également profiter de cette interview enthousiasmante.

A vrai dire, peu de combinaisons pourraient nous faire plus plaisir que Beatrice Alemagna et Astrid Lindgren. Nous vous encourageons donc vivement à lire ces adaptations illustrées de Lotte, une sacrée filoute qui vous fera tourner en bourrique. Mais si joliment !

Comme celle d’Astrid Lindgren, l’œuvre de Beatrice Alemagna se positionne « du côté des enfants ». Elle se met à leur hauteur. Quand les univers de ces deux créatrices se rencontrent, le temps d’un livre, une véritable alchimie se crée.

Impossible de ne pas être touché par le personnage de Lotta, une fillette au caractère bien trempé, fantaisiste, drôle et câline. C’est avec beaucoup d’amour et de joie que Beatrice Alemagna l’a dessinée. Il faut dire qu’enfant, elle se régalait déjà des textes de la célèbre écrivaine suédoise. En lisant Lotta la filoute on découvre vite que son rapport affectif au livre est totalement contagieux. À l’occasion de la sortie de Lotta sait tout faire, la suite des aventures de la petite héroïne, nous avons posé à l’illustratrice italo-parisienne quelques questions sur son très beau travail d’adaptation d’une grande œuvre de la littérature de jeunesse. Nous noterons qu’elle vient d’être nommée pour la septième fois pour le prestigieux Prix… Astrid Lindgren !
 

Comment avez-vous été amenée à illustrer les histoires de Lotta ?

Oh, tout d’abord, je tiens à vous dire que l’idée de cette rencontre d’univers avec Astrid Lindgren, dès sa proposition, m’a enchantée et émue. J’ai eu la chance d’être contactée par mon éditeur (Mondadori pour la version italienne), pour illustrer les histoires de Lotta. Il pensait que cela me correspondrait car je ne cache pas mon affection pour les textes d’Astrid Lindgren, et ce, depuis mon enfance. J’ai grandi avec eux. J’ai toujours adoré Karlsson sur le toitFifi BrindacierBullerby… et ils ont vraiment fondé mon imaginaire. La Suède est devenue un des pays où j’aime m’échapper quand je peux : un endroit qui me ramène à l’enfance, par son architecture, ses mœurs, son esthétisme. Quand on m’a contactée en me proposant de l’illustrer, j’ai évidemment accepté, car j’espérais en fait ça depuis très longtemps.
 
Le tome 2 Lotta sait tout faire vient de paraître !
Ces deux livres se détachent dans votre œuvre, car vous n’avez pas pour habitude de travailler sur les textes écrits par d’autres que vous.

J’en n’en ai pas l’habitude, en effet, je ne l’ai fait que rarement. Notamment pour un autre trésor de la littérature, à savoir Gianni Rodari*. Mais Astrid Lindgren, c’était vraiment un rêve. De mon côté, il y avait un véritablement attachement à son univers : je le connaissais vraiment bien. Je me suis sentie comme « à la maison » dans ce livre, marchant dans les pas de mon enfance. Chaque image était rapidement croquée dans ma tête et j’ai voulu imaginer le personnage de Lotta comme une sorte de petite sœur de Fifi Brindacier.
 * Gianni Rodari est un célèbre poète, écrivain et journaliste italien. Beatrice a illustré trois textes de lui : Un et sept, La promenade d’un distrait. ( publiés au Seuil jeunesse) et  A sbagliare le storie (Einaudi 2020).

Comment s’est passée la recherche des personnages ? Est-ce différent quand ils ont été créés par quelqu’un d’autre ?

Ce n’est pas vraiment différent de la recherche de personnages crées par moi-même, qui existent déjà dans ma tête et dont je connais les caractéristiques. Ici il y avait des informations très précises. J’ai eu envie de partir sur une esthétique plutôt humoristique, donc très expressive. Je pense qu’il y a peut-être un humour et une tendresse qui se dégagent des dessins parce que j’avais ce type de rapport au personnage. Lotta, finalement, est une fillette qui a énormément besoin d’amour. Elle s’échappe, elle peste, elle s’émancipe par tous les moyens car elle souffre d’être cette toute petite fille, la cadette des trois. Celle qui n’est jamais vraiment prise au sérieux, ni franchement écoutée. Il fallait qu’on le sente, qu’on ait envie de lui donner cet amour et cette attention, en étant lecteur.
Je voulais des images très riches, avec plein des détails, des petits objets partout, du désordre. J’ai repensé encore à Fifi et à sa Villa totalement bordélique. J’ai essayé de m’approcher un maximum d’une petite fille de 4-5 ans, pleine d’imagination, de personnalité, de richesse intérieure. C’est ce que je voulais transmettre. Dans chaque image il y a une réflexion à sa personnalité, qui ressemble à la mienne, gamine. J’ai énormément retrouvé mon enfance, en cette fillette.
 

Votre rapport à l’image est multiple. Autodidacte, vous vous essayez à différentes techniques selon vos projets. Comment avez-vous travaillé pour Lotta ?

Tant au niveau des couleurs que des matières, j’ai cherché la chaleur. Une sensation presque moelleuse des dessins.
J’ai utilisé de l’aquarelle, du collage et du crayon. L’idée était de rester sur un imaginaire familier et très proche de l’enfance.
 
La place de l’image dans un livre de texte est différente de celle qu’elle aura dans un album. Comment cela s’est-il passé pour Lotta ?

L’éditeur me suggérait des emplacements pour mes illustrations, mais j’ai voulu parfois aller vers d’autres propositions. J’ai pris mes libertés et suis beaucoup intervenue sur la mise en page. J’ai fait agrandir certaines images quand il y avait la place. Je voulais que la mise en page soit mouvementée, comme l’est l’histoire. Comme une promenade visuelle dans l’univers de l’héroïne. J’ai fait attention à ce qu’il y ait une sorte d’encombrement d’images, qu’on puisse en avoir plein, car cela me paraissait important.
J’ai vraiment repensé aux impressions que j’avais, lorsqu’enfant je lisais ces textes.  Comme je disais, ce livre a représenté aussi tout un travail par rapport à ma propre enfance. Tout cela a résonné en moi. Cela s’est fait de façon très naturelle, et avec beaucoup de bonheur… alors que j’ai plutôt l’habitude de souffrir en créant, à cause de la contrainte, de la performance.
Je suis autodidacte, et à chaque nouveau livre c’est un peu comme si je devais recommencer depuis le début. Cela m’amène à travailler de façon finalement assez intime. Et Lotta était une expérience très viscérale pour moi.
 
Qu’est-ce que ce projet vous a apporté artistiquement ?

Il m’a apporté de la confiance, car j’étais appelée à illustrer un des plus grands auteurs pour enfants de tous les temps. Cela me confortait aussi dans l’idée que je peux parfois me mettre aisément au service des textes des autres. Ça m’a apporté cette connexion incroyable à mon passé et de très bons moments partagés en compagnie de cette petite fille espiègle et géniale.
 

Orphelins 88 de Sarah Cohen-Scali

Au début du confinement, il y avait donc tout en bas de mon tas, Orphelins 88. Lui, il appartenait clairement à la catégorie des « c’est pas le moment ». Lire un truc pas drôle pendant la période pas drôle je me disais que je ne supporterais pas. Je me rappelle encore de la claque de Max et j’avais aussi un peu peur de la déception. Je me souviens aussi de mes heureuses rencontres avec Sarah Cohen-Scali. La première fois à Villeurbanne après l’avoir interviewée pour le blog (toujours en ligne) et la seconde à Montreuil en 2018 quand je lui ai acheté ce livre. J’ai donc tout lu jusqu’à ce qu’il ne reste plus que ce roman qui me narguait.

Ce livre c’est quoi ? La suite de Max ? Oui et non. Ce n’est pas Max tome 2 en tout cas ! Mais plutôt un autre volet  de l’Histoire, une continuité.  Une digne continuation de cette partie de l’histoire de l’Allemagne au sortir de la guerre.  Aucun personnage en commun avec Max ici, juste la suite de l’Histoire celle avec un grand H et non pas celle du héros précédent. Un même pays, une même catastrophe. Alors que tout devrait enfin aller mieux, la situation n’est pas si idyllique qu’elle le devrait et les ravages sont nombreux. C’est ici le sort de millions d’enfants orphelins qui est mis en avant.


La guerre est finie mais au final pas dans tous les esprits. C’est ce que vont découvrir les adolescents hébergés au foyer d’Indersdorf. Mais malgré la terreur qu’il règne encore par endroits, ce lieu leur apporte le réconfort nécessaire à leur reconstruction, la tendresse, la nourriture, l’amitié puis l’amour à l’âge où leurs hormones se mettent à frétiller.
Tous venus d’horizons divers, parfois même a priori incompatibles, leurs destins s’emmêlent dans ce foyer salvateur. Le héros est en quête de son identité, la plupart cherchent leur famille. Je me suis vraiment prise au jeu, voulant à tout prix découvrir qui était vraiment ce Josh.


Comme pour le roman Max on est dans un pur récit historique inspiré de faits et ici de personnages réels. Tous les secrets de la construction du roman sont révélés à la fin.


Une fois encore j’ai été bouleversée par la dureté de cette histoire mais aussi ébahie par les moments de tendresse et de grâce qui la ponctuent. Un équilibre précis et précieux, savamment alimenté tout au long de l’histoire.
Sarah Cohen-Scali passionnée d’histoire se documente copieusement avant d’entamer ses récits. Il en ressort des ouvrages poignants qui mettent en exergue le pire et le meilleur des êtres humains.


