Discussion avec Loïc Clément et Anne Montel (partie 2)

Avec Loïc et Anne, le temps passe vite pendant ce confinement ! Les sujets surgissent sans même qu’on y réfléchisse. Chacun dans notre coin nous réfléchissons aux thèmes que l’on souhaiterait aborder.

Après avoir parlé de la critique dans la 1e partie de la discussion, nous avons abordé la production BD jeunesse actuelle.

Gaëlle : Maintenant j’ai envie de parler avec vous de la singularité de vos albums. Un peu isolés au milieu d’un secteur BD jeunesse plutôt formaté et ancré dans des habitudes qu’il semble difficile de bousculer. Depuis 20 ans, je suis libraire jeunesse et bande-dessinée. J’ai exercé ce travail dans tous types de structures allant de la minuscule librairie spécialisée jeunesse du réseau « Sorcières » à la gigantesque FNAC, en passant par une librairie généraliste et désormais une librairie spécialisée BD. Si le métier était parfois différent en fonction des lieux et des pratiques des enseignes, j’ai en revanche partout été confrontée au même constat à propos de la BD jeunesse. Il s’avère que je suis de plus en plus déçue par cette partie de la production et j’ai bien du mal à comprendre que la créativité qui gît dans la BD Adultes et dans l’illustration jeunesse ne se reporte pas sur les BD destinées aux plus jeunes. Avec les années, j’ai de moins en moins d’enthousiasme à lire de la BD pour enfants. Tous les ans : des Schtroumpfs, des Boule et Bill, des Kid Paddle… Voire même plusieurs fois par an des Mortelle Adèle, des Légendaires (on pourrait presque dire plusieurs fois par mois au vu du nombre de sous-séries) etc. Au final je pense ne pas avoir plus de 10 coups de cœur par an.

Loïc : Oh, moi j’aime beaucoup les Légendaires ! Je ne connais pas tout hein, mais de ce que j’en vois c’est un peu le Saint Seiya de mon enfance version française. Ça a l’air d’être fait sans cynisme et avec beaucoup de sincérité donc moi ça me touche…

Gaëlle : Certes, mais de mon point de vue de libraire qui aime très fort la BD, j’attends de la variété, de l’originalité, des surprises… A l’inverse, au vu de la quantité de séries qui sont entretenues chez tous les éditeurs depuis des années, c’est un éternel recommencement. Heureusement, quelques fois l’an un album surgit, m’émerveille, me redonne foi en la bande dessinée pour enfants. Vos albums, Loïc et Anne, sont de ceux-là.

Je m’interroge donc : n’avez-vous pas eu du mal à imposer vos livres dans cet univers si formaté ?

Loïc : Quand on a commencé ce métier en 2010, dans leur écrasante majorité, les éditeurs ne nous répondaient pas ou quand on obtenait une réponse, elle était négative.

Par exemple Le Temps des Mitaines a été refusé partout, vraiment partout. Heureusement qu’Anne avait fait un album d’illustration jeunesse chez Didier Jeunesse et que ces derniers voulaient se lancer dans la Bd à l’époque. Il faut dire qu’on arrivait avec un olni (objet livresque non identifié) de 120 planches pour la jeunesse avec des thématiques un peu sombres donc difficile d’en vouloir à qui que ce soit de ne pas être partant…

