L’écriture à 2 voix, 4 mains et 8 pieds…

Lorsque des auteurs décident d’écrire un livre à plusieurs, la question se pose de la démarche qui amène à cette expérience. En effet, il s’agit souvent au dire des auteurs d’une rencontre, d’une idée commune qui fait son chemin. Quelques exemples pour vous :

Et je danse aussi de Anne-Laure Bondoux et Jean-Claude Mourlevat

danseCes deux auteurs pour la jeunesse se sont décidés à écrire ensemble une correspondance. Le travail de l’un et l’autre est donc facilement perçu par le lecteur, d’autant plus que les personnages ressemblent un tant soit peu aux auteurs. D’un côté, Pierre-Marie, écrivain célèbre, la cinquantaine, en manque d’inspiration. De l’autre, Adeline, lectrice curieuse et pétillante qui prend les devants en envoyant un colis à l’auteur. Les auteurs ont avoué à La grande librairie qu’effectivement l’identification à leurs personnages respectifs était forte. L’intrigue s’est créée au fil des lettres de l’un et l’autre, avec plein de « perches tendues » que l’autre a l’opportunité de saisir selon son envie… Ce qu’ils appellent leurs « petits poussins perdus », toutes sortes de digressions au fil des lettres qui leur permet de se dévoiler au fur et à mesure de la correspondance.

 

L’expérienceur de Marie-Aude Murail et Lorris Murailexperienceur

Dans ce roman écrit par le frère et la sœur, par contre, un seul récit, et une impossibilité pour le lecteur de savoir quel est le rôle de chaque auteur. Le roman aborde le thème des expériences de mort imminente (E.M.I), et crée un suspense haletant autour de la mort de Lucie, qui a eu un accident de parapente, mais son mari Théo la croit encore vivante.

 

14-14 : Centenaire de la Première Guerre Mondiale, l’histoire d’une correspondance entre deux personnages de 1914 et 2014, Silène Edgar et Paul Beorn

14Un postulat de départ dans ce roman avec un côté fantastique, puisque deux jeunes garçons prénommés Adrien et Hadrien vont pouvoir échanger des lettres à un siècle d’écart… Ainsi, ils vont d’abord être dans l’incompréhension mutuelle, puis dans la découverte d’un quotidien éloigné du leur et aborder ensuite la première guerre mondiale. Chaque chapitre correspond au point de vue de l’un ou l’autre des enfants, et ponctué de lettres qu’il reçoit ou écrit alternativement.

 

 

 

U4 : Jules, Yanis, Koridwen et Stéphane par Yves Grevet, Florence Hinckel, Vincent Villeminot et Carole Trébor, aux éditions Nathan et Syros.

C’est l’histoire de quatre auteurs qui se retrouvent sur un salon « fantasy » et qui s’ennuient, face aux passionnés déguisés, et se sentent peu à leur place. Ils discutent, font durer les pauses et se lancent « Et si on faisait quelque chose ensemble ? ». Et là, contrairement à beaucoup de fois où le projet ne voit pas le jour, ils se lancent vraiment dans l’aventure. Les quatre auteurs choisissent un scénario, l’histoire d’un monde apocalyptique touché par un virus qui ne touche pas les adolescents. Et ils inventent leur personnage, qui rencontrera forcément les autres et c’est là où l’idée devient intéressante. Car ils écrivent sous le regard des autres.

Aux dires d’Yves Grevet, c’est vraiment une expérience d’écriture passionnante, mais prenante et difficile. En effet, tout doit être négocié jusque dans les moindres détails avec les autres auteurs. Par exemple, si l’un veut qu’un autre personnage soit assis dans une scène, il doit se justifier, expliquer l’intérêt, etc… Les auteurs se corrigent mutuellement, ils écrivent parfois une même scène l’un à côté de l’autre. Certains passages presque éludés dans certains tomes sont largement plus développés dans d’autres. Au total, les auteurs se sont envoyés plus de 3 000 mails pendant les deux années qu’ont duré l’écriture du livre.

