Le temps d’un Paris-Lyon !

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Paco vit dans une ville mexicaine, proche de la frontière avec les Etats-Unis. Quand Paco sort de l’école, il joue – avec les autres enfants de son âge, de son quartier – à la « guerre ».  Paco se prend pour Zapata et rêve de revolucion, alors que ses parents triment au boulot, dans des usines américaines, de celles qui exploitent les ouvriers et que tout le monde survit dans des bidonvilles. Et puis un jour, Paco tombe sur un sombrero aux pouvoirs extraordinaires. Paco ainsi chapeauté, devient alors le défenseur des pauvres et des opprimés, « Captain Mexico », développant le moindre de ses pouvoirs pour se dresser face à son ennemi juré, « Big Boss », super héros des USA, missionné pour rétablir l’ordre au Mexique et brimer toutes possibilités de rébellion. C’est la Révolution !

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Quel bonheur de retrouver, le temps d’un Paris-Lyon (oui, oui c’est rapide et captivant), l’écriture grinçante et ironisante de G. Guéraud. Utilisation de stéréotypes affirmée, pour dénoncer des injustices et parler d’un sujet sérieux, celui de la frontière mexico-américaine, de la délocalisation des multinationales, de l’exploitation ouvrière et de la misère. Le ton peut paraître enfantin (super-héros rigolos, pouvoirs complétement fantasques, traits grossiers des personnages…), mais c’est un récit engagé. Les références historiques (Zapata & Co) permettent aussi de découvrir l’histoire du Mexique au début du XXème siècle, permettant à l’occasion de proposer un peu de culture générale, voire révolutionnaire (jamais inutile…). La fin semblerait un peu prévisible, mais rappelle des évidences. Les clins d’oeil imagés du « Big Boss », de l’entreprise « Tiny Toys », du général Mapache, de Donald Trompette… ne prêtent pas qu’à sourire et font réfléchir. Les descriptions et l’ambiance, très cinématographiques, empruntées au genre western, fonctionnent à merveille (j’imagine même très bien, G. Guéraud dans le rôle de Paco d’ailleurs… au cas où il y aurait une adaptation pour « La dernière séance »). Bref pour moi, un Gégé, s’il me le permet, dans toute sa splendeur ! Petits lecteurs, même plus grands, on se régale.

« Captain Mexico ». Guillaume Guéraud. Du Rouergue, 2018. Coll. « Dacodac ». 8,80 € – à partir de 8-9 ans.

« Carmen , la grosse épicière moustachue, sortit sur le perron de sa boutique. Elle avait de vrais poils de moustache. Pas comme celle que Carlos s’était dessinée sous le nez. Elle surveilla ses caisses de fruits et légumes.

– Attention, garnements, votre révolution va renverser mes étalages !

– Mais non, clama Paco. On a juste renversé le dictateur Huerta ! »

p. 11

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Salon du livre jeunesse d’Albi les 6 et 7 avril 2013

AFFICHE

On ne peut qu’être ébloui par cette magnifique affiche (signée Loren Bes).

La magie opère parfaitement : elle donne envie de découvrir Albi-la-belle, mais surtout, elle invite à découvrir son salon du livre jeunesse qui, chaque année,  offre d’exceptionnelles rencontres littéraires.

Cette 14eme édition n’échappera pas au gage de qualité qu’offre ce beau salon car les auteurs et les illustrateurs invités sont de vraies pointures.

Le thème 2013 « Voyage en ville » invite à de nouvelles aventures. Alors, venez flâner dans la salle du moulin albigeois pour rencontrer les auteurs et les illustrateurs et découvrir leurs (grands) talents. Une promenade littéraire dont vous garderez de passionnants souvenirs.

AVT_Louis-Atangana_8156LOUIS ATANGANA auteur. Né en 1965, il a passé son enfance à Yaoundé, au Cameroun. Après des études toulousaines, ce professeur de français publie des romans de jeunesse, notamment au Rouergue dans la collection doAdo.

