Il arrive, il arrive !

Voilà, s’il vous reste encore quelques manques de cadeaux (et on est certaines que c’est le cas), surtout en Littérature jeunesse (pas bien, pas bien ! ;-)), on vous propose VIVEMENT :

  • Pour les plus jeunes : le drôlissime, brillantissime, tendrissime et dernier album de Gilles Bachelet, « Une histoire d’amour » qui fait du plus basique de nos objets du quotidien des surprises et nouveautés. Une poésie au liquide vaisselle et un humour à vous faire récurer les casseroles un bon moment. Et surtout c’est un album qui sonne le : Pourquoi on ne vivra plus jamais de la même façon, dans nos maisons, et qu’on continuera – encore et toujours – à croire en l’amour.
  • Pour les plus grands « enfants », un très bel album (coup de coeur de début d’année 2017), celui de Henry Cole chez Little Urban : « Chat perdu« . Cet illustrateur américain de talent, nous emmène dans une aventure de toute beauté, tant les dessins au crayon sont travaillés, les détails des décors captivants et les situations réalistes. C’est un album sans texte magnifique, qui nous incite très vite à chercher et retrouver ce « fameux » chat perdu. Un itinéraire à travers la ville, revisitée à l’occasion.
  • Pour les ados., « Le groupe » sera un choix de roi. Si, si je vous assure. Jean-Philippe Blondel ne cessera de nous étonner, tant sa finesse psychologique est grande, concernant autant les ados que les adultes. Tant il aime nous mener par le bout du nez et nous surprendre (une chute très intelligente). Tant ses personnages sont touchants. Tant il est capable de nous donner envie de lire et d’écrire. Trop fort ! Tant ce « groupe » qui paraît tellement réservé, voire exclusif, nous semble si proche. Une belle idée du dévoilement, de la sincérité et du partage à travers le papier, les mots couchés. Se révéler enfin être celui qu’on est vraiment, faire tomber les barrières et s’assumer. Une leçon transmise aux jeunes lecteurs, mais qui nous parle aussi quand on pense être (enfin) devenus grands. C’est chez Actes sud junior. Ca se dévore.

Et si vous avez encore besoin d’idées, nous avons aimé aussi : 

Il est maintenant temps de vous souhaiter un très joyeux Noël.

Offrez et soyez gâtés ! C’est cet échange qui comble tout le monde en cette fin d’année. Et surtout lisez, lisez et partagez…

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Face à soi-même

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Qui aimerait, à 30-40 ans, se retrouver face à son « mini-moi » adolescent, dans les souvenirs ou physiquement ? Ça sent l’heure des bilans et peut-être des regrets. C’est un passé qui rattrape et qui bouscule bien évidemment. Le sujet n’est pas nouveau, mais pas souvent exploité en littérature pour la jeunesse. À leur manière, soit par le texte, soit par l’image, Marion Muller-Colard et Carole Maurel nous proposent des récits qui ont de nombreux points communs.

Les héroïnes sont des jeunes femmes qui affrontent ou reviennent sur ce qu’elles ont été 20 ans auparavant. Elles ont chacune des familles étouffantes et exigeantes, peu de considération pour la construction de soi et encore moins pour la différence. Surtout, ces deux récits traitent avec intelligence un thème comme celui de l’homosexualité. Le sujet est amené avec beaucoup de finesse, de tendresse mais aussi de rage et donc d’émotions. Les personnages sont chahutés, contraints à se dévoiler et obligés de faire face à leur propre « soi », leur individualité.

Dans « Bouche cousue« , Amandana, l’héroïne, est une adulte issue d’une famille dans laquelle le traditionnel et le conventionnel priment. Pour ses parents, qui tenaient un lavomatique, le parallèle est simple. La différence, les doutes, les états d’âme sont nettoyés, javellisés, stérilisés comme du modeste linge. Et, Amandana et sa soeur ont grandi dans cet environnement, prenant des chemins différents, sans être totalement épanouies et libérées de ce passé. Alors quand elle comprend que son neveu vit le même malaise qu’elle, Amandana décide de lui écrire, de lui confier ce qu’elle n’a jamais osé avouer et assumer.