Les lecteurs peuvent donc lire la série dans l’ordre qu’ils veulent, mais aussi, lire les 4 tomes ensemble en avançant dans les quatre au fur et à mesure de l’intrigue ! A paraître un 5e tome écrit lui à 4 mains (ou à 8 !).

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« D’après une histoire vraie », le livre que j’ai lu ou peut-être pas… !

DSCN4389Si on part du principe que Delphine de Vigan a peut-être ou peut-être pas vécu les événements qu’elle relate dans ce livre, qu’en est-il de notre lecture ? Tout comme elle joue avec la notion d’identité du narrateur, pourquoi ne jouerions-nous pas avec celle du lecteur ? Disons-donc, dans un premier temps, que nous l’avons lu ce livre. Nous pourrions alors dire que « D’après une histoire vraie » raconte un épisode de la vie d’un auteure (prenons par exemple D. de Vigan). Cette dernière vient d’achever, de publier, de promouvoir un livre très personnel dans lequel elle se raconte, elle et sa famille. Puis arrive cette rencontre avec L. Une femme qu’elle croise lors d’une soirée et qui va devenir assez vite une amie, une confidente mais aussi une manipulatrice, une obsession. Leur relation devient exclusive, prenante et même flippante (je l’aurai vécu comme ça, en tout cas, moi) jusqu’à devenir un tantinet dangereuse*. Leurs discussions tournent essentiellement autour des notions de création, d’inspiration et de sujets – valables ou non, attendus ou non – de l’écriture. La tension qui émane de cette relation nous tient en haleine jusqu’aux dernières pages. Mais il n’y a pas que ça qui captive autant le lecteur, c’est grâce aussi au jeu subtil de l’auteure qui nous maintient fermement entre cette idée de fiction et de réalité. D. de Vigan a-t-elle rencontré ou pas L. ? A-t-elle vécu réellement ou pas ce harcèlement ? Réalité, fiction, vérité… on se pose la question sans arrêt à chaque page et – tout comme l’héroïne – on doute, on se questionne, on enrage. Un « faux-semblant » original. En définitive on finit par se demander si D. de Vigan ne nous manipule pas davantage que ne le fait le personnage de L. dans le récit… S’il est bien VRAI que nous l’ayons lu, d’ailleurs, « D’après une histoire vraie » ??

Un prix Goncourt des lycéens 2015 largement mérité. Une lecture psychologique mais aussi une belle leçon d’écriture et de création. Juste un bémol pour ma part, quelques longueurs dans ce roman qui je l’espère ne décourageront pas nos jeunes lecteurs.

D’après une histoire vraie, Delphine de VIGAN, JC. Lattès. 484 p. 20€

À partir de 15/16 ans. Lecteurs confirmés (et/ou passionnés par le sens de l’écriture et de la littérature).

* Pour les fans de S. King, c’est un sacré clin d’oeil à « Misery ».

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Quand Jo Witek et Gaël Aymon se promènent du côté de l’OL…

 Avril 2015 – Festival Anima’Docs – Jo WITEK et Gaël AYMON viennent rencontrer de jeunes lecteurs normands*. Selon les aléas du planning, Jo peut venir assister à une rencontre de Gaël avec une classe de 1ère Bac professionnel. Une rencontre croisée et improvisée pour ces deux auteurs qui se connaissent bien, une première pour le festival, une aubaine pour les élèves. Wahou deux auteurs jeunesse pour eux tout seuls ! Et puis une idée pour prolonger cette rencontre, découvrir davantage ces inventeurs d’histoires, ces passionné(e)s de l’écrit, toujours prêts à aller au devant du public, découvrir leurs lecteurs : les inviter à l’OL. Et cette fois-ci en virtuel. Leur soumettre un questionnaire similaire mais complété de manière dissociée. Mettre en commun et apprécier sans modération.
Merci à Jo, merci à Gaël d’avoir joué le jeu pour le plaisir de lire, de s’amuser, de combler notre curiosité et aussi pour un plaisir partagé, celui de la littérature jeunesse.

