Sauveur & fils – saisons 1 à 3

❤ ATTENTION Coup de coeur VIRAL ❤

Nous sommes nombreuses à l’Ouvre-Livres à avoir succombé aux charmes du psychologue Sauveur Saint-Yves et de son fils Lazare, 8ans. Certes, ce n’est pas la trilogie la plus légère -question volume physique- à emporter dans son sac de plage 2017 mais les chroniques pyscho-sociales et familiales des trois saisons de « Sauveur & fils » écrites par Marie-Aude Murail passionneront pour sûr vos ados et vous également, les adultes ! 

                                                                                

 

Sauveur Saint-Yves est psychologue clinicien. Et quand on s’appelle Sauveur, comment ne pas se sentir prédisposé à sauver le monde entier ? Sauveur Saint-Yves, 1,90 mètre pour 80 kg de muscles, voudrait tirer d’affaire Margaux Carré, 14 ans, qui se taillade les bras, Ella Kuypens, 12 ans, qui s’évanouit de frayeur devant sa prof de latin, Cyrille Courtois, 9 ans, qui fait encore pipi au lit, Gabin Poupard, 16 ans, qui joue toute la nuit à World of Warcraft et ne va plus en cours le matin, les trois soeurs Augagneur, 5, 14 et 16 ans, dont la mère vient de se remettre en ménage avec une jeune femme…  Mais à toujours s’occuper des problèmes des autres, Sauveur oublie le sien : Pourquoi ne peut-il pas parler à son fils Lazare, 8 ans, de sa maman morte dans un accident ? Pourquoi ne lui a-t-il jamais montré la photo de son mariage ? Et pourquoi y a-t-il un hamster sur la couverture ? L’irruption de secrets familiaux martiniquais dans la vie privée de Saint-Yves, le pousse à emmener son fils sur sa terre natale dès le 1er tome. Grâce aux confidences avec accent créole de son père, grâce aux maux et jargon médical qu’il espionne et  grâce à son meilleur ami, Lazare construit le véritable puzzle de sa vie qui aurait, d’après lui,  bien besoin d’être sauvée.

 

Chaque chapitre est le récit d’une semaine de consultations de Sauveur Saint-Yves et ses patients avec un double point de vue : celui du psychologue mais également celui de Lazare, le fils bien curieux qui écoute aux portes toutes ses consultations sans comprendre tout du jargon médical!  Chacun des chapitres nous tient en haleine par les maux divers et variés et plutôt chargés en émotions des protagonistes (autodestruction, quête d’identité, folie, filiation, racisme, suicide…), mais ceux-ci sont relatés avec tellement d’humanité et d’humour qu’ils en deviennent acceptables. Là est la grande force et la qualité d’écriture de Marie-Aude Murail – je ne vous apprends rien de nouveau hein- puisqu’elle arrive comme jadis dans »Oh boy » à briser les tabous et parler de tout avec bienveillance et sensibilité. 

Il est à noté également qu’il y a un peu deux histoires en une puisqu’en plus de suivre les méandres des patients, nous assistons également à la relation entre Lazare et son père, remplie d’organisation chaotique d’emplois du temps et de  secrets de filiation . Finalement, être fils de psy ne dispense pas de son lot de problèmes! Véritable miroir de la société lié à des évènements marquants de notre actualité contemporaine, on suit pendant 3 saisons soit 3 ans l’évolution de ce duo père/fils attachant, véritable et humaniste.

 

Pour vous donner envie de plonger dans ce triptyque, qui de mieux placer que son auteur même qui en lit quelques passages?

« Sauveur & Fils » Saison 1 à 3 de Marie-Aude MURAIL

Ecole des Loisirs, coll. MEDIUM

Avril 2016 -17 €

Romans à mettre en toutes les mains dès 13 ans!!!!

