Je lis tu joues n°2

En ce mois d’août octobre, ce sont plusieurs petits ateliers construits d’après des livres sur lesquels les enfants peuvent tourner qu’on propose aux 9-11 ans du centre de loisirs (oui, ben avec les vacances, la rentrée, tout ça, cet article a vu sa publication complètement décalée). Aujourd’hui, ce sont 4 activités qu’on vous détaille; on peut imaginer un atelier par adulte présent. L’idéal par beau temps est d’être en extérieur pour cette séance imaginée pour 1h30 environ.

 

Matériel

1 ardoise + 1 feutre pour compter les points

Crayons + feuilles blanches + appareil photo

Sélections de livres

 

  • 1,2,3 soleil

Un joueur (la sentinelle) se place face à un mur. Les autres joueurs se placent en ligne à environ 20 pas de lui (distance à adapter en fonction de l’âge des enfants). La sentinelle tape 3 fois le mur et commence la narration d’une histoire, des temps de lecture très courts (une phrase, un groupe de mots, un mot) qui permettent aux autres joueurs d’avancer tout en restant attentifs à la narration de l’histoire. À chaque fois que la sentinelle interrompt sa lecture et se retourne, les joueurs doivent obligatoirement s’immobiliser. Si la sentinelle constate qu’un des joueurs avance, bouge, ou perd l’équilibre, il le renvoie à la ligne de départ. Le premier joueur à atteindre le mur gagne le droit de finir la lecture de l’histoire, d’en choisir une autre ou de prendre la place de la sentinelle.

Sélection :

Devinettes en herbe, Chiara Armellini, La Joie de lire, 2016

Dans les poches d’Alice Pinocchio Cendrillon et les autres, Isabelle Simler, Editions Courtes et longues, 2015

(sur ces titres, les enfants peuvent deviner de quoi il s’agit et avancer en même temps 😉 c’est une façon de glaner des points bonus )

 

Haïkus des tout-petits, Alain Serres, Judith Gueyfier, Rue du monde, 2016

La ronde des contes, Mélusine Thiry, Hongfei, 2011

Comptines des sorcières, Françoise Bobe, Benjamin Chaud, Bayard jeunesse, 2004

Avec toi, Pauline Delabroy-Allard, Hifumiyo, Thierry Magnier, 2019

 

  • Histoires en mouvements

On choisit plusieurs histoires dans lesquelles des noms de personnages ou des mots sont cités fréquemment. On dresse une liste de mouvements correspondant à chaque terme retenu. Les joueurs ayant mémorisés ces mouvements se placent en ligne. L’adulte commence la lecture. A chaque énoncé d’un mot-clé, les joueurs doivent exécuter le mouvement déterminé au préalable. Le lecteur peut aussi exécuter les gestes en même temps que le groupe d’enfants pour dynamiser le jeu.

Sélection :

Boucle d’or, Julia Chausson, Actes Sud Junior, 2012

– Grand(e): sauter à cloche pied

– Moyen(ne) : mettre les mains sur les hanches

– Petit(e): taper dans ses mains

 

Les deux maisons, Didier Kowarsky, Samuel Ribeyron, Didier Jeunesse, 2004

– Sucre: sauter à pieds joints

– Sel: s’accroupir

– Terre: tourner sur soi-même

 

Les trois petits chats, Anne Fronsacq, Eglantine Ceulemans, Père Castor-Flammarion, 2014

– Maman : lever les mains en l’air

– Chatons : sautiller

-Chat : imiter le chat

– Souris : se coucher

 

Va t’en gros loup méchant, Anne-Marie Chapouton, Vanessa Gautier, Père Castor-Flammarion, 2018

Lapins : imiter le lapin

Loup : imiter le loup

Fraise : se gratter la tête

 

Les trois boucs, Jean-Louis Le Craver, Rémi Saillard, Didier Jeunesse, 1999

Poilu : s’asseoir

Velu : danser

Barbu : pas chassé

Troll : marcher lourdement

 

  • Le Cadavre exquis

Dans cette variation du cadavre exquis, il s’agit pour les enfants de créer individuellement des phrases poétiques/rigolotes/farfelues/dégoûtantes à l’aide des titres de livres (différentes caisses de livres sont à leur disposition). Selon le nombre d’enfants, on peut également créer sa phrase en binôme.