 * Jo venait rencontrer les élèves seinomarins pour son roman « Mauvaise connexion », Talents Hauts, 2012 et Gaël pour « Ma réputation », Actes sud junior, 2013.

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  • En quelques phrases, peux-tu te présenter et expliquer comment tu en es venu(e) à écrire pour les jeunes, et notamment les adolescents. 

JW : Je suis une humaine de genre féminin, une mère, une écrivaine, une femme qui marche sur terre en essayant de rester curieuse, rieuse, amoureuse et le plus possible heureuse. Pas facile en ce moment, le monde fait triste mine. J’écris pour les jeunes, car c’est cette édition qui m’a ouvert ses portes. La littérature jeunesse est plus bigarrée formellement, socialement, culturellement que la littérature générale. Je m’y sens bien.

GA : Je viens du monde de l’audiovisuel où j’ai bourlingué une quinzaine d’années. Acteur, assistant, réalisateur, producteur… le tout agrémenté d’un tas de boulots alimentaires plus ou moins déprimants. C’est un milieu qui ne me convenait pas. Trop de pression, trop de démonstration, de compétition. J’en suis sorti éreinté. Au bout du chemin, quelques scénarios toujours en tête, j’ai eu l’idée saugrenue de tenter de les écrire sous forme de contes et de les envoyer à des éditeurs jeunesse, monde dont j’ignorais tout. Trois mois plus tard, tout commençait, avec une facilité et une évidence qui ne s’est plus démentie.

  • Comment conçois-tu le métier d’écrivain pour adolescents ?

GA : Comme une discipline et une nécessité.

JW : Je ne pense pas être écrivaine pour ados, enfants, ni spécifiquement pour les filles ou pour les garçons. Je suis auteure. Point. J’écris ce que j’ai envie d’écrire. C’est toujours le désir qui me fait écrire. Le désir de dire le monde avec mes yeux, de crier ce qui m’agace ou me fait pleurer. J’écris par nécessité. C’est ma respiration. La raison de vivre que j’ai trouvée. Ma façon d’être utile dans la société. Faire rêver, faire réfléchir, frissonner ou donner envie d’agir.

  • Comment vois-tu les adolescents d’aujourd’hui ?

GA : J’en ai rencontré tellement ! Il est impossible de généraliser, comme s’il s’agissait d’un groupe uniforme. Ils ne sont pas si différents des ados de mon adolescence. L’adolescence, c’est très large, entre 11-12 ans et 18-20 ans, on a une palette d’êtres humains absolument impossible à comparer. Disons que, le plus souvent, dans le cadre de nos rencontres ou des enquêtes que je réalise lors de phases de documentation, ils me touchent beaucoup. J’ignore pourquoi et je ne cherche pas à me l’expliquer.

JW : Ce qui est formidable avec les jeunes lecteurs, c’est qu’ils sont encore très partants pour rêver à un monde meilleur. J’aime vraiment l’échange avec les adolescents. Les adultes devraient parfois les écouter davantage. Ils ont de bonnes idées. Ils savent regarder et écouter sans certitudes, ils savent s’émerveiller. Les jeunes d’aujourd’hui ressemblent à ceux d’hier, il suffit pour s’en rendre compte de lire le poème de Rimbaud « On n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans ». La société change, pas l’état d’être du jeune.

  • Quel type d’adolescent(e) étais-tu ?

JW : Rêveuse, ultra-sensible, passionnée par le théâtre, très amoureuse. Je m’ennuyais aussi souvent ce qui a boosté mon imaginaire. Je m’inventais des mondes, refaisaient des dialogues…

GA : J’hésite à vous mentir ou à ne pas vous répondre ! Je pourrais ajouter à ma réponse votre deuxième question, « Comment conçois-tu le métier d’écrivain jeunesse ? » : comme un rempart derrière lequel je tiens à rester protégé. C’est essentiel pour moi et c’est ce que l’audiovisuel ne me permettait pas. Je n’ai pas besoin, ni envie, que les lecteurs m’aiment ou sachent qui je suis. Nous avons parfois la chance incroyable d’échanger d’inconscient à inconscient, par le biais d’un livre, c’est déjà beaucoup et suffisant.

