Beatrice Alemagna dans l’univers d’Astrid Lindgren.

Un grand merci aux éditions Versant Sud qui no seulement publient d’excellents livres pour la jeunesse mais qui nous font également profiter de cette interview enthousiasmante.

A vrai dire, peu de combinaisons pourraient nous faire plus plaisir que Beatrice Alemagna et Astrid Lindgren. Nous vous encourageons donc vivement à lire ces adaptations illustrées de Lotte, une sacrée filoute qui vous fera tourner en bourrique. Mais si joliment !

Comme celle d’Astrid Lindgren, l’œuvre de Beatrice Alemagna se positionne « du côté des enfants ». Elle se met à leur hauteur. Quand les univers de ces deux créatrices se rencontrent, le temps d’un livre, une véritable alchimie se crée.

Impossible de ne pas être touché par le personnage de Lotta, une fillette au caractère bien trempé, fantaisiste, drôle et câline. C’est avec beaucoup d’amour et de joie que Beatrice Alemagna l’a dessinée. Il faut dire qu’enfant, elle se régalait déjà des textes de la célèbre écrivaine suédoise. En lisant Lotta la filoute on découvre vite que son rapport affectif au livre est totalement contagieux. À l’occasion de la sortie de Lotta sait tout faire, la suite des aventures de la petite héroïne, nous avons posé à l’illustratrice italo-parisienne quelques questions sur son très beau travail d’adaptation d’une grande œuvre de la littérature de jeunesse. Nous noterons qu’elle vient d’être nommée pour la septième fois pour le prestigieux Prix… Astrid Lindgren !
 

Comment avez-vous été amenée à illustrer les histoires de Lotta ?

Oh, tout d’abord, je tiens à vous dire que l’idée de cette rencontre d’univers avec Astrid Lindgren, dès sa proposition, m’a enchantée et émue. J’ai eu la chance d’être contactée par mon éditeur (Mondadori pour la version italienne), pour illustrer les histoires de Lotta. Il pensait que cela me correspondrait car je ne cache pas mon affection pour les textes d’Astrid Lindgren, et ce, depuis mon enfance. J’ai grandi avec eux. J’ai toujours adoré Karlsson sur le toitFifi BrindacierBullerby… et ils ont vraiment fondé mon imaginaire. La Suède est devenue un des pays où j’aime m’échapper quand je peux : un endroit qui me ramène à l’enfance, par son architecture, ses mœurs, son esthétisme. Quand on m’a contactée en me proposant de l’illustrer, j’ai évidemment accepté, car j’espérais en fait ça depuis très longtemps.
 
Le tome 2 Lotta sait tout faire vient de paraître !
Ces deux livres se détachent dans votre œuvre, car vous n’avez pas pour habitude de travailler sur les textes écrits par d’autres que vous.

J’en n’en ai pas l’habitude, en effet, je ne l’ai fait que rarement. Notamment pour un autre trésor de la littérature, à savoir Gianni Rodari*. Mais Astrid Lindgren, c’était vraiment un rêve. De mon côté, il y avait un véritablement attachement à son univers : je le connaissais vraiment bien. Je me suis sentie comme « à la maison » dans ce livre, marchant dans les pas de mon enfance. Chaque image était rapidement croquée dans ma tête et j’ai voulu imaginer le personnage de Lotta comme une sorte de petite sœur de Fifi Brindacier.
 * Gianni Rodari est un célèbre poète, écrivain et journaliste italien. Beatrice a illustré trois textes de lui : Un et sept, La promenade d’un distrait. ( publiés au Seuil jeunesse) et  A sbagliare le storie (Einaudi 2020).

Comment s’est passée la recherche des personnages ? Est-ce différent quand ils ont été créés par quelqu’un d’autre ?

Ce n’est pas vraiment différent de la recherche de personnages crées par moi-même, qui existent déjà dans ma tête et dont je connais les caractéristiques. Ici il y avait des informations très précises. J’ai eu envie de partir sur une esthétique plutôt humoristique, donc très expressive. Je pense qu’il y a peut-être un humour et une tendresse qui se dégagent des dessins parce que j’avais ce type de rapport au personnage. Lotta, finalement, est une fillette qui a énormément besoin d’amour. Elle s’échappe, elle peste, elle s’émancipe par tous les moyens car elle souffre d’être cette toute petite fille, la cadette des trois. Celle qui n’est jamais vraiment prise au sérieux, ni franchement écoutée. Il fallait qu’on le sente, qu’on ait envie de lui donner cet amour et cette attention, en étant lecteur.
Je voulais des images très riches, avec plein des détails, des petits objets partout, du désordre. J’ai repensé encore à Fifi et à sa Villa totalement bordélique. J’ai essayé de m’approcher un maximum d’une petite fille de 4-5 ans, pleine d’imagination, de personnalité, de richesse intérieure. C’est ce que je voulais transmettre. Dans chaque image il y a une réflexion à sa personnalité, qui ressemble à la mienne, gamine. J’ai énormément retrouvé mon enfance, en cette fillette.
 

Votre rapport à l’image est multiple. Autodidacte, vous vous essayez à différentes techniques selon vos projets. Comment avez-vous travaillé pour Lotta ?

Tant au niveau des couleurs que des matières, j’ai cherché la chaleur. Une sensation presque moelleuse des dessins.
J’ai utilisé de l’aquarelle, du collage et du crayon. L’idée était de rester sur un imaginaire familier et très proche de l’enfance.
 
La place de l’image dans un livre de texte est différente de celle qu’elle aura dans un album. Comment cela s’est-il passé pour Lotta ?

L’éditeur me suggérait des emplacements pour mes illustrations, mais j’ai voulu parfois aller vers d’autres propositions. J’ai pris mes libertés et suis beaucoup intervenue sur la mise en page. J’ai fait agrandir certaines images quand il y avait la place. Je voulais que la mise en page soit mouvementée, comme l’est l’histoire. Comme une promenade visuelle dans l’univers de l’héroïne. J’ai fait attention à ce qu’il y ait une sorte d’encombrement d’images, qu’on puisse en avoir plein, car cela me paraissait important.
J’ai vraiment repensé aux impressions que j’avais, lorsqu’enfant je lisais ces textes.  Comme je disais, ce livre a représenté aussi tout un travail par rapport à ma propre enfance. Tout cela a résonné en moi. Cela s’est fait de façon très naturelle, et avec beaucoup de bonheur… alors que j’ai plutôt l’habitude de souffrir en créant, à cause de la contrainte, de la performance.
Je suis autodidacte, et à chaque nouveau livre c’est un peu comme si je devais recommencer depuis le début. Cela m’amène à travailler de façon finalement assez intime. Et Lotta était une expérience très viscérale pour moi.
 
