BD 2017 : séance de rattrapage.

Oh la la ! Il y a tant de bandes dessinées dont je n’ai pas eu le temps de vous parler !

J’ai rencontré des héros et héroïnes à vous faire vibrer des jours entiers ! Ils s’appellent Momo, Chaussette, Dagobert, Merlin, Verte, Félix, La fouine, Calliope, Sucre de pastèque, Eugène, Ursule, Anastabotte… J’ignore pourquoi ils ont tous des noms originaux ou qui étaient démodés avant mais qui reviennent en force. Ceux qui ont des noms d’animaux en sont vraiment, rassurez-vous. Ceux qui portent des noms de vêtements ne sont pas des habits pour autant…

sfar

21,90€ ed. Flammarion.

Commençons par celui qui n’est pas franchement une bande-dessinée : A cause de la vie de Véronique Ovaldé au dessin et Joann Sfar au texte (une bien piètre blague s’est dissimulée dans cette phrase). Personnellement chaque fois que j’ai montré ce livre à un client, il m’a dit « Ah, mais oui, ils sont passés à La grande librairie ; ils avaient l’air si complices ! ». J’ai donc été chaque fois bien aidée puisque apparemment les deux zigotos ont sacrément fait le show.  Et mon boulot avec. Va peut-être falloir que je finisse par regarder ce replay par ailleurs.

C’est donc l’histoire d’une jeune ado qui elle aussi a un nom qui était à la mode avant (mais qui n’a pas fait de revival depuis et que je ne citerai pas pour ne vexer aucune Nathalie lectrice). Elle décide donc de  se faire appeler « Sucre de pastèque », ce que je trouve nettement moins joli et facile à porter. En même temps on est dans le bon timing popularité du prénom car on est dans les 80’s. Tout ce paragraphe ne sert donc à rien.

Elle aime exagérer, se plumer les cheveux, piquer du rouge à lèvres en cachette, écouter les Smiths (en lien une de leur chanson que j’adore et qui existe en version revue et corrigée par Ebony Bones). Elle attend le prince charmant en se prélassant dans son vieil appartement. DING DONG ! Le voilà, tout chétif et craintif. Début d’une folle et belle histoire d’amitié entre deux gamins du même immeuble qui réinventent une façon d’être amis en se voyant à peine, à grands renforts d’ingéniosité.

Un livre inclassable pour tous les publics qui aiment les histoires touchantes et farfelues. Avec de jolies illustrations de Joann Sfar et un texte minutieux, malicieux, généreux de Véronique Ovaldé. Immense coup de cœur. Je l’ai serré dans mes bras quand je l’ai fini. C’est dire si je l’ai aimé.

verte

14,00 €, ed. Rue de Sèvres.

Elles vous sont certainement familières. Verte, Ursule et Anastabotte sont 3 sorcières de la littérature jeunesse nées sous la plume de Marie Desplechin dont les aventures sont parues en roman sous les titres Verte, Pome et Mauve. Il y a fort à parier qu’il y aura 3 BD aussi… Dans cette adaptation fort fidèle au roman, je n’ai donc pas été déçue du tout de retrouver ces trois générations de nanas. Des personnages pétillants, une magie inoffensive ou bienfaitrice et surtout, surtout cette bonne idée de proposer à Magali Le Huche d’illustrer cet album. Le résultat est pimpant comme tout, joliment coloré et plein de motifs mimis comme tout ! Alors c’est un grand oui pour cet album !

 

momo

16 €, ed. Casterman.

Momo… ah, Momo ! Lisez Momo, je vous en conjure ou je démissionne ! Car tant de beauté et de subtilité ne peuvent passer inaperçues et méritent bien un caprice de libraire. Moi aussi je peux taper des pieds dans les rayons en chouinant.

A l’illustration : Rony Hotin, subtile combinaison de Miyazaki et Vivès (y a pire, non ?) nous emporte loin, très loin dans l’émerveillement. Le scénario de Jonathan Garnier nous fait faire le yoyo des émotions, le grand huit des sentiments. C’est certainement l’une des plus belles et tristes histoires d’enfance que je connaisse. Et moi j’adore chialer et rire en même temps alors je me mets à soupçonner que messieurs Hotin et Garnier aient écrit ce livre pour moi (mais ça devient n’importe quoi).

Sublime et aux avis unanimes (du moins parmi mes collègues et tous ceux qui l’ont lu).