Dans « Luisa, ici et là« , c’est ce que le personnage principal va devoir défier aussi, alors qu’adolescente, elle se retrouve projetée en 2013 se découvrant elle-même dans sa vie future. Les deux Luisa, face à face, vont se rejeter leur culpabilité, leur fragilité, leur mal-être jusqu’au « coming out » et une forme d’apaisement. Là encore, les parents, notamment la mère, ne sont pas épargnés du côté des préjugés et des non-dits. Un sablier ponctue chaque chapitre de ce récit, comme le temps qui passe, inéluctable, et la vie qu’il ne faut plus laisser filer. Il représente aussi ces deux « soi » que Luisa ne sait appréhender et supporter. À la fin, ils ne feront plus qu’un, rendant cette jeune femme enfin libre d’accepter ce qu’elle a toujours resenti.

Ces deux récits font partie de mes coups de coeur de l’été dernier. Ils expliquent avec beaucoup de psychologie un mal-être bien ancré, des sentiments refoulés qui peuvent peser longtemps. Mais ce sont aussi des récits optimistes qui secouent la fatalité et les chemins bien tracés. A faire lire sans commune mesure ! À partir de 13-14 ans.

Marion MULLER-COLARD. « Bouche cousue« . Gallimard, 2016. Coll. scripto. 7€

Carole MAUREL. « Luisa, ici et là« . La boîte à bulles, mai 2016. 32€

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 » Tu n’imagines pas le surplace sentimental que j’ai fait durant toutes ces années !  » 
Luisa à sa maman.

L’adoption, Qinaya : T1

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Gabriel trouve que c’est une idée des plus saugrenues qu’a eu son fils et sa belle-fille, celle d’adopter une petite fille péruvienne, âgée de 4 ans : Qinaya. Et lui surtout n’a pas du tout envie de perdre ses heures de temps libre précieuses – depuis qu’il est à la retraite – à s’occuper de cette petite, qui en plus ne parle même pas français. Pourtant, cette dernière arrivera à dompter petit-à-petit ce papi bougon, à apprivoiser ce grand-père râleur tout compte fait, au grand coeur.

Cette relation inter-générationnelle, inter-culturelle devient un inter-mède … dans la vie de Lynette et Gabriel. Un quotidien de retraités bouleversé, qui démontre que la vie réserve bien des surprises… jusqu’au bout. Alors comment vivre après tout cela le départ de Qinaya, pire la séparation ? Pourquoi Qinaya est renvoyée au Pérou ? Pourquoi Alain, le fils de Gabriel, est arrêté et accusé de rapt d’enfant ?

Ben nous aussi, on veut bien le savoir et malgré le peu d’informations sur le site de Bamboo, concernant la sortie du tome 2, on aimerait VRAIMENT bien que ça ne tarde pas trop. On a hâte de retrouver Gabriel et Qinaya.

Un album très tendre, qui nous renvoie agréablement aux « Vieux Fourneaux » de Cauuet et Lupano, ou au plus loin, à la bouille caractéristique de Michel Simon dans « Le vieil homme et l’enfant » de C. Berri. Les personnages d’Arno Monin sont expressifs et attachants à souhait. Certains points de vue sont purement cinématographiques. Au fur et à mesure du récit, les scènes avec Qinaya et Gabriel accentuent les effets de proximité, de complicité et d’attachement. Quant à Zidrou, il nous propose une histoire craquante, c’est sûr mais aussi intelligente sur la difficulté d’adopter, d’accueillir et d’accepter. Entre humour et émotions.

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A partir de 9-10 ans. Un album qui permet d’échanger autour des thèmes de l’adoption, de la solidarité (en ces temps confus, ça ne peut faire que du Bien), mais aussi de la relation grands-parents / petits-enfants, donc de la famille chahutant quelques modèles « traditionnels ».

Zidrou & Monin. L’adoption, tome 1 : Qinaya. Bamboo édition, mai 2016. (Coll. Grand Angle). 14,90 €

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« L’amour ne se vole pas. L’amour ne s’achète pas. L’amour se mérite »

(4ème de couverture)

« Et pourquoi y a-t-il un hamster sur la couverture ? »

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Un Marie-Aude MURAIL, c’est comme un pain au chocolat : une valeur sûre. Le croustillant et la petite douceur à l’intérieur. (Peut-être l’ai-je déjà évoquée cette idée ? Bref…) C’est la gourmandise du matin, traditionnelle, recette quelque peu modifiée jamais égalée dont on ne peut se lasser. Un classique de la littérature de jeunesse, en somme et un moment de lecture agréable. Marie-Aude et nous !

