Chalon dans la rue et dans les livres

Même en vacances, déformation professionnelle oblige, nous sommes à l’affût de livres, d’albums, de littérature jeunesse…

Et au festival de Chalon dans la rue il y avait de quoi répondre à notre envie de lecture !

D’abord avec le spectacle « Enlivrez-vous », où l’acte de lecture, plutôt solitaire, devient une rencontre, parfois sympathique, parfois plus conflictuelle…
Vous avez l’habitude de jongler avec les mots, mais vous arrive-t-il de jongler avec les livres ? Les deux acteurs se prêtent à ce jeu à merveille, et ont le mérite à la fois de désacraliser l’objet-livre, tout en donnant toute son importance à l’acte de lire, qui devient prétexte à plein de situations clownesques et acrobatiques.

Vous les retrouverez au festival d’Aurillac si vous avez la chance de vous y trouver !Toutes les informations sur le site de la Compagnie du Contrevent.

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Et puis, à Chalon, on a croisé notre copine et blogueuse @Lisalapage et on a découvert le collectif de l’autre moitié, pour le spectacle Halb, un conte musical pour petites et grandes oreilles. Une inspiration klezmer, une dimension initiatique et symbolique, un enchaînement évident entre la musique et l’histoire, plusieurs ingrédients qui nous ont ravis… Mais elle vous en parle elle-même bien mieux que moi ici.

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Et même si la qualité des photos n’est pas exceptionnelle, voici un dernier clin d’œil d’un artiste croisé dans les rues de Chalon.

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Bonnes vacances à tous, pour nous elles continuent dans des lieux où l’on peut faire du canoë, où l’on peut se baigner dans de l’eau glacée, et se réchauffer sur des rochers brûlants ensuite… [On y croisera sans doute moins  de références littéraires].

Nos lectures d’enfance, une histoire en famille

Je serais prête à parier que vous ne connaissez pas Bussi l’ours ? C’est un magazine moins connu que d’autres titres, mais pourtant il a bercé mon enfance et celle de ma sœur. Cet ourson et son compagnon Bello, un petit chien bleu sont un peu nos madeleines de Proust. Assez cher pour l’époque, ce magazine mélangeait histoires, coloriages, jeux et activités. Aujourd’hui, il est considéré comme vintage et chaque numéro est presque collector !

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En ce qui concerne les histoires, nous avons baigné dans un panel d’histoires hétéroclites et venues à nous presque « par hasard ». Même si la lecture était présente, il n’y avait pas vraiment de rituel dédié. Ma mère nous lisait des histoires, éveillait notre curiosité. Quelques exemples plus marquants que d’autres ci-dessous :

Barbapapa [un souvenir d’enfance de Sandrine aussi], dans mon souvenir, c’est le seul livre chez mes grands-parents, c’est pour vous dire si avec les 12 petits-enfants il en a vu de toutes les couleurs ! Il y avait aussi une « poupée », danseuse espagnole façon flamenco, et je crois que c’étaient les seuls objets destinés à notre amusement. Mais ne vous inquiétez pas pour nous, à la campagne, on ne s’ennuyait pas et on n’avait pas besoin de livres, ordinateurs ou autres !

Les livres de Sarah Kay, dont on a déjà parlé ici, j’adorais ces pantalons patte d’éléphant, j’ai eu ma période au niveau vestimentaire d’ailleurs, et j’essayais de les dessiner. Avec des fleurs dans leur cheveux, je trouvais aux personnages un équilibre subtil entre mélancolie et esprit « hippie ».

Et alors L’Histoire avec un grand H que ma mère a dû me raconter des centaines de fois, c’est Mélanie Pilou, un récit de Anne-Marie Chapouton pour Les belles histoires. En gros, c’est l’histoire d’une fille capricieuse, énervante, curieuse, impolie, et avec plein d’autres défauts encore. Elle en devient tellement énervante que tout le monde est obligé de fuir en l’entendant crier et pour qu’elle comprenne la leçon. Enfin, bref, je devais me reconnaître dans cette petite peste de Mélanie Pilou et avoir un peu de son caractère.

Quand j’ai su lire, je m’aperçois aujourd’hui que j’aimais bien les récits dans une veine sociale, ou des témoignages [ce n’est sans doute pas sans raison que mon mémoire de M1 portait sur les sans-papiers…]. J’avais lu plusieurs fois Sans famille d’Hector Malot. Ma mère avait essayé elle aussi plus jeune mais elle voulait le lire à haute voix à sa grand-mère en une seule fois et elle recommençait chaque fois au début…

J’avais bien aimé Un éléphant pour Mouthou en Castor poche, qui raconte la vie d’un jeune cornac.