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Un jour il m’arrivera un truc extraordinaire

Il est de ce genre de livre que l’on a envie de recommencer illico presto dès lors qu’on arrive à sa dernière page tellement la chute nous a surpris, bouleversé, émue, choqué ou que sais-je encore…

Un jour il m’arrivera un truc extraordinaire fait partie de ce genre de livre.

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Adolescent petit, mince, palot mais à l’humour fin, Élias 13 ans -mais qui en paraît 10-, est persuadé qu’il lui arrivera un jour un truc extraordinaire. En attendant, il passe son temps à vivre ses histoires aventureuses en les griffonnant dans un cahier : traversée de la Manche à la nage, compétitions nationales de judo ou obtention d’un disque de Platine… Depuis la séparation de ses parents, Élias vit avec sa mère et son nouveau compagnon Franck qu’il n’apprécie pas beaucoup. Mais pour faire plaisir à sa mère, l’adolescent est obligé de tisser des liens avec ce nouveau père qu’il trouve irascible via des sorties en plein air, « entre hommes ».

Finalement, les nouvelles aventures sentimentales de sa mère vont passer au second plan quand Élias découvre, à la suite d’une sortie aux trois étangs, qu’il peut VOLER. Ce premier phénomène pour le moins perturbant va ensuite s’accompagner de nouvelles étrangetés: des serres lui poussent, un bec apparaît et des ailes s’extraient de son dos… Élias vit un truc extraordinaire: il se transforme en corbeau!

Essayant en premier lieu de cacher cette métamorphose à son entourage, Élias se confie à ses meilleurs amis Milo et Mathilde, qui vont tant bien que mal essayer de comprendre ce qui arrive à notre héros. Alors, hallucination ou réelle transformation ?

Ce roman est une d’une puissance incroyable où l’ironie et les points de suspension sont lourds de sens… La chute, totalement inattendue, révèle une vérité bouleversante et viendra révolter et faire frissonner tout lecteur. Gilles Abier arrive à nous plonger dans l’univers sensible et le désarroi des pensées d’Élias avec une justesse effroyable puisque c’est submergé par l’émotion, ressentant physiquement les douleurs de la métamorphose en corvidé que nous fermons ces pages.

Un jour il m’arrivera un truc extraordinaire, Gilles Abier, éd. La joie de Lire, Encrage, 2016. 14€ – A partir de 12 ans

D’un seul souffle, d’une seule voix

Quelques titres lus dans cette collection et j’y retrouve (presque à chaque fois) un rythme haletant, une espèce de fougue, des récits qui emportent, qui marquent. On a l’impression que la « plume » des auteurs (oui c’est une image vieillotte, mais je trouve que ça se prête moins au clavier…) ne se re-pose jamais. Du début à la fin, l’histoire est lancée, balancée jusqu’au dénouement, salvateur ou non. Le lecteur est entraîné obligatoirement, se retrouve parfois en pleine suffocation, cherche vite à finir, à savoir, à découvrir, à se rassurer. Des sujets qui touchent les adolescents. De courts récits qui leur parlent. Même si ce n’est pas toujours gai. De rapides lectures. Une collection bien pensée. Un seul cri, un seul souffle, une seule voix !

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Dans Tout foutre en l’air d’Antoine DOLE*, là encore, le cadre est posé. C’est un récit construit comme un appel lancé, un SOS. Une jeune héroïne, une rencontre virtuelle, un inconnu, un conflit générationnel, un mal-être poignant et puis la fugue. Une adolescente qui nous touche, qui a une telle envie de liberté alors qu’elle oscille entre incompréhension, autorité et vexation. Elle s’emballe, veut Tout Foutre en l’Air. Du coup, elle nous inquiète. C’est une lecture sans reprises, d’une seule traite. La narration à la première personne du singulier accentue l’identification et cette impression d’empressement. Les phrases sont courtes, directes proposées parfois de façon détachée sur la ligne, voire sur plusieurs lignes. En fin de compte, je l’ai dévoré !