Sélection :

Prévoir de petits papiers blancs + des crayons pour que les enfants écrivent les mots/verbes à conjuguer manquants. Prévoir un appareil photo pour immortaliser leurs créations.

  • Le téléphone arabe conté

A partir d’un album court ou d’une histoire simple. Raconter l’histoire dans le creux de l’oreille d’un enfant puis faire circuler. Le dernier participant raconte l’histoire à voix haute. Comparer la version finale à la version initiale.

Sélection :

D’après Il était une fois …contes en haïkus, Agnès Domergue, Cécile Hudrisier, Thierry Magnier, 2013

On avait déjà proposé ce type de séance dans le cadre des TAP et c’était retracé ici.

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Au coeur de la nuit

Pour cette nouvelle séance de « Je lis, tu dessines », nous voilà réunis autour d’un feu de camp réalisé en papier d’après des visuels glanés sur la toile pour se croire au cœur de la nuit, le temps d’une veillée contée, et non en plein jour à la bibliothèque!

La racontée en détails:

Nuit de rêve, Laurent Moreau, Actes sud Junior, 2012

Ecouter « L’aquarium » tirée du Carnaval des animaux, Camille Saint-Saëns, Pépito Matéo, Vanessa Hié, Didier Jeunesse, 2011 pour illustrer en musique cet album sans texte

Lancer le son des grillons la nuit pendant la suite de la racontée

 

Bonne nuit Monsieur Renard, Kathrin Schärer, Âne bâté, 2009

 

Le petit chaperon rouge, Clémentine Sourdais, Hélium, coll. « Contes en accordéon », 2012

Lecture tout en ombres chinoises avec une lampe, l’idéal étant de pouvoir créer de la pénombre pour la racontée

 

Dix cochons sous la lune, Lindsay Lee Johnson, Carll Cneut, La Joie de lire, 2011

Mettre en musique la lecture de certaines pages à l’aide d’une sanza

 

Que fait la lune la nuit ?, Anne Herbauts, Casterman, 1998

 

Bonne nuit, Charlotte Zolotow, Bobri, BNF/Albin Michel Jeunesse, 2015

 

Mais que font les parents la nuit ? Thierry Lenain, Barroux, Little Urban, 2017

 

Du bruit sous le lit, Mathis, Ed. Thierry Magnier, 2004

 

La bête de mon jardin, Gauthier David, Samuel Ribeyron, Seuil Jeunesse, 2017

 

Nous avons rendez-vous, Marie Dorléans, Seuil Jeunesse, 2018

 

Quelques pistes d’activités plastiques & prolongements :

Le centre de loisirs a choisi de faire des dessins sur des feuilles noires à l’aide de craies grasses et  de représenter la nuit étoilée, la lune, des feux d’artifices mais aussi des bulles et bien d’autres choses tout droit sorties de l’imagination des enfants…

 

D’après Promenade de nuit, Lizi Boyd, Albin Michel Jeunesse (épuisé à ce jour)

Sur une feuille noire, on colle un rayon de lumière réalisé avec un morceau de papier blanc et on créé son paysage aux crayons de couleur et à la craie, c’était la belle proposition du blog Bavard’âge.

 

Pourquoi ne pas fabriquer des cartes à gratter? Cela peut faire l’objet d’une séance en amont de la racontée par exemple. De nombreux tutos sont disponibles sur le net ou bien une quantité de modèles est en vente dans le commerce.

 

Si vous avez du temps, songez à vous procurer de la peinture phosphorescente et/ou fluorescente. Voilà ici un article expliquant simplement la différence entre les deux procédés souvent confondus et précisant une sélection de produits et marques s’y rapportant.