J’avais été transportée par la vie de Jacob dans Moi, Jacob, 13 ans, globe-trotter et ce mode de vie me faisait rêver, l’identification marchait à fond ! En plus, il était blond aux yeux bleus et les photos de son périple ne gâchaient rien à la lecture. Plus tard encore, je dévorais L’herbe bleue.

Pendant ce temps, ma sœur lisait les aventures d’Huckleberry Finn et de Tom Sawyer. Elle avait aussi bien aimé Les patins d’argent de P.J. Stahl, l’un des premiers livres de littérature enfantine.

Nous avions bien aimé aussi Charlie et la chocolaterie de Roald Dahl et la suite. Au collège, nous squattions la bibliothèque municipale pour lire la série Sylvain et Sylvette, dans un esprit régressif, et la série Tendre banlieue de Tito dans un esprit plus initiatique.

Et aujourd’hui encore, nous échangeons nos coups de cœur, idées, avis sur nos lectures, toujours aussi hétéroclites.

L’écriture à 2 voix, 4 mains et 8 pieds…

Lorsque des auteurs décident d’écrire un livre à plusieurs, la question se pose de la démarche qui amène à cette expérience. En effet, il s’agit souvent au dire des auteurs d’une rencontre, d’une idée commune qui fait son chemin. Quelques exemples pour vous :

Et je danse aussi de Anne-Laure Bondoux et Jean-Claude Mourlevat

danseCes deux auteurs pour la jeunesse se sont décidés à écrire ensemble une correspondance. Le travail de l’un et l’autre est donc facilement perçu par le lecteur, d’autant plus que les personnages ressemblent un tant soit peu aux auteurs. D’un côté, Pierre-Marie, écrivain célèbre, la cinquantaine, en manque d’inspiration. De l’autre, Adeline, lectrice curieuse et pétillante qui prend les devants en envoyant un colis à l’auteur. Les auteurs ont avoué à La grande librairie qu’effectivement l’identification à leurs personnages respectifs était forte. L’intrigue s’est créée au fil des lettres de l’un et l’autre, avec plein de « perches tendues » que l’autre a l’opportunité de saisir selon son envie… Ce qu’ils appellent leurs « petits poussins perdus », toutes sortes de digressions au fil des lettres qui leur permet de se dévoiler au fur et à mesure de la correspondance.

 

L’expérienceur de Marie-Aude Murail et Lorris Murailexperienceur

Dans ce roman écrit par le frère et la sœur, par contre, un seul récit, et une impossibilité pour le lecteur de savoir quel est le rôle de chaque auteur. Le roman aborde le thème des expériences de mort imminente (E.M.I), et crée un suspense haletant autour de la mort de Lucie, qui a eu un accident de parapente, mais son mari Théo la croit encore vivante.

 

14-14 : Centenaire de la Première Guerre Mondiale, l’histoire d’une correspondance entre deux personnages de 1914 et 2014, Silène Edgar et Paul Beorn

14Un postulat de départ dans ce roman avec un côté fantastique, puisque deux jeunes garçons prénommés Adrien et Hadrien vont pouvoir échanger des lettres à un siècle d’écart… Ainsi, ils vont d’abord être dans l’incompréhension mutuelle, puis dans la découverte d’un quotidien éloigné du leur et aborder ensuite la première guerre mondiale. Chaque chapitre correspond au point de vue de l’un ou l’autre des enfants, et ponctué de lettres qu’il reçoit ou écrit alternativement.

 

 

 

U4 : Jules, Yanis, Koridwen et Stéphane par Yves Grevet, Florence Hinckel, Vincent Villeminot et Carole Trébor, aux éditions Nathan et Syros.

C’est l’histoire de quatre auteurs qui se retrouvent sur un salon « fantasy » et qui s’ennuient, face aux passionnés déguisés, et se sentent peu à leur place. Ils discutent, font durer les pauses et se lancent « Et si on faisait quelque chose ensemble ? ». Et là, contrairement à beaucoup de fois où le projet ne voit pas le jour, ils se lancent vraiment dans l’aventure. Les quatre auteurs choisissent un scénario, l’histoire d’un monde apocalyptique touché par un virus qui ne touche pas les adolescents. Et ils inventent leur personnage, qui rencontrera forcément les autres et c’est là où l’idée devient intéressante. Car ils écrivent sous le regard des autres.