C’est donc une autre claque après Max et non pas une sous sous suite par défaut. Un ouvrage bien à propos qui revient sur le sujet des Lebensborn et leurs ravages. Et je découvre avec joie qu’un troisième volet est paru !

Orphelins 88, de Sarah Cohen-Scali, ed. Robert Laffont, 15,90€.

 

 

Il y avait donc tout en bas de mon tas, Orphelins 88. Lui, il appartenait clairement à la catégorie « c’est pas le moment ». Je me rappelle encore de la claque de Max. Et de mes heureuses rencontres avec Sarah Cohen-Scali. La première fois à Villeurbanne après l’avoir interviewée pour le blog (toujours en ligne) et la seconde à Montreuil en 2018 quand je lui ai acheté ce livre.

Ce livre c’est à nouveau l’horreur en puissance, les ravages de la guerre font surface douloureusement pour des millions d’enfants. Pourtant la seconde guerre mondiale est en théorie finie en juillet 1945 Europe.
Mais pas dans tous les esprits. C’est ce que vont découvrir les adolescents hébergés au foyer d’Indersdorf. Mais malgré la terreur qu’il règne encore par endroits, ce lieu leur apporte le réconfort nécessaire à leur reconstruction.
Tous venus d’horizons divers, parfois même a priori incompatibles, leurs destins s’emmêlent dans ce foyer salvateur. Le héros est en quête de son identité, la plupart cherchent leur famille. Je me suis vraiment prise au jeu, voulant à tout prix découvrir qui était vraiment ce Josh.
Comme pour le roman Max on est dans un pur récit historique inspiré de faits et ici de personnages réels.
Une fois encore j’ai été bouleversée par la dureté de cette histoire mais aussi ébahie par les moments de tendresse et de grâce qui la ponctuent. Un équilibre précis et précieux, savamment alimenté tout au long de l’histoire.
Sarah Cohen-Scali passionnée d’histoire se documente copieusement avant d’entamer ses récits. Il en ressort des ouvrages poignants qui mettent en exergue le pire et le meilleur des êtres humains.
C’est donc une autre claque après Max et non pas une sous sous suite par défaut. Un ouvrage bien à propos qui revient sur le sujet des Lebensborn et leurs ravages.

Orphelins 88, de Sarah Cohen-Scali, ed. Robert Laffont, 15,90.

Par Gaëlle.

Discussion avec Loïc Clément et Anne Montel (partie 3)

Après le cliffhanger « de ouf » dans l’épisode précédent, voici enfin le troisième volet de notre discussion. On y aborde le mimétisme des collections et aussi les critères d’âge imposés sur certains livres.

Loïc : Je rebondis un peu à côté volontairement mais bien sûr qu’on peut appeler de ses vœux à toujours plus de diversité… toi qui est libraire, est-ce que tu n’es jamais interpellée par le mimétisme pour ne pas dire parfois la copie ? Tu as un titre qui va marcher genre une jeune fille avec un sacré caractère et ensuite tu vas avoir une palanquée de séries à suivre derrière avec peu ou prou le même modèle… Tu l’as déjà constaté, ça ?

Gaëlle : Je ne vois pas du tout de quoi tu parles (ironie). Tu veux un exemple en images ? Ce sera plus éloquent. Voici 4 albums que j’ai sélectionnés volontairement chez 4 éditeurs différents (Soleil, Glénat, Vents d’ouest et Dupuis), je précise qu’il n’y a aucun scénariste ou illustrateur en commun.

Petite sélection de quatre titres « ressemblants » chez 4 éditeurs différents avec en premier à gauche Les Carnets de Cerise  (que j’ai considéré comme étant l’idée de départ) puis les diverses variations sur le thème « la petite fille dégourdie dans les fourrés » au fil des années. Il est difficile de ne pas noter la similitude entre ces 4 ouvrages : dans tous les cas une jeune fille est mise en avant, généralement dans une forme plus ou moins ovale. On note également des couleurs très proches. J’ai pris des exemples particulièrement criants mais il y en a bien d’autres sur un modèle avoisinant.

 

C’est à se demander si t’as pas raté ta carrière si tu n’as pas été « embossé et doré » ! Donc, oui je le confirme : il y a désormais beaucoup de petites filles dégourdies cachées derrière des feuillages ! Je me dis que ça reste mieux que pléthore de nigaudes avachies sur leur lit en attendant que le temps passe, mais… On ne peut que constater qu’une idée qui plaît est reprise partout. Je ne pense pas que l’on puisse jeter la pierre aux éditeurs de chercher le succès sur la base d’autres succès publiés ailleurs, mais cette duplication me frustre. Je soupçonne que dans les tiroirs des auteurs de BD il y ait plein de projets novateurs et que les éditeurs soient trop frileux. Ce n’est qu’une hypothèse de ma part bien sûr ! Peut-être suis-je trop utopiste à vouloir découvrir sans cesse du nouveau, du frais, du neuf… Et à la place j’ai l’impression d’installer sans cesse des piles de livres identiques. Parfois on peut même « jouer » en présentant les ouvrages sur les ressemblances sur nos podiums.

Il n’y a pas que des modes en terme d’illustration ou de graphisme d’ailleurs. Dans la BD pour adultes, depuis plusieurs mois on reçoit énormément de biographies. Cette année on en a reçu deux sur Chaplin, deux sur Zola, deux sur Mata-Hari, deux sur Zaroff, deux sur Marie Curie… A chaque fois les parutions étaient espacées de quelques jours ou semaines. Évidemment généralement l’un efface l’autre, le client ne va pas acheter les deux mais faire un choix. A la rentrée il y en aura deux à propos de Nellie Bly déjà mise à l’honneur par Pénélope Bagieu. Je pense qu’on est partis pour avoir toutes les héroïnes issues de la BD Les Culottées en double !

Oui, la BD jeunesse n’est pas aussi explosive et diverse que je le souhaiterais… Il est impossible pour moi de m’en contenter, bien que ce soit le secteur que je gère dans le magasin. J’ai d’ailleurs installé un coin livres pour enfants et des activités depuis quatre ans en plein milieu d’une librairie BD. Parce que j’ai tout de suite ressenti cette frustration. Pas forcément liée à la mauvaise qualité de la BD jeunesse mais surtout parce que j’étais hyper désolée ne n’avoir rien à proposer aux lecteurs en dessous de trois ans. Et aussi frustrée de me contenter des quelques BD sans texte pour les 3-6 ans. Désormais il y a tout un choix d’albums et de premières lectures, y compris des livres pour les bébés. Car pour moi chaque livre est une passerelle vers un autre livre et c’est ainsi qu’on grandit, qu’on progresse, qu’on découvre…

Me voilà donc arrivée à un autre sujet qui me tient à cœur et me fait enrager : les âges inscrits sur les livres. Alors ça, ça me rend folle !

Loic et Anne : tu n’es pas la seule !

Gaëlle : D’après moi, la lecture n’est pas uniquement une question d’âge mais avant tout de niveau, de curiosité, d’envie. Et puis il y a lecture en autonomie et lecture offerte, ce qui n’a rien à voir. Je regrette que Dargaud inscrive au dos des Ana Ana ou des P’tit Boule et Bill « de 3 à 6 ans ». Résultat, la plupart du temps quand je les propose à des CP qui débutent tout juste car ils me semblent la collection la plus adaptée, on me répond « il/elle a plus de six ans ». Du coup on fait quoi ? On saute directement à Ariol en début de CP ? J’ai caché l’âge sur le présentoir en carton avec des autocollants…

A l’inverse chez Pocket, ils ont fait le choix de noter au dos des P’tites poules « à lire à l’enfant dès 5 ans », « et à lire seul à partir de 7 ans en lecture autonome ». Je trouve que ça a le mérite de faire la distinction entre ces deux modes de lecture.

Quant à la Joie de lire, j’adore leur façon de faire ! Au dos des romans c’est carrément écrit « Chaque lecteur est unique, si vous avez un doute, demandez à votre libraire ». Parce que la réalité de la lecture c’est qu’à 7 ans, il y en a qui seront encore à balbutier sur les P’tites poules pendant que d’autres auront déjà englouti Harry Potter (je ne sais pas si c’est vrai pour HP mais j’entends ça toutes les semaines de la part des clients).

Cette histoire d’âge sur les livres pour moi c’est avant tout un problème, sauf si tu es dans un supermarché ou sur une aire d’autoroute et qu’il n’y a pas de libraire, que tu n’y connais pas grand-chose et que tu as besoin d’un cadeau de dernière minute ; là et uniquement là je comprends que ça puisse servir à quelque chose. Mais sinon je trouve que c’est trop réducteur.

Heureusement, j’ai des clients qui me font confiance et quand je suggère à un parent de prendre quelque chose et qu’il voit que l’âge indiqué au dos ne colle pas, je lui explique ma démarche. A l’inverse, je ne vais pas aller juger les gosses de douze ans qui lisent encore Max et Lili. Bien sûr que j’ai envie de leur filer autre chose dans les mains mais si ça se trouve ils sont déjà au maximum de leur capacité de lecture avec ça.

Je m’adapte à chaque lecteur, aux fainéants comme aux gloutons. Je pars du principe qu’il vaut mieux partir de très bas avec un gosse mauvais lecteur et le faire grimper progressivement plutôt que de lui refiler du Jules Verne en BD si le seul truc qui lui plaît ce sont les jeux vidéo. Donc, ne serait-ce que pour ça, toutes ces BD facile d’accès ou issues de licences, de You tubeurs etc. ; heureusement qu’elles existent pour leur mettre un pied dans la lecture. Il ne faut jamais désespérer. Mais toujours, j’essaierai de les faire grimper !