> Son livre-phare : Dans la voiture de Johnny

gilles bacheletGILLES BACHELET illustrateur. Vit à Paris et enseigne à l’École supérieure d’art de Cambrai. L’album Le Singe de Buffon le révèle. En 2004, il reçoit le prix Baobab pour Mon chat le plus bête du monde, série d’albums couronnés de succès.

Son livre-phare : Madame le lapin blanc

benkemoun20080608HUBERT BEN KEMOUN auteur. Né en 1958, en Algérie, il vit près de Nantes. Son nom veut dire : fils (ben) ducumin (kemoun). Il aime tous les genres littéraires, écrit pour tous les âges. Il a publié plus de 100 livres pour la jeunesse.

Son livre-phare : Arlequin ou les oreilles de Venise

KONICA MINOLTA DIGITAL CAMERALOREN BES, illustrateur. Dès l’enfance, il « observe, croque et peint ». Curieux de tout, il est aussi musicien. À 28 ans, il a déjà signé les illustrations de 6 albums qui nous emportent dans un imaginaire tendre et cocasse. Loren a réalisé pour DIKELITU l’affiche du 14e salon.

>Son livre-phare : Sacrée Zéfira.  www.lorenbes.com

AVT_Claire-Cantais_8803CLAIRE CANTAIS auteur illustratrice. Petite, elle voulait devenir danseuse orientale ou flic à moto et voilà qu’après des études aux Beaux Arts de Paris, elle se dirige vers les livres pour enfants ! Elle écrit et illustre des albums à caresser pleins de tendresse et d’humour.

> Son livre-phare : Rosalie aime le rose (mais pas seulement!)

minisites-charte.fr/claire-cantais

agnès cathalaAGNES CATHALA auteur. Née à Albi, elle vit à Toulouse. Elle écrit pour les tout-petits des albums sur les scènes de la vie quotidienne. Elle est aussi responsable de collections chez Milan.

> Son livre-phare : 3 petits moutons.

brigitte coppinBRIGITTE COPPIN auteur. Albigeoise depuis 2006. Elle aime le Moyen Âge, l’histoire en général, la mer et les bateaux. En 1984, elle a commencé à écrire pour la jeunesse et ne s’est jamais arrêtée. Elle a publié plus de 80 livres : romans, récits, documentaires, docu-fictions…

Son livre-phare : Parle-moi d’Albi. www.brigitte-coppin.fr

samule figuiereSAMUEL FIGUIERE illustrateur, scénariste et coloriste BD. Après avoir étudié à l’école Saint-Luc (Belgique) puis auprès du Zarmatelier de Marseille, il embrasse avec talent toutes les facettes de la BD. Il a collaboré aux Voyages Extraordinaires de Jules Verne et à l’adaptation du Roman de Renart.

> Son livre-phare pour ados : Chamans.  http://www.samuel-figuiere.com

guillaume gueraudGUILLAUME GUERAUD auteur. Bordelais de naissance, il vit à Marseille. Il débute dans la presse. En 2006, le roman policier Affreux sales et gentils lui vaut le prix FNAC des jeunes lecteurs.

> Son livre-phare : Safari dans le lavabo

Découvrez ses vidéos sur Youtube.

Relire également les articles qui lui sont consacrés sur ce blog.

judithgueyfierillustratrice_600_1141JUDITH GUEYFIER illustratrice. Diplômée des Arts Décos de Strasbourg, elle a illustré une vingtaine d’albums. Ses peintures d’un tracé fin rehaussé de couleurs douces et bleues, sont inspirées de ses voyages et nous emmènent à travers les contes et les univers qu’elle aime.

> Son livre-phare : Peau d’Âne. www.judithgueyfier.com

maria jalibertMARIA JALIBERT, illustratrice. Tarnaise, elle vit et travaille près de Brive. Dans sa caravane-atelier, elle crée à partir de tout et de rien, inventant des mondes imaginaires pour exprimer d’autres réalités. Elle illustre de nombreux albums et aussi des ouvrages scolaires.