Aux dires d’Yves Grevet, c’est vraiment une expérience d’écriture passionnante, mais prenante et difficile. En effet, tout doit être négocié jusque dans les moindres détails avec les autres auteurs. Par exemple, si l’un veut qu’un autre personnage soit assis dans une scène, il doit se justifier, expliquer l’intérêt, etc… Les auteurs se corrigent mutuellement, ils écrivent parfois une même scène l’un à côté de l’autre. Certains passages presque éludés dans certains tomes sont largement plus développés dans d’autres. Au total, les auteurs se sont envoyés plus de 3 000 mails pendant les deux années qu’ont duré l’écriture du livre.

Les lecteurs peuvent donc lire la série dans l’ordre qu’ils veulent, mais aussi, lire les 4 tomes ensemble en avançant dans les quatre au fur et à mesure de l’intrigue ! A paraître un 5e tome écrit lui à 4 mains (ou à 8 !).

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Tarte aux pommes ou Crumble ?

Lorsque les choses sont inversées, cela donne un chien exigeant qui va choisir ses propriétaires en leur faisant passer un entretien. Ainsi Crumble aux Pommes veut s’assurer qu’on le nourrira, soignera et qu’on s’occupera de lui comme il le souhaite. Laurie-Anne et sa maman feront-elles l’affaire ? Les jeunes lecteurs se régaleront de ce récit humoristique et léger. Et les illustrations de Tony Ross sont en plus délicieuses ! Même si elles auraient mérité un format plus grand, des couleurs, pour rendre ce livre encore plus attractif. Une lecture pour les 7-8 ans.

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Toujours ces clichés sur la littérature jeunesse…

Aujourd’hui « Le grand débat de midi » sur France inter avait pour thème la littérature jeunesse. Le titre parle de lui-même : « La littérature pour enfants est-elle gnangnan ? ».

Certes, c’est une émission généraliste sur un horaire de grande écoute qui a le mérite d’aborder le sujet, et qui a choisi des invités spécialistes. Mais le contenu reste assez large et ne nous apprend ou ne nous nourrit pas vraiment. Ceci dit, cela vaut le coup de réécouter l’émission ici. Rien que pour le plaisir d’écouter Timothée de Fombelle et Marie-Aude Murail.

NAP, TAP, PEDT et autres borborygmes…

Partager le plaisir de la lecture, tel est le but de ce blog ; c’est aussi le principe des animations en bibliothèque. Offrir une approche différente du livre, faire venir d’autres publics sont les idées directrices du programme d’animations des bibliothèques. Souvent, on y retrouve pourtant les lecteurs les plus assidus, parfois peu nombreux. Les animations sont censées cibler les différentes tranches d’âge afin de toucher tous les publics. Pour exemple, dans la bibliothèque où je travaille, nous mettons en place :

  • des lectures mensuelles pour tout-petits (de 0 à 3 ans) en présence des parents ou des assistantes maternelles, histoire de sensibiliser dès le plus jeune âge à l’objet-livre
  • des heures du conte, souvent thématiques (de 3 à 10 ans environ) à chaque période de vacances scolaires. C’est l’animation la plus fréquente en bibliothèque, évidente, incontournable.
  • Des activités manuelles (à partir de 6 ans) plus irrégulières, moins rattachées à la littérature, mais favorisant l’expression, l’imaginaire, et qui offrent une autre relation avec les enfants

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  • des cercles de lecture mensuels entre adultes, pour faire part de nos coups de cœur, de livres moins appréciés… On confronte aussi nos pratiques de lecture, on fait parfois des digressions, mais l’essentiel est de se retrouver entre lecteurs(trices) pour échanger, où l’on s’aperçoit que chaque acte de lecture est unique.

A ce programme régulier, se greffent des animations plus ponctuelles : apéro-concerts, spectacles-lectures, expositions, prix littéraire manga pour les jeunes (toutes les infos sur SaYonne’Ara ici)…

Nouveauté de l’année scolaire, la médiathèque est impliquée dans la réforme des rythmes scolaires. Vous avez forcément entendu parler du retour à la semaine d’école de quatre jours et demi. Les 3 heures du mercredi matin (ou du samedi) permettent en principe d’alléger la journée des écoliers, et de proposer sur le temps des TAP (temps d’activité périscolaire) – devenu NAP (nouvelles activités périscolaires) – des activités qui offrent une ouverture culturelle, artistique, éducative… Doit être mis en avant le côté ludique, qui, sans exclure les apprentissages, permet de les aborder de manière active, récréative. Les communes sont donc chargées de développer un projet éducatif de territoire et de mettre en pratique ce temps d’activités.