Quand l’album a été sélectionné à Angoulême ensuite, ça a eu pour conséquence de nous faire un peu reconnaitre. Résultat, on a pu nouer des dialogues avec certains directeurs de collection. La chance que moi j’ai eu à cette époque ça a été de rencontrer Thierry Joor, l’éditeur de ma copine Séverine Gauthier dont je suis fan. Elle faisait des Bds sombres, sensibles et poétiques chez Delcourt Jeunesse (Garance, Mon arbre, Aristide broie du noir, L’Homme Montagne, Cœur de pierre…) et j’ai trouvé en lui un partenaire de création. Ainsi j’ai trouvé un foyer pour toutes mes histoires mélancoliques aux thématiques hyper dures. Mais soyons clairs, sans Thierry, personne ne signe mes histoires des Contes des Cœurs Perdus qui parlent de dépression, maladie, harcèlement scolaire. Le Voleur de Souhaits, Jeannot, Chaussette, Chaque Jour Dracula, Le Silence est d’Ombre, je crains sincèrement qu’aucun de ces livres ne puisse exister ailleurs… J’ai souvent raconté cette histoire mais pour Chaussette qui parle du deuil par exemple, un autre éditeur m’avait demandé que personne ne meurt dans ce livre… Tu imagines ça ? Le cœur du livre qu’on te demande d’enlever ?

Bref, j’ai eu du bol de rencontrer Thierry qui comprend parfaitement ce qu’on veut faire à chaque fois. Il a même créé une nouvelle collection autour de mon travail de scénariste et de mes collaborations avec Anne, Sanoe, Bertrand Gatignol, Clément Lefèvre, Carole Maurel… signe qu’il y croit et qu’il est demandeur pour de prochains…

Anne : Oui, Thierry mais Pauline Mermet aussi ! J’ai eu l’occasion de la rencontrer chez Dargaud avant même la sortie des Mitaines et le courant est vraiment bien passé dès le début entre nous. Nous avons discuté de divers projets mais rien de concret au départ. D’ailleurs, elle non plus ne souhaitait pas publier Le Temps des Mitaines, car elle n’arrivait pas à cerner l’univers.

Loïc : Oui, en même temps on est jamais hyper bons pour pitcher nos projets donc bon…

Anne :  Voilà. En tout cas, à ce moment-là Loïc a échangé avec elle sur une histoire d’amour, un projet adulte. Ensuite on s’est réunis tous les trois dans un café et j’ai assisté à un drôle d’événement, une sorte de symbiose de communication étrange qui s’est créée entre Pauline et Loïc. Ça a été la naissance de quelque chose de très joli, avec des idées qui germaient dans l’esprit de l’un, parfaitement comprises par l’autre et que je retranscrivais ensuite en images.

Ainsi est paru Les Jours Sucrés.

La confiance établie entre nous a par la suite permis de donner un second souffle aux aventures du Temps des Mitaines, puisque repris par Dargaud en 2020. C’est une vraie chance pour nous de pouvoir faire revivre nos personnages aux côtés d’une éditrice comme elle.

J’ai personnellement quelques soucis à rouvrir le premier tome tellement j’y trouve mon dessin affreux (ça commence à dater !), mais je suis vraiment contente d’avoir pu refaire la couverture et donner un nouvel écrin à cette BD.

Loïc : Donc pour résumer, comme on propose toujours des projets peu glamours ou mal expliqués, on avait du mal à les placer à nos débuts, mais maintenant qu’on travaille en confiance avec nos éditeurs, c’est plus simple. On est même sollicités parfois aujourd’hui sur la base de nos livres existants, donc c’est encourageant.

Gaëlle : Ce que j’apprécie particulièrement dans vos livres c’est que l’on sent que vous ne prenez pas les enfants pour des idiots. Que ce soit par le choix des sujets traités comme tu le disais Loïc (dépression, mort, harcèlement…) ou par le vocabulaire employé.

Loïc : C’est marrant cette histoire de vocabulaire parce que ça revient très souvent dans les retours qu’on nous fait. Je me rappelle d’une dame qui avait rédigée une critique des Mitaines où elle était épatée par les registres de langue employés dans la BD. Langage soutenu pour Gonzague, courant pour Arthur, en patois bordelais pour Pélagie… Je ne pensais pas que ce travail de l’ombre se remarquerait, c’est étonnant…

Et pour les textes des autres livres, je me demande si la préciosité qu’on peut éventuellement déceler ne tient pas à leur forme première. Avant d’en faire un scénario de BD, j’écris toujours l’histoire sous forme d’une nouvelle (mon genre littéraire préféré…)