Loïc : De par ma double casquette (j’ai une formation de bibliothécaire) je me rends compte comme les livres sont toujours enfermés dans des cases. Je me rappelle de débats avec des collègues sur le fait que telle ou telle BD ne peut pas être classée en jeunesse parce que le sujet abordé est trop dur ou que certaines images sont trop choquantes. C’est à dire si on récapitule qu’en premier lieu, l’éditeur détermine à peu près un public (et je suis d’accord avec toi, déjà ça peut être réducteur) et qu’ensuite derrière, des prescripteurs viennent encore plus enfermer dans une catégorie et parfois même en contradiction. Ça fait parfois beaucoup de filtres, je trouve.

Maintenant, prenons une bibliothèque où tu vas avoir un fond BD (jeunesse donc) et un fond BDA (Ado – adulte). Hé bien par exemple, Le Royaume de Benoit Féroumont que l’éditeur considère destiné aux lecteurs à partir de 9 ans (alors qu’un bon lecteur de CP peut la lire à l’aise selon moi…), un.e bibliothécaire va l’acheter et derrière peut la classer en BDA. Je prends cet exemple parce que c’est de l’histoire vécue. Pourquoi ma collègue avait-elle envie de mettre cette bande dessinée jeunesse en secteur ado-adulte ? C’était parce qu’elle était certaine que l’héroïne couche avec le roi au début du tome 1 puisque cette dernière se réveille dans son lit… Alors déjà non, pour remettre les pendules à l’heure, Anne ne couche pas avec le roi (je parle du personnage de fiction hein, pas de toi, Anne !) ! Mais même si c’était le cas, je ne vois pas bien ce qu’il y a de choquant… Toujours est-il que le bilan de ces décisions consécutives c’est que finalement, on réduit les chances qu’un petit lecteur puisse lire ce titre qui serait pourtant fait pour lui. Bilan : ça peut être écrit sur la 4eme de couv. ou bien le livre peut être rangé dans tel ou tel secteur et certains parents diront : « ah non, ce n’est pas une BD pour toi, mon poussin (ou ma puce, ou mon grumeau) ! »

Heureusement que lorsque j’étais petit ma mère ne m’empêchait pas d’emprunter les Thorgal ou les Jérome K. Jérome Bloche du secteur adulte… 🙂

Moi j’ai une théorie qui est qu’on ne devrait avoir que deux espaces distincts dans une bibliothèque. Un fonds tout public où tu mets aussi bien du Astrid Bromure que Les Ignorants soit à peu près 90% de la BD et dans un espace adulte, tu mets les Bds qui comportent réellement des scènes de violence ou de sexe explicites. Comme ça, finies les barrières, les filtres. Le pire que tu risques lorsqu’un enfant ouvrira Astérios Polyp ou Le Sommet des dieux, c’est qu’il se dise que ce n’est pas pour lui. Par contre, les adultes pourront plus facilement emprunter un ouvrage habituellement classé en jeunesse et les enfants, notamment les bons lecteurs, pourront faire des découvertes qui auraient été hors de leur portée.

Anne : De toute manière, quoiqu’on décide en terme de cible (enfin, tu auras compris qu’au final, Loïc et moi ne décidons pas grand chose à ce propos), on aura toujours des exemples pour nous montrer que les lecteurs peuvent nous surprendre. Lorsque nous avons publié Les Jours Sucrés, nous pensions faire une BD adulte et un nombre incalculable d’enfants sont venus se la faire dédicacer, en nous disant à quel point les chats étaient mignons et comme  la grand-mère était trop marrante. Pareil avec Chaussette, qu’on pourrait davantage destiner aux enfants, et qui finalement fait son petit effet auprès des personnes âgées avec son héroïne aux cheveux blancs et le côté accessible de cette BD pour ceux qui n’en lisent pas, avec de grandes cases et peu de bulles. Comme quoi…

Maintenant dis moi Gaëlle, je m’éloigne du sujet mais j’ai une illumination : j’en reviens à ton opinion sur la bande dessinée jeunesse : ne serais-tu pas la mieux placée pour nous dire ce qu’il manque dans la BD jeunesse actuelle ? Et quelles sont les fausses bonnes idées, selon toi ?

Gaëlle : Je peux résumer mon avis à propos de la BD jeunesse actuelle en une phrase : il y a trop de production et elle n’est pas assez variée.

Mais, allons plus loin dans l’analyse car ta question mérite une réponse développée. Même si elle est corsée car s’il y avait une bonne réponse évidente, les éditeurs l’auraient probablement trouvée ! Ce qu’il manque selon moi c’est de l’audace, de la variété, de la fantaisie (orthographe capitale ici !), du culot… Parce que ce qui est sûr c’est qu’on ne manque pas de talents en France du côté des auteurs, on a un vivier inestimable de scénaristes et d’illustrateurs comme nulle part ailleurs ou presque. Ce qui est fou c’est que cette matière première semble comme contenue. Comme je le disais plus haut, quand on voit la richesse de la production du côté des albums pour enfants mais aussi la variété et la beauté de la BD pour adultes je me demande pourquoi en BD jeunesse on ne retrouve pas cette émulation. C’est comme si tout était permis en terme de production pour adultes et qu’on misait tout sur la retenue et le risque zéro en BD jeunesse. Ça me donne le sentiment qu’il y a trop de frilosité chez les éditeurs qui préfère assurer leurs arrières en produisant des « valeurs sûres », en restant dans les clous habituels.

  • Je crois vraiment que l’on mise trop sur les séries. Et par « séries », je considère qu’il y a deux cas de figure : celles à lire dans l’ordre et celles dont les tomes sont indépendants. Là-dedans tu as toutes celles dont tous les auteurs sont décédés mais qui continuent quand même, la liste est colossale… Là, c’est encore un autre débat qui va probablement reprendre vie très vite avec la mort récente d’Uderzo… Elles ont néanmoins l’avantage d’être des albums en histoire unique. C’est souvent une demande de la part des parents ou grands-parents qui veulent faire découvrir et transmettre. Les séries dont les tomes ne se suivent pas sont un peu plus faciles à placer auprès des clients que ce que j’appelle celles avec une continuité car elles sont  à double tranchant. Pourquoi je pense ça ? Les parents qui achètent pour leur enfant ou qui souhaitent faire un cadeau pour un anniversaire ne vont pas forcément vouloir prendre un truc en xxx tomes, déjà quand c’est pour offrir tu ne choisis pas des sagas sans fin car ça fait cadeau empoisonné à la famille qui le reçoit. D’ailleurs, il est très fréquent qu’on nous demande spécifiquement du one-shot pour enfants, et là je pense que les adultes ont pris le pli il y a un moment déjà de sortir des séries à rallonge et que naturellement ils reportent leur nouvelle manière de lire sur leurs enfants. Très régulièrement je me sens coincée parce qu’on va me demander par exemple : « une BD policière en un volume pour un garçon de 10 ans ». Je ne dis pas que ça n’existe pas, je dis juste que ce sera beaucoup plus compliqué que de trouver une série en plusieurs tomes de BD humoristique pour une fille de 10 ans par exemple. Mais à l’inverse, les séries à rallonge sont parfois un immense soulagement pour les parents quand leur enfant qui ne voulait pas lire à accroché à une série et qu’il s’enfile tous les tomes d’affilée. Il me semble donc que le one-shot devient petit à petit la règle en BD adulte mais que c’est une habitude balbutiante en BD jeunesse. Sauf si l’on parle de Rue de Sèvres qui propose de nombreuses BD en one-shot (plutôt pour les ados que pour les plus jeunes). On ne peut pas tout généraliser une fois encore !
  • Ensuite, je pense qu’il y a une sorte de catégorisation des genres en fonction des âges et qu’il est difficile de casser les codes. Je m’explique : comme je n’aime pas les âges sur les livres, j’ai fait le choix à la librairie ne pas faire de classement par âge ; à part celui d’isoler les toutes premières BD ; pour le reste de la production jeunesse je n’ai pas choisi de classer par thèmes : Humour, Aventure, Univers fantastiques… Et bien figurez-vous que ça revient plus ou moins au même que de classer par âge ! Car au final on s’aperçoit que quasiment tous les albums d’humour sont pour les plus jeunes et que tout le fantastique et l’aventure sont pour les plus grands. Ce n’est pas strictement le cas mais c’est beaucoup ça. Donc, selon les niveaux de lecture, il y a de grosses carences dans certains genres. Par exemple il y a assez peu de BD du genre policier pour les enfants. Je suis toujours assez embêtée quand on me pose la question. Et très peu de fantastique pour les lecteurs débutants aussi, ce qui explique aussi probablement le succès des Légendaires. Moi j’aime beaucoup conseiller la série Archibald par exemple dès 8 ans, c’est du polar qui fout la frousse mais gentiment. Si je schématise, j’ai la sensation que les commandements de la BD jeunesse actuelle c’est : tu apprendras à lire avec des histoires du quotidien, quand tu sauras bien te débrouiller tu pourras lire des BD qui te font rigoler et puis pour finir tu te perdras dans des mondes fantastiques. Du coup  : et si une fille de 7 ans à envie de lire du policier ? (Oui je sais vous allez me répondre Le Temps des Mitaines !), et si un garçon de 12 ans n’aime pas le fantastique et veut lire un truc un peu romantique ? J’ai envie de vous répondre un truc un peu provoc : il n’a qu’à lire du manga ! Là au moins il y a le choix… Le manga est un secteur de nouveau en pleine forme ! J’aime sa variété, sa richesse, son culot ! Tous les sujets sont traités, personne n’est exclu, c’est limite formidable !