Officiellement pour enfants, mais franchement on s’en tape et on l’offre à tous ceux qui aiment la BD.

bambou

12,00€, ed. Rue de Sèvres.

Allez, hauts les cœurs ! Une histoire positive, pleine d’espoir pour le futur et la nature…

Une forêt de bambou se meurt. Et oui ! C’est triste,  mais c’est comme ça (que commence l’histoire en tout cas, parce qu’après je vais encore passer pour celle qui n’aime ni les animaux, ni la nature, ni les gosses etc.)

Il suffit de regarder la couverture pour être les pupilles toutes écarquillées par la splendeur de l’illustration, par le choix des couleurs et les attitudes et expressions des personnages.

Animaux et humains vont s’unir afin de sauver la forêt dont les bambous disparaissent les uns après les autres. Une très jolie histoire de Richard Marazano auteur d’un certain nombre de mes séries chouchoutes, notamment pour la jeunesse Yin et le dragon, Le monde de Milo, Le rêve du papillon, etc.

J’ai été vraiment émue à la lecture de cette BD et ne regrette pas un instant cette dangereuse balade en forêt.

chaussette

10,95€, ed. Delcourt.

Loïc Clément et Anne Montel, auteurs d’un de mes chouchous : Le temps des mitaines, poursuivent leur singulière œuvre qui ne ressemble à nulle autre parmi les BD jeunesse. Si j’hésite à utiliser l’adjectif mignonne à l’encontre de leur œuvre, c’est qu’on peut parfois l’associer à « cul-cul ». Et aussi parce que finalement ce n’est certainement pas assez flatteur pour refléter l’esprit de leurs albums. Que dire alors ? Des livres coquets, délicats, croquignolets, ravissants, aux teintes subtiles plus que de raison (le boulot d’Anne) et aux histoires tantôt intrigantes : Le temps des mitaines T1 se lit comme une enquête policière, tantôt engagées comme dans Le temps des mitaines t2 dans lequel les personnages prennent conscience de plein de choses de grands.

Mais toujours et avant tout profondément humaines et attentives aux autres. C’est une des choses que j’aime chez eux, on sent qu’ils aiment les gens et aussi qu’ils ne veulent pas prendre les enfants pour des imbéciles.

Dans Chaussette, une amitié discrète prend forme entre un petit garçon à la curiosité aiguisée et sa vieille dame de voisine. Un joli duo s’amorce au fil des pages. On déambule avec la « vieille » Chaussette et son chien Dagobert dans une ville pleine de couleurs pastel et de vie. On s’y sent bien dans ce quartier !

Et en prime, ça fera plaisir à ma cliente orthophoniste d’hier qui voulait que je fasse passer ce message aux éditeurs : « Imprimez vos livres en écriture attachée et pas en majuscules ». Parce que c’est vrai que la belle écriture d’Anne est quand même plus jolie. Et si ça peut aider les enfants en difficulté de lecture, je relaye ce message avec plaisir.

voleur

10,95€, ed. Delcourt.

« Portés par une joie immense, nos deux amoureux mirent fin à leur quête dans un festival de scintillements… »

A vos souhaits ! Si Félix est dans le coin lorsque vous éternuez, méfiez-vous ! Il pourrait bien vous piquer votre souhait pour le mettre en bocal… Une idée de Loïc Clément (oui, le même qu’au-dessus) qui s’offre ici une parenthèse en compagnie de Bertrand Gatignol. Changement radical d’illustration donc pour cette histoire. Gatignol dont je trouve le travail admirable, me fait toutefois d’habitude un peu peur parce qu’il aime bien les ogres, les marmites et les nonosses à ronger. Malgré tout, j’ai ouvert cet album avec grand enthousiasme parce que je me suis dit qu’il n’allait quand même pas infliger des trucs pareils aux gosses. Par ailleurs connaissez-vous Pistouvi ? Soit dit en passant…

pistouvi

L’alliance de ces deux talents Clément + Gatignol, c’est le combo magique ! Moderne, inventif, avec une fin en feux d’artifices, cet album est une pépite.

Les aventures de Félix le collectionneur de souhaits et de Calliope qu’on dirait sortie tout droit de la Grèce antique, sont fabuleuses et émouvantes. Dans un monde où il n’y a qu’eux qui compte, ils errent à la recherche de leurs désirs les plus chers dans un Paris à la fois réel et qui pourtant semble étrangement imaginaire. En vain.