Vous pourrez alors immerger les enfants dans une pièce éclairée par une ampoule ultraviolette aussi appelée « lumière noire » pour la séance de peinture ou fabriquer une boîte dans laquelle vous placerez la source lumineuse UV afin que le groupe observe leurs illustrations apparaître…

De nombreuses propositions sont répertoriées sur le net à l’instar de celle de cette maman qui a conçu une séance pour le bain! Son article ici.

 

Pour prolonger le plaisir du fluo et du phosporescent, vous pouvez aussi organiser un temps de lecture dans le noir munis d’une lampe UV avec des livres tels que…hep hep hep! ça fera l’objet d’un prochain post avec une sélection lumineuse!

 

 

 

Sélection de Noël : les albums

Les conseils de Gaëlle

Delphine Chedru - Chambres avec vues.

Chambres avec vues, de Delphine Chedru, ed. Albin Michel Jeunesse, 19€.

Jeux de lumières et de contrastes composent cet album avec des flaps pour les tout-petits ! La neige y parait plus blanche que jamais et l’hiver sublimé par le travail délicat de Delphine Chedru. Chaque page invite à découvrir un décor caché qui révèle de nouvelles surprises. Un album bien joli à mettre dans les mimines des petits.

Dès 2 ans.

Malika Doray - Le petit homme et la mer.

Le petit homme et la mer, de Malika Doray, ed. MeMo, 13€.

J’aime quand la beauté naît de la simplicité et c’est exactement ce qui se produit avec cet album. Ce qui se passe aussi c’est que ça m’a presque fait pleurer tellement c’est adorable. C’est un livre rigolo avec l’inversion des situations, un livre qui invite à le réflexion et qui dégoûte du poisson pané.

Dès 4 ans.

Bruno Munari - ABC - Une petite leçon d'anglais.

ABC, une petite leçon d’anglais, de Bruno Munari, ed. Les grandes personnes, 18,50€.

Je ne vous promets pas que vos gosses seront bilingues mais je vous assure la magie des couleurs et des formes par le magicien du livre animé : Bruno Munari. Publié en 1960, ce livre revit sous l’impulsion des Grandes Personnes, qui n’éditent que des merveilles comme tout le monde le sait. Les illustrations font saliver, on voudrait croquer chaque page garnie de nourriture. Si ce livre ne possède pas d’animation il n’en est pas pour autant moins subtil que les précédents. Et il y a vraiment de l’anglais dedans…

Je ne recommande pas d’âge pour ce livre, il y a fort à parier que les adultes se l’achètent pour eux de toute façon !

 

Olivier Tallec - J'en rêvais depuis longtemps.

J’en rêvais depuis longtemps, d’Olivier Tallec, Actes sud junior, 16€.

Je n’ai jamais su résister à la mignonnerie des illustrations d’Olivier Tallec ! Et là encore moins qu’à l’accoutumée car l’histoire y est tellement chouette et inattendue. De grandes et belles illustrations pleine page savoureusement légendées. Franchement, de quoi craquer complètement. Un livre qui rend gaga de joie qui fait penser à du Sempé avec ses grandes pages et son petit texte bien senti en seulement quelques mots.

Age : pour tous ceux qui n’auront pas de chien à Noël.

Beatrice Alemagna - Le fabuleux désastre d'Harold Snipperpott.

Le fabuleux désastre d’Harold Snipperpott, de Beatrice Alemagna, ed. Albin Michel, 15,90€.

J’aime d’amour fou les livres de Beatrice Alemagna et celui-ci ne déroge pas à la règle. Un album rempli de grand n’importe quoi à l’enthousiasme contagieux. Harold n’est pas près d’oublier cet anniversaire de folie qui chamboulera sa vie à tout jamais. Comme toujours, les couleurs s’emballent et se mêlent habilement. Merveilleux !

Dès 5 ans.

Luciano Lozano - Diane danse.

Diane danse, de Luciano Lozano, ed. Les éditions des éléphants, 14 €.