Anne, tu me demandes ce que c’est pour moi une fausse bonne idée. C’est dur de répondre mais par exemple je pense que c’est de surfer sur une mode. C’est tout l’inverse du bon livre qui selon moi est intemporel. Si tu produis à foison des livres en lien avec les modes (là je pense à des BD sur des You tubeurs par exemple), tu n’inscris pas cet ouvrage dans la durée, tu fais un coup médiatique et il y a même assez fort à parier que tu ne finiras même pas en médiathèque à faire une belle carrière sur des décennies de lecteurs. Là évidemment je donne mon point de vue de libraire spécialisée. Ce ne sera pas le même sentiment partout et je suis assez certaine que les rayons livres de chez Auchan regorgent de ces bouquins là. Malheureusement, les classes les plus populaires ne se rendent pas vraiment en librairies spécialisées, peut-être pas beaucoup en librairie tout court. J’ai quand même la sensation que ce public qui a moins accès à la culture aura plus tendance à se servir dans les hypermarchés par exemple au moment de faire les courses. Ils n’y trouveront pas la même chose que dans ma librairie par exemple. ce sera des licences qui seront mises en avant, des adaptations de dessins animés, des BD en rapport avec les héros de jeux vidéo… Mais là encore est-ce vraiment une mauvaise idée que d’attraper un lecteur au passage en lui donnant du Transformers en BD ? Je ne peux pas l’affirmer, je ne peux regretter qu’il n’y ait pas autre chose sur la tête de gondole.

Le paysage BD jeunesse actuel, c’est nous qui le dessinons par nos choix. Nous tous ensemble. Je ne veux pas dire par là que je sais dessiner… Mais, tous autant que nous sommes dans ce secteur culturel nous faisons des choix : toi Loïc tu choisis de quoi tu veux parler, Anne tu choisis comment tu veux le représenter, l’éditeur choisit s’il croit ou pas en votre ouvrage, il convainc ou non le représentant, qui me convainc ou pas à son tour, je choisis combien en commander ou pas, de le conseiller ou pas, de le sélectionner pour les bibliothèques ou pas, qui elles-mêmes feront le choix de me l’acheter ou pas, pour le conseiller ou pas à leur tour à leurs lecteurs… Il y a un très long chemin à parcourir pour un livre avant d’atterrir dans les mains du lecteur ! Et mon avis, c’est que si tout au long de cette route chaque intermédiaire fait les meilleurs choix, on ne peut qu’améliorer la diversité de cette production.

Je suis critique mais pas élitiste, je hais les librairies dans lesquelles on se sent observé ou pire encore jugé sur ses choix ! La littérature ne doit pas être intimidante si l’on souhaite que les gens lisent. Dans mes choix à la librairie il y a donc de tout, et effectivement beaucoup de choses que je n’aime pas, que je ne pousse pas mais qui sont là pour ceux qui espèrent les trouver. Parce que je ne peux pas me permettre de perdre un lecteur pour cause de snobisme. Alors je bichonne quand même tout le monde avec plus ou moins tout ce qui existe (sauf quand vraiment j’ai l’impression que « non mais oh là faut arrêter de délirer… »). Dans une zone de mon rayon par contre il y a un secteur avec tous mes coups de cœur, ça me représente vraiment, c’est un peu comme si c’était chez moi. D’ailleurs toute mon secteur jeunesse me ressemble, parce que a lecture, l’approche qu’on en a est unique à chacun. C’est pourquoi les rangements, les classements, les goûts et les couleurs… On pourrait en parler pendant des heures sans trouver la réponse juste.

Tout en espérant qu’un jour les tendances s’inverseront ! Qu’il y aura moins de livres mais qu’ils seront vraiment spéciaux. Vous n’avez pas envie de lire de genre de livres ? Ceux qui laissent une empreinte pour la vie ? Qui vous vrillent le cœur ? Qu’on retrouve les larmes aux yeux dans le grenier 30 ans plus tard ? Ce sont ces livres là que je voudrais voir débarquer en masse, des livres convaincants qui soient des compagnons pour des générations de lecteurs.

Loïc et Anne : On a envie d’en lire et si possible d’en réaliser…

 

Pour terminer cet article par une notre super positive voici les albums que j’aimerais que tout le monde lise ! (par ordre alphabétique, avec potentiellement d’énormes oublis et sans citer toutes celles qui sont déjà extrêmement populaires et n’ont pas besoin de moi pour faire leur bonhomme de chemin…)

La sélection de Gaëlle :

 

  • Akissi de Marguerite Abouet et Mathieu Sapin, ed. Gallimard.
  • Astrid Bromure de Fabrice Parme, ed. Rue de Sèvres.
  • La Balade de Yaya de Marty, Omont, Girard et Golo Zhao, ed. Fei.
  • Bergères Guerrières de Jonathan Garnier et Amélie Fléchais, ed. Glénat.
  • Biguden de Stan Silas, ed. Paquet.
  • Bonbon Super de Saïd Sassine, ed. Glénat.
  • Les Cahiers d’Esther de Riad Sattouf, ed. Allary.
  • Cet Eté-là de Mariko et Jillian Tamaki, ed. Rue de Sèvres
  • Le Collège noir d’Ulysse Malassagne, ed. Grafiteen-Milan.
  • Dad de Nob, ed. Dupuis.
  • Un été d’enfer de Vera Brosgol, ed. Rue de Sèvres.
  • Le Fils de l’Ursari de Cyril Pomès adapté du roman de Xavier-Laurent Petit, ed. Rue de Sèvres.
  • Irena de JD Morvan, Séverine Tréfouël et Walter, ed. Glénat.
  • Le Jardin de minuit d’Edith adapté du roman de Philippa Pearce, ed. Soleil.
  • Lettres d’amour de 0 à 10 ans de Thomas Baas adapté du roman de Susie Morgenstern, ed. Rue de Sèvres.
  • Le Mont des brumes, Susan Schade et Jon Buller, ed. BD Kids.
  • Momo de Jonathan Garnier et Rony Hotin, ed. Casterman.
  • Petit Vampire de Joann Sfar, ed. Delcourt.
  • Le Prince et la couturière de Jen Wang, ed. Akileos.
  • Quatre Sœurs de Cati Baur, adapté du roman de Malika Ferdjoukh, ed. Rue de Sèvres.
  • Rat de Sibylline, Capucine et Jérôme d’Aviau, ed. Delcourt.
  • Roller Girl de Victoria Jamieson, ed. 404.
  • Super Sourde de Cece Bell, ed. Les Arênes.
  • La Tête dans les étoiles de Jen Wang, ed. Akileos.

Dur dur de faire une liste quand on est confinée chez soi sans avoir tout sous les yeux…

Et vous ? Quels titres avez-vous envie de nous faire découvrir ?

 

Loïc : En plus de certains que tu as cité et qu’on a en commun :

  • Le Trop Grand Vide d’Alphonse Tabouret de Sibylline, Capucine, D’aviau chez Ankama parce que ça foisonne, ça titille, ça questionne, ça tourbillonne !
  • Hilda de Luke Pearson chez Nobrow puis Casterman, la meilleure série jeunesse du monde, honteusement copiée, jamais égalée.
  • Epiphanie Frayeur de Lefèvre et Gauthier chez Métamorphose parce que c’est angoissé et cathartique ! (N’oubliez pas tous les autres de Séverine que j’ai cité avant et qui valent le détour !)
  • Pistouvi et Jeanne de Merwann et Gatignol chez Dargaud parce que c’est aussi beau qu’un Miyazaki où on ne comprend pas tout.
  • Seuls de Velhmann et Gazotti chez Dupuis parce que c’est évident. Efficace, inquiétant…
  • Mon Cousin dans la mort de François Duprat chez Petit à petit. Je ne sais pas s’il est encore dispo mais c’est le film Le grand chemin qui aurait rencontré la Guerre des boutons.
  • Basse déf de Jibé chez Omake Books parce que même si ça parle de rétrogaming, les enfants peuvent adorer…

Et sinon si j’ai le droit de citer les classiques qui m’ont bouleversé aussi tiens :

  • le Broussaille de Frank et Bom notamment La Nuit du chat,
  • les Johan et Pirlouit de Peyo qui à mes yeux sont bien bien supérieurs aux Schtroumpfs…

Anne : Moi je suis obligée de citer Les Vermeilles de Camille Jourdy chez Actes Sud  pour son côté Voyage de Chihiro dans la campagne française, avec humour et aventures comme celles qu’on inventait enfant.

  • Cecil et les objets cassés d’Elodie Shanta chez Biscoto pour sa narration ovniesque, sa candeur et son inventivité.
  • Kaïros d’Ulysse Malassagne chez Ankama parce que Ulysse Malassagne !
  • Le Mickey de Tébo chez Glénat parce que son dessin est génial d’expressivité, d’humour et de mignonnitude et que je ne pourrais pas me lasser de scruter chaque planche pendant des heures
  • Le grand méchant renard de Benjamin Renner chez Delcourt parce que c’est à mourir de rire !

 

Gaëlle : En découvrant votre liste j’y trouve tous mes oublis ! Ça me donne l’occasion de citer aussi Crevette d’Elodie Shanta qui est extra en première lecture de BD. Et je suis bien d’accord avec toi Anne, le Mickey réalisé par Tebo est mon préféré de toute cette collection ! Découvrir Mickey Pépé c’est trop cool.