> Son livre-phare : La Balade de Céleste Roselière. mariajalibert.over-blog.com

ahmed kalouazAHMED KALOUAZ, auteur. Né en 1952 en Algérie, cet écrivain français explore tous les genres, de la poésie aux nouvelles, du roman au théâtre. Portés par un beau style, ses romans pour la jeunesse abordent des problèmes de société.

> Son livre-phare : Mon cœur dans les rapides

elodie nouhenELODIE NOUHEN, illustratrice. Diplômée d’arts graphiques, elle explore tous les domaines. Aimant varier les techniques (peinture, collage, grattage…) et les matériaux (métal, tissu…), elle donne naissance à de magnifiques univers où règnent l’espace et la couleur.

> Son livre-phare : La nuit de Léon

martine perrinMARTINE PERRIN, auteur, illustratrice. Architecte de formation, elle travaille sur le théâtre et le design. Elle construit ses albums comme des objets aux espaces multiples ou des maquettes en 3D pleines de poésie afin que les petits et tout-petits s’étonnent, s’amusent et créent leurs propres images.

> Son livre-phare : Petite main, petit pouce

lucile placinLUCILE PLACIN, illustratrice. Dans ses livres, il y a des yeux, des ailes, des bottines, des oreilles de chat et des monstres merveilleux qui se baladent dans un univers inventif et coloré. Elle publie pour les petits à partir de 3 ans.

> Son livre-phare : Les maisons du monde. lucilehearbeats.blogspot.fr

martien pouchainMARTINE POUCHAIN, auteur. Vit en Picardie et écrit depuis l’an 2000. Elle aborde avec talent les sujets historiques et les thèmes contemporains. Ses livres touchent les ados et les jeunes adultes. À travers ses 22 romans, elle nous offre une écriture sensible qui ne peut laisser indifférent.

> Son livre-phare : Sako. www.martine.pouchain.free.fr

rémi saillardREMI SAILLARD, illustrateur . Est né en 1960 dans le Jura. Illustrateur formé aux Arts Décos de Strasbourg, il travaille dans la presse, l’édition et la publicité. Son trait vif et stylisé, ses couleurs franches donnent un coup de folie au texte de ses albums.

> Son livre-phare : L’envers des couleurs. www.remi-saillard.com

arthur tenorARTHUR TENOR, auteur. A cessé d’être instituteur pour écrire des livres. Il est aujourd’hui l’un des auteurs jeunesse les plus lus en France. « Explorateur de l’imaginaire », il entraîne ses lecteurs dans de palpitantes aventures historiques ou fantastiques. 80 ouvrages publiés.

> Son livre-phare : L’enfer au collège. arthurtenor.canalblog.com

Du beau monde n’est-ce pas ? Alors n’hésitez pas à embarquer !

Le programme est disponible en suivant ce lien: http://fr.calameo.com/read/002264024e272e4533e06

Lulu, le brontosaure, les poissons qui prennent le thé, Rémi Clafoutis et les autres…

Ce week-end j’ai lu tout plein de romans !

Je n’en suis pas peu fière mais l’exploit mérite d’être relativisé car je n’ai lu « que » des romans pour les « cadets ». La lecture est-elle un sport pour que l’on qualifie cette catégorie un peu au dessus des premières lectures, de « cadet » ? Collections Mouche, Milan benjamin, Folio cadet, Milan cadet voire même Milan cadet +, on se croirait sur un ring de boxe.