  • Quel(le) adolescent(e) aurais-tu voulu être ?

JW : Une danseuse étoile. Une fille en clan avec plein de copains. Une fille moins complexée que je ne l’étais.

GA : Je vais vous décevoir sur ces types de questions ! Chaque choix appelle un renoncement. Une fois que le chemin est fait, je laisse tomber tous les « Et si j’avais… ». Ce que je suis aujourd’hui résulte de ce que j’étais, je n’ai pas de regrets.

  • Quel(le) adolescent(e) serais-tu aujourd’hui ?

GA : Aucune idée. Le même, avec internet. Donc sans doute totalement accroc à son portable !

JW : La même, je pense. On ne change pas vraiment. Je suis très proche de l’ado que j’étais. Tenez, il n’y a pas si longtemps, j’ai pleuré devant mon banquier (à 47 ans !) parce qu’il n’arrêtait pas de rire à mes questions. Cela m’a vexé, je l’ai trouvé vulgaire, grossier, moche, si peu à l’écoute, alors j’ai pleuré. Vous voyez bien… Mais je n’ai pas honte. La sensibilité est un cadeau. Elle permet de voir le monde dans ses moindres détails. Oui, c’est une chance.

  • Quand tu étais adolescent(e), lisais-tu beaucoup ?

JW : Non. Ma sœur lisait plus que moi. J’ai toujours aimé sortir, rencontrer des gens, aller rire avec les copines. J’ai beaucoup lu enfant et après, en fin de lycée.

GA : Oh non ! Surtout pas adolescent ! Je me demande si j’aurais plus lu à cet âge, si la littérature ado avait existé. En tous cas, j’ai fait partie du contingent de jeunes qui cessent de lire de 10 à 17 ans, pour reprendre un peu à l’âge adulte, par les BD, la SF, puis le reste. Je relis surtout depuis que j’écris.

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Gaël AYMON / crédit photo : Émilie Hautier

  • À ton avis quelle est la « recette » – presque infaillible – qui peut amener les adolescents à lire, à aimer lire, à avoir le plaisir de lire ?

GA : Comme je le disais juste avant, il y a autant d’ados que d’individus. Ceux qui ne dévorent que les sagas en 18 tomes de 900 pages, ceux qui sont attirés par les récits brefs et réalistes, ceux qui ne lisent pas… Je ne connais pas de recette. Je ne pense pas qu’il y en ait. Ce n’est en tous cas pas mon métier de la connaître. Moi, je dois juste écrire au mieux ce que j’ai intimement besoin d’écrire. C’est la sincérité des auteurs qui peut rencontrer un jour la sensibilité d’un ado.

JW : La lecture est un beau rendez-vous avec soi. Il n’y a donc pas de recettes miracles. Il faut juste à un moment que la personne ait envie de rêver, de voyager ou d’apprendre, de se documenter. Le déclic peut avoir lieu à tout moment de sa vie. Je crois cependant que plus on lit d’histoires à un petit, plus ces histoires qui lui racontent le monde vont lui donner envie de lire. Je suis très engagée pour l’accès à la lecture pour tous et à la lecture orale aussi. C’est pour cette raison que j’ai préparé avec mon fils une lecture orale de mon roman « Trop tôt », voix et guitare électrique. Ce sera pour les ados, car eux aussi aiment qu’on leur lise des histoires…

  • Aujourd’hui, lis-tu de la littérature pour adolescents (autre que tes écrits bien sûr) ? S’agit-il d’auteurs en particulier ?

GA : Oui, principalement de la littérature jeunesse (dont ado) et des essais. Mais je ne suis aucun auteur en particulier, comme je ne suis aucun réalisateur de film.