 

Loïc : Et en parlant de Tébo, longtemps la collection Tchô a été une valeur sûre pour moi. Je pense à Lou de Julien Neel bien sûr mais aussi, Nini Patalo de Lisa Mandel et Zblu Cops de Bill & Gobi qui comptent parmi les Bd les plus drôles que j’ai pu lire. Anne se rappelle peut-être les rires à gorge déployée que j’ai pu avoir avec « la chipougnette » dans Zblu Cops ! Du grand art…

Gaëlle : Cette chipougnette m’intrigue, il faut que je mette la main dessus !

Je remercie Loïc et Anne de m’avoir suivie dans cette discussion ! Je ne les ai pas cités dans ma sélection mais je pense qu’ils auront compris que si je ne les portais pas haut dans mon estime je ne leur aurais pas donné la parole… Lisez-leurs ouvrages, ceux qu’ils ont en commun, ceux qu’ils ont fait seul, ceux qu’ils ont fait avec quelqu’un d’autre ! Ils sont tous légitimes à être dans toutes les bibliothèques. Voici ci-dessous leur belle production, il manque Miss Charity dans la liste mais je suis certaine que vous en avez déjà entendu beaucoup parlé et qu’il est probablement englouti depuis belle lurette.

 

 

Jeannot est reporté au 10 juin.

Discussion avec Loïc Clément et Anne Montel (partie 2)

Avec Loïc et Anne, le temps passe vite pendant ce confinement ! Les sujets surgissent sans même qu’on y réfléchisse. Chacun dans notre coin nous réfléchissons aux thèmes que l’on souhaiterait aborder.

Après avoir parlé de la critique dans la 1e partie de la discussion, nous avons abordé la production BD jeunesse actuelle.

Gaëlle : Maintenant j’ai envie de parler avec vous de la singularité de vos albums. Un peu isolés au milieu d’un secteur BD jeunesse plutôt formaté et ancré dans des habitudes qu’il semble difficile de bousculer. Depuis 20 ans, je suis libraire jeunesse et bande-dessinée. J’ai exercé ce travail dans tous types de structures allant de la minuscule librairie spécialisée jeunesse du réseau « Sorcières » à la gigantesque FNAC, en passant par une librairie généraliste et désormais une librairie spécialisée BD. Si le métier était parfois différent en fonction des lieux et des pratiques des enseignes, j’ai en revanche partout été confrontée au même constat à propos de la BD jeunesse. Il s’avère que je suis de plus en plus déçue par cette partie de la production et j’ai bien du mal à comprendre que la créativité qui gît dans la BD Adultes et dans l’illustration jeunesse ne se reporte pas sur les BD destinées aux plus jeunes. Avec les années, j’ai de moins en moins d’enthousiasme à lire de la BD pour enfants. Tous les ans : des Schtroumpfs, des Boule et Bill, des Kid Paddle… Voire même plusieurs fois par an des Mortelle Adèle, des Légendaires (on pourrait presque dire plusieurs fois par mois au vu du nombre de sous-séries) etc. Au final je pense ne pas avoir plus de 10 coups de cœur par an.

Loïc : Oh, moi j’aime beaucoup les Légendaires ! Je ne connais pas tout hein, mais de ce que j’en vois c’est un peu le Saint Seiya de mon enfance version française. Ça a l’air d’être fait sans cynisme et avec beaucoup de sincérité donc moi ça me touche…

Gaëlle : Certes, mais de mon point de vue de libraire qui aime très fort la BD, j’attends de la variété, de l’originalité, des surprises… A l’inverse, au vu de la quantité de séries qui sont entretenues chez tous les éditeurs depuis des années, c’est un éternel recommencement. Heureusement, quelques fois l’an un album surgit, m’émerveille, me redonne foi en la bande dessinée pour enfants. Vos albums, Loïc et Anne, sont de ceux-là.

Je m’interroge donc : n’avez-vous pas eu du mal à imposer vos livres dans cet univers si formaté ?

Loïc : Quand on a commencé ce métier en 2010, dans leur écrasante majorité, les éditeurs ne nous répondaient pas ou quand on obtenait une réponse, elle était négative.

Par exemple Le Temps des Mitaines a été refusé partout, vraiment partout. Heureusement qu’Anne avait fait un album d’illustration jeunesse chez Didier Jeunesse et que ces derniers voulaient se lancer dans la Bd à l’époque. Il faut dire qu’on arrivait avec un olni (objet livresque non identifié) de 120 planches pour la jeunesse avec des thématiques un peu sombres donc difficile d’en vouloir à qui que ce soit de ne pas être partant…

Quand l’album a été sélectionné à Angoulême ensuite, ça a eu pour conséquence de nous faire un peu reconnaitre. Résultat, on a pu nouer des dialogues avec certains directeurs de collection. La chance que moi j’ai eu à cette époque ça a été de rencontrer Thierry Joor, l’éditeur de ma copine Séverine Gauthier dont je suis fan. Elle faisait des Bds sombres, sensibles et poétiques chez Delcourt Jeunesse (Garance, Mon arbre, Aristide broie du noir, L’Homme Montagne, Cœur de pierre…) et j’ai trouvé en lui un partenaire de création. Ainsi j’ai trouvé un foyer pour toutes mes histoires mélancoliques aux thématiques hyper dures. Mais soyons clairs, sans Thierry, personne ne signe mes histoires des Contes des Cœurs Perdus qui parlent de dépression, maladie, harcèlement scolaire. Le Voleur de Souhaits, Jeannot, Chaussette, Chaque Jour Dracula, Le Silence est d’Ombre, je crains sincèrement qu’aucun de ces livres ne puisse exister ailleurs… J’ai souvent raconté cette histoire mais pour Chaussette qui parle du deuil par exemple, un autre éditeur m’avait demandé que personne ne meurt dans ce livre… Tu imagines ça ? Le cœur du livre qu’on te demande d’enlever ?

Bref, j’ai eu du bol de rencontrer Thierry qui comprend parfaitement ce qu’on veut faire à chaque fois. Il a même créé une nouvelle collection autour de mon travail de scénariste et de mes collaborations avec Anne, Sanoe, Bertrand Gatignol, Clément Lefèvre, Carole Maurel… signe qu’il y croit et qu’il est demandeur pour de prochains…

Anne : Oui, Thierry mais Pauline Mermet aussi ! J’ai eu l’occasion de la rencontrer chez Dargaud avant même la sortie des Mitaines et le courant est vraiment bien passé dès le début entre nous. Nous avons discuté de divers projets mais rien de concret au départ. D’ailleurs, elle non plus ne souhaitait pas publier Le Temps des Mitaines, car elle n’arrivait pas à cerner l’univers.

Loïc : Oui, en même temps on est jamais hyper bons pour pitcher nos projets donc bon…

Anne :  Voilà. En tout cas, à ce moment-là Loïc a échangé avec elle sur une histoire d’amour, un projet adulte. Ensuite on s’est réunis tous les trois dans un café et j’ai assisté à un drôle d’événement, une sorte de symbiose de communication étrange qui s’est créée entre Pauline et Loïc. Ça a été la naissance de quelque chose de très joli, avec des idées qui germaient dans l’esprit de l’un, parfaitement comprises par l’autre et que je retranscrivais ensuite en images.

Ainsi est paru Les Jours Sucrés.

La confiance établie entre nous a par la suite permis de donner un second souffle aux aventures du Temps des Mitaines, puisque repris par Dargaud en 2020. C’est une vraie chance pour nous de pouvoir faire revivre nos personnages aux côtés d’une éditrice comme elle.

J’ai personnellement quelques soucis à rouvrir le premier tome tellement j’y trouve mon dessin affreux (ça commence à dater !), mais je suis vraiment contente d’avoir pu refaire la couverture et donner un nouvel écrin à cette BD.

Loïc : Donc pour résumer, comme on propose toujours des projets peu glamours ou mal expliqués, on avait du mal à les placer à nos débuts, mais maintenant qu’on travaille en confiance avec nos éditeurs, c’est plus simple. On est même sollicités parfois aujourd’hui sur la base de nos livres existants, donc c’est encourageant.

Gaëlle : Ce que j’apprécie particulièrement dans vos livres c’est que l’on sent que vous ne prenez pas les enfants pour des idiots. Que ce soit par le choix des sujets traités comme tu le disais Loïc (dépression, mort, harcèlement…) ou par le vocabulaire employé.

Loïc : C’est marrant cette histoire de vocabulaire parce que ça revient très souvent dans les retours qu’on nous fait. Je me rappelle d’une dame qui avait rédigée une critique des Mitaines où elle était épatée par les registres de langue employés dans la BD. Langage soutenu pour Gonzague, courant pour Arthur, en patois bordelais pour Pélagie… Je ne pensais pas que ce travail de l’ombre se remarquerait, c’est étonnant…

Et pour les textes des autres livres, je me demande si la préciosité qu’on peut éventuellement déceler ne tient pas à leur forme première. Avant d’en faire un scénario de BD, j’écris toujours l’histoire sous forme d’une nouvelle (mon genre littéraire préféré…)

Gaëlle : Pour ma part je regrette que l’on ne soit pas plus exigeants en matière de Bande dessinée pour enfants et de littérature jeunesse en général. J’ai commencé à y prêter attention il y a une dizaine d’années quand la Bibliothèque Rose a entrepris de saccager les livres de mon enfance, Le Club des cinq. Il y avait d’ailleurs eu un article sur un blog qui m’avait beaucoup marqué : https://citoyenfn.wordpress.com/2016/01/18/le-club-des-5-et-la-baisse-du-niveau/ 
J’avais même écrit à la directrice de collection pour lui dire à quel point ça m’énervait. Sa réponse avait été quelque chose comme « les transistors les enfants ne savent plus ce que c’est ». J’ai eu l’impression d’avoir mille ans ou plus.