Diane n’est pas dégourdie à l’école mais dans son tutu elle tue. En classe, impossible de se concentrer mais une fois ses pointes chaussées elle virevolte et s’épanouit comme jamais. Cet album au look vintage est charmant et touchant car notre héroïne est une petite fille dodue dont la morphologie n’est pas si courante dans les livres pour enfants. Danseuse, replète, guillerette, cette Diane est une héroïne à faire connaître aux enfants en manque de confiance en eux. Et juste pour le plaisir aussi parce qu’il est vraiment joli et lutte contre des clichés à la vie dure.

Dès 4/5 ans.

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Presto et Mollo explorent la grotte Ronzzz, de Nao Takabatake, ed. Picquier jeunesse, 13,50€.

Rarement l’obscurité aura été si bien représentée ! Elle est ici magnifiée par les peintures de Nao Takabatake qui propose ici une sublime aventure souterraine aux rebondissements ronronnants. Un album pour aventuriers, amateurs de camping souterrain ou de belles histoires simplement.

Dès 5 ans.

Michaël Rivière - Le village sens dessus dessous. 

Le village sens dessus dessous, de Michaël Rivière, ed. Hélium, 12,90€.

Un petit bouquin comme un écrin dans lequel on retrouve la magie de Noël mais sans la niaiserie habituelle (pardon, je suis pas fan fan de Noël). Avec un retournement inattendu. J’aime ces livres qui fourmillent de petits détails, dont l’écriture soignée aux lettres bien formées rappelle le temps d’avant les sms (pardon, j’ai aussi une dent contre les écrans). Son petit format et le peu de lignes sur chaque page font qu’on peut aussi le ranger dans la catégorie premières lectures si on en a envie.

A partir de 5 ans pour leur lire ou tout seul comme un grand !

 BlexBolex - Maître Chat.

Maître chat, de Blexbolex, ed. Albin Michel jeunesse, 12,50€.

Et bim ! C’est le bruit que fait Blexbolex en frappant fort un grand coup avec ce nouvel album qui fait mal aux yeux tant il est beau. Pas de surprise niveau illustration, c’est toujours vintage à gogo. L’histoire est maligne et mignonne et bien plus que ça et l’on ne sent point la fin venir. Ça sent bon le théâtre et le livre ancien, c’est un livre dans lequel on se sent bien. Il ravira les parents et les enfants avec son exigence de chaque instant. Un album farceur avec du fracas, des croquettes, des bottes rouges et une casquette.

Pour tous les publics exigeants et avides de mots désuets dès 6/7 ans.

 

Les conseils de Lisa

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Panthera tigris, de Sylvain Alzial et Hélène Rajcak , éditions Rouergue, 15 €.

Quand un savant très très savant organise une expédition dans la jungle profonde pour  enfin rencontrer le redoutable panthera tigris, n’écoutant que son savoir encyclopédique et oubliant d’écouter les conseils préventifs de son guide… cela donne des surprises! Car face à la réalité tout va valdinguer! J’ai été emballée par l’alternance des illustrations entre forêt luxuriante et gravures didactiques à l’ancienne, entre le côté aventurier et le côté savant. A lire comme un documentaire humoristique, passionnant!

Pour les aventurier.e.s curieux.ses dès 5 ans !

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Merveilleuse nature, de Nathalie Béreau et Michaël Cailloux, éd. Thierry Magnier,  19.80€

Enfin un « cherche et trouve » poétique, subtil, raffiné qui nous plonge dans l’univers détaillé et rempli de motifs oniriques et botaniques de l’artiste Michaël Cailloux ! On dirait LA tapisserie parfaite pour rêver!  Douze doubles-pages, comme les douze mois de l’année, dans lesquelles il fait bon se plonger… en février rendez-vous au carnaval des animaux, en mai place à un pique-nique champêtre, en août c’est une plongée dans la mer surpeuplée.

Pour les yeux de lynx à partir de 4 ans.