Gaëlle : Pour ma part je regrette que l’on ne soit pas plus exigeants en matière de Bande dessinée pour enfants et de littérature jeunesse en général. J’ai commencé à y prêter attention il y a une dizaine d’années quand la Bibliothèque Rose a entrepris de saccager les livres de mon enfance, Le Club des cinq. Il y avait d’ailleurs eu un article sur un blog qui m’avait beaucoup marqué : https://citoyenfn.wordpress.com/2016/01/18/le-club-des-5-et-la-baisse-du-niveau/ 
J’avais même écrit à la directrice de collection pour lui dire à quel point ça m’énervait. Sa réponse avait été quelque chose comme « les transistors les enfants ne savent plus ce que c’est ». J’ai eu l’impression d’avoir mille ans ou plus.

Je fais partie de ceux qui pensent que les livres sont là pour apprendre et découvrir et qu’ils nous fournissent le vocabulaire nécessaire pour le reste de notre vie. Alors je ne pense pas que de tout rédiger au présent et de simplifier les textes soit une solution. A l’époque j’avais comparé les deux versions d’un Club des cinq avant et après la réécriture, ça n’avait plus la même saveur. Ou peut-être étais-je désormais trop vieille tout simplement !

Et vous, quelles règles et limites vous fixez-vous sachant que vous vous adressez à des enfants ?

Loïc : Aucune. A dire vrai, je ne sais même pas ce que c’est que de faire de la BD jeunesse. J’écris sur les sujets qui me touchent, avec le vocabulaire qui me semble pertinent et ça finit dans une case jeunesse parce que les héros sont jeunes. J’écris de la même façon pour les adultes et ça finit en adulte parce que les héros sont plus âgés. C’est la première fois que je le formalise comme ça mais ça me semble assez juste.

Anne : En effet, on ne se pose vraiment pas la question du public. Ça pourrait paraître stupide ou égoïste, mais on fait avant tout des livres qu’on aimerait lire.

Personnellement, je lis rarement de littérature « adulte », ce qui m’intéresse est toujours catalogué « ado » ou « jeunesse », alors que ce sont des livres qui s’adressent à tout le monde. Mes livres préférés sont les Harry Potter, qui m’ont transportée enfant et ont le même effet aujourd’hui. J’ai dévoré les Pullman, et si à l’époque je lisais tout Marie-Aude Murail, j’y trouve encore un plaisir énorme à ce jour.

Concernant le dessin, c’est vraiment pareil, je dessine comme j’en ai envie. Il se trouve qu’on qualifie souvent mon dessin de jeunesse, ce qui est un atout par rapport aux thématiques sombres abordées par Loïc, cela permet d’adoucir le propos.

Loïc : C’est clair que tu prends Les Chroniques de l’Île perdue chez Métamorphose, qui est une BD horrifique pour enfants et qui parle de la violence entre frères, et tu mets un dessin réaliste à la place de celui d’Anne : aucun gamin n’en ressortirait indemne ! C’est un peu la même chose avec Le Collège noir d’Ulysse Malassagne ou Les Bergères Guerrières de Jonathan Garnier et Amélie Fléchais cela dit… En tout cas, on est vraiment très complémentaires Anne et moi.

Pour revenir à ta question des « limites » parce qu’on s’adresse aux enfants, pour moi c’est exactement cela qui peut conduire à faire de mauvaises bds. Les enfants sont pas des débiles profonds à qui on ne peut rien dire. On peut aborder TOUS les sujets avec eux.

Gaëlle : Je rebondis sur ce que vous dites, j’ai moi aussi l’impression parfois que la seule différence entre un livre pour enfant/ados ou adultes au final, c’est l’âge du personnage ! Le besoin d’identification est revendiqué par les parents comme principal critère de choix lorsqu’ils achètent pour leur enfant. Au quotidien dans mon rôle de conseillère, j’entends des choses qui me font hurler. Et il est très difficile de faire bouger les lignes !