Polyvalence des petites communes oblige, en plus des missions comme le lien aux associations, communication à travers le bulletin municipal et le site web de la commune, j’ai été chargée de la gestion des NAP (planning, répartition par groupes des enfants, lien avec les intervenants…), dont la mise en place n’a pas été de tout repos. Les personnels de l’école ont été sollicités, ainsi que des volontaires bénévoles. Les groupes d’une douzaine d’enfants sont encadrés par deux intervenants, répartis par tranches d’âge et non selon le choix de l’activité, sur une période scolaire (soit 7 séances en moyenne). Les NAP ont lieu les mardis et vendredis de 15h30 à 16h30 et les activités se déroulent sur une période scolaire. A titre d’exemple, jeux de société, activités manuelles, jeux collectifs et sportifs, informatique, photographie, jardinage et cuisine… sont au programme.

Dans le cadre des activités de la bibliothèque, nous avons mis en place un projet avec une auteure qui s’était proposée spontanément pour une rencontre avec les enfants.

Emmanuelle Grundmann est primatologue, journaliste scientifique, auteure d’essais et de livres pour la jeunesse. Elle a écrit sur la nature, les animaux, l’environnement, la biodiversité… Son dernier livre, Sirocco : mission kakapo publié dans la collection Fiction nature chez Hélium est son premier roman. Elle se met à la place de ce perroquet étrange qui était en voie de disparition et nous fait découvrir ce point de vue particulier de l’animal sur l’humain, sur la jungle, sur ses congénères. Une belle découverte pour les lecteurs du cycle 3 et tous les curieux.

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Sur les premières séances de NAP, les enfants ont pu découvrir l’œuvre de l’auteure, en se focalisant sur certains de ses titres. De ces séances, des questions ont émergé : est-ce que c’est facile de grandir dans un œuf ? ou encore pourquoi ce singe a les fesses rouges ? Pour satisfaire les attentes autour de la fiction du groupe, nous avons aussi lu des albums documentaires (par exemple la collection Archimède de L’école des loisirs). Nous avons tenté de rendre les enfants actifs par des petits jeux, des échanges. Nous avons aussi interrogé la notion d’auteur pour enrichir la rencontre qui allait suivre et les enfants ont fait part de leur questionnement : C’est son métier ? Elle  »fabrique » les livres ? Elle est vieille ? Elle a écrit tout ça ? Tous les livres de la bibliothèque ? Comment connaît-elle ce qu’elle écrit sur la nuit des animaux ou sur les singes ?

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la rencontre en images

Bilan plutôt positif donc, puisque malgré le peu de marge financière, l’absence de structure liée à l’enfance et au périscolaire (centre de loisirs…) sur la commune, des projets se mettent en place à leur mesure. A chaque commune sa réforme des rythmes (et sa prise de tête…). Et chez vous ?

Inintéressante, ma vie de bibliothécaire ?

Pour ne pas faire très original dans cette catégorie, je copierai la trame des copines toujours parfaite, évidemment, en recensant les phrases entendues lorsqu’on est bibliothécaire.

Oh, vous savez, moi, la lecture…

En général, la phrase reste en suspens, mais démontre bien la nécessité de se justifier de ses pratiques culturelles face à la bibliothécaire du village, forcément intelligente et cultivée, n’est-ce pas ! Pas le temps, pas le courage, pas de livres qui plaisent, une grande bibliothèque chez soi… il faut être inventif pour trouver des excuses lorsqu’on ne veut pas s’inscrire. Rappelons pourtant le premier droit élémentaire des lecteurs selon Daniel Pennac, celui de ne pas lire ! Mais sachez tout de même qu’en bibliothèque, on peut aussi trouver des musiques, des films, feuilleter des journaux et magazines, consulter Internet et qui sait tomber par hasard sur un livre qui nous plaira.

sans-titreLa lecture c’est important !

Il suffit d’assister à l’inauguration d’une bibliothèque et aux discours des huiles pour se convaincre que le cliché de la bibliothèque comme temple de la culture et de la connaissance est encore largement présent. Loin de moi l’idée de nier que lire peut apprendre des tas de choses, mais n’oublions pas que lire permet – aussi – de se distraire, de s’évader, de prendre PLAISIR. Je vous annonce ici que lire de la bande dessinée, c’est lire. Et un grand qui sait déjà lire a le droit de vouloir emprunter un livre avec des images, sans être obligé de faire croire que c’est pour sa petite sœur… En écrivant ceci, j’ai l’impression de tenir un discours galvaudé pour une cause déjà acquise, mais de même que pour l’égalité des genres, une piqûre de rappel ne peut pas faire de mal…

Et celui-ci, vous l’avez lu ?