JW : Oui, je lis certains auteurs que je suis ou d’autres que je croise et que je trouve intéressants. Gaël bien sûr, mais aussi Charlotte Erlih, Gilles Abier, Stéphane Servant, Florence Hinckel, Cathy Itak, Guillaume Guéraud, Jeanne Benameur…J’ai envie de lire « Les Petites reines » de Clémentine Beauvais qui est une femme brillante et lumineuse.

  • Si un jeune voulait se mettre à écrire et venait te solliciter, quel(s) conseil(s) essentiel pourrais-tu lui donner ?

JW : Écris ! Sois patient. Doute et en même temps crois en ton travail. Voilà. La route d’écriture est toujours une piste non goudronnée, inconfortable, mais qui nous emporte dans des recoins inédits du monde ou de notre être. Il faut être aventurier pour écrire. Si on veut un boulot sûr, une belle maison, une piscine, des fringues de rêve, faire le tour du monde en priorité, ce n’est pas gagné. Si tu peux passer des heures, seul, avec un carnet, un stylo et ne pas t’ennuyer, alors, oui, tu es sans doute bien parti.

GA : Je suis le pire interlocuteur pour les écrivains en herbe ! Je ne sais jamais quoi répondre d’autre que de faire son chemin, à sa façon, et ne pas se décourager. Je refuse de lire les textes pour donner un avis. Mon avis ne vaut pas plus que celui d’un autre. Lire un manuscrit, c’est un métier. C’est celui de l’éditeur.

  • As-tu une librairie préférée ? Une médiathèque préférée ? Un livre préféré ?

JW : Le Haut Quartier de Pézenas, ma librairie de quartier, créée par le premier éditeur de Camus, Edmond Charlot : la classe ! Après j’aime beaucoup La librairie Honoré en banlieue parisienne et toutes les librairies gérées par des amoureux du livre. J’aime les bibliothèques de Beaubourg et de l’Arsenal à Paris où je travaillais des heures quand j’avais vingt ans, ainsi que ma petite médiathèque familiale de Pézenas.

Je n’ai pas un livre préféré, mais des trésors de littérature dans la tête qui me font encore vibrer des années après la lecture, comme Madame Bovary de Flaubert, La Mouette, la Dame au Petit chien de Tchekhov, Anna Karénine de Tolstoï, Clair de femme de Romain Gary, la plupart des romans et quelques pièces de Duras, et tant d’autres merveilles…

GA : La librairie, c’est dur, je risque de me fâcher avec les autres… La médiathèque, José-Cabanis à Toulouse, où j’ai écrit de longs chapitres de mes trois derniers romans. Un livre préféré, ça change avec le temps. Les derniers gros coups de cœur en jeunesse, c’était « Les petites reines » de Clémentine Beauvais et « Après la vague », d’Orianne Charpentier.  

  • Quand et comment as-tu rencontré Jo WITEK / Gaël AYMON la première fois ?

GA : Je crois qu’elle était passée devant mon stand de dédicaces chez Talents Hauts, au salon de Montreuil en 2011, mais on s’est vraiment connu à la foire du livre de Brive en 2012. Nous étions voisins de dédicaces et le courant est tout de suite passé.

JW : Je ne sais plus, mais j’ai tout de suite aimé la sensibilité de Gaël. J’ai deviné son talent avant même de le lire et il faut croire que je suis un peu sorcière, je ne me suis pas trompée. Je crois que nous nous sommes rencontrés grâce à notre amie commune Florence Hinckel.

  • Quel meilleur souvenir commun as-tu avec elle / lui ?

JW : Un voyage en TGV où nous avons parlé de notre métier, des joies et des difficultés.

GA : Que vous dire qui ne soit pas personnel ?… Un voyage en train Angers-Paris où, malgré la fatigue, nous avions échangé avec sincérité sur nos parcours ? C’est dur de hiérarchiser les souvenirs.

  • Vous êtes amenés à rencontrer de nombreux jeunes au cours d’interventions en classes, d’ateliers… Quel intérêt vous y trouvez ? Quels sont les avantages et les limites de ce type de rencontre ?