C’est une collection à destination des « grands » adolescents, à partir de 14-15 ans (certains sujets demandent un peu de recul, de discernement). C’est un petit prix – 9 euros – vraiment approprié aux jeunes budgets.

Nous avions déjà lu et aimé : « La piscine était vide » de Gilles ABIER mais de nombreux autres titres de cette collection méritent toute attention. Nous avons en attente « Cassée » de Frédérique DEGHELT.

(*En lien, parce que c’est ça aussi qui fait la LIJE, une interview d’Antoine Dole comme un cri (aussi), un ras le bol … une dénonciation … et surtout une révélation, l’amour de son métier : http://jeunesse.actualitte.com/humeur/tribunes-de-la-charte-la-parole-aux-auteurs-jeunesse-antoine-dole-1040.htm)

Chère Mémé, Chère Annabelle

L’ouvre-livres

Ruelle du matou qui lit

1000 LIJEVILLE                                                                             25 octobre 2015,

Chère Mémé, Chère Annabelle

Je prends mon ordinateur pour vous écrire cette petite lettre.

J’étais à la recherche d’un roman accessible à mes élèves de CE2 et qui soit en lien avec mon type de texte de la période (la lettre). Après avoir fureté sur internet et appelé mes copines, j’ai commandé Mémé T’as du courrier de Jo Hoestlandt, Nathan, 2013. La quatrième de couverture m’a séduit, je devais trouver un nouvel ouvrage après Je t’écris de Rascal (voir ici).

mémé

« Annabelle doit s’entraîner à taper à l’ordinateur, alors elle décide d’écrire à sa mémé… Bien sûr, mémé radote un peu et tarde à lui répondre. Mais de lettre en lettre, une tendre complicité s’installe. Elles discutent de tout : des parents, du cinéma, de l’école… Et quand Annabelle se fâche avec sa meilleure amie, mémé répond qu’il lui est arrivé la même chose ! » »

Alors mes chers personnages, je voulais vous féliciter pour ce très beau roman.

Annabelle, j’aime beaucoup ta spontanéité. C’est très gentil de ta part d’avoir pris contact avec ta mémé qui s’ennuyait de toi et des tiens. Le fait de partager tes soucis quotidiens te permet de trouver les bonnes solutions et de découvrir l’histoire de ta famille. Tu consolides ce lien intergénérationnel qui était moribond.

Mémé, tes radotages m’ont fait rire, ta nostalgie m’a émue et j’ai beaucoup apprécié ta générosité. Tu sais, je me suis fait autant de souci que ta petite-fille mais chut! je n’en dis pas plus!

Alors jusqu’à Noël, toute la classe découvrira votre roman épistolaire et qui sait, certains élèves prendront peut-être exemple sur toi, Annabelle, et contacteront leur grand-mère, leur-grand-père, leur tonton….Ils seront grandement encouragés par leur maitresse!

Je vous signale que vous avez du faire face à une sacrée concurrence tout de même.

lettres poils

Les lettres à poils et à plumes de Philippe Lechermeier et Delphine Perret étaient drôles et cocasses! J’ai adoré! Quelle bonne idée de présenter sous forme de recueil ces correspondances animales!  Je choisirai certainement les lettres du renard à la mère poule pour compléter la lecture de Mémé, t’as du courrier avec les CE2. Pourquoi ? Juste une histoire de niveau de lecture, ces lettres à poils et à plumes s’adressent à des lecteurs plus grands, plus expérimentés : les textes demandent une lecture fine et les débats interprétatifs mettront en avant une critique de la société.

Mémé, Annabelle, j’ai une dernière confession à vous faire : vous devrez aussi laisser un peu de place à un album illustré qui introduira la séquence « Correspondance » : une lecture moins complexe, des illustrations pour faciliter la compréhension, des objets à manipuler…..Il s’agit du Gentil facteur ou lettres à des gens célèbres. Les multiples exploitations en ligne témoignent de son succès dans les classes. Et puis mon projet de classe est sur les contes! La boucle est bouclée!