Je fais partie de ceux qui pensent que les livres sont là pour apprendre et découvrir et qu’ils nous fournissent le vocabulaire nécessaire pour le reste de notre vie. Alors je ne pense pas que de tout rédiger au présent et de simplifier les textes soit une solution. A l’époque j’avais comparé les deux versions d’un Club des cinq avant et après la réécriture, ça n’avait plus la même saveur. Ou peut-être étais-je désormais trop vieille tout simplement !

Et vous, quelles règles et limites vous fixez-vous sachant que vous vous adressez à des enfants ?

Loïc : Aucune. A dire vrai, je ne sais même pas ce que c’est que de faire de la BD jeunesse. J’écris sur les sujets qui me touchent, avec le vocabulaire qui me semble pertinent et ça finit dans une case jeunesse parce que les héros sont jeunes. J’écris de la même façon pour les adultes et ça finit en adulte parce que les héros sont plus âgés. C’est la première fois que je le formalise comme ça mais ça me semble assez juste.

Anne : En effet, on ne se pose vraiment pas la question du public. Ça pourrait paraître stupide ou égoïste, mais on fait avant tout des livres qu’on aimerait lire.

Personnellement, je lis rarement de littérature « adulte », ce qui m’intéresse est toujours catalogué « ado » ou « jeunesse », alors que ce sont des livres qui s’adressent à tout le monde. Mes livres préférés sont les Harry Potter, qui m’ont transportée enfant et ont le même effet aujourd’hui. J’ai dévoré les Pullman, et si à l’époque je lisais tout Marie-Aude Murail, j’y trouve encore un plaisir énorme à ce jour.

Concernant le dessin, c’est vraiment pareil, je dessine comme j’en ai envie. Il se trouve qu’on qualifie souvent mon dessin de jeunesse, ce qui est un atout par rapport aux thématiques sombres abordées par Loïc, cela permet d’adoucir le propos.

Loïc : C’est clair que tu prends Les Chroniques de l’Île perdue chez Métamorphose, qui est une BD horrifique pour enfants et qui parle de la violence entre frères, et tu mets un dessin réaliste à la place de celui d’Anne : aucun gamin n’en ressortirait indemne ! C’est un peu la même chose avec Le Collège noir d’Ulysse Malassagne ou Les Bergères Guerrières de Jonathan Garnier et Amélie Fléchais cela dit… En tout cas, on est vraiment très complémentaires Anne et moi.

Pour revenir à ta question des « limites » parce qu’on s’adresse aux enfants, pour moi c’est exactement cela qui peut conduire à faire de mauvaises bds. Les enfants sont pas des débiles profonds à qui on ne peut rien dire. On peut aborder TOUS les sujets avec eux.

Gaëlle : Je rebondis sur ce que vous dites, j’ai moi aussi l’impression parfois que la seule différence entre un livre pour enfant/ados ou adultes au final, c’est l’âge du personnage ! Le besoin d’identification est revendiqué par les parents comme principal critère de choix lorsqu’ils achètent pour leur enfant. Au quotidien dans mon rôle de conseillère, j’entends des choses qui me font hurler. Et il est très difficile de faire bouger les lignes !

Je vous donne quelques exemples :

« C’est l’histoire d’un garçon… », on me répondra, oui mais c’est pour une fille (et vice-versa et encore pire dans l’autre sens d’ailleurs).

La chose la plus étonnante que j’ai entendu ces derniers temps c’est à propos de Lettres d’amour de 0 à 10 ans. L’adaptation BD a pour couverture Ernest et sa copine Violette tout deux âgés de 10 ans et se promenant avec le petit frère de celle-ci dans un porte-bébé. Voici ce qui m’est revenu aux oreilles :

  • Non ma chérie, l’amour c’est pas de ton âge !
  • Ça n’ira pas elle a 11 ans.
  • Non mais je vais pas acheter l’histoire d’un couple d’enfants qui a eu un bébé !

Un autre jour, je devais trouver une BD humoristique pour un petit garçon d’une dizaine d’années qui appréciait beaucoup Mortelle Adèle et d’autres séries de gags. Je propose Dad, me disant que ça risquait de tiquer sur le fait que ce ne soit que des filles mais puisqu’il aimait Adèle, j’ai tenté ma chance en pensant que ça conviendrait. Les filles n’ont pas été l’obstacle. Le problème c’était le balai… La cliente n’en a pas voulu parce que ça la gênait que les rôles soient inversés et que le papa fasse le ménage et s’occupe des enfants. Elle a trouvé qu’il était un mauvais exemple (c’était peut-être plus par rapport aux 4 mamans qu’à cause de l’aspirateur…).

Loïc : C’est tellement déprimant… Et après on me demande pourquoi je suis misanthrope…

Gaëlle : Il y a une anecdote que j’aime bien raconter à propos d’une de mes BD favorites : Momo de Jonathan Garnier et Rony Hotin. Je conseille cette BD à tour de bras et je commence à avoir un joli sac de remarques faites par les clients à son propos. Un jour, je me suis aperçue que la plupart des gens avaient acheté cet album en pensant que Momo était un garçon ! Il est vrai qu’elle a les cheveux courts et même encore plus courts dans le t2 et que son prénom n’évoque rien. J’en ai parlé un jour avec Jonathan en lui demandant si c’était un coup de génie de sa part ou un hasard total puisque grâce à cette méprise beaucoup de petits garçons ont lu la BD. Il était surpris que je lui raconte ça et n’avait jamais imaginé qu’on puisse se méprendre sur le personnage. Mais l’équivoque fonctionne parfaitement ! Comme quoi, le succès est aussi possible pour des livres en marge de la production.

Mon sentiment, c’est que dans beaucoup de BD pour enfants on sent qu’il y a un genre de cahiers des charges implicite (de préférence un duo garçon + fille, de préférence une série, de préférence ceci ou cela…) qui ôte, d’après moi, toute originalité. C’est ce qui me plaît dans vos ouvrages, c’est qu’on ne trouve pas ces ingrédients redondants que la plupart des éditeurs semblent imposer. Non seulement Loïc tu fonces dans le tas en proposant des sujets sérieux, et toi Anne ton dessin n’a rien à voir avec ce qui se pratique habituellement.

Loïc : Résultat : nous ne sommes pas ce qu’on appelle de « gros » vendeurs ! Ha ha. C’est vrai, sans rougir de nos chiffres de vente, le bilan comptable montre que nous ne sommes pas forcément des exemples à suivre dans le sens où l’on ne produit pas de best-sellers.

Concernant un genre de cahier des charges implicite, je vais peut-être te surprendre mais je l’ai vraiment, vraiment ressenti en édition jeunesse et pas vraiment en BD. En jeunesse, à part chez Little Urban où avec Anne on peut faire ce qu’on veut (t’as qu’à voir, le prochain Professeur Goupil – série de romans Premières lectures pour enfants – parle de la dépression post-partum…), les contraintes des éditeurs sont très fortes. Il faut faire ci, on peut pas faire mi, holalalala ce sujet c’est pas possible… J’ai mille anecdotes là-dessus.

Alors qu’en BD, on nous a jamais dit ce qu’on doit faire sur le fond. Par contre sur la forme oui, là je suis d’accord avec le côté série, pagination…

Gaëlle : Anne, tu aimes beaucoup le travail de Camille Jourdy, tu es sûrement ravie du succès des Vermeilles qui rafle tous les prix jeunesse cette année ! Son univers et le tiens ont beaucoup de choses en commun : la minutie, la douceur, les couleurs pastel, les décors d’une précision extrême… Il m’est parfois revenu aux oreilles de la part d’auteurs jeunesse que les éditeurs refusent leurs projets sous couvert que ce serait trop original. Quand je vois le succès de ce livre qui va à rebrousse poils de presque tout ce qui se fait en BD pour enfants (l’épaisseur de l’album notamment que je craignais être un obstacle), ça nous permet d’être optimiste pour la suite et d’espérer d’une plus grande diversité, non ?

Anne : Oui, j’ose penser que le succès de ce genre de livre ouvre des portes pour les autres par la suite. Des livres pas calibrés mainstream qui pourront exister parce que Les Vermeilles notamment a ouvert la voie. Je crois que c’était aussi une appréhension de Camille Jourdy, que le livre ne trouve pas son public : dessins qui tirent vers le « jeunesse » mais épaisseur d’une BD adulte… mais le pari est magiquement relevé ! Enfin je l’espère pour elle, car nous savons tous les trois qu’un succès critique ne signifie pas forcément un succès commercial.

Loïc : Je rebondis un peu à côté volontairement mais bien sûr qu’on peut appeler de ses vœux à toujours plus de diversité… toi qui est libraire, est-ce que tu n’es jamais interpelée par le mimétisme pour ne pas dire parfois la copie ? Tu as un titre qui va marcher genre une jeune fille avec un sacré caractère et ensuite tu vas avoir une palanquée de séries à suivre derrière avec peu ou prou le même modèle… Tu l’as déjà constaté, ça ?