JW : La rencontre scolaire est une chance, un vrai moment d’échange avec les lecteurs, c’est précieux. En bibliothèque c’est un autre public, plus mêlé, j’aime bien aussi quand les gens se mélangent. Le risque des interventions est de se lasser des questions (certaines reviennent souvent) et de répondre sans conviction. Je ferai des rencontres et ateliers tant que j’y trouverai du plaisir, une vraie joie à parler de ce qui m’anime. Si un jour cette flamme me quitte, ce qui ne sera pas grave, par respect pour les jeunes, j’arrêterai. En général j’invite davantage au dialogue, au partage autour d’un sujet, d’une thématique, pour éviter le simple jeu de questions/réponses.

GA : Les limites, c’est quand on en enchaîne trop et qu’on se robotise. Ou quand les jeunes n’ont pas été préparés à notre venue et qu’ils ne savent pas qui je peux être. L’intérêt, c’est la façon troublante dont nous, auteurs jeunesse, pouvons avoir un contact très intime, à travers un livre, avec l’inconscient d’un adolescent, à cet âge où les adultes se tiennent, et sont tenus, très à distance. Quand on rencontre des ados qui ont vraiment été touchés par un livre, c’est très fort.

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Jo WITEK / Crédit photo : Christophe Gruner

  • Quel est ton meilleur souvenir d’une de ces rencontres ?

JW : J’en ai beaucoup. J’aime quand une question me fait prendre conscience d’un souvenir que je n’avais absolument pas vu en écrivant. Ou quand un jeune soudain s’insurge contre un passage, cela créée du débat. Je pense aussi à une classe de lycée pro, avec pas mal de jeunes qui ne lisaient pas ou très peu. Leurs questions étaient presque politiques, sur l’engagement, la place des jeunes dans le monde, le choix de mes sujets. Ils étaient très curieux, très éveillés, très mûrs. A la fin, un jeune qui n’arrêtait pas de dire : « Eh, madame… » quand il m’interrogeait, m’a dit : « Eh, Madame, franchement, j’ai passé un très bon moment. C’était vraiment intéressant. Ca fait du bien » Il était sérieux, sincère, il m’a touché et j’ai aimé qu’il le soit.

GA : Une classe de 2nde pro Prévention et Sécurité (futurs pompiers et vigiles) dont la lecture de « Ma réputation » était la première lecture intégrale et qui avaient aimé le lire. Une jeune fille ne tarissant pas de questions sur « Oublier Camille ». Un garçon de 3e, plutôt genre caïd de la classe, qui déclare devant tous ses camarades « Franchement, vous avez tout mon respect m’sieur. A la fin, j’ai versé ma petite larme. ».

  • Quel roman de Gaël AYMON / Jo WITEK préfères-tu ?

JW : « Ma réputation ». J’adore cet ouvrage.

GA : « Un hiver en enfer ». Impeccablement construit. Hyper efficace. Prenant. Mais je n’ai pas tout lu de Jo !

  • Aimerais-tu écrire un livre à quatre mains avec Jo WITEK / Gaël AYMON ?

GA : Écrire à plusieurs, ça me fait très peur. Et pas très envie. Mais si ça devait venir un jour, pourquoi pas avec Jo !

JW : Je ne pense pas savoir écrire à quatre mains. Sur un même sujet, peut-être, mais ce sera deux romans bien à part.

  • Si Gaël AYMON / Jo WITEK était un animal, il / elle serait selon toi, un … ? Si il / elle était un héros / héroïne … ? Un lieu… ?

JW : Gaël est un animal élégant, un héros du quotidien, et un vif ruisseau de montagne.

GA : Encore un jeu auquel je suis nul ! Moi, elle m’évoque un chat. Une héroïne : Erin Brockovich ? Un lieu… c’est plus dur, on ne se connait pas si bien… je l’imagine dans une grande maison russe à la Tchekhov.

  • Si Jo WITEK / Gaël AYMON était un héros / héroïne de fiction, dans quel genre de récit aimerais-tu l’inscrire ?

GA : Le thriller, bien sûr ! Sauf que je n’en ai jamais écrit !