Pas de commentaire à ce sujet, lisez les articles précédents de la catégorie pour vous apercevoir que cette remarque est sans doute le point commun de nos métiers le plus important. Une transition toute trouvée avec la réplique suivante :

Et vous ne vous ennuyez pas quand il n’y a personne ?

En voilà une rude épreuve pour vos nerfs, à savoir si vous allez être capable de rester aimable face à ce type de comportement. Je dois avouer que ma réaction varie selon l’humeur : humour, indifférence et flegme total genre je suis de marbre et rien ne peut m’atteindre… Spécialement pour vous, je vais me lancer dans un panorama forcément incomplet sur le circuit du document qui justifie l’état calamiteux de mon bureau…

La partie « acquisitions », c’est les commandes de livres. Un budget annuel est voté en conseil municipal, pour lequel il faut souvent faire preuve de conviction et d’argumentation. Il peut être complété de subventions publiques diverses, qui nécessiteront un montage de dossier… béton. Il faut ensuite le saucissonner en fonction des supports (livres, CD, DVD), des sections (jeunes et adultes) et des tranches d’âge, des genres (romans dont policier, amour, humour, terroir, BD, albums, etc…). Et effectuer des commandes auprès de fournisseurs, de préférence des libraires locaux de proximité. Parce qu’effectuer des commandes signifie choisir les meilleurs titres pour nos publics face à la grande diversité de la production. Et donc, des outils de sélection sont nécessaires : sites Internet, revues, émission TV, conseils des lecteurs, comités lecture entre bibliothécaires, libraires (encore eux!) tous les avis sont bons à prendre. Des tâches intéressantes mais chronophages, qui pourraient occuper toutes nos journées…

Seulement lorsque les livres sont réceptionnés, le travail est loin d’être terminé. Catalogage, indexation, cotation sont les bases du travail de bibliothécaire, pour qu’en gros le lecteur puisse être autonome et qu’il puisse trouver son livre sur la culture du bonsaï ou sur le « développement personnel » tout seul sans avoir à « déranger » la bibliothécaire plongée dans son catalogage… Décrire le plus fidèlement le document, y accoler des mots-clés, s’astreindre à un résumé, le ranger à l’endroit le plus pertinent. Heureusement, les logiciels de bibliothèque permettent aujourd’hui d’échanger les notices et de mutualiser le travail.

Car l’idée est de faire en sorte que chaque lecteur trouve son livre et que chaque livre trouve son lecteur. Reste donc à l’équiper et le ranger en rayon, et si besoin le réparer [Tiens, cela me rappelle une anecdote avec un jeune lecteur de 4 ans : « Ca sert à quoi ? » « Ca, c’est pour couvrir les livres. » « Pour pas qu’ils aient froid ? »] Eh oui, on protège les livres de tout un tas de dangers, voyez l’image qui suit.

lirenuitAlors non, les bibliothécaires ne font pas seulement des prêts-retours. La preuve, certains grands établissements ont fait le choix d’automatiser cette tâche ingrate, comme en supermarché, sujet polémique parmi d’autres au sein de la profession (oui, les bibliothécaires aiment bien perdre du temps en se plongeant dans des débats et réflexions avec des collègues, sur des forums Internet ou lors de rencontres professionnelles).

Si on revient à notre idée de mise en valeur du livre, il ne suffit pas de le poser à sa place et basta. C’est d’ailleurs seulement ici que tout commence, oubliez le blabla précédent. Pour ne pas noyer les nouveautés dans la masse, on les met en présentation, on fait des thématiques… Lorsque certains livres sont moches et vieux et prennent de la place sur les rayonnages, hop, sans pitié, on désherbe. La plupart des bibliothécaires vous le diront, rien de mieux que le conseil personnalisé, en mettant le livre entre les mains du lecteur. Et toutes les animations, cercles de lecture, heure du conte pour les plus jeunes participent de cette découverte du fonds. Ah, la fameuse heure du conte en bibliothèque ! Article à suivre sur le développement de ces animations en bibliothèque.

En guise de conclusion, un avertissement : Peut-être certains collègues ne se sont pas reconnus dans cette description du métier, c’est sans doute parce qu’il y a autant de points communs entre une bibliothèque rurale, une médiathèque en ville, et une annexe de quartier qu’entre un médecin généraliste et un hépatologue. Sans exagérer, la taille de l’établissement modifie les pratiques de travail d’un extrême à l’autre, d’une polyvalence à toute épreuve à un cloisonnement des tâches à outrance.