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Des tomates sur mon balcon, d’Aurore Petit et Thierry Heuninck, éd. De La Martinière Jeunesse, 14.90€

Un manuel de jardinage pour les citadins qui rêvent d’apprivoiser un potager de balcon! Alliant la pédagogie d’un manuel pratique avec l’esthétique d’Aurore Petit, cet album donne envie que l’hiver passe à toute vitesse pour voir les premiers bourgeons et autres petites pousses de radis, fraises, basilic pointer leur nez dehors! Idéal pour se faire accompagner les mains dans la terre par les petits!

Pour les futures mains vertes dès 5 ans.

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Les sentiers perdus, de Mathilde Poncet et Stephanie Demasse-Pottier, éd. Hélium, 14.90€

Cet album m’a émue, remplie d’une douceur sensible, mis les larmes aux yeux, m’a donné envie de flâner sur les sentiers de mes souvenirs d’enfance en famille. Dialoguant avec son grand-père, une jeune fille s’aventure sur les chemins qu’il lui a appris, siffle les airs qu’il lui a chuchoté, traverse colère et tristesse au gré des paysages, avant de rentrer de son école buissonnière pour partager sa peine avec ses parents. Magnifique album sur le deuil et le pouvoir de la transmission.

Pour les flâneur.ses. et héritier.e.s d’une longue lignée familiale, dès 5 ans.

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Les coiffeurs des étoiles, de Jeanne Macaigne, éd. MéMo, 18€

Deuxième ouvrage de Jeanne Macaigne après « L’hiver d’Isabelle » et sa poésie farfelue – à tirer par les cheveux cette fois-ci!-, ses couleurs dynamiques et ses pages ultra détaillées façon Claude Ponti continuent de m’enthousiasmer!  Les coiffeurs des étoiles, parents de Romarin, Jacinthe et Timbale se sont installés sur une île après un naufrage décoiffant. Avec leurs ciseaux, ils ont tissé des liens avec les habitants de celle-ci, étranges muets dont les chevelures s’emmêlent au gré des vent et des tourments, étranges silhouettes au coeurs tristes fascinées par le ciel étoilé.  Un soir, alors que les trois frères et sœurs discutent du mystère de leurs amis, l’arbre sur lequel ils sont installés se réveille…et les embarquent dans une épopée onirique!

Pour les amoureux.ses d’étoiles dès 7-8ans.

Les conseils de Sandrine

Éléphant a une question. Lee Van de Berg & Kaatje Vermeire (traduction ; Emmanuelle Sandron). CotCotCot éditions, 2018. 15,50 €.

Bien-entendu, ne vous attendez pas à ce que dans cette chronique, je trahisse l’intrigue et vous révèle la Question super existentielle d’Éléphant. Mais en tout cas, au cours de sa quête et d’une attente de réponse, qui ne vient pas obligatoirement tant le sujet est personnel, on va suivre ce « pachyderme » – bien loin d’être lourdaud – aller à la rencontre des uns et des autres (animaux, héros de contes de fées et de folklore, personnages et objets surprenants…), se questionner et se montrer tellement sensible, mais aussi très déterminé. J’avais découvert le travail de Kaatje Vermeire avec son magnifique album « La grande dame et le petit garçon » et avais eu la chance de participer à un atelier d’illustration avec elle à Montreuil. Découverte d’une véritable artiste, créative, imaginative, amoureuse et curieuse des effets de matière brute et naturelle et de la magie de l’encrage. Et rien ne me déçoit jamais chez elle, car son univers est bien marqué, fait d’assemblages, de collages et surtout d’impressions de matériaux (textile, objets…) qui donnent une consistance et une autre lecture à chaque image. Dans cet album, le texte est drôle, fin, égayant et le choix des couleurs encore une fois subjuguant !