JW : Gaël est un héros ! Il est père, auteur, acteur ! Que de talents pour un seul homme. Mais je le verrai bien en héros romantique ou en résistant.

  • Quelle question aimerais-tu poser à Jo WITEK / Gaël AYMON et que tu ne lui as jamais posé(e) ?

GA : Jo, que trouves-tu dans l’écriture de thriller, que tu ne trouves pas dans d’autres genres ?

JW : Si j’avais une question spéciale à lui poser, je la lui poserais. Gaël est un ami.

  • Es-tu une écrivain(e) – pour la jeunesse – heureux(se) ?

JW : Je suis une femme heureuse parce que j’ai la chance d’écrire, d’être publiée et d’être lue.

GA : Sans hésiter, OUI.

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Gaël AYMON / Crédit photo : Émilie HAUTIER

L’actualité de G. Aymon
A venir :  « Les Maîtres », Tome 2 de la saga fantasy et « Les héros oubliés« , chez Actes Sud Junior en février 2016. Et un roman ado et jeunes adultes plus intimiste et dramatique chez Gallimard, collection Scripto, à l’automne  2016.
Pour le rencontrer sur des salons très prochainement :
Son blog = http://gaelaymon.com
et sa page fb = https://www.facebook.com/gael.aymon?fref=ts
L’actualité de J. Witek
Sur fb = https://www.facebook.com/jo.witeklengagne?fref=ts

« Livres », de Murray McCain et John Alcorn

Livres ! - 1ère de couverture

Livres ! – 1ère de couverture

Dans une librairie dont je préfère taire le nom ici (oui type grand distributeur culturel… je le ferai plus Gaëlle, je te le promets ! ), au rayon jeunesse, j’ai découvert ce petit livre perdu parmi tant d’autres (ben oui parce qu’à « la librairie du coin », il aurait été mis en valeur, au moins !). Et son dos, sa couverture m’ont vite intriguée. Et pourtant « Livres » n’est pas une nouveauté. Ce petit format a été publié pour la première fois, aux USA, en 1962. La typographie, les illustrations de John Alcorn ont un petit goût rétro, lissées, travaillées et aucunement démodées. Dans « Livres« , aussi bizarre que cela puisse paraître, on apprend parfaitement ce qu’est un livre, à quoi ressemble un livre, que contient un livre et surtout à quoi sert un livre. Et toutes ces questions, ces réponses, autour de cet objet culturel courant, attirant, séduisant ou angoissant, ont un effet d’assentiment. Vous voyez, comme une idée partagée, ensommeillée, qu’il faut parfois dépoussiérer.

Ainsi, j’ai aimé ce : « pourquoi c’est un livre, et d’où vient-il ? Sera-t-il encore là demain ? Est-ce qu’un jour il s’en ira ? » – 50 ans après, toujours une question d’actualité.

Et puis dans la liste des mots épineux, je me suis réservée « Grigrigredinmenufretin » ; dans celle des mots heureux « fraise melba »  ; pour les mots rigolos « Bozo, gnou et pétards » et les mots pour réfléchir, « convenable » ou « que feras-tu quand tu seras grand ?« 

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Dans « Livres« , on redécouvre l’intérêt de l’objet, mais aussi la multiplicité des thèmes, la beauté des mots et des lettres, l’exigence de la ponctuation, le bonheur des émotions. En fait, « Livres » est un texte à lire et à relire, pour se persuader du bien fondé de Lire. Vous suivez ?

Sur le volet de la quatrième de couverture, comme un épilogue, il y a … :

Livres ! - rabat de la 4ème de couverture

Livres ! – rabat de la 4ème de couverture

Alors qu’est-ce que vous attendez ?

« Livres« , de Murray McCain & John Alcorn, 11,50 € dans la collection Autrement vintage, pour découvrir des perles de la littérature de jeunesse du monde entier.

Cette collection est une ravissante initiative des éditions Autrement. Merci beaucoup ! En août 2013, elle s’enrichira d’un nouveau titre : « la ronde des animaux » d’Alice et Martin Provensen.