Illustres illustratrices

9ème – et même avant dernier – jour de stage. Gloups !

C’est le début d’une opération de l’Union commerciale de Neufchâtel en Bray, pour le week-end de Pâques. C’est à dire que les commerçants d’un quartier, d’une commune… se réunissent, sous forme d’association, ce qui leur permet d’animer leur localité, de valoriser leurs boutiques et de mieux se représenter auprès des municipalités. Les C.C.I. leur apportent régulièrement outils, soutien et accompagnement. Ils sont des médiateurs non négligeables.

Et l’Union commerciale, c’est une force pour chaque commerce et la garantie du dynamisme des centres villes. Ici, c’est bien le cas.

En parallèle, au cours des mes « peregrinations », de mes zieutages et de mes feuilletages au coeur du rayon jeunesse, je découvre deux albums aux couvertures séduisantes. Ce ne sont pas des nouveautés, peu importe. La littérature jeunesse a encore de quoi – largement – m’initier.

Le premier livre, c’est « La petite poule rousse » de Miss Clara, chez Gauthier Languereau de 2015. Un conte classique proposé par une illustratrice à l’univers inventif et aux personnages attachants. Une technique d’illustration qui ne laisse pas indifférent.

Le second, c’est « Rendez-vous à quatre heures et demie » de Claire Franek, chez Actes sud dans la collection Encore une fois, publié en 2013. Cette artiste, partie bien trop tôt, n’aura pas eu le temps de nous montrer l’immensité de son talent et sa façon si particulière de s’intéresser, tout simplement, aux gens. Mais en ayant fait polémique avec le « Tous à poil » co-écrit avec Marc Daniau (cf article de Marion sur l’O.L. : https://ouvrelivres.wordpress.com/2012/01/21/tous-a-poil-de-claire-franek-et-marc-daniau/), elle avait déjà fait preuve de tant de malice, indispensable pour plaire aux enfants et faire vivre les grands. À travers cette histoire, elle suit la journée de différents parents qui habitent un même quartier. Car, c’est la question : que font-ils tous dès que les enfants sont déposés à l’école le matin et qu’ils ne doivent les récupérer qu’à quatre heures et demie (d’où le titre…) ? Quelques heures écoulées, un pâté de maisons, sa vie, son école, ses commerces et ses habitants, c’est une intrigue envisagée à la manière d’un reportage télé, montrant la diversité et la mixité, mais aussi tant d’ententes et d’affinités.

Décidément, ce stage, tout du long, me réserve de belles découvertes. Je vis en littérature de jeunesse, sympathique ressenti et agréable enthousiasme.

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Tchon Tchon Bleu, de Pinin Carpi

Ah la la le livre que voilà ! Un comme on en attend tout le temps et un comme on en reçoit tous les … pas souvent.

Laissez-moi vous parler de cet incroyable paysan appelé Tchon Tchon Bleu, héros de ce livre cinquantenaire tout juste venu d’Italie où il est hissé à hauteur de culte. Je m’interroge sur la durée qu’il lui a fallu pour franchir la frontière…

Cet intrigant personnage vit paisiblement dans son champ d’orangers tranquillement protégé par son parasol bleu et orange qui lui sert de toit. Tchon Tchon Bleu fait partie de ces gens qui sont satisfaits de peu. Pourquoi avoir une maison quand on a un parasol ? Un jour, un drôle de neige tombe ce qui lui donne l’idée de fabriquer des glaces à l’orange (hum!) qu’il s’en va proposer en ville. Les glaces ne fondent pas en chemin car on est dans un conte et qu’on y fait à peu près ce qu’on veut pourvu qu’on en respecte les règles. En chemin Tchon Tchon Bleu rencontre un homme malheureux qui jette des perles dans la rivière car cela lui permet d’y mirer le visage de sa bien aimée. Le paysan ignore qu’il s’agit là de l’empereur, il ne sait même pas à quoi ce métier peu servir. C’est le début de leur belle amitié et de leurs aventures. Bien que l’histoire ne se déroule que sur deux jours, on croisera là des fées bonnes ou mauvaises, des jolies filles qui deviennent grosses (pour leur bien), des farfadets, des brigands, de la soupe de poulet aux amandes, des lucioles, un empereur qui n’aime pas la guerre, et bien sûr des kilos d’orange !

Maintenant un zeste d’histoire…

L’auteur, Pinin Carpi (drôle de prénom n’est-ce pas? En vrai c’est Giuseppe) est né dans une famille d’artistes à Milan en 1920. Il s’est passionné tout jeune pour les livres en en fabriquant lui-même. Sa famille et lui étaient très impliqués contre le fascisme. D’ailleurs, si ses livres pour enfants ne sont pas ouvertement politiques, on note tout de même la farouche volonté de l’empereur à ne pas faire la guerre. Tchon Tchon Bleu est son premier roman publié pour la jeunesse, en 1964. Il a même un blog qui lui est dédié (en italien).

Je ne résiste pas au plaisir d’une petite comparaison iconographique entre l’allure italienne et la classe à la française de notre paysan en vous livrant ici les deux versions. Regardez sa bouille de l’autre côté des Alpes où il répond au doux nom de Cion Cion Blú. Les illustrations sont d’Iris de Paoli. En voici une que j’ai choisie car on y voit un macaron apposé avec l’inscription « un grand classique pour tous les âges ». Nous revoilà dans la polémique de l’âge ! Tchon Tchon Bleu est un gros livre bien épais qui peut intimider les plus jeunes alors que le contenu est irrésistible et tout à fait adapté aux plus jeunes. C’est absolument le genre d’ouvrage à lire en famille si on a des semaines devant soi. Sinon, seul, puisque les chapitres sont courts et illustrés je prends le risque de dire qu’un bon lecteur d’une dizaine d’années peut se lancer à l’assaut de ce conte.

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Sur cette image on voit que tout y est très bleu et exagérément orange, d’ailleurs le chien de Tchon Tchon Bleu s’appelle O Ran Ge et son poisson rouge s’appelle Bleu. Une couverture parfaitement fidèle au contenu de l’ouvrage dans lequel le paysage entier semble être dans ces tons. Pour un peu ça commence comme du Ionesco : »Intérieur bourgeois anglais, avec des fauteuils anglais. Soirée anglaise… » Remplacez « anglais » par « orange » (ou « bleu » !) et vous avez du Carpi. Mais là où Ionesco m’étais resté coincé en travers de la gorge étant ado, j’ai pris beaucoup de plaisir à lire cet ouvrage bien que le début qui nous introduit dans cet univers bicolore soit assez insistant sur ces deux termes. Une fois lancée dans cette folie bariolée je n’ai plus pu m’arrêter.

Observons maintenant la très belle version française proposée par les éditions MeMo. Ghislaine Herbéra (que j’adore soit dit en passant) a réinterprété tout en douceur l’univers délicatement dingo de Pinin Carpi (Voici donc notre paysan chinois à la manière de Ghislaine Herbéra :

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Ce qui nous saute au visage c’est le respect de l’illustratrice pour les tons employés bien qu’elle propose sa propre version du conte. On retrouve tout comme dans son intrigant album Monsieur cent têtes, des personnages parfois inquiétants. Ici il est question d’un mélange de folklore chinois, de bêtes féroces, de fantômes et de farfadets bien malicieux.

Je ne suis pas sûre que cet article reflètera suffisamment mon débordement de joie à la lecture de ce livre mais j’espère vous avoir quand même intrigués car Tchon Tchon Bleu, je vous le dit, c’est pas tous les jours qu’on en voit des comme lui.