Pour les artistes-philosophes – À partir de 5-6 ans, et beaucoup plus si affinités…

Dans le jardin. Irène Penazzi. Maison Eliza, 2018. 16,50 €

Tout le monde dehors ! Prenons l’Air !! Cet album est une invitation à perdre son temps, à jouer, à imaginer, à créer, à batifoler et à transformer le jardin en Terre d’aventures et de voyages, au-delà des intempéries et des saisons. Un album sans texte qui se scrute, s’admire, se contemple et le temps en devient suspendu ! C’est parfois même un retour au passé… Les illustrations d’I. Penazzi sont un vrai rafraîchissement et il y a beaucoup de poésie. C’est un album également instructif et très ludique, au fil de l’eau… Dépaysant et très intelligent ! Et une Maison d’éditions qui gagne à être Re-connue.

Pour les aventuriers-poètes – À partir de 3 ans et beaucoup plus, pour les souvenirs…

Ratapoil. Delphine Durand. Du Rouergue, 2018. 16 €

Pas de trop longs discours pour vanter les mérites psychologiques et thérapeutiques de « Ratapoil ». L’auteure des Mous et de Gouniche nous emmène encore une fois au coeur de scènettes désopilantes, délirantes en suivant un personnage qui a beaucoup de mal à « dompter » sa chevelure. C’est le moins qu’on puisse dire… Sérieux et inflexible, s’abstenir ! On rigole beaucoup. Attention aux abdos !

Pour les joyeux-anti capilo-tractés… À partir de 6 ans, et OBLIGATOIRE après 17 ans (On n’est pas sérieux…)

Bêtes en devinettes. May Angeli. Les éditions des Éléphants, 2017. 16 €

Soit, soit il ne s’agit pas d’une nouveauté, mais que serait Noël sans de beaux livres objets. Et si vous êtes passés à côté l’an dernier, autant vous reprendre !! Cet album s’ouvre et se découvre comme une boîte de chocolats (inutile de penser à Forrest Gump dans l’immédiat…). C’est juste une douceur. On plie, on déplie, on replie, on s’emplit… Ça ne fait pas un pli ! Le travail de gravures sur bois, hautement artistique de M. Angeli nous comble et maintient son côté intemporel. Une simplicité tellement travaillée, que les émotions sont garanties. Et les petits lecteurs seront attendris par ces « petites » bêtes qui page après page, nous semblent tellement galopantes, aboyantes,… vivantes !

Pour les sensibles-amuseurs et amusés. À partir de 2 ans, et sûrement tout au long d’une vie… De générations en générations.

Le fossile. Max Ducos. Sarbacane, 2018. 24,90 €

Qui ne connaît le travail de Max Ducos et sa passion pour les lignes, les structures, la beauté de l’architecture. Pas étonnant, alors, de le retrouver avec cet album aussi bien imaginé qu’élaboré. Un illustrateur constructeur ! Au début du récit, Clément – accompagné de son papa – découvre un quelconque caillou. Aussitôt, Le Professeur est prévenu, l’équipe arrive. S’ensuit une rigoureuse fouille qui nous emmènera à creuser, creuser… au coeur du livre lui-même. Chaque page tournée, l’intrigue se renforce, le texte s’agrandit et l’immensité de la découverte s’offre à nous ! Sans gâcher la surprise finale bien-sûr ! Max Ducos est une nouvelle fois le génial inventeur d’un livre-objet, livre-jeu qui instruit et nous questionne sur ces fascinantes « traces » du passé, disparues il y a 65 millions d’années. Presque aussi bien qu’au Musée !

Pour les apprentis paléontologues-ramasseurs de cailloux insolites. Et pour les autres, parce qu’il n’y a pas d’âge pour apprendre… À partir de 6 ans.

Les riches heures de Jacominus Gainsborough. Rebecca Dautremer, Sarbacane. 19,50 €

Parce que c’est Rebecca. What else !? Et parce que Noël, c’est bien pour se faire un Grand plaisir, non ?

Pour les fanas de Rebecca-hyper réceptifs à la douceur. À partir de 5 ans,… même beaucoup, beaucoup plus

 

Un album… un spectacle

En ce début d’année 2016, place à une nouvelle rubrique sur le blog…pour aborder la littérature jeunesse d’une façon… spectaculaire… Baptisée L’ouvre-spectacles, l’objectif sera ainsi de mettre ponctuellement en lumière des ouvrages ayant été adaptés sur scène: théâtre, danse, chanson ou tout autre forme du spectacle vivant.