Cette catégorie aux drôles de noms revêt une importance toute particulière, c’est selon moi celle qui va faire que l’on prend son envol ou pas vers des lectures plus importantes. Vers un nombre de pages plus  élevé, vers des histoires moins illustrées (même si l’on remarque que de plus en plus de romans sont de nouveau illustrés, aérés), vers les « vrais » livres diraient certains. Parmi ces romans au noms de collections toutes plus sportives les unes que les autres, voici ceux que j’ai choisi de vous présenter :

Pour le premier cité, je l’annonce d’emblée, j’ai triché. Car je l’ai lu il y a déjà plusieurs semaines mais c’est un gros coup de coeur (c’est pour ça que c’est écrit en gras et en vert). Il s’agit d’un ouvrage tout de dorures et de verdure vêtu, découvert dans la sélection des premières lectures du prix Sorcières. J’en profite pour dire que cette année les Prix Sorcières seront annoncés et remis lors de la fête du livre jeunesse de Villeurbanne. Je n’en rajoute pas une couche sur les gagnants que l’on connaît déjà dans les librairies Sorcières parce que c’est INTERDIT de le dire à l’avance.interdit

luluJe parle là d’un charmant livre des éditions Milan qui s’intitule Lulu et le brontosaure, écrit par Judith Viorst et illustré par Lane Smith. Le charme désuet de l’ouvrage au look un peu rétro est au service d’une histoire drôlement amusante, celle de Lulu, l’infâme Lulu. Une gamine haute comme trois pommes mais qui est digne des pires chipies que la littérature pour la jeunesse ait proposé. Elle trépigne, elle geint, elle hurle pour obtenir ce qu’elle désire et ce n’est pas moins qu’un brontosaure. Elle chante aussi. Ça fait « Je veux un brontoto, un brontoto, un brontosaure rien que pour moi! » (je vous laisse imaginer l’air, le mien reste en tête longtemps…). Cette grr de Lulu, devant le refus tout net de ses parents, fugue avec sa jolie valise, afin de trouver son brontoto. Sous la forme d’un conte, elle affronte tout un tas de bestioles ignobles, les épuise avec ses manies et sa voix criarde jusqu’à ce qu’elle le voie… enfin.

Il est là son brontoto ! Elle le trouve, tente de l’apprivoiser mais (il y a un mais), le brontosaure trouve ça génial d’avoir un petit humain de compagnie, car il n’en a jamais eu. Devinez si Lulu fera le poids face à la bête ? Évidemment pas. Elle finira même en laisse, tient. Mais l’auteure qui n’est pas si méchante nous laisse le choix et propose trois fins alternatives. J’ai été ravie de cet ouvrage qui est proposé dans une belle édition reliée (et dorée ! j’insiste). Une chouette histoire et un bel objet.

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Mes copines du blog, folles de Guillaume Guéraud (ou de ses livres je ne sais pas trop), ont piqué ma curiosité. J’ai donc lu Bob le raté tout juste paru chez Sarbacane. Une sorte de roman graphique trop bien illustré par Alfred qui fait aussi pas mal de bandes-dessinées. J’ai tout de suite aimé l’accroche sur la 4e de couverture qui donne le ton:

« Une histoire criminelle au cœur de la pègre avec des gangsters de haut vol et des personnages hauts en couleur de la poisse et de la chance mais aussi des allumettes et la femme du président des États-Unis ! »

Bob est un voleur raté qui sort de prison mais depuis tout petit « il avait constamment échoué. Les sacs qu’il dérobait étaient toujours vides. les voitures qu’il fauchait tombaient toujours en panne. Les sirènes des banques qu’il attaquait se mettaient toujours à hurler. Et, même à l’époque ou il ne volait que des sucettes dans les épiceries, il se faisait toujours pincer ».

Malgré ce piètre palmarès, Bob veut se refaire. Lorsqu’il entend parler d’une compétition dans laquelle s’affrontent les meilleurs voleurs du monde, Bob ne peut s’empêcher malgré les railleries, de vouloir participer.

Que va t’il rapporter ? Va t’il gagner ? Vous le saurez en lisant le premier épisode de la collection Série B. La série promet des péripéties jamais vues à la télé, ni dans la cour de récré, ni chez mémé !