La suite au prochain épisode…

Discussion avec Loïc Clément et Anne Montel (partie 1)

 

Je ne connais pas Loïc et Anne « pour de vrai ». Nous vivons chacun d’un côté de cette diagonale géographique infernale qui sépare la Haute-Savoie de la Bretagne. Mais j’ai toujours suivi leurs travaux respectifs avec intérêt. Mon opinion est qu’ils produisent seul ou à deux parmi les ouvrages les plus beaux, stimulants et riches de la BD pour enfants. Chaque fois que je l’ai pu, j’ai rédigé des avis sur leurs ouvrages dans la lettre d’info ou via les réseaux. Loïc m’a répondu plusieurs fois pour me dire qu’ils avaient été touchés de ce que j’avais écrit et j’ai bien vu qu’entre nous une sorte d’estime mutuelle s’était mise en place. Vous pouvez d’ailleurs relire ici d’anciens articles à leur propos. A vrai dire, il est assez rare que je reçoive des remerciements sur ce sujet. J’ai donc eu envie de partager du temps avec eux pendant ce confinement. Parce que s’ils ne vivaient pas à l’autre bout de la France, je suis à peu près sûre qu’on serait amis. Voilà donc le résultat de cette discussion animée !

le-temps-des-mitaines-tome-1-la-peau-de-l-ours

Le temps des Mitaines, le jour de l’ours a paru dans une toute  nouvelle édition chez Dargaud (cliquez pour feuilleter !) et rendez-vous ici pour des activités en lien avec l’album.

 

Gaëlle : Il y a quelques Jours, Loïc, tu t’es insurgé sur les réseaux à propos du vocabulaire employé dans les critiques. Voici le post Instagram qui m’a donné envie de te contacter et d’engager cette discussion avec vous.

instagram

Je n’ai pas partagé ta cause sur notre page Instagram mais uniquement parce que je suis très nase en story ! En vrai je suis prête à fonder le Club des pinailleurs du vocabulaire et de l’orthographe avec vous !

Ce court texte humoristique a eu plusieurs effets sur moi que j’ai voulu partager avec vous.

Dans un premier temps, ça m’a fait rire parce que ton texte Loïc est très bien tourné et qu’il parle d’un sujet qui m’agace moi aussi : les mots mal utilisés. La manière dont tu formules ta demande et vraiment drôle et la cause est noble donc j’adhère.

Loïc : Ha ha… je me rappelle d’un copain d’enfance qui était allergique au mot « sympa » dans le cadre d’une critique. Il s’enflammait à ce sujet : « Un livre n’est pas « sympa » ! Une chanson n’est pas « sympa » ! Mon voisin ou ma petite sœur sont « sympas » mais une œuvre n’est pas une personne. Une œuvre n’est pas gentille ou sympathique ! C’est indécent !».

Je pense à lui maintenant que moi aussi je tique devant certaines critiques. Tic, c’est bien le mot d’ailleurs parce qu’on peut vraiment parler de tics de langage. En effet, ce n’est pas tant le mauvais emploi des mots qui me questionne mais plutôt leur usage intensif et abusif. Ça fait des années que je lutte dans la vie de tous les jours sur l’emploi de « du coup » qui est certes très mal employé c’est vrai, mais qui est surtout ULTRA employé. Ce mimétisme sémantique rend dingue une fois qu’on focalise dessus. Partout, tout le temps, les gens disent « du coup ». Du coup (clin d’œil, clin d’œil), dans les critiques, c’est la « pépite », le « bijou » qui sont partout et qui ont attiré mon attention.

Je pense honnêtement qu’on peut se dispenser de répéter tout le temps la même chose. Ce n’est pas du snobisme, c’est seulement être un peu exigeant envers soi-même. Et puis sans rire, si les trois quarts des livres sont des pépites, ça a quelle valeur au final comme qualificatif ?

pepite-oro

Notez bien que ça c’est ter-mi-né !

Gaëlle : Ma seconde réaction a été une remise en question de ma manière d’écrire. Et je m’interroge beaucoup là-dessus. J’écris depuis très longtemps des avis sur ce que je lis ! Il y a 20 ans je travaillais à la FNAC, à cette période on a commencé à écrire les fameux « coups de cœur » sur les bouquins. J’adorais ça et j’ai fait de même partout où j’ai travaillé par la suite. Mon seul problème était d’être concise car les textes étaient très courts. A la même période j’ai été chroniqueuse sur un site de BD indépendante qui s’appelait Clair de Bulle, puis plein d’autres sites et même le magazine Citrouille quand je travaillais en librairie spécialisée jeunesse. Depuis 10 ans je tiens le blog L’ouvre livres avec des copines rencontrées en Master Littérature jeunesse et depuis quelques mois la page Instagram du même nom que j’anime avec une amie bibliothécaire. Mais pour autant, je n’ai pas la prétention de me prendre pour une journaliste. Je n’ai pas suivi les études pour cela… Comme vous le savez, les « vrais » journalistes ne se préoccupent pas tellement de la littérature jeunesse. Donc ce sont beaucoup d’amateurs (non pas au sens de pas compétents mais vs professionnels) qui livrent leurs commentaires plus ou moins avisés sur des sites, blogs, pages Instagram toutes pimpantes etc. Forcément, ce n’est pas toujours au niveau (ni même pertinent). Et bien sûr, chaque personne à sa propre interprétation et ses goûts bien arrimés. Je rajoute ici une chose qui me chagrine souvent : j’ai horreur d’utiliser le mot « critique ». Déjà, à la base, le mot est connoté négativement (dans l’interprétation que j’en ai). Je n’aime pas tellement non plus « chronique ». Ça m’évoque une bronchite ou un truc chiant qui reviendrait en plus tout le temps ! Alors comme ces deux mots m’emmerdent, je rigole souvent avec ma collègue Chloé qui met nos avis en ligne sur le site BD Fugue.com. Pour la faire rire (j’aime bien faire rire), je lui dis : je t’envoie mes « chrotiques » (ou mes « criniques », j’aime varier). Je n’aime pas ces mots trop pompeux qui laissent penser qu’on sait mieux que tout le monde si c’est bien ou si c’est pas la peine de l’acheter ou si tu peux juste l’emprunter à la bibliothèque pour te faire un avis, ça suffira bien. AVIS ! Voilà un mot qui me va. Je donne mon avis, je ne fais que cela ! J’ai souvent l’impression que ce n’’est vraiment pas grand-chose mais aux yeux de certains clients ou auteurs je vois que c’est quand même déjà beaucoup. En revanche, je m’efforce toujours d’être honnête donc je conseille et déconseille tout autant.

Loïc : Si je comptais le nombre de fois ou un avis de lecteur m’a fait pleurer parce qu’il me touchait… Parfois tu lis un avis sur un blog ou sur un réseau social et la personne exprime tellement bien son ressenti que ça me bouleverse. Parfois je me dis : j’ai bossé des années sur ce livre et ça en valait la peine ne serait-ce que pour cette personne ! Parfois c’est une photo d’un enfant qui lit notre livre, parfois c’est un témoignage touchant qui entre en résonance avec la vie de la personne et parfois il s’agit de quelqu’un, tu sais pas pourquoi, mais il a entièrement compris tes intentions, ce que tu as voulu faire dans ton ouvrage. En fait, dès que les critiques revêtent un aspect personnel, c’est génial. C’est l’inverse des phrases toutes faites que je pointe du doigt. 

Anne : Moi je trouve que sous couvert de parler de livres, beaucoup de critiques ont finalement envie de tout rapporter à eux. Et c’est leur bon droit, hein, mais quand tu passes un an et demi sur un livre, qui leur a parfois été offert, que tu lis une critique de 2 lignes disant que c’est très beau avec le résumé de l’éditeur en-dessous et une simple photo de la couverture (avec une feuille d’eucalyptus à côté si c’est sur Instagram, surtout), je n’y vois aucun intérêt. Mais le critique en question nourrit sa communauté, va parfois faire un concours (en faisant gagner le livre qui lui a été offert, pourquoi pas), va taguer les auteurs et surtout l’éditeur, pour encourager ce dernier à continuer de lui envoyer des bouquins. Il a ainsi l’impression d’avoir bien fait le job. Mais quel intérêt pour nous ? Alors oui, on gagne en visibilité, certes… Mais la vérité c’est qu’on aurait plutôt envie de connaître le sentiment du lecteur sur le contenu du livre, sur les partis-pris narratifs, sur les couleurs, enfin je sais pas, un petit effort intellectuel quoi !

Mais c’est peut-être trop demander (sans ironie).

Loïc : Je sais que beaucoup d’éditeurs et d’auteurs déplorent l’absence d’une réelle critique de bande dessinée comme elle existe à propos de la musique, la littérature ou le cinéma… Moi aussi j’aimerais lire davantage de critiques qui abordent réellement une bande dessinée sous un angle technique. Pourquoi si peu de critiques parlent de narration ? On parle quand même d’art séquentiel et il n’est presque jamais question du cœur, de la substantifique moelle d’une BD à savoir le rapport qu’entretiennent entre elles les images ?

Sorti de cette remarque, je dois dire que je trouve super cet engouement d’amateurs qui s’intéressent à la BD. Plus il y aura de communautés, de passeurs de culture, plus la BD continuera à vivre et à toucher de nouveaux lecteurs. En ce moment j’ai l’impression que les « influenceurs » sont du côté d’Instagram mais peu importe le canal. Tant qu’il y a des gens pour parler des livres, ça veut dire qu’il y a des lecteurs, voire de nouveaux lecteurs, et ça c’est bien !