GF

Voilà, ma lettre se termine. Mémé et Annabelle, je vous remercie donc pour vos échanges qui me permettront de mettre à nouveau la littérature jeunesse au centre de ma pédagogie. N’hésitez pas à  continuer, je suis sûre que vous avez encore des milliers de choses à partager!

Bien à vous,

Cristel de l’Ouvre-livres.

PS: Annabelle, même si tu dois faire preuve de patience, continue d’utiliser les lettres postales!

PPS: Mémé, même si tu radotes, ton expérience est précieuse! Et puis, fais un petit effort pour les chatons, s’il te plait.

Quand Jo Witek et Gaël Aymon se promènent du côté de l’OL…

 Avril 2015 – Festival Anima’Docs – Jo WITEK et Gaël AYMON viennent rencontrer de jeunes lecteurs normands*. Selon les aléas du planning, Jo peut venir assister à une rencontre de Gaël avec une classe de 1ère Bac professionnel. Une rencontre croisée et improvisée pour ces deux auteurs qui se connaissent bien, une première pour le festival, une aubaine pour les élèves. Wahou deux auteurs jeunesse pour eux tout seuls ! Et puis une idée pour prolonger cette rencontre, découvrir davantage ces inventeurs d’histoires, ces passionné(e)s de l’écrit, toujours prêts à aller au devant du public, découvrir leurs lecteurs : les inviter à l’OL. Et cette fois-ci en virtuel. Leur soumettre un questionnaire similaire mais complété de manière dissociée. Mettre en commun et apprécier sans modération.
Merci à Jo, merci à Gaël d’avoir joué le jeu pour le plaisir de lire, de s’amuser, de combler notre curiosité et aussi pour un plaisir partagé, celui de la littérature jeunesse.

 * Jo venait rencontrer les élèves seinomarins pour son roman « Mauvaise connexion », Talents Hauts, 2012 et Gaël pour « Ma réputation », Actes sud junior, 2013.

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  • En quelques phrases, peux-tu te présenter et expliquer comment tu en es venu(e) à écrire pour les jeunes, et notamment les adolescents. 

JW : Je suis une humaine de genre féminin, une mère, une écrivaine, une femme qui marche sur terre en essayant de rester curieuse, rieuse, amoureuse et le plus possible heureuse. Pas facile en ce moment, le monde fait triste mine. J’écris pour les jeunes, car c’est cette édition qui m’a ouvert ses portes. La littérature jeunesse est plus bigarrée formellement, socialement, culturellement que la littérature générale. Je m’y sens bien.

GA : Je viens du monde de l’audiovisuel où j’ai bourlingué une quinzaine d’années. Acteur, assistant, réalisateur, producteur… le tout agrémenté d’un tas de boulots alimentaires plus ou moins déprimants. C’est un milieu qui ne me convenait pas. Trop de pression, trop de démonstration, de compétition. J’en suis sorti éreinté. Au bout du chemin, quelques scénarios toujours en tête, j’ai eu l’idée saugrenue de tenter de les écrire sous forme de contes et de les envoyer à des éditeurs jeunesse, monde dont j’ignorais tout. Trois mois plus tard, tout commençait, avec une facilité et une évidence qui ne s’est plus démentie.

  • Comment conçois-tu le métier d’écrivain pour adolescents ?

GA : Comme une discipline et une nécessité.

JW : Je ne pense pas être écrivaine pour ados, enfants, ni spécifiquement pour les filles ou pour les garçons. Je suis auteure. Point. J’écris ce que j’ai envie d’écrire. C’est toujours le désir qui me fait écrire. Le désir de dire le monde avec mes yeux, de crier ce qui m’agace ou me fait pleurer. J’écris par nécessité. C’est ma respiration. La raison de vivre que j’ai trouvée. Ma façon d’être utile dans la société. Faire rêver, faire réfléchir, frissonner ou donner envie d’agir.