Je vous donne quelques exemples :

« C’est l’histoire d’un garçon… », on me répondra, oui mais c’est pour une fille (et vice-versa et encore pire dans l’autre sens d’ailleurs).

La chose la plus étonnante que j’ai entendu ces derniers temps c’est à propos de Lettres d’amour de 0 à 10 ans. L’adaptation BD a pour couverture Ernest et sa copine Violette tout deux âgés de 10 ans et se promenant avec le petit frère de celle-ci dans un porte-bébé. Voici ce qui m’est revenu aux oreilles :

  • Non ma chérie, l’amour c’est pas de ton âge !
  • Ça n’ira pas elle a 11 ans.
  • Non mais je vais pas acheter l’histoire d’un couple d’enfants qui a eu un bébé !

Un autre jour, je devais trouver une BD humoristique pour un petit garçon d’une dizaine d’années qui appréciait beaucoup Mortelle Adèle et d’autres séries de gags. Je propose Dad, me disant que ça risquait de tiquer sur le fait que ce ne soit que des filles mais puisqu’il aimait Adèle, j’ai tenté ma chance en pensant que ça conviendrait. Les filles n’ont pas été l’obstacle. Le problème c’était le balai… La cliente n’en a pas voulu parce que ça la gênait que les rôles soient inversés et que le papa fasse le ménage et s’occupe des enfants. Elle a trouvé qu’il était un mauvais exemple (c’était peut-être plus par rapport aux 4 mamans qu’à cause de l’aspirateur…).

Loïc : C’est tellement déprimant… Et après on me demande pourquoi je suis misanthrope…

Gaëlle : Il y a une anecdote que j’aime bien raconter à propos d’une de mes BD favorites : Momo de Jonathan Garnier et Rony Hotin. Je conseille cette BD à tour de bras et je commence à avoir un joli sac de remarques faites par les clients à son propos. Un jour, je me suis aperçue que la plupart des gens avaient acheté cet album en pensant que Momo était un garçon ! Il est vrai qu’elle a les cheveux courts et même encore plus courts dans le t2 et que son prénom n’évoque rien. J’en ai parlé un jour avec Jonathan en lui demandant si c’était un coup de génie de sa part ou un hasard total puisque grâce à cette méprise beaucoup de petits garçons ont lu la BD. Il était surpris que je lui raconte ça et n’avait jamais imaginé qu’on puisse se méprendre sur le personnage. Mais l’équivoque fonctionne parfaitement ! Comme quoi, le succès est aussi possible pour des livres en marge de la production.

Mon sentiment, c’est que dans beaucoup de BD pour enfants on sent qu’il y a un genre de cahiers des charges implicite (de préférence un duo garçon + fille, de préférence une série, de préférence ceci ou cela…) qui ôte, d’après moi, toute originalité. C’est ce qui me plaît dans vos ouvrages, c’est qu’on ne trouve pas ces ingrédients redondants que la plupart des éditeurs semblent imposer. Non seulement Loïc tu fonces dans le tas en proposant des sujets sérieux, et toi Anne ton dessin n’a rien à voir avec ce qui se pratique habituellement.

Loïc : Résultat : nous ne sommes pas ce qu’on appelle de « gros » vendeurs ! Ha ha. C’est vrai, sans rougir de nos chiffres de vente, le bilan comptable montre que nous ne sommes pas forcément des exemples à suivre dans le sens où l’on ne produit pas de best-sellers.

Concernant un genre de cahier des charges implicite, je vais peut-être te surprendre mais je l’ai vraiment, vraiment ressenti en édition jeunesse et pas vraiment en BD. En jeunesse, à part chez Little Urban où avec Anne on peut faire ce qu’on veut (t’as qu’à voir, le prochain Professeur Goupil – série de romans Premières lectures pour enfants – parle de la dépression post-partum…), les contraintes des éditeurs sont très fortes. Il faut faire ci, on peut pas faire mi, holalalala ce sujet c’est pas possible… J’ai mille anecdotes là-dessus.