Maintenant, si on doit aborder les trucs qui fâchent on devrait parler des services de presse. Cet exemplaire de livre gratuit envoyé à une liste plus ou moins (très) fournie – selon la maison d’édition – de critiques devrait engager un minimum celui ou celle qui le reçoit. Je ne dis pas que la personne qui reçoit un livre gratuit doit forcément en dire du bien, pas du tout… je pense seulement qu’il faut faire un minimum le job. Copier un résumé du livre (souvent rédigé par l’auteur lui-même) et enchaîner avec une phrase lapidaire du type « un livre à mettre entre toutes les mains » ou « une véritable pépite ! », c’est de la paresse. Je suis désolé mais un livre sur lequel les auteurs ne toucheront pas un centime (ben oui, un service de presse c’est 0 euro dans la poche des créateurs) ça engage moralement. Alors certains sont très éthiques et prennent ça au sérieux (j’ai plein de noms !) mais d’autres beaucoup moins. Je ne parle pas des bouquins qui se retrouvent en vente moitié prix sur les sites d’occasion le jour de la sortie parce que des « critiques » arrondissent leurs fins de mois (c’est un autre sujet) mais plutôt de ceux qui pour justifier leur exemplaire se contentent d’un laïus interchangeable. Je focalise sur la « pépite » ou le « bijou » pour rigoler mais c’est seulement la partie émergée de l’iceberg si on y réfléchit. Combien de critiques parlent du scénario autrement que sous l’angle j’aime / j’aime pas ? Combien abordent le dessin autrement que par le biais c’est beau / c’est moche ?

Pour en finir avec ces questions, moi je pense qu’il faut revendiquer quelque part d’être amateur. Faut pas faire semblant en répétant les mêmes trucs lus partout pour faire pro ou sérieux. Amateur ou pas d’ailleurs, on a un avis, un sentiment unique qui n’appartient qu’à nous et je crois que c’est important de le retranscrire. Ça peut être un peu bancal, ou mal dit mais on s’en fout. Dire ce qu’on a pensé et argumenter le pourquoi du comment avec ses propres mots, même maladroits c’est toujours mille fois mieux qu’une « vraie pépite » …

Gaëlle : Anne, tu parles des sentiments des lecteurs qui sont importants pour toi. Loïc et toi vous êtes tous les deux assez actifs sur les réseaux sociaux. Cette visibilité et cet accès direct à votre public c’est plutôt une bonne chose pour toi j’imagine ?

Anne : Je travaille seule chez moi (enfin, seule… Loïc est à l’étage au-dessus !), et même si je suis plutôt d’un naturel solitaire, j’ai vraiment besoin d’émulation pour avancer. J’ai adoré mes études artistiques, en grande partie grâce au regard non seulement de mes professeurs sur mon travail, mais également de mes camarades de classe. J’ai besoin de retours, d’encouragements, de confirmation de quelque chose, que ce soit dans le positif comme le négatif. J’ai expérimenté diverses situations de travail : atelier seule mais hors de chez moi, atelier collectif d’auteurs BD, atelier seule chez moi… Chacune a ses propres avantages, mais si ma situation géographique le permettait, j’aimerais beaucoup pouvoir alterner entre le « seule chez moi » et un atelier collectif.

J’en reviens aux sentiments des personnes qui regardent mes dessins, il n’y a rien de plus agréable que d’avoir des retours dithyrambiques sur une illustration dans laquelle j’ai mis tout mon cœur. À ce moment précis, je sens que quelque chose passe vraiment de moi à quelqu’un d’autre. J’ai la frustration de ne pas exercer une pratique artistique ou les sentiments et réactions des lecteurs sont immédiats, comme par exemple des musiciens lors d’un concert. Je trouve que cela amoindrit un peu le plaisir que je prends à dessiner. Alors, j’essaie comme je peux d’exploiter les réseaux sociaux pour rapprocher un peu le moment de création de celui où le lecteur va découvrir le dessin, par exemple en partageant mon processus de dessin et de peinture via des stories instagram. Cela permet aussi aux lecteurs de se rendre compte du temps passé sur chaque dessin, chaque case d’une planche de BD. J’ai énormément de retours d’abonnés qui me disent à quel point ils n’imaginaient pas tout ce travail, et qu’ils en savourent davantage chaque livre !

Gaëlle : Maintenant j’aimerais vous poser une question que je me pose de manière récurrente : Faut-il écrire un avis s’il est négatif ? Pourquoi le rendre public ou risquer de peiner des artistes qui ont consacré des mois/années à couver leur œuvre ? Doit-on plutôt leur dire en « off » sous prétexte de les aider à s’améliorer ? De quel droit peut-on détruire un travail acharné ? Je ne sais pas ! Je pense quand même qu’il vaut mieux se taire sauf s’il y a une argumentation constructive derrière. Il y a quelques semaines j’ai pris l’initiative d’écrire à un auteur qui publie avec deux autres une BD qui a d’énormes qualités, un potentiel ahurissant et un tout petit défaut qui d’après moi vient gâcher cette belle œuvre. Ses remerciements m’ont surprise et touchée.

Loïc :  Pourquoi ne pas poster un avis négatif tant que c’est argumenté et constructif ?  Non, ce qui est terrible c’est le bashing gratuit parce qu’on parle quand même du travail qui se compte en années pour les créateurs. La sentence lapidaire peut faire un mal de chien… En revanche, respecter son interlocuteur en prenant le temps d’un avis construit, même négatif, ça me semble le minimum. Sinon, autant ne rien dire je pense. Quant à le dire en off, finalement c’est avec les mêmes prérequis.

Gaëlle : Je me demandais aussi comment tous les deux vous vous dépatouilliez avec les avis négatifs ?

Loïc : Il faut savoir que deux semaines après la sortie d’un livre, on ne lit plus les critiques sauf si elles nous tombent sous le nez, donc déjà on doit passer à côté de plein de trucs… Et puis on a surtout des retours positifs donc bon…

Quand on tombe sur un avis négatif malgré tout, on essaie de voir ce qui peut nous nourrir ou nous faire grandir. En ce sens, j’adore d’ailleurs les critiques de mes consœurs et confrères. J’ai des amis du métier dont l’avis m’importe énormément et me nourrit. Par exemple, le regretté Hubert avait une analyse super fine et construite de mon boulot de scénariste et je sais qu’encore aujourd’hui, j’ai certains de ses retours en tête quand j’écris. On en revient finalement aux auteurs dont tu parlais précédemment qui t’ont remercié suite à tes retours constructifs. Maintenant, pour en revenir aux critiques négatives du net, quand elles sont outrancières il faut savoir en tant qu’auteur les laisser de côté. Je pense par exemple à une critique américaine sur les Jours Sucrés qui qualifiait notre livre d’islamophobe et sexiste… Bon là… Y a rien à dire ou à faire… Et sinon il y a ceux qui ont pas trop aimé ton livre et qui te taguent… Ceux-là tu te demandes ce qu’ils ont en tête lorsqu’ils décident de faire ça. Hé, hé viens voir, viens voir ! J’aime pas ton livre ! Viens voir, viens voir ! Parles-en autour de toi !

AnneC’est clair, ça c’est vraiment terrible. Ça revient à taper sur notre épaule pour nous dire « Hé bah dis donc, il était vraiment bof ton bouquin ! Allez, salut hein ! » Et toi tu continues ta journée avec ça, ou pire, tu comptais aller dormir tranquille, comme ça m’est arrivé hier soir…

Encore pire, ce sont ceux qui donnent des notes : ça m’insupporte ! On n’est plus à l’école ! Et qu’est-ce que ça veut dire ? On a déjà eu un 17,75/20… pourquoi 75 ? c’est tellement ridicule ! Et sur Planète BD, on en parle de cette notation sur 5 ? Tu te retrouves avec de supers critiques, mais 2 étoiles sur 5… Pourquoi ? Tu sauras pas… Mais du coup, quand quelqu’un fait des recherches sur ton livre sur un moteur de recherche, eh bien cette notation qui semble vraiment mitigée apparaît dès le début des résultats, super.

Je m’écarte un peu, mais en parlant de gros sites de référencement comme ça, Babelio m’énerve beaucoup : ils vont chercher la moindre photo de toi qui a été prise à Trifouillis-les-Oies il y a 15 ans, dans une classe de CP alors qu’il faisait 30 degrés et que tu avais la grippe, pour te l’imposer sur ton profil. Et tu n’as pas le choix, c’est comme ça, pourtant c’est pas faute d’avoir fait des demandes de retrait. Bon je digresse carrément, mais c’est très pénible.

Gaëlle : La 3e chose à laquelle j’ai pensé en lisant ta diatribe Loïc, c’est : « Il va se faire lyncher ! » Car vos livres sont généralement encensés par « la critique » et que tu oses dire que certaines choses ne te conviennent pas. Il est tout de même plus flatteur d’être comparé à des bijoux qu’à … tout plein d’autres choses moins luxueuses ! Il y a des champs sémantiques moins glorieux !

Loïc : Oh mais c’est pas mon cas personnel qui importe. Déjà, il faut rappeler que ces histoires de mots interdits les « pépites » et compagnie c’est avant tout de l’humour.

Ensuite, si quelqu’un se vexe en lisant mes propos c’est qu’il se prend un tout petit peu trop au sérieux, je pense…

Tu sais, je crache dans aucune soupe. Je me pose seulement des questions même si aujourd’hui, j’essaie plus ou moins de trouver des réponses aux tiennes:)

Miss Charity, l’enfance de l’art, d’après le roman de Marie-Aude Murail, a paru aux éditions Rue de Sèvres  le 19 février. C’est le 1e volume d’une série qui en comptera trois (cliquez ici pour feuilleter !).

La suite au prochain épisode !