Et nous on a la larme à l’oeil de tant de poésie et de beauté.

Les bonus à la fin ont un intérêt certain pour tous les curieux de l’édition. Les secrets de la création de l’album, les négociations avec l’éditeur, les arguments des uns et des autres offrent une belle conclusion à ce magnifique Voleur de souhaits.

 

Et voilà, c’est fini pour aujourd’hui. Sachez que ça me tue de ne pas vous parler du prochain Bastien Vivès qui sort début mai que j’ai dévoré d’une traite et que je ne fais qu’y penser depuis… Mais franchement, vous mettre l’eau à la bouche pour un livre pas encore paru, ça se fait trop pas.

Une autre fois !

soeur

 

 

 

 

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Lastman, de Vivès, Sanlaville et Balak.

N’avez-vous jamais éprouvé toute la peine du monde à trouver une BD pour ados qui ne soit ni trop classique, ni trop neuneu ?

Il est légitime d’avoir l’impression qu’entre Astérix et Les nombrils (titres choisis au hasard), il n’y a rien… Pourtant, en cherchant bien, on peut trouver des séries qui sortent du commun et allient tout un tas de qualités : graphisme impec, narration au top, suspense etc… Parmi ces bijoux il y a Lastman, projet protéiforme conçu d’emblée pour exister sur plusieurs supports (manga + anime + jeux vidéo) et dont la version en BD est imparable.

balakvivesBalak-Vivès-Sanlaville (dans le bon ordre, s’il vous plait !)

Aux manettes ils sont 3 : le plus connu est sans doute Bastien Vivès, qui, depuis qu’il s’est mis à la BD a décidé d’être remarqué par tout le monde pour toutes ses créations… C’est très réducteur mais je n’en citerai que deux qui vont vous faire dire « ah oui, c’est lui » : Le goût du chlore et Pollina. Mais le jeune homme a déjà un CV long comme le bras bien qu’il n’ait QUE 30 ans. Et oui, ça agace.

A ses côtés évoluent Balak dont le site Delitoon nous apprend ceci : « Expert en découpage, Balak s’est fait connaître dans le monde de l’animation comme story-boarder, il est aussi un spécialiste et théoricien de la bande dessinée numérique qui conseille notamment les studios Marvel. » Le troisième larron de l’affaire est Michaël Sanlaville « est un as du mouvement et des cadrages. Auteur complet, il a publié le Fléau Vert. Il est aussi illustrateur et story-boarder pour les plus grandes productions desin annimé en France ». Comme je cite, les fautes ne sont pas de moi… Mais je ne vais pas me plaindre car je ne savais rien de ces 2 auteurs et que je n’allais pas inventer non plus.

Avec tout ça on a bien compris qu’on va avoir du lourd dans Lastman, série à peu près inracontable, au carrefour entre Dragon ball, Nefertiti, Rambo et que sais-je encore ?

L.10EBBN001591.N001_LASTMANt1_JAQ_FRLastman T1. Dès la couverture on comprend que c’est un manga. Souple, épais, en noir et blanc mais avec les premières pages en couleur, rythme, découpage etc… tout y est pour mettre en route pour de bon le manga à la française.

Dans cette série qui comprend pour le moment 6 volumes sur les 12 prévus, on peut dire que l’on est scotchés par l’art du mouvement et par la narration qui nous cessent de nous envoyer de partout. Les changements de monde nous font virevolter d’une époque à l’autre dans une profusion d’action qui nous fait tourner la tête.

Je vais essayer de faire court et simple pour vous donner l’essentiel de la série.

On débute on ne sait où et on ne sait quand. Un groupe d’enfants et d’ados s’entraîne à combattre pour un tournoi annuel. L’ambiance est bon enfant, les personnages attachants. En tête de file le très jeune et trop trop mignon Adrian Velba (un patronyme doux comme une peau de pêche mais vous verrez plus loin que c’est censé évoquer autre chose…).

Adrian à qui l’on a envie de faire de gros câlins, c’est lui :

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Les couleurs sont sublimes dans les premières pages du manga mais le noir et blanc est top aussi !

Adrian fait partie de l’école de Maître Jansen et comme pour tous ce combat revêt une importance capitale mais au dernier moment, son coéquipier ne peut participer au combat. C’est dans ce décor qui pourrait représenter la Renaissance (?), rois et reines vêtus comme François 1e, ou un village médiéval ; que déboule sur une moto notre fier Richard Aldana. Oui, sur une moto ! On se demande si on a bien vu, mais c’est bien ça.