Alors qu’en BD, on nous a jamais dit ce qu’on doit faire sur le fond. Par contre sur la forme oui, là je suis d’accord avec le côté série, pagination…

Gaëlle : Anne, tu aimes beaucoup le travail de Camille Jourdy, tu es sûrement ravie du succès des Vermeilles qui rafle tous les prix jeunesse cette année ! Son univers et le tiens ont beaucoup de choses en commun : la minutie, la douceur, les couleurs pastel, les décors d’une précision extrême… Il m’est parfois revenu aux oreilles de la part d’auteurs jeunesse que les éditeurs refusent leurs projets sous couvert que ce serait trop original. Quand je vois le succès de ce livre qui va à rebrousse poils de presque tout ce qui se fait en BD pour enfants (l’épaisseur de l’album notamment que je craignais être un obstacle), ça nous permet d’être optimiste pour la suite et d’espérer d’une plus grande diversité, non ?

Anne : Oui, j’ose penser que le succès de ce genre de livre ouvre des portes pour les autres par la suite. Des livres pas calibrés mainstream qui pourront exister parce que Les Vermeilles notamment a ouvert la voie. Je crois que c’était aussi une appréhension de Camille Jourdy, que le livre ne trouve pas son public : dessins qui tirent vers le « jeunesse » mais épaisseur d’une BD adulte… mais le pari est magiquement relevé ! Enfin je l’espère pour elle, car nous savons tous les trois qu’un succès critique ne signifie pas forcément un succès commercial.

Loïc : Je rebondis un peu à côté volontairement mais bien sûr qu’on peut appeler de ses vœux à toujours plus de diversité… toi qui est libraire, est-ce que tu n’es jamais interpelée par le mimétisme pour ne pas dire parfois la copie ? Tu as un titre qui va marcher genre une jeune fille avec un sacré caractère et ensuite tu vas avoir une palanquée de séries à suivre derrière avec peu ou prou le même modèle… Tu l’as déjà constaté, ça ?

La suite au prochain épisode…

BD 2017 : séance de rattrapage.

Oh la la ! Il y a tant de bandes dessinées dont je n’ai pas eu le temps de vous parler !

J’ai rencontré des héros et héroïnes à vous faire vibrer des jours entiers ! Ils s’appellent Momo, Chaussette, Dagobert, Merlin, Verte, Félix, La fouine, Calliope, Sucre de pastèque, Eugène, Ursule, Anastabotte… J’ignore pourquoi ils ont tous des noms originaux ou qui étaient démodés avant mais qui reviennent en force. Ceux qui ont des noms d’animaux en sont vraiment, rassurez-vous. Ceux qui portent des noms de vêtements ne sont pas des habits pour autant…

sfar

21,90€ ed. Flammarion.

Commençons par celui qui n’est pas franchement une bande-dessinée : A cause de la vie de Véronique Ovaldé au dessin et Joann Sfar au texte (une bien piètre blague s’est dissimulée dans cette phrase). Personnellement chaque fois que j’ai montré ce livre à un client, il m’a dit « Ah, mais oui, ils sont passés à La grande librairie ; ils avaient l’air si complices ! ». J’ai donc été chaque fois bien aidée puisque apparemment les deux zigotos ont sacrément fait le show.  Et mon boulot avec. Va peut-être falloir que je finisse par regarder ce replay par ailleurs.

C’est donc l’histoire d’une jeune ado qui elle aussi a un nom qui était à la mode avant (mais qui n’a pas fait de revival depuis et que je ne citerai pas pour ne vexer aucune Nathalie lectrice). Elle décide donc de  se faire appeler « Sucre de pastèque », ce que je trouve nettement moins joli et facile à porter. En même temps on est dans le bon timing popularité du prénom car on est dans les 80’s. Tout ce paragraphe ne sert donc à rien.