  • Comment vois-tu les adolescents d’aujourd’hui ?

GA : J’en ai rencontré tellement ! Il est impossible de généraliser, comme s’il s’agissait d’un groupe uniforme. Ils ne sont pas si différents des ados de mon adolescence. L’adolescence, c’est très large, entre 11-12 ans et 18-20 ans, on a une palette d’êtres humains absolument impossible à comparer. Disons que, le plus souvent, dans le cadre de nos rencontres ou des enquêtes que je réalise lors de phases de documentation, ils me touchent beaucoup. J’ignore pourquoi et je ne cherche pas à me l’expliquer.

JW : Ce qui est formidable avec les jeunes lecteurs, c’est qu’ils sont encore très partants pour rêver à un monde meilleur. J’aime vraiment l’échange avec les adolescents. Les adultes devraient parfois les écouter davantage. Ils ont de bonnes idées. Ils savent regarder et écouter sans certitudes, ils savent s’émerveiller. Les jeunes d’aujourd’hui ressemblent à ceux d’hier, il suffit pour s’en rendre compte de lire le poème de Rimbaud « On n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans ». La société change, pas l’état d’être du jeune.

  • Quel type d’adolescent(e) étais-tu ?

JW : Rêveuse, ultra-sensible, passionnée par le théâtre, très amoureuse. Je m’ennuyais aussi souvent ce qui a boosté mon imaginaire. Je m’inventais des mondes, refaisaient des dialogues…

GA : J’hésite à vous mentir ou à ne pas vous répondre ! Je pourrais ajouter à ma réponse votre deuxième question, « Comment conçois-tu le métier d’écrivain jeunesse ? » : comme un rempart derrière lequel je tiens à rester protégé. C’est essentiel pour moi et c’est ce que l’audiovisuel ne me permettait pas. Je n’ai pas besoin, ni envie, que les lecteurs m’aiment ou sachent qui je suis. Nous avons parfois la chance incroyable d’échanger d’inconscient à inconscient, par le biais d’un livre, c’est déjà beaucoup et suffisant.

  • Quel(le) adolescent(e) aurais-tu voulu être ?

JW : Une danseuse étoile. Une fille en clan avec plein de copains. Une fille moins complexée que je ne l’étais.

GA : Je vais vous décevoir sur ces types de questions ! Chaque choix appelle un renoncement. Une fois que le chemin est fait, je laisse tomber tous les « Et si j’avais… ». Ce que je suis aujourd’hui résulte de ce que j’étais, je n’ai pas de regrets.

  • Quel(le) adolescent(e) serais-tu aujourd’hui ?

GA : Aucune idée. Le même, avec internet. Donc sans doute totalement accroc à son portable !

JW : La même, je pense. On ne change pas vraiment. Je suis très proche de l’ado que j’étais. Tenez, il n’y a pas si longtemps, j’ai pleuré devant mon banquier (à 47 ans !) parce qu’il n’arrêtait pas de rire à mes questions. Cela m’a vexé, je l’ai trouvé vulgaire, grossier, moche, si peu à l’écoute, alors j’ai pleuré. Vous voyez bien… Mais je n’ai pas honte. La sensibilité est un cadeau. Elle permet de voir le monde dans ses moindres détails. Oui, c’est une chance.

  • Quand tu étais adolescent(e), lisais-tu beaucoup ?

JW : Non. Ma sœur lisait plus que moi. J’ai toujours aimé sortir, rencontrer des gens, aller rire avec les copines. J’ai beaucoup lu enfant et après, en fin de lycée.