Pour cette première chronique, il s’agit d’un album s’adressant aux petits: Un ours, of course.

Un ours, of course: côté livre

un ours of courseUn ours, of course, Alice Zeniter, Lawrence Williams, Julie Colombet (ill.), Actes sud Junior, 2015, 19€

Un ours solitaire décide de tomber amoureux et de se marier. Mais ce n’est pas simple, pas simple du tout. Car il lui faut tout d’abord assumer son identité d’ours. Et « un ours, c’est méchant, un ours c’est dangereux, ça tue les petits enfants et ça les mange en pot-au-feu ! ». Un livre-CD drôle, tendre et subtil autour de la question de l’identité.

Ce conte musical est à découvrir également pour les illustrations doucement velues de Julie Colombet! Petit aperçu du livre CD avec l’animation ci-dessous…

 

Un ours of course: côté spectacle

Écrit pour deux comédiens et trois musiciens, ce spectacle drôle et touchant interroge les difficultés liées à l’identité et à l’intégration. Porté par une musique folk et de nombreux instruments, Un Ours, of course fait le choix d’une mise en scène simple, donnant toute sa place à l’imaginaire des enfants et au jeu des acteurs et des musiciens.

c'est un ours of course

© Morgane Baux, qui a fait scénographie, fabrication et accessoires sur le spectacle 

La Compagnie de L’Entente cordiale est fondée à l’été 2013 par l’auteure et metteuse en scène Alice Zeniter. Après des années de travail en tant que dramaturge sur de nombreuses pièces classiques, Alice décide de créer un outil qui lui permettra de travailler différemment, et notamment de créer des œuvres originales et d’interroger l’écriture théâtrale contemporaine. Un ours, of course est son premier texte pour enfants.

La raison d’être de l’Entente Cordiale, c’est de se demander s’il est encore permis de raconter des histoires. C’est de se demander s’il est avouable quand on crée d’avoir la beauté pour horizon (peut-être). C’est d’essayer de nouvelles manières de mêler l’improvisation à l’écriture, l’écriture à la musique et le travail de l’acteur au travail de l’auteur. C’est de construire et de détruire par bribes répétées notre rapport à la fiction pour essayer de trouver ce qui reste.

A propos d’Un ours, of course, Alice Zeniter explique dans sa note d’intention que:

« Tout en utilisant les ingrédients canoniques du conte – monde de la forêt coupé des humains, animaux parlants et chantants – et la magie qui les accompagne, ce spectacle refuse le parti pris de la naïveté, d’une infantilisation merveilleuse. (…) (Le narrateur) utilise pour cela un langage recherché. Je n’ai jamais oublié à quel point le dessin animé de Robin des Bois (Walt Disney) m’avait ouvert l’oreille à l’aspect poétique de la langue en multipliant les allitérations au vocabulaire difficile: “pusillanime python”, “exaspérant aspic”. Tous ces mots je les entends encore résonner. Je voudrais faire la même chose avec l’ours, ne pas réduire le langage à ce qu’on imagine être le niveau moyen de compréhension d’un enfant mais l’agrandir au contraire, y ramener des sonorités étranges, les faire rimer. « 

D’un seul souffle, d’une seule voix

Quelques titres lus dans cette collection et j’y retrouve (presque à chaque fois) un rythme haletant, une espèce de fougue, des récits qui emportent, qui marquent. On a l’impression que la « plume » des auteurs (oui c’est une image vieillotte, mais je trouve que ça se prête moins au clavier…) ne se re-pose jamais. Du début à la fin, l’histoire est lancée, balancée jusqu’au dénouement, salvateur ou non. Le lecteur est entraîné obligatoirement, se retrouve parfois en pleine suffocation, cherche vite à finir, à savoir, à découvrir, à se rassurer. Des sujets qui touchent les adolescents. De courts récits qui leur parlent. Même si ce n’est pas toujours gai. De rapides lectures. Une collection bien pensée. Un seul cri, un seul souffle, une seule voix !