Elle aime exagérer, se plumer les cheveux, piquer du rouge à lèvres en cachette, écouter les Smiths (en lien une de leur chanson que j’adore et qui existe en version revue et corrigée par Ebony Bones). Elle attend le prince charmant en se prélassant dans son vieil appartement. DING DONG ! Le voilà, tout chétif et craintif. Début d’une folle et belle histoire d’amitié entre deux gamins du même immeuble qui réinventent une façon d’être amis en se voyant à peine, à grands renforts d’ingéniosité.

Un livre inclassable pour tous les publics qui aiment les histoires touchantes et farfelues. Avec de jolies illustrations de Joann Sfar et un texte minutieux, malicieux, généreux de Véronique Ovaldé. Immense coup de cœur. Je l’ai serré dans mes bras quand je l’ai fini. C’est dire si je l’ai aimé.

verte

14,00 €, ed. Rue de Sèvres.

Elles vous sont certainement familières. Verte, Ursule et Anastabotte sont 3 sorcières de la littérature jeunesse nées sous la plume de Marie Desplechin dont les aventures sont parues en roman sous les titres Verte, Pome et Mauve. Il y a fort à parier qu’il y aura 3 BD aussi… Dans cette adaptation fort fidèle au roman, je n’ai donc pas été déçue du tout de retrouver ces trois générations de nanas. Des personnages pétillants, une magie inoffensive ou bienfaitrice et surtout, surtout cette bonne idée de proposer à Magali Le Huche d’illustrer cet album. Le résultat est pimpant comme tout, joliment coloré et plein de motifs mimis comme tout ! Alors c’est un grand oui pour cet album !

 

momo

16 €, ed. Casterman.

Momo… ah, Momo ! Lisez Momo, je vous en conjure ou je démissionne ! Car tant de beauté et de subtilité ne peuvent passer inaperçues et méritent bien un caprice de libraire. Moi aussi je peux taper des pieds dans les rayons en chouinant.

A l’illustration : Rony Hotin, subtile combinaison de Miyazaki et Vivès (y a pire, non ?) nous emporte loin, très loin dans l’émerveillement. Le scénario de Jonathan Garnier nous fait faire le yoyo des émotions, le grand huit des sentiments. C’est certainement l’une des plus belles et tristes histoires d’enfance que je connaisse. Et moi j’adore chialer et rire en même temps alors je me mets à soupçonner que messieurs Hotin et Garnier aient écrit ce livre pour moi (mais ça devient n’importe quoi).

Sublime et aux avis unanimes (du moins parmi mes collègues et tous ceux qui l’ont lu).

Officiellement pour enfants, mais franchement on s’en tape et on l’offre à tous ceux qui aiment la BD.

bambou

12,00€, ed. Rue de Sèvres.

Allez, hauts les cœurs ! Une histoire positive, pleine d’espoir pour le futur et la nature…

Une forêt de bambou se meurt. Et oui ! C’est triste,  mais c’est comme ça (que commence l’histoire en tout cas, parce qu’après je vais encore passer pour celle qui n’aime ni les animaux, ni la nature, ni les gosses etc.)

Il suffit de regarder la couverture pour être les pupilles toutes écarquillées par la splendeur de l’illustration, par le choix des couleurs et les attitudes et expressions des personnages.

Animaux et humains vont s’unir afin de sauver la forêt dont les bambous disparaissent les uns après les autres. Une très jolie histoire de Richard Marazano auteur d’un certain nombre de mes séries chouchoutes, notamment pour la jeunesse Yin et le dragon, Le monde de Milo, Le rêve du papillon, etc.

J’ai été vraiment émue à la lecture de cette BD et ne regrette pas un instant cette dangereuse balade en forêt.

chaussette

10,95€, ed. Delcourt.