GA : Oh non ! Surtout pas adolescent ! Je me demande si j’aurais plus lu à cet âge, si la littérature ado avait existé. En tous cas, j’ai fait partie du contingent de jeunes qui cessent de lire de 10 à 17 ans, pour reprendre un peu à l’âge adulte, par les BD, la SF, puis le reste. Je relis surtout depuis que j’écris.

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Gaël AYMON / crédit photo : Émilie Hautier

  • À ton avis quelle est la « recette » – presque infaillible – qui peut amener les adolescents à lire, à aimer lire, à avoir le plaisir de lire ?

GA : Comme je le disais juste avant, il y a autant d’ados que d’individus. Ceux qui ne dévorent que les sagas en 18 tomes de 900 pages, ceux qui sont attirés par les récits brefs et réalistes, ceux qui ne lisent pas… Je ne connais pas de recette. Je ne pense pas qu’il y en ait. Ce n’est en tous cas pas mon métier de la connaître. Moi, je dois juste écrire au mieux ce que j’ai intimement besoin d’écrire. C’est la sincérité des auteurs qui peut rencontrer un jour la sensibilité d’un ado.

JW : La lecture est un beau rendez-vous avec soi. Il n’y a donc pas de recettes miracles. Il faut juste à un moment que la personne ait envie de rêver, de voyager ou d’apprendre, de se documenter. Le déclic peut avoir lieu à tout moment de sa vie. Je crois cependant que plus on lit d’histoires à un petit, plus ces histoires qui lui racontent le monde vont lui donner envie de lire. Je suis très engagée pour l’accès à la lecture pour tous et à la lecture orale aussi. C’est pour cette raison que j’ai préparé avec mon fils une lecture orale de mon roman « Trop tôt », voix et guitare électrique. Ce sera pour les ados, car eux aussi aiment qu’on leur lise des histoires…

  • Aujourd’hui, lis-tu de la littérature pour adolescents (autre que tes écrits bien sûr) ? S’agit-il d’auteurs en particulier ?

GA : Oui, principalement de la littérature jeunesse (dont ado) et des essais. Mais je ne suis aucun auteur en particulier, comme je ne suis aucun réalisateur de film.

JW : Oui, je lis certains auteurs que je suis ou d’autres que je croise et que je trouve intéressants. Gaël bien sûr, mais aussi Charlotte Erlih, Gilles Abier, Stéphane Servant, Florence Hinckel, Cathy Itak, Guillaume Guéraud, Jeanne Benameur…J’ai envie de lire « Les Petites reines » de Clémentine Beauvais qui est une femme brillante et lumineuse.

  • Si un jeune voulait se mettre à écrire et venait te solliciter, quel(s) conseil(s) essentiel pourrais-tu lui donner ?

JW : Écris ! Sois patient. Doute et en même temps crois en ton travail. Voilà. La route d’écriture est toujours une piste non goudronnée, inconfortable, mais qui nous emporte dans des recoins inédits du monde ou de notre être. Il faut être aventurier pour écrire. Si on veut un boulot sûr, une belle maison, une piscine, des fringues de rêve, faire le tour du monde en priorité, ce n’est pas gagné. Si tu peux passer des heures, seul, avec un carnet, un stylo et ne pas t’ennuyer, alors, oui, tu es sans doute bien parti.

GA : Je suis le pire interlocuteur pour les écrivains en herbe ! Je ne sais jamais quoi répondre d’autre que de faire son chemin, à sa façon, et ne pas se décourager. Je refuse de lire les textes pour donner un avis. Mon avis ne vaut pas plus que celui d’un autre. Lire un manuscrit, c’est un métier. C’est celui de l’éditeur.

  • As-tu une librairie préférée ? Une médiathèque préférée ? Un livre préféré ?

JW : Le Haut Quartier de Pézenas, ma librairie de quartier, créée par le premier éditeur de Camus, Edmond Charlot : la classe ! Après j’aime beaucoup La librairie Honoré en banlieue parisienne et toutes les librairies gérées par des amoureux du livre. J’aime les bibliothèques de Beaubourg et de l’Arsenal à Paris où je travaillais des heures quand j’avais vingt ans, ainsi que ma petite médiathèque familiale de Pézenas.