On est vraiment dans l’ambiance d’un film noir, je trouve cette série très novatrice et je suis contente de trouver là une alternative aux polars de la série Mini Syros qui étaient bien seuls dans leur catégorie de polars pour les plus jeunes. Le graphisme et le lettrage sont vraiment géniaux et les textes de Guéraud sont au poil. Je suis plus perplexe sur l’âge car le récit est très court toutefois le vocabulaire de la criminalité peut-être pas forcément accessible. Je pense conseiller cette série à partir de 8 ou 9 ans.

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Attention changement de style radical ! Avec un an de retard, pourvue d’une appréhension certaine et d’un a priori catastrophique j’ai pris l’initiative de lire … Rémi Clafoutis de Michael Broad chez Bayard poche dans ce que j’appelle « la collection à rayures ». Oui, celle-là même qui propose les inoubliables Sheltie le poney, ou encore les regrettés Coeur Grenadine, les revenants Chair de poule, les tonitruantes Cabane Magique… Je partais moqueuse, perplexe, blasée. Au bout de 5 pages mon mari est parti de la chambre car je riais tellement qu’il ne pouvait pas bouquiner tranquillement (anecdote véridique). J’ai le rire facile, il est vrai. Toutefois cette petite série devient, je l’annonce officiellement, mon nouveau « livre pour ceux qui n’aiment pas lire ». Ce petit roman qui est le premier tome d’une série qui en compte 3, est composé de deux histoires abracadabrantes mais vraies, racontées par Rémi dans son carnet avec dessins à l’appui. La première est de loin la plus marrante. Rémi découvre que la dame de la cantine qui sert du chou tous les jours (vous imaginez?), est en réalité un robot programmé pour. Et ce jour-là, Rémi est puni, il doit manger double ration de chou. Le robot-dame de cantine, se met à gronder « encore plus de chou! » pour lui mettre sa seconde fournée. Rémi fait voler l’assiette remplie à ras-bord, le robot n’apprécie pas, fait un bond de deux mètres, poursuit Rémi en criant « encore du chou » tout en démontant les portes qui croisent son chemin. Rémi réfugié dans sa salle de classe est terrorisé jusqu’à ce que le robot dérape (sur du chou), fasse un salto et se cabosse. Ce ne sont ensuite que Bang! et Clang! puisque le robot-dame de cantine qui s’appelle Mrs Brown est tout démantibulé. Bon, voilà, c’est pas convaincant mais je vous jure que c’est très drôle et que ça mérite d’être découvert. Foi de libraire. A  lire sans modération, qu’on aime le chou ou pas, dès 8 ans.

Là, tout d’un coup, je sens qu’il faut que je remonte le niveau avant de perdre toute crédibilité.

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Restons dans le culinaire mais passons au dessert. Enfin, ça dépend pour qui. Vous allez vite comprendre pourquoi. Écrit par Elise Fontenaille, en collaboration avec l’ethnologue Clarisse Buono ce roman appétissant appelé Pour un carré de chocolat s’inspire de la réalité. Et oui il y a des endroits où l’on récolte le cacao sans même savoir quel goût ça a dans la tablette.

Dans le village ivoirien de Boignykro, Jean Reno, Mandela et la belle Innocente décident de travailler à la récolte de cacao pour se faire un peu d’argent et grignotent (du temps) sur leurs heures d’école pour aller travailler. Du chocolat, ils n’en ont jamais vu de leur vie, ce qui n’est sûrement pas le cas de l’autre Jean Renoreno. Pour connaître le goût du chocolat il faudrait de l’argent mais aussi aller à Abidjan. Impossible pour Jean Reno (le nôtre) qui rêve pourtant d’en offrir à Innocente pour qui son cœur de pré adolescent s’emballe. Cette lubie de gagner de l’argent pour lui offrir un carré de chocolat leur fait frôler la mort. On est loin de l’ambiance de Rémi Clafoutis, mais si le sujet porte à le réflexion c’est tout de même un ouvrage joyeux. Elise Fontenaille relate cette histoire avec l’accent