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Dans Tout foutre en l’air d’Antoine DOLE*, là encore, le cadre est posé. C’est un récit construit comme un appel lancé, un SOS. Une jeune héroïne, une rencontre virtuelle, un inconnu, un conflit générationnel, un mal-être poignant et puis la fugue. Une adolescente qui nous touche, qui a une telle envie de liberté alors qu’elle oscille entre incompréhension, autorité et vexation. Elle s’emballe, veut Tout Foutre en l’Air. Du coup, elle nous inquiète. C’est une lecture sans reprises, d’une seule traite. La narration à la première personne du singulier accentue l’identification et cette impression d’empressement. Les phrases sont courtes, directes proposées parfois de façon détachée sur la ligne, voire sur plusieurs lignes. En fin de compte, je l’ai dévoré !

C’est une collection à destination des « grands » adolescents, à partir de 14-15 ans (certains sujets demandent un peu de recul, de discernement). C’est un petit prix – 9 euros – vraiment approprié aux jeunes budgets.

Nous avions déjà lu et aimé : « La piscine était vide » de Gilles ABIER mais de nombreux autres titres de cette collection méritent toute attention. Nous avons en attente « Cassée » de Frédérique DEGHELT.

(*En lien, parce que c’est ça aussi qui fait la LIJE, une interview d’Antoine Dole comme un cri (aussi), un ras le bol … une dénonciation … et surtout une révélation, l’amour de son métier : http://jeunesse.actualitte.com/humeur/tribunes-de-la-charte-la-parole-aux-auteurs-jeunesse-antoine-dole-1040.htm)

Livre-tapis d’activités

En voilà une nouvelle collection alléchante! « Les livres-tapis d’activités » sont des livres qui se déplient et deviennent de vrais tapis pour colorier, dessiner et s’amuser sur un sujet donné. 

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Le livre tapis d’activités: Les animaux, Delphine Chedru, Actes Sud Junior, 2014, 9,50 €

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Le livre tapis d’activités: Le corps humain, Bruno Gibert, Actes Sud Junior, 2014, 9,50 €

Ils prennent la forme d’une grande feuille recto/verso de 1m x 1,50m que l’on déplie et qu’on déploie par terre ! Avec des crayons, des feutres et de la peinture, on réalise seul, à deux ou à trois, les nombreuses activités proposées par les artistes.  Lorsqu’on a fini, on peut l’afficher comme un poster ! Regardez plutôt la vidéo…

Le fils du tigre blanc, de Carlos Salem (dès 12 ans)

A treize ans Nahuel découvre qui était véritablement son père. Depuis tout petit, il n’entendait que rumeurs à son sujet mais la vérité refait surface. Lors d’une discussion avec sa tante, il apprend que son père qui volait des œuvres d’art, le faisait au profit de causes qu’il jugeait « justes ». Rendre son patrimoine à une ethnie, redistribuer l’argent des ventes à des gens dans le besoin, voilà ses motivations. Lors d’un des vols, son père, que tout le monde appelle Le Tigre blanc, aurait volé le célèbre diamant Koh-I-Noor. A leur sortie de prison, les anciens complices de son père veulent mettre la main sur ce fabuleux butin. Nahuel et sa mère qui ignorent l’existence de ce diamant sont alors menacés et perplexes face à cet ultimatum qu’ils ne peuvent honorer.

Aidé par ses amis, Nahuel tente de déjouer cette conspiration. Et si le diamant était vraiment chez lui ? Mais où ? Des souvenirs d’enfance dont une comptine qui refait surface semblent lui prouver que c’est bien le cas. Encore faudra t-il sortir vivant du piège dans lequel il tombe avec ses amis.

Ce roman policier se lit facilement, il fera un bon compagnon de voyage pour l’été !

Le fils du Tigre blanc, de Carlos Salem (traduit de l’espagnol par Judith Vernant), Actes sud Junior, 13 €, 156 p.