Je n’ai pas un livre préféré, mais des trésors de littérature dans la tête qui me font encore vibrer des années après la lecture, comme Madame Bovary de Flaubert, La Mouette, la Dame au Petit chien de Tchekhov, Anna Karénine de Tolstoï, Clair de femme de Romain Gary, la plupart des romans et quelques pièces de Duras, et tant d’autres merveilles…

GA : La librairie, c’est dur, je risque de me fâcher avec les autres… La médiathèque, José-Cabanis à Toulouse, où j’ai écrit de longs chapitres de mes trois derniers romans. Un livre préféré, ça change avec le temps. Les derniers gros coups de cœur en jeunesse, c’était « Les petites reines » de Clémentine Beauvais et « Après la vague », d’Orianne Charpentier.  

  • Quand et comment as-tu rencontré Jo WITEK / Gaël AYMON la première fois ?

GA : Je crois qu’elle était passée devant mon stand de dédicaces chez Talents Hauts, au salon de Montreuil en 2011, mais on s’est vraiment connu à la foire du livre de Brive en 2012. Nous étions voisins de dédicaces et le courant est tout de suite passé.

JW : Je ne sais plus, mais j’ai tout de suite aimé la sensibilité de Gaël. J’ai deviné son talent avant même de le lire et il faut croire que je suis un peu sorcière, je ne me suis pas trompée. Je crois que nous nous sommes rencontrés grâce à notre amie commune Florence Hinckel.

  • Quel meilleur souvenir commun as-tu avec elle / lui ?

JW : Un voyage en TGV où nous avons parlé de notre métier, des joies et des difficultés.

GA : Que vous dire qui ne soit pas personnel ?… Un voyage en train Angers-Paris où, malgré la fatigue, nous avions échangé avec sincérité sur nos parcours ? C’est dur de hiérarchiser les souvenirs.

  • Vous êtes amenés à rencontrer de nombreux jeunes au cours d’interventions en classes, d’ateliers… Quel intérêt vous y trouvez ? Quels sont les avantages et les limites de ce type de rencontre ?

JW : La rencontre scolaire est une chance, un vrai moment d’échange avec les lecteurs, c’est précieux. En bibliothèque c’est un autre public, plus mêlé, j’aime bien aussi quand les gens se mélangent. Le risque des interventions est de se lasser des questions (certaines reviennent souvent) et de répondre sans conviction. Je ferai des rencontres et ateliers tant que j’y trouverai du plaisir, une vraie joie à parler de ce qui m’anime. Si un jour cette flamme me quitte, ce qui ne sera pas grave, par respect pour les jeunes, j’arrêterai. En général j’invite davantage au dialogue, au partage autour d’un sujet, d’une thématique, pour éviter le simple jeu de questions/réponses.

GA : Les limites, c’est quand on en enchaîne trop et qu’on se robotise. Ou quand les jeunes n’ont pas été préparés à notre venue et qu’ils ne savent pas qui je peux être. L’intérêt, c’est la façon troublante dont nous, auteurs jeunesse, pouvons avoir un contact très intime, à travers un livre, avec l’inconscient d’un adolescent, à cet âge où les adultes se tiennent, et sont tenus, très à distance. Quand on rencontre des ados qui ont vraiment été touchés par un livre, c’est très fort.

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Jo WITEK / Crédit photo : Christophe Gruner

  • Quel est ton meilleur souvenir d’une de ces rencontres ?

JW : J’en ai beaucoup. J’aime quand une question me fait prendre conscience d’un souvenir que je n’avais absolument pas vu en écrivant. Ou quand un jeune soudain s’insurge contre un passage, cela créée du débat. Je pense aussi à une classe de lycée pro, avec pas mal de jeunes qui ne lisaient pas ou très peu. Leurs questions étaient presque politiques, sur l’engagement, la place des jeunes dans le monde, le choix de mes sujets. Ils étaient très curieux, très éveillés, très mûrs. A la fin, un jeune qui n’arrêtait pas de dire : « Eh, madame… » quand il m’interrogeait, m’a dit : « Eh, Madame, franchement, j’ai passé un très bon moment. C’était vraiment intéressant. Ca fait du bien » Il était sérieux, sincère, il m’a touché et j’ai aimé qu’il le soit.

GA : Une classe de 2nde pro Prévention et Sécurité (futurs pompiers et vigiles) dont la lecture de « Ma réputation » était la première lecture intégrale et qui avaient aimé le lire. Une jeune fille ne tarissant pas de questions sur « Oublier Camille ». Un garçon de 3e, plutôt genre caïd de la classe, qui déclare devant tous ses camarades « Franchement, vous avez tout mon respect m’sieur. A la fin, j’ai versé ma petite larme. ».

  • Quel roman de Gaël AYMON / Jo WITEK préfères-tu ?

JW : « Ma réputation ». J’adore cet ouvrage.

GA : « Un hiver en enfer ». Impeccablement construit. Hyper efficace. Prenant. Mais je n’ai pas tout lu de Jo !

  • Aimerais-tu écrire un livre à quatre mains avec Jo WITEK / Gaël AYMON ?

GA : Écrire à plusieurs, ça me fait très peur. Et pas très envie. Mais si ça devait venir un jour, pourquoi pas avec Jo !

JW : Je ne pense pas savoir écrire à quatre mains. Sur un même sujet, peut-être, mais ce sera deux romans bien à part.

  • Si Gaël AYMON / Jo WITEK était un animal, il / elle serait selon toi, un … ? Si il / elle était un héros / héroïne … ? Un lieu… ?

JW : Gaël est un animal élégant, un héros du quotidien, et un vif ruisseau de montagne.

GA : Encore un jeu auquel je suis nul ! Moi, elle m’évoque un chat. Une héroïne : Erin Brockovich ? Un lieu… c’est plus dur, on ne se connait pas si bien… je l’imagine dans une grande maison russe à la Tchekhov.

  • Si Jo WITEK / Gaël AYMON était un héros / héroïne de fiction, dans quel genre de récit aimerais-tu l’inscrire ?

GA : Le thriller, bien sûr ! Sauf que je n’en ai jamais écrit !

JW : Gaël est un héros ! Il est père, auteur, acteur ! Que de talents pour un seul homme. Mais je le verrai bien en héros romantique ou en résistant.

  • Quelle question aimerais-tu poser à Jo WITEK / Gaël AYMON et que tu ne lui as jamais posé(e) ?

GA : Jo, que trouves-tu dans l’écriture de thriller, que tu ne trouves pas dans d’autres genres ?

JW : Si j’avais une question spéciale à lui poser, je la lui poserais. Gaël est un ami.

  • Es-tu une écrivain(e) – pour la jeunesse – heureux(se) ?

JW : Je suis une femme heureuse parce que j’ai la chance d’écrire, d’être publiée et d’être lue.

GA : Sans hésiter, OUI.

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Gaël AYMON / Crédit photo : Émilie HAUTIER

L’actualité de G. Aymon
A venir :  « Les Maîtres », Tome 2 de la saga fantasy et « Les héros oubliés« , chez Actes Sud Junior en février 2016. Et un roman ado et jeunes adultes plus intimiste et dramatique chez Gallimard, collection Scripto, à l’automne  2016.
Pour le rencontrer sur des salons très prochainement :
Son blog = http://gaelaymon.com
et sa page fb = https://www.facebook.com/gael.aymon?fref=ts
L’actualité de J. Witek
Sur fb = https://www.facebook.com/jo.witeklengagne?fref=ts