Loïc Clément et Anne Montel, auteurs d’un de mes chouchous : Le temps des mitaines, poursuivent leur singulière œuvre qui ne ressemble à nulle autre parmi les BD jeunesse. Si j’hésite à utiliser l’adjectif mignonne à l’encontre de leur œuvre, c’est qu’on peut parfois l’associer à « cul-cul ». Et aussi parce que finalement ce n’est certainement pas assez flatteur pour refléter l’esprit de leurs albums. Que dire alors ? Des livres coquets, délicats, croquignolets, ravissants, aux teintes subtiles plus que de raison (le boulot d’Anne) et aux histoires tantôt intrigantes : Le temps des mitaines T1 se lit comme une enquête policière, tantôt engagées comme dans Le temps des mitaines t2 dans lequel les personnages prennent conscience de plein de choses de grands.

Mais toujours et avant tout profondément humaines et attentives aux autres. C’est une des choses que j’aime chez eux, on sent qu’ils aiment les gens et aussi qu’ils ne veulent pas prendre les enfants pour des imbéciles.

Dans Chaussette, une amitié discrète prend forme entre un petit garçon à la curiosité aiguisée et sa vieille dame de voisine. Un joli duo s’amorce au fil des pages. On déambule avec la « vieille » Chaussette et son chien Dagobert dans une ville pleine de couleurs pastel et de vie. On s’y sent bien dans ce quartier !

Et en prime, ça fera plaisir à ma cliente orthophoniste d’hier qui voulait que je fasse passer ce message aux éditeurs : « Imprimez vos livres en écriture attachée et pas en majuscules ». Parce que c’est vrai que la belle écriture d’Anne est quand même plus jolie. Et si ça peut aider les enfants en difficulté de lecture, je relaye ce message avec plaisir.

voleur

10,95€, ed. Delcourt.

« Portés par une joie immense, nos deux amoureux mirent fin à leur quête dans un festival de scintillements… »

A vos souhaits ! Si Félix est dans le coin lorsque vous éternuez, méfiez-vous ! Il pourrait bien vous piquer votre souhait pour le mettre en bocal… Une idée de Loïc Clément (oui, le même qu’au-dessus) qui s’offre ici une parenthèse en compagnie de Bertrand Gatignol. Changement radical d’illustration donc pour cette histoire. Gatignol dont je trouve le travail admirable, me fait toutefois d’habitude un peu peur parce qu’il aime bien les ogres, les marmites et les nonosses à ronger. Malgré tout, j’ai ouvert cet album avec grand enthousiasme parce que je me suis dit qu’il n’allait quand même pas infliger des trucs pareils aux gosses. Par ailleurs connaissez-vous Pistouvi ? Soit dit en passant…

pistouvi

L’alliance de ces deux talents Clément + Gatignol, c’est le combo magique ! Moderne, inventif, avec une fin en feux d’artifices, cet album est une pépite.

Les aventures de Félix le collectionneur de souhaits et de Calliope qu’on dirait sortie tout droit de la Grèce antique, sont fabuleuses et émouvantes. Dans un monde où il n’y a qu’eux qui compte, ils errent à la recherche de leurs désirs les plus chers dans un Paris à la fois réel et qui pourtant semble étrangement imaginaire. En vain.

Et nous on a la larme à l’oeil de tant de poésie et de beauté.

Les bonus à la fin ont un intérêt certain pour tous les curieux de l’édition. Les secrets de la création de l’album, les négociations avec l’éditeur, les arguments des uns et des autres offrent une belle conclusion à ce magnifique Voleur de souhaits.

 

Et voilà, c’est fini pour aujourd’hui. Sachez que ça me tue de ne pas vous parler du prochain Bastien Vivès qui sort début mai que j’ai dévoré d’une traite et que je ne fais qu’y penser depuis… Mais franchement, vous mettre l’eau à la bouche pour un livre pas encore paru, ça se fait trop pas.

Une autre fois !

soeur