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A côtés des autres zozos déguisés en Robin des bois, il n’a pas trop le look de l’époque…

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Mais d’où sort ce satané gaillard ?

Pour le moment on s’en fiche me direz-vous car il tombe bien le Richard, il va pouvoir faire équipe avec notre petit Adrian qui est ravi ravi d’avoir un coéquipier de dernière minute pour le tournoi. Le tournoi… parlons-en, là aussi on va passer un bon moment ! Les combats, bien qu’ils s’inspirent certainement de certains combats japonais à la DBZ n’en ont pas la longueur infernale. Au contraire, le rythme et le découpage imposé par les auteurs ne nous laisse aucun répit. Au passage on note quelques pointes d’humour insérées tout du long, dont cette bonne blague qui m’a bien fait rire :

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Ça vous rappelle quelques-uns ?

Là, en gros je vous passe le déroulement des combats parce que je ne vais pas tout vous raconter. Je vais juste pour donner quelques infos croustillantes ! Il y a aussi de l’amoooooooooooooooooooour… Et comment ne pas tomber amoureux de la tellement jolie maman d’Adrian, je vous le demande ?

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Adrian, trop content d’avoir un coéquipier, présente Richard à sa jolie môman.

Bon, vu comme ça elle a pas l’air commode la boulangère du village, mais c’est une maman poule qui ferait n’importe quoi pour son fiston (vraiment n’importe quoi). La beauté de Marianne rend tous les hommes fous mais seul lui importe son fiston. Enfin, ça c’était avant que Richard débarque sur sa grosse moto…

La série mêle habilement tous types d’histoires, du combat, du romantisme, de l’héroïsme, de la mythologie etc… Pourtant on ne s’y emmêle pas trop les pinceaux et tout est habillement mené. Le premier tome assez classique pose les bases : on y comprend que diverses écoles de combat s’affrontent et on découvre le monde dans lequel vivent Adrian et Marianne sa maman boulangère. on évolue dans un monde tendance « médiéval/renaissance ». L’arrivée de Richard, venu apparemment d’un autre monde vient bousculer nos certitudes d’avoir face à nous une série historique. Le tournoi se déroule sur les deux premiers volumes de la série, il ne s’étale pas en longueur. Ces deux tomes plantent le décor de ce côté ci du monde, on y fait connaissance des combattants, de la cour du roi etc…

Puis, on découvre que Marianne Velba a une grosse moto planquée quelque part et qu’elle est experte en combat elle aussi. Et là, je n’en dis pas plus parce que ça va valdinguer. Si j’ai un petit bémol sur le tome 3 qui m’a moins convaincue, je reste vraiment emballée par cette série novatrice, créative et menée de 6 mains de maîtres.

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N’hésitez plus à vous lancer dans l’univers de Lastman que vous soyez ados ou adultes, l’ennui n’y est pas invité.

Ah oui, j’ai oublié de vous dire que si les noms des personnages sonnent doux à l’oreille, ils sont largement inspirés des obsessions mammaires des auteurs et rendent hommage à certains gens de l’univers pornographique ! Parents, n’ayez crainte, on n’est pas pour autant dans une série de cette teneur… Point trop de dévergondage dans Lastman surtout de l’action.

Petit plus, le côté album Panini qui complète chaque titre, on redevient gamin en collant les vignettes de nos personnages préférés…

N’hésitez pas un instant à aller découvrir Lastman sur le site Delitoon.

Vous pouvez aussi aimer sans restriction la page facebook consacrée à la série. On est déjà 6234 à aimer mais faites du bruit pour Lastman !

Du côté des auteurs ils sont eux aussi on line et c’est par pour Bastien Vives, ici pour Balak et dans ce coin pour Sanlaville.

 Lastman est publié dans le label KSTR de chez Casterman. Éditeur historique mais pas encore ringard comme le prouve chaque volume qui coûte 12,50 € (et ça les vaut bien !)

 L.10EBBN001591.N001_LASTMANt1_Ip001p216_FRBon sang, mais jusqu’au vont-ils nous emmener ?

Gros coup de cœur pour cette série découverte grâce à un inconditionnel : Vincent de BD Fugue Annecy !