Sauveur Saint-Yves, 1m90 pour 80kg de muscles (et c’est important), est psychologue clinicien. Dans son cabinet, il reçoit le plus souvent des adolescents, des vrais de vrai, envahis par leur crise d’adolescence, leurs doutes, leurs colères. C’est le rejet des parents, de la société, des modèles… de TOUT en fait. Sauveur reçoit des êtres en plein questionnement et opposition. Il y a Margaux « adepte » de la scarification, Ella phobique scolaire, Cyrille et son énurésie qui exaspère au plus haut point sa mère, les trois soeurs Augagneur pas piquées des vers et Gabin, recueilli par Sauveur & fils, car sa mère vient d’être internée à l’HP et qu’il préfère se réfugier dans la virtualité pour fuir cette triste réalité… Alors s’occuper de tous ces jeunes, ça accapare. Et même si Sauveur en a la carrure (j’avais dit que c’était important), ça ne protège pas complétement. Sauveur, lui aussi, a des failles et surtout – veuf – il s’occupe seul de son fils Lazare, 8 ans, avec lequel il a bien du mal à parler du passé. L’histoire du cordonnier mal chaussé, vous connaissez. Sauveur, qui encourage la communication à longueur de journée à l’égard des autres, en est pour sa part plutôt démuni dès qu’il doit répondre aux questions récurrentes de Lazare. Panne sèche ! Pourtant il y en aurait des choses à dire entre les quimbois, les mots menaçants que ce mystérieux inconnu glisse dans la boîte aux lettres régulièrement, les fantômes et les secrets du passé que Sauveur va enfin se décider à affronter en emmenant Lazare en Martinique, et qui va découvrir les origines de son papa et comprendre déjà pas mal d’imbroglios.

Marie-Aude MURAIL, encore une fois n’épargne personne dans ce roman et encore moins les parents. Largués, préoccupés par leurs soucis, leur confort de vie aussi, démunis, désorientés… ils en seraient eux-mêmes de grands adolescents. Ce qu’aime à nous montrer Marie-Aude MURAIL, à travers tout cela, ce n’est pas seulement la fragilité de parents d’ados. Le fameux « comment faire ? ». C’est aussi une société qui a beaucoup changé, qui se re-définit. C’est un modèle familial chahuté, entre homoparentalité, monoparentalité, séparation, famille recomposée… et que rien ne se vit de manière linéaire. L’auteur nous décrit un monde dans lequel rien n’est simple, les obstacles et les conflits font partie d’une quotidienneté. Il faut s’adapter, s’habituer. Et tout cela nous est transmis avec beaucoup d’optimisme et d’agilité grâce à un humour et des détours, si bien amenés. En définitive, tout peut sembler insurmontable, certes, et pourtant rien n’est impossible !

Une lecture d’été plaisante et des personnages emblématiques qui séduiront de jeunes lecteurs. À partir de 12-13 ans. 5ème / 4ème.

Marie-Aude MURAIL. Sauveur & fils, saison 1. L’école des loisirs, 2016. 17 €

Pas d’indication sur le site de l’éditeur à propos de la parution de la suite… mais une petite vidéo. C’est déjà ça !

 Ah oui et pourquoi un hamster sur la couverture alors, vous me direz très justement ? Vous le saurez en suivant les aventures de Bounty au coeur de ce récit.

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Vous pensiez vraiment que j’allais vous le dire … 😉

« Sur le trottoir devant l’école, madame Rocheteau attendait son fils, un pain au chocolat à la main. Comme d’habitude, Paul sortit, épaule contre épaule avec Lazare Saint-Yves. À la maison, madame Rocheteau n’entendait parler que de lui, Lazare avait dit ci, Lazare avait dit ça. Paul prit le pain au chocolat, qu’il tordit sans ménagement pour le couper en deux et il en tendit un morceau à son copain comme si la chose allait de soi. » 

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