Qu’est-ce que ce projet vous a apporté artistiquement ?

Il m’a apporté de la confiance, car j’étais appelée à illustrer un des plus grands auteurs pour enfants de tous les temps. Cela me confortait aussi dans l’idée que je peux parfois me mettre aisément au service des textes des autres. Ça m’a apporté cette connexion incroyable à mon passé et de très bons moments partagés en compagnie de cette petite fille espiègle et géniale.
 

Sélection de Noël : les albums

Les conseils de Gaëlle

Delphine Chedru - Chambres avec vues.

Chambres avec vues, de Delphine Chedru, ed. Albin Michel Jeunesse, 19€.

Jeux de lumières et de contrastes composent cet album avec des flaps pour les tout-petits ! La neige y parait plus blanche que jamais et l’hiver sublimé par le travail délicat de Delphine Chedru. Chaque page invite à découvrir un décor caché qui révèle de nouvelles surprises. Un album bien joli à mettre dans les mimines des petits.

Dès 2 ans.

Malika Doray - Le petit homme et la mer.

Le petit homme et la mer, de Malika Doray, ed. MeMo, 13€.

J’aime quand la beauté naît de la simplicité et c’est exactement ce qui se produit avec cet album. Ce qui se passe aussi c’est que ça m’a presque fait pleurer tellement c’est adorable. C’est un livre rigolo avec l’inversion des situations, un livre qui invite à le réflexion et qui dégoûte du poisson pané.

Dès 4 ans.

Bruno Munari - ABC - Une petite leçon d'anglais.

ABC, une petite leçon d’anglais, de Bruno Munari, ed. Les grandes personnes, 18,50€.

Je ne vous promets pas que vos gosses seront bilingues mais je vous assure la magie des couleurs et des formes par le magicien du livre animé : Bruno Munari. Publié en 1960, ce livre revit sous l’impulsion des Grandes Personnes, qui n’éditent que des merveilles comme tout le monde le sait. Les illustrations font saliver, on voudrait croquer chaque page garnie de nourriture. Si ce livre ne possède pas d’animation il n’en est pas pour autant moins subtil que les précédents. Et il y a vraiment de l’anglais dedans…

Je ne recommande pas d’âge pour ce livre, il y a fort à parier que les adultes se l’achètent pour eux de toute façon !

 

Olivier Tallec - J'en rêvais depuis longtemps.

J’en rêvais depuis longtemps, d’Olivier Tallec, Actes sud junior, 16€.

Je n’ai jamais su résister à la mignonnerie des illustrations d’Olivier Tallec ! Et là encore moins qu’à l’accoutumée car l’histoire y est tellement chouette et inattendue. De grandes et belles illustrations pleine page savoureusement légendées. Franchement, de quoi craquer complètement. Un livre qui rend gaga de joie qui fait penser à du Sempé avec ses grandes pages et son petit texte bien senti en seulement quelques mots.

Age : pour tous ceux qui n’auront pas de chien à Noël.

Beatrice Alemagna - Le fabuleux désastre d'Harold Snipperpott.

Le fabuleux désastre d’Harold Snipperpott, de Beatrice Alemagna, ed. Albin Michel, 15,90€.

J’aime d’amour fou les livres de Beatrice Alemagna et celui-ci ne déroge pas à la règle. Un album rempli de grand n’importe quoi à l’enthousiasme contagieux. Harold n’est pas près d’oublier cet anniversaire de folie qui chamboulera sa vie à tout jamais. Comme toujours, les couleurs s’emballent et se mêlent habilement. Merveilleux !

Dès 5 ans.

Luciano Lozano - Diane danse.

Diane danse, de Luciano Lozano, ed. Les éditions des éléphants, 14 €.

Diane n’est pas dégourdie à l’école mais dans son tutu elle tue. En classe, impossible de se concentrer mais une fois ses pointes chaussées elle virevolte et s’épanouit comme jamais. Cet album au look vintage est charmant et touchant car notre héroïne est une petite fille dodue dont la morphologie n’est pas si courante dans les livres pour enfants. Danseuse, replète, guillerette, cette Diane est une héroïne à faire connaître aux enfants en manque de confiance en eux. Et juste pour le plaisir aussi parce qu’il est vraiment joli et lutte contre des clichés à la vie dure.

Dès 4/5 ans.

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Presto et Mollo explorent la grotte Ronzzz, de Nao Takabatake, ed. Picquier jeunesse, 13,50€.

Rarement l’obscurité aura été si bien représentée ! Elle est ici magnifiée par les peintures de Nao Takabatake qui propose ici une sublime aventure souterraine aux rebondissements ronronnants. Un album pour aventuriers, amateurs de camping souterrain ou de belles histoires simplement.

Dès 5 ans.

Michaël Rivière - Le village sens dessus dessous. 

Le village sens dessus dessous, de Michaël Rivière, ed. Hélium, 12,90€.

Un petit bouquin comme un écrin dans lequel on retrouve la magie de Noël mais sans la niaiserie habituelle (pardon, je suis pas fan fan de Noël). Avec un retournement inattendu. J’aime ces livres qui fourmillent de petits détails, dont l’écriture soignée aux lettres bien formées rappelle le temps d’avant les sms (pardon, j’ai aussi une dent contre les écrans). Son petit format et le peu de lignes sur chaque page font qu’on peut aussi le ranger dans la catégorie premières lectures si on en a envie.

A partir de 5 ans pour leur lire ou tout seul comme un grand !

 BlexBolex - Maître Chat.

Maître chat, de Blexbolex, ed. Albin Michel jeunesse, 12,50€.

Et bim ! C’est le bruit que fait Blexbolex en frappant fort un grand coup avec ce nouvel album qui fait mal aux yeux tant il est beau. Pas de surprise niveau illustration, c’est toujours vintage à gogo. L’histoire est maligne et mignonne et bien plus que ça et l’on ne sent point la fin venir. Ça sent bon le théâtre et le livre ancien, c’est un livre dans lequel on se sent bien. Il ravira les parents et les enfants avec son exigence de chaque instant. Un album farceur avec du fracas, des croquettes, des bottes rouges et une casquette.

Pour tous les publics exigeants et avides de mots désuets dès 6/7 ans.

 

Les conseils de Lisa

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Panthera tigris, de Sylvain Alzial et Hélène Rajcak , éditions Rouergue, 15 €.

Quand un savant très très savant organise une expédition dans la jungle profonde pour  enfin rencontrer le redoutable panthera tigris, n’écoutant que son savoir encyclopédique et oubliant d’écouter les conseils préventifs de son guide… cela donne des surprises! Car face à la réalité tout va valdinguer! J’ai été emballée par l’alternance des illustrations entre forêt luxuriante et gravures didactiques à l’ancienne, entre le côté aventurier et le côté savant. A lire comme un documentaire humoristique, passionnant!

Pour les aventurier.e.s curieux.ses dès 5 ans !

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Merveilleuse nature, de Nathalie Béreau et Michaël Cailloux, éd. Thierry Magnier,  19.80€

Enfin un « cherche et trouve » poétique, subtil, raffiné qui nous plonge dans l’univers détaillé et rempli de motifs oniriques et botaniques de l’artiste Michaël Cailloux ! On dirait LA tapisserie parfaite pour rêver!  Douze doubles-pages, comme les douze mois de l’année, dans lesquelles il fait bon se plonger… en février rendez-vous au carnaval des animaux, en mai place à un pique-nique champêtre, en août c’est une plongée dans la mer surpeuplée.

Pour les yeux de lynx à partir de 4 ans.

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Des tomates sur mon balcon, d’Aurore Petit et Thierry Heuninck, éd. De La Martinière Jeunesse, 14.90€

Un manuel de jardinage pour les citadins qui rêvent d’apprivoiser un potager de balcon! Alliant la pédagogie d’un manuel pratique avec l’esthétique d’Aurore Petit, cet album donne envie que l’hiver passe à toute vitesse pour voir les premiers bourgeons et autres petites pousses de radis, fraises, basilic pointer leur nez dehors! Idéal pour se faire accompagner les mains dans la terre par les petits!

Pour les futures mains vertes dès 5 ans.

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Les sentiers perdus, de Mathilde Poncet et Stephanie Demasse-Pottier, éd. Hélium, 14.90€

Cet album m’a émue, remplie d’une douceur sensible, mis les larmes aux yeux, m’a donné envie de flâner sur les sentiers de mes souvenirs d’enfance en famille. Dialoguant avec son grand-père, une jeune fille s’aventure sur les chemins qu’il lui a appris, siffle les airs qu’il lui a chuchoté, traverse colère et tristesse au gré des paysages, avant de rentrer de son école buissonnière pour partager sa peine avec ses parents. Magnifique album sur le deuil et le pouvoir de la transmission.

Pour les flâneur.ses. et héritier.e.s d’une longue lignée familiale, dès 5 ans.

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Les coiffeurs des étoiles, de Jeanne Macaigne, éd. MéMo, 18€

Deuxième ouvrage de Jeanne Macaigne après « L’hiver d’Isabelle » et sa poésie farfelue – à tirer par les cheveux cette fois-ci!-, ses couleurs dynamiques et ses pages ultra détaillées façon Claude Ponti continuent de m’enthousiasmer!  Les coiffeurs des étoiles, parents de Romarin, Jacinthe et Timbale se sont installés sur une île après un naufrage décoiffant. Avec leurs ciseaux, ils ont tissé des liens avec les habitants de celle-ci, étranges muets dont les chevelures s’emmêlent au gré des vent et des tourments, étranges silhouettes au coeurs tristes fascinées par le ciel étoilé.  Un soir, alors que les trois frères et sœurs discutent du mystère de leurs amis, l’arbre sur lequel ils sont installés se réveille…et les embarquent dans une épopée onirique!

Pour les amoureux.ses d’étoiles dès 7-8ans.

Les conseils de Sandrine

Éléphant a une question. Lee Van de Berg & Kaatje Vermeire (traduction ; Emmanuelle Sandron). CotCotCot éditions, 2018. 15,50 €.

Bien-entendu, ne vous attendez pas à ce que dans cette chronique, je trahisse l’intrigue et vous révèle la Question super existentielle d’Éléphant. Mais en tout cas, au cours de sa quête et d’une attente de réponse, qui ne vient pas obligatoirement tant le sujet est personnel, on va suivre ce « pachyderme » – bien loin d’être lourdaud – aller à la rencontre des uns et des autres (animaux, héros de contes de fées et de folklore, personnages et objets surprenants…), se questionner et se montrer tellement sensible, mais aussi très déterminé. J’avais découvert le travail de Kaatje Vermeire avec son magnifique album « La grande dame et le petit garçon » et avais eu la chance de participer à un atelier d’illustration avec elle à Montreuil. Découverte d’une véritable artiste, créative, imaginative, amoureuse et curieuse des effets de matière brute et naturelle et de la magie de l’encrage. Et rien ne me déçoit jamais chez elle, car son univers est bien marqué, fait d’assemblages, de collages et surtout d’impressions de matériaux (textile, objets…) qui donnent une consistance et une autre lecture à chaque image. Dans cet album, le texte est drôle, fin, égayant et le choix des couleurs encore une fois subjuguant !

Pour les artistes-philosophes – À partir de 5-6 ans, et beaucoup plus si affinités…

Dans le jardin. Irène Penazzi. Maison Eliza, 2018. 16,50 €

Tout le monde dehors ! Prenons l’Air !! Cet album est une invitation à perdre son temps, à jouer, à imaginer, à créer, à batifoler et à transformer le jardin en Terre d’aventures et de voyages, au-delà des intempéries et des saisons. Un album sans texte qui se scrute, s’admire, se contemple et le temps en devient suspendu ! C’est parfois même un retour au passé… Les illustrations d’I. Penazzi sont un vrai rafraîchissement et il y a beaucoup de poésie. C’est un album également instructif et très ludique, au fil de l’eau… Dépaysant et très intelligent ! Et une Maison d’éditions qui gagne à être Re-connue.

Pour les aventuriers-poètes – À partir de 3 ans et beaucoup plus, pour les souvenirs…

Ratapoil. Delphine Durand. Du Rouergue, 2018. 16 €

Pas de trop longs discours pour vanter les mérites psychologiques et thérapeutiques de « Ratapoil ». L’auteure des Mous et de Gouniche nous emmène encore une fois au coeur de scènettes désopilantes, délirantes en suivant un personnage qui a beaucoup de mal à « dompter » sa chevelure. C’est le moins qu’on puisse dire… Sérieux et inflexible, s’abstenir ! On rigole beaucoup. Attention aux abdos !

Pour les joyeux-anti capilo-tractés… À partir de 6 ans, et OBLIGATOIRE après 17 ans (On n’est pas sérieux…)

Bêtes en devinettes. May Angeli. Les éditions des Éléphants, 2017. 16 €

Soit, soit il ne s’agit pas d’une nouveauté, mais que serait Noël sans de beaux livres objets. Et si vous êtes passés à côté l’an dernier, autant vous reprendre !! Cet album s’ouvre et se découvre comme une boîte de chocolats (inutile de penser à Forrest Gump dans l’immédiat…). C’est juste une douceur. On plie, on déplie, on replie, on s’emplit… Ça ne fait pas un pli ! Le travail de gravures sur bois, hautement artistique de M. Angeli nous comble et maintient son côté intemporel. Une simplicité tellement travaillée, que les émotions sont garanties. Et les petits lecteurs seront attendris par ces « petites » bêtes qui page après page, nous semblent tellement galopantes, aboyantes,… vivantes !

Pour les sensibles-amuseurs et amusés. À partir de 2 ans, et sûrement tout au long d’une vie… De générations en générations.

Le fossile. Max Ducos. Sarbacane, 2018. 24,90 €

Qui ne connaît le travail de Max Ducos et sa passion pour les lignes, les structures, la beauté de l’architecture. Pas étonnant, alors, de le retrouver avec cet album aussi bien imaginé qu’élaboré. Un illustrateur constructeur ! Au début du récit, Clément – accompagné de son papa – découvre un quelconque caillou. Aussitôt, Le Professeur est prévenu, l’équipe arrive. S’ensuit une rigoureuse fouille qui nous emmènera à creuser, creuser… au coeur du livre lui-même. Chaque page tournée, l’intrigue se renforce, le texte s’agrandit et l’immensité de la découverte s’offre à nous ! Sans gâcher la surprise finale bien-sûr ! Max Ducos est une nouvelle fois le génial inventeur d’un livre-objet, livre-jeu qui instruit et nous questionne sur ces fascinantes « traces » du passé, disparues il y a 65 millions d’années. Presque aussi bien qu’au Musée !

Pour les apprentis paléontologues-ramasseurs de cailloux insolites. Et pour les autres, parce qu’il n’y a pas d’âge pour apprendre… À partir de 6 ans.

Les riches heures de Jacominus Gainsborough. Rebecca Dautremer, Sarbacane. 19,50 €

Parce que c’est Rebecca. What else !? Et parce que Noël, c’est bien pour se faire un Grand plaisir, non ?

Pour les fanas de Rebecca-hyper réceptifs à la douceur. À partir de 5 ans,… même beaucoup, beaucoup plus

 

Papier, caillou, ciseaux

La littérature de jeunesse apparaît comme l’un des champs éditoriaux les plus créatifs et c’est tout particulièrement le cas de l’album. Aujourd’hui, ce sont aux techniques d’illustration que nous allons nous intéresser, elles qui se multiplient depuis les années 90 comme le souligne l’universitaire Sophie Van der Linden dans son ouvrage de référence Lire l’album (L’atelier du poisson soluble, 2006. A noter la parution de  Album[s], éditions De Facto – Actes Sud, coll. Encore une fois, 2013, 32 € qui consolide sa théorie sur l’album)Si de grandes tendances graphiques se dégagent au fil des ans – peinture, photographie ou outils infographiques par exemple – certains artistes se singularisent grâce aux techniques qu’ils emploient. On pourrait ainsi rapprocher le travail des illustrateurs que nous avons choisi de présenter ici de celui du sculpteur, dans le sens où ils font naître des formes de la matière, qu’il s’agisse du papier, du caillou ou des ciseaux…

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Papier

Originellement support, le papier est devenu une technique graphique à part entière. L’un des précurseurs fut…un peintre. En effet, Henri Matisse a crée à la fin de sa vie des œuvres à partir de gouaches découpées.

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La Gerbe, 1953

« Le papier découpé me permet de dessiner dans la couleur » affirmait-il. Le fruit de ces premières recherches graphiques a donné lieu à l’album Jazz paru en 1947. A sa suite, d’autres se sont consacrés au papier collé, au papier déchiré à la façon de Leo Lionni ou de Sara voire au papier découpé comme…

Princesse Camcam

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L’Album de famille, Frédéric Kessler, Princesse Camcam (ill.), Autrement, 2012, 14,95 €

L’album de famille a inauguré une technique dont Princesse Camcam a également usé pour son dernier titre, Une rencontre paru chez Autrement  Jeunesse en 2013. Pour être au plus près de cette histoire de famille signée Frédéric Kessler, elle a souhaité créer un véritable recueil de souvenirs à l’image des albums photos personnels. Déjà, l’objet-livre très soigné les imite grâce à la large reliure et au ruban en guise de marque-page, tous deux d’un rouge profond.  Ensuite, le médaillon en relief sur la couverture annonce l’entrée dans le domaine photographique. Et en effet, si la mise en page reprend les codes d’agencement de l’album photo, les illustrations elles-mêmes passent pour d’authentiques clichés artistiques. Princesse Camcam a dessiné puis découpé les images afin de reconstituer de petites scénettes avant de les  photographier.

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Les boîtes-cadres constituant les clichés de l’album

Ces découpes ont permis de figurer différents plans ainsi qu’une sensation de profondeur. L’artiste a aussi joué avec l’emploi de la couleur, certains plans ayant été coloriés et le fond restant le plus souvent blanc. Princesse Camcam a su retranscrire l’émotion que l’on a à feuilleter les albums de famille: vieilles photos sépia ou noir&blanc avec leurs cadres démodés et le tampon du photographe, polaroïd, photo de classe, photos d’identité, 4 poses etc. La contrefaçon va jusqu’à reproduire les poses figées ou les instants saisis sur le vif, les prises à contre-jour, sur ou sous-exposées, les jeux avec l’ombre, le net ou le flou…Pour finir, d’un point de vue matériel, le choix du papier et les techniques d’impression rendent parfaitement l’aspect de la photographie : l’application de vernis sélectif brillant pour signifier le papier glacé (on a l’impression de tourner les pages d’un vrai album en entendant le bruit des pages qui se décollent!) et le vernis sélectif mat pour représenter les bouts de ruban adhésif ou les coins à coller. On aime aussi les petits clins d’œil comme le post-it semé ou la plante glissée entre deux pages sans oublier les enluminures et les légendes manuscrites côté texte.

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Mélusine Thiry

Mélusine Thiry met en scène ses illustrations constituées de silhouettes et de décors finement découpées en mêlant ombre et lumière. Elle a développé cette technique bien particulière suite à ses études dans l’audiovisuel et à son expérience d’éclairagiste et de vidéaste dans le spectacle vivant. La poésie naît des jeux de colorisation, de transparence et/ou de superposition des différents papiers dont elle se sert.

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La Ronde des contes, Mélusine Thiry, HongFei cultures, 2011, 13 €

A l’heure où les enfants se couchent, les illustres personnages des contes d’antan s’habillent en ombres chinoises. Mélusine Thiry éclaire tour à tour le Roi grenouille, le vilain petit canard, les trois petits cochons, le petit chaperon rouge, Poucette et j’en passe et nous laisse entendre une langue enchanteresse…

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Et pour prolonger la visite dans l’univers onirique de Mélusine, la bibliothèque de Donzère accueillera l’exposition « Autour des forêts » lors de la 30ème Fête du livre de jeunesse de Saint Paul Trois Châteaux du 27 janvier au samedi 1er février. L’exposition se réfère à l’histoire de son dernier livre intitulé La forêt de Racine. Il s’agit d’une série de dispositifs lumineux, mis en mouvement par de petits moteurs. Ces mobiles projettent des ombres noires et blanches qui se superposent, se déclinent et se métamorphosent selon leurs modes de constructions et leurs supports de projection. Découvrez également lors du salon ses premiers albums, Marée d’amour dans la nuit et Si je grandis, publiés chez HongFei cultures!

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Ce papier dont on a déjà largement parlé est actuellement sublimé dans certaines maisons d’éditions sans pour autant verser dans le livre d’artiste. Les choix du papier, du cartonné au papier bible en passant par le calque ainsi que du grammage sont révélateurs d’intention. De même, les techniques d’impressions en creux et en bosse apportent une dimension tactile supplémentaire. Le laser, quant à lui peut désormais tracer en suivant le contour de la forme à évider et la tourne de page crée alors des ombres portées tandis que les perforations acquièrent une fonction narrative bien précise dans les livres à trous. Mais toutes ces innovations pourraient faire l’objet de bien d’autres articles 😉

Caillou

Certains choisissent d’illustrer les récits grâce à des assemblages divers et variés en trois dimensions ; on a ainsi dernièrement adoré les souris de tissu et de feutrine de Karina Schaapman qui vient de sortir un second opus de leurs aventures, Sam et Julia au théâtre. Parmi les plus connus, on peut citer les Chats Pelés qui affectionne le volume ou Christian Voltz qui compose ses décors à l’aide de bric et de broc, de fil de fer et de bouts de boulons, de rivets et d’écrous, d’éléments de récupération quoi! Pour découvrir son univers, il y a un cahier d’activités où l’artiste en personne ouvre les portes de son atelier pour présenter tout le bazar avec lequel il bricole ainsi que des tas d’exercices pour expérimenter autour des objets et se familiariser avec sa technique d’illustration.

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Dans l’atelier de Christian Voltz, Christian Voltz, Le Rouergue, 2011, 10,10 €

Gilbert Legrand

1465340_689039544463135_1663168931_nGilbert Legrand, qui sera l’invité d’honneur de la 15ème édition de la folle Fête du livre jeunesse de Villeurbanne, est designer de formation mais son truc, ce sont les objets détournés. Il a ainsi conçu plus de 300 pièces uniques à partir d’ustensiles, d’outils ou d’objets du quotidien qu’il transforme, met en scène et photographie…« J’essaie de mettre de la vie dans l’univers des objets inertes, explique-t-il. Je les récupère et je les transforme en personnages gags, par une sorte de quiproquo visuel et amusant. »

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Le grand show des petites choses, Gilbert Legrand, Sarbacane, 2010, 15,90 €

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Les petites choses à New York, Gilbert Legrand, Sarbacane, 2013, 15,90 €

Ciseaux

Enfin, si la matière s’invite à proprement dit dans l’album, qu’on songe aux livres à toucher proposant des zones tantôt douces, rugueuses, moelleuses ou rêches ou aux livres dont les pages sont en bois, en mousse, en plastique ou en tissu, l’image reproduite à elle seule est riche de matériaux et dernièrement c’est le monde textile qui fait une entrée remarquée dans la sphère illustrative de l’album.

Beatrice Alemagna

51KW5D957ELBeatrice Alemagna a commencé à exploiter le textile pour l’album Mon amour publié chez Autrement Jeunesse en 2002. Plutôt que de dessiner, elle a brodé, plutôt que de peindre, elle a cousu des bouts de tissus. Elle a renouvelé l’expérience avec la série des Poux débutée en 2009 chez Phaïdon. Quoi de mieux pour des êtres microscopiques que de se loger et de se lover dans des textiles, des laines et des feutrines?

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Frédérick Mansot

Frédérick Mansot, lui, affectionne la peinture sur tissu. Il s’amuse avec les motifs déjà imprimés en les révélant ou les camouflant au gré de la gouache qu’il applique. Il choisi minutieusement les étoffes qu’il maroufle préalablement en fonction du récit à mettre en images:  tissus africains Wax pour Ploc ploc tam tam chez Bilboquet en 2004,  Le Fil d’or de Fatinou chez Gautier-Languereau en 2007 ou La Sanza de Bama chez Belin en 2008,  tissus patchwork dans les tons rouges pour le conte Le Petit chaperon rouge chez Magnard jeunesse en 2003, tissus à motifs floraux ramenés d’un voyage à Shanghaï pour Le voyage de Mao-Mi chez Actes sud Junior en 2006 ou encore tissus Liberty aux motifs cachemires pour le conte indien Tamanna, Princesse d’arabesques chez Gallimard Jeunesse en 2011.

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Le fil d’or de Fatinou, Françoise Jay, Frédérick Mansot (ill.), Gautier-Languereau, 2007, 13, 50 €

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61Q1fm-12LL._SX385_La cuisine des contes, Sylvine Rey, Frédérick Mansot (ill.), Vilo Jeunesse, 2006, 17, 50 €

Ce recueil est le fruit d’une sélection de 10 contes traditionnels agrémentés d’une recette facile à réaliser par les enfants en lien avec un ingrédient ou un plat évoqués dans chaque récit. Niveau de difficulté, temps de préparation, nombre de couverts et temps de cuisson sont systématiquement précisés. Ainsi, Blanche Neige enfourne ses pommes, le Petit Poucet prépare son pain perdu, la Belle au bois dormant s’apprête à souffler les bougies de son gâteau d’anniversaire etc. Ci-dessous, parce que c’est bientôt d’actualité, un extrait de la recette de la galette au beurre du Petit Chaperon rouge. A vos fourneaux!

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Ainsi, on observe dans l’édition un foisonnement des techniques ainsi qu’un fort développement des techniques mixtes (qui peuvent combiner peinture, dessin, collage, photo ou  encore infographie). Toutes ces techniques apparaissent comme l’exploitation virtuose du support mais pour qu’elles restent signifiantes, il faut que le contenant demeure au service de la narration. Et là est l’enjeu principal du livre numérique qui ne doit pas tomber du côté du gadget…

Le Noël 2013 de l’Ouvre-livres

Cette année encore nous avons fait les courses à votre place. Le tournis ne vous a t-il jamais pris dans une librairie ? Quand on est entouré de piles de livres, coincé contre des étagères, il n’est pas aisé de dénicher LE bouquin parfait parmi ces monticules d’ouvrages. Nous sommes allées fouiller afin de vous proposer nos idées cadeaux que voici :

POUR LES TOUT-PETITS (0-3
ans)

Bon voyage bébé! de Beatrice Alemagna, publié par hélium, 10,90 euro.

Je pars toujours à la même
heure.
Le voyage sera long.
D’abord, il faut faire sa valise.
Je ne dois pas oublier mon biberon, ni mon doudou…
Ma tétine, bien sûr…
Et mon livre préféré.

Dans ce petit livre destiné au rituel du coucher, on découvre un bébé à la
bouille craquante qui nous narre le long voyage qu’il effectue tous les soirs dans les règles de l’art… Tout est minutieusement répertorié car il ne faut rien oublier ! Le bébé s’empare de sa valise, enfile une tenue bien adaptée pour un gros dodo, se munit
de tout le nécessaire, fais des bisous par ci par là et zou ! Fin du voyage, destination finale : le lit. Un ouvrage drôle et rassurant aux illustrations douces. Pour lire la chronique entière d’Emi lit, c’est par .

Beatrice Alemagna semblait destinée à devenir une grande artiste. Née à Bologne où se tient la prestigieuse « Children’s Book Fair », elle n’a eu de cesse de répéter dans sa jeunesse qu’elle voulait être une artiste ! C’est l’une des rares illustratrices italiennes à avoir percé en France. Bien que certains des plus fameux et inventifs illustrateurs jeunesse soient italiens, Bruno Munari, Iela et Enzo Mari ils ne sont pas si nombreux à leur avoir emboîté le pas avec succès en France. Roberto
Innocenti 
bien sûr ou encore Tullio Corda publié bien plus récemment. On ne peut manquer ici de citer la célèbre maison d’édition Corraini dont vous pouvez trouver une partie de la production dans certaines librairies Sorcières (pas toutes!)

Collection P’tit land art de Marc Pouget chez Plume de carotte, 9,90
euro.

Marc Pouget est l’Andy Goldsworthy des touts-petits ! Dans ces imagiers tout cartons destinés aux plus petites mains, la poésie surgit à chaque page. La collection qui compte un titre par saison vient de s’achever avec la parution de l’Hiver.
De jolies compositions saisonnières dont l’aspect éphémère en pleine nature perdurera dans ces photos.

En savoir plus…

Le land art est un art éphémère réalisé avec des matériaux naturels. L’œuvre  s’inscrit dans une démarche d’harmonie avec le paysage puis disparaît.  Outre Goldsworthy,
on peut citer les rois de l’emballage Christo et Jeanne Claude, Andrew Van Der Merwe.

PETIT ZOOM SUR DELPHINE CHEDRU,
JANIK COAT, ANNETTE TAMARKIN ET LUCIE
FELIX !!!

Mais pourquoi donc elles 4 réunies ? Car ces dernières années elles ont implanté du pimpant dans les livres pour les bébés et que ça change du pinpon.

Paru il y a quelques mois chez un éditeur tout beau tout nouveau baptisé Marcel et Joachim voici L’imagier de Delphine Chedru. Ce bel objet bien épais à la façon du célèbre Livre des bruits chez Loulou et compagnie est conçu en partenariatavec Petit
Pan
, les rois du tissu coloré et, depuis peu du chouette carreau de ciment… Si le principe est classique, une image pour un mot, le résultat est des plus coquets. Un imagier qui plaira donc aux mamans averties (et coquettes).

 Janik Coat             ou          Delphine Chedru ?  featuring Bernard Duisit (ingénieur papier)

Deux pop-up hélium pour les petits spécialement pensés pour les  menottes qui ont la tirette qui les démangent. Munis de flaps ou tirettes relativement maniables par rapport à ce qu’on trouve sur le marché. Ici l’on s’amuse dansla version Janik
Coat
à s’habiller ou se déshabiller, c’est selon. Dans celui de Delphine
Chedru
on bricole des toutous (ah la joie de rallonger le teckel en saucisse !) Vous pouvez jeter ici un œil sur le très bon site de la librairie La Soupe de l’espace pour en voir les animations.

On s’approche tout doucement mais sûrement du livre « d’artiste » pour les petits (ce qui ne veut trop rien dire mais je pense que vous saisissez où je veux en venir). Ce sont ces livres qui sont tellement différents de ce qui est habituellement proposé qu’on se demande si c’est vraiment pour les enfants ou pour les parents ou pour les adultes qui n’ont pas d’enfants mais les veulent pour eux…

Lucie Félix auréolée de prix pour son premier livre 2 yeux ? incarne parfaitement cette tendance. Son nouvel album Après l’été poursuit en beauté son travail pour les tout-petits. Lucie Félix livre sur son site internet deux belles vidéos qui vous permettront de voir l’intérieur de ses ouvrages et la dimension qu’ils prennent lorsqu’on en tourne les pages. Ces deux ouvrages sont publiés par Les Grandes personnes et sont au prix de 12,5 euro.

Bien avant Lucie Félix, la belge Annette Tamarkin ne s’était pas gênée pour proposer aux tout-petits de très beaux livres jouant sur les formes, les contrastes, les couleurs. 

Quelques exemples des ouvrages d’Annette Tamarkin pour les tout-petits. Des
livres avec des surprises, des couleurs qui jaillissent de partout, des petites bêtes cachées et même un jeu de mémo à la fin de Bleu vache ?

LA RELEVE

Aux Grandes personnes la relève semble assurée en la personne d’Emma Giuliani dont le superbe et délicat Voir le jour devrait logiquement être non seulement un chouette cadeau de Noël mais aussi un indispensable cadeau de naissance.

Citons-ici aussi la talentueuse Martine Perrin qui nous offre en cette fin d’année un ouvrage qui semble repousser les limites de son talent vers l’infini (si, si !). Mon arbre
à secrets
est génialement réalisé avec Olivier Ka il est plein de bidules et de zinzins qui volent, pendouillent (mention spéciale à l’arbre en fin de livre, sublime…) Un livre aérien tout en transparence et en calque. Publié par les Grandes personnes il coûte 14,50 euro. On peut en voir des morceaux de choix sur le site d’Olivier Ka.
La délicatesse de l’ouvrage, la finesse des calques laissent imaginer qu’il vaut mieux réserver ce livre aux plus grands.

ALBUMS

Voici quelques albums qui trouveraient volontiers leur place sous le sapin.

20131016-125206.jpgCoup de cœur absolu, nous vous incitons à relire la chronique réservée au dernier Mélanie Rutten L’ombre de chacun. Un album splendide, divisé en chapitres qui aide à grandir et à s’émerveiller. Un indispensable !

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Au même instant sur la Terre, de Clotilde Perrin est un album cartonné de 24 volets. Il propose de découvrir ce qui se passe au même moment sur notre planète Terre en Alaska, en Afrique….

Editions Rue du Monde. A partir de 3 ans. 24,80 euros.

Je vous invite à découvrir l’univers coloré de Clotilde Perrin ici

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Sous le grand Banian de Jean-Claude Mourlevat et Nathalie Novi. Editions Rue du Monde. 2005.

Un très bel album qui nous présente la relation touchante qu’entretiennent deux sœurs. Jean-Claude Mourlevat nous plonge dans l’imaginaire aux motifs indiens aidé de Nathalie Novi et de ses illustrations magnifiquement rougeoyantes , une réelle émotion.

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Bonjour le Monde! de Catharina Walckx.

Un petit album bien frais qui véhicule une agréable joie de vivre. Une petite fille parcourt le monde en compagnie de son canard et salue tous ceux qu’elle croise. Pas de leçon de politesse, juste le plaisir de saluer, d’aller vers l’autre. Un album qui respire positif.

Ecole des Loisirs, 2013. A partir de 5 ans. 15 euros.

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Le voleur d’enfants  de Michaël Escoffier, Clément Lefèvre.

Nous voilà en compagnie d’un voleur d’’enfant. Un être horrible, avec de longues dents. Brr… Un petit bijou comme on les aime, un conte mystérieux qui connaît un dénouement agréable. Les illustrations sont excellentes, elles nous emportent dans un monde étrange pour mieux nous surprendre. Un album à raconter, raconter, raconter…

Editions Chocolat! 2010. A partir de 5 ans. 13 euros.

Quelques autres idées jetées en vrac car on ne peut pas faire un article qui fait 10 pages…

La maison souterraine aux cent étages 9782809709339publié par Picquier jeunesse. 2e tome de la série mais même principe : Le livre s’ouvre dans sa hauteur, une jeune fille est invité dans une maison de cent étages. Chaque double page nous fait visiter la maison d’une famille d’animaux, chaque maison à 10 étages. Ainsi l’on découvre leur vie trépidante et les nombres jusqu’à cent. Un vrai régal ! Comment faire passer les nombres pour de la rigolade auprès des plus réticents. Attention ! Cet album convient AUSSI à ceux qui sont bons en maths… Dès 5 ans.

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Les frères Lafontaine, Plombiers de l’extrême est un album amusant dans lequel deux super pingouins plombiers sont mis au rebut lorsqu’un autre plombier vient casser les prix. Heureusement pour eux cet hurluberlu n’y connait rien en plomberie et raccommode les tuyaux à coup de sparadrap… Publié par Milan dès 4 ans.

ROMANS

Envie d’un peu de chaleur alors que les premiers flocons tapissent les campagnes françaises ? La solution peut être de partir sur les collines Hollywoodiennes en (très bonne) compagnie de Malika Ferdjoukh.

En apercevant la couverture on se prend à rêver qu’à l' »École » on ait lu et entendu nos appels au secours de ces derniers mois. Nous étions inquiets car les couvertures souvent fades ne collaient plus à l’ambiance d’aujourd’hui mais ressemblaient à « la crise ». Timidement mais sûrement cette année a vu éclore de belles couleurs  ! La
preuve en est une nouvelle fois avec La bobined’Alfred dont la couverture éclatante et tonique est signée Séverin Millet. Voilà donc le moment de vous parler de ce
roman dont la couverture vous livre quelques indices à propos de cette histoire ensoleillée. Sous les palmiers, un cocktail  à la main, en compagnie de Sir Alfred Hitchcock himself, Harry Bonnet va carrément dépasser les bornes. Pourtant c’est vraiment un type sympa, 16 ans, fils de cuistot montmartrois dingue de cinéma.
Plutôt bien élevé mais vraiment trop curieux. Pour ce duo dingo de ciné une incroyable aubaine se fait jour. Une star hollywoodienne Lina Lamont, leur propose de l’accompagner à Hollywood pour que le père d’Harry devienne son chef cuisinier. Peu après leur arrivée, Lina demande à Gustave, le père d’aller remplacer dans le plus grand secret le cuisinier d’un de ses amis célébrissime. Harry, piqué par sa curiosité s’engouffre dans le coffre et surgit au beau milieu du plateau de cinéma d’Hitchcock comme un cheveu sur la soupe.Malika Ferdjoukh choisit dans ce roman de narrer le rêve d’Hitchcock qui mourrait d’envie de tourner Mary Rose, d’après la pièce de James Matthew Barrie comme vous pouvez le lire ici dans un entretien avec François Truffaut. Nous assistons donc durant ce roman au tournage du film et à ses déboires.

La bobine d’Alfred est un roman divertissant et enjoué, qui rend un peu la pêche en
cette morne saison. Tel un film, tous les ingrédients y participent : les décors mythiques d’Hollywood, les rebondissements, le flash-back du début, les tiraillements des amours adolescentes. J’aime ces romans dans lesquels ont perçoit clairement une ambiance, une atmosphère. C’est le cas ici puisque l’on se sent  pleinement réchauffé par le soleil de Californie. On en sort revigoré et plein d’une certitude déjà acquise depuis longtemps : Malika Ferdjoukh est une grande dame de la littérature jeunesse. Capable de jongler entre les styles, les romans sérieux, les romans drôles, les romans policiers, les thèmes de société. Malika sait tout faire.
Conseillé dès 12/13 ans. Publié par l’École des loisirs et vendu au prix de 14
euro.

passe miroirPour ceux qui ne sont pas frileux nous proposons un voyage inoubliable dans un grand nord imaginé par Christelle Dabos dans sa série La passe-miroir qui débute
magistralement avec Les fiancés de l’hiver. Nous sommes ici conquis par cet univers
magique où l’imagination de l’auteur semble n’avoir aucune limite. L’héroïne Ophélie et son futur mari, le dérangeant Thorn ont séduit même celles qui détestent l’héroïc-fantasy… Cet ouvrage précédemment chroniqué
ici vous est donc chaudement
recommandé dès 12/13 ans. Publié par Gallimard Jeunesse, 18 euro.

20131001-212621.jpgRevenons sur terre avec le
roman de Ruta Sepetys, Big easy.  Lui aussi déjà chroniqué sur notre blog nous en remettons une couche et insistons car c’est vraiment un excellent roman d’époque. Celui d’un destin mal parti, celui de la jeune Josie Moraine, fille d’une prostituée peu portée sur le bien être de sa progéniture. A lire absolument dès 12/13 ans ! Publié lui aussi par Gallimard Jeunesse, 16,5 euro.

Une fois encore Susin Nielsen nous gratifie d’un roman inoubliable sur les tourments des ados. Avec Le journal malgré lui d’Henry K Larsen,  elle y va fort et
parvient à nous faire rire et pleurer et même les deux à la fois. Allez, n’attendez plus, si vous ne savez pas quoi choisir prenez celui-là ! Non pas parce que nous le préférons aux autres cités ici mais parce que c’est celui qui nous semble le plus à même de plaire à absolument TOUT LE MONDE (oui, c’est bien écrit ça.) 20131021-215949.jpgÉditions hélium, 14,5 euro.

Attention au départ, décollage imminent…pour la Lune. A la suite d’un concours orchestré par la Nasa, 3 ados se préparent à partir pour l’astre lunaire des décennies après Neil Armstrong et Buzz Aldrin.  Après un prologue mystérieux où le nom des participants a été rendu anonyme et une lente découverte des 3 protagonistes – Mia la norvégienne totalement réfractaire à l’idée d’aller sur la Lune avant de se dire que le voyage lui apporterait une célébrité bien utile pour percer dans le monde de la musique, Midori la japonaise ne rêvant que de quitter son pays et Antoine le français prêt à tout pour s’éloigner de son ex, la mécanique de l’horreur se met en marche.  Une relecture glaçante de la conquête spatiale. N’oubliez pas d’attacher vos ceintures !

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172h sur la lune, Johan Harstad, collection Wiz chez Albin Michel Jeunesse, 2013, 19,50 €

DOCUMENTAIRES

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Elle n’est pas passée inaperçue chez nous cette drôle de leçon d’architecture ! L’architecture
vue par les pigeons 
est un surprenant documentaire mêlant sérieux et humour pour un résultat décapant. Promenez-vous dans ces monuments célèbres en compagnie de Basile Plumagile, votre guide. Un pigeon qui dit tout haut ce que tout le monde pense tout bas… Pour la chronique entière c’est ici.
Editions Phaïdon, 19,95 euro.

Moule à gaufres, voilà notre coup de cœur gourmand ! Ce sont les 22 régions de France métropolitaine ainsi que l’Outre-mer qui sont passées en revue dans ce grand documentaire recensant notre patrimoine culinaire si riche et varié grâce à des anecdotes, des infos aussi bien géographiques qu’historiques sans oublier des recettes et pas les moindres. Des chefs renommés – membres de l’association Relais & Châteaux – proposent leur version de plats traditionnels et ce tout en restant faciles à réaliser par petits et grands. Le livre est bien construit : on nous présente les régions par ordre alphabétique sur deux doubles pages exposant les spécialités locales. A chaque fois, la première double page  affiche la carte du coin et ses 10 productions emblématiques + une mention pour les parents vantant un cépage incontournable tandis que la double page suivante aborde une route révélant comment naissent les saveurs d’un terroir + un encart sur un produit décliné (un fruit, un légume ou un animal particulier) et enfin une recette de grand chef à exécuter en famille !

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Atlas de la France gourmande, illustré par Hervé Pinel, Albin Michel et Bottin Gourmand, 2012, 19 €

Ce bel ouvrage explore le corps de A comme Abdomen à Z comme Zzzz. Certes, il s’agit d’un dictionnaire mais pas que. Le dedans, le dehors, le connu, l’incongru sont tour à tour évoqués avec tout plein de mots interdits qu’on a tous cherché un jour. Vous l’aurez compris, les niveaux de lecture sont multiples grâce aux mots savamment choisis par Katy Couprie (définitions et articles tantôt explicatifs et sérieux tantôt humoristiques et décalés, citations authentiques ou non et autres ornements typographiques) et ses images aux techniques variées (planches en quadrichromie, photographies tramées, dessins au trait, gravures anciennes détournées, têtes de chapitre à l’eau forte etc). On aime le fait qu’il rappelle à la fois les ouvrages d’anatomie d’antan et les radiographies et autres imageries médicales d’aujourd’hui.

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QUINTE n.f Toux à répétition, rouge ou noire, revenant précisément toutes les cinq heures. Voir Toux p. 192 

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Comme il est écrit sur la quatrième de couverture : « de quoi nourrir la découverte de son corps, son imaginaire, pour se connaître et connaître les autres ».

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 Dictionnaire fou du corps, Katy Couprie, Editions Thierry Magnier, 2012, dites trente-trois €

Bon voyage bébé!

Ce petit album aux coins arrondis, réalisé à l’initiative et avec le concours du Conseil Général de l’Ardèche, est offert à tous les bébés nés en 2014 et 2015 dans le département dans le cadre de l’opération « Les bébés aiment les livres ».SAMSUNG CAMERA PICTURES

Il s’agit du premier titre que Beatrice Alemagna (qui nous avait jusque là habitué à de grands formats comme l’onirique Oméga & l’ourse ) publie chez Hélium et adresse aux tout-petits; il lui a été inspiré par sa propre fille! Les pages de garde nuageuses (qu’on retrouvera tapissées dans la chambre enfantine) donnent le ton: on nous emmène en voyage !

L’organisation méthodique du voyage constitue une jolie métaphore notamment par le biais de la valise qui contient le strict nécessaire : biberon, doudou, tétine et livre préféré. Chaque étape est donc énumérée comme une consigne à respecter pour le bon déroulement du voyage. Il y a le change puis la mise du pyjama, ensuite le câlin et l’au revoir. Si on a bien compris qu’on parle du moment (parfois redouté) du coucher, la grande révélation est faite lors de l’avant dernière double page, la seule qui ne représente pas le bébé…

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Le voyage et ses préparatifs reproduisent ainsi  le cadre rassurant du rituel du coucher (déjà évoqué là). On salue la participation de la maman & du papa pour la mise au dodo! Le petit plus: un imagier en quatrième de couverture pour aborder les objets du quotidien du tout-petit et la notion de possession (mon hochet, ma couche, mon bavoir etc). On espère  imagine que ce petit album conduira le nouveau-né vers de prochaines aventures dans le monde du livre. Il constitue en tout cas une première approche ludique grâce à des jeux de (dé)cadrage, de (hors)champ et des points de vue variés (la plongée nous place dans les yeux du parent tandis que la contre plongée donne à voir ce que l’enfant perçoit) ainsi qu’une mise en pages soignée mettant par exemple en valeur les majuscules de chaque phrase…

Bon voyage bébé! , Beatrice Alemagna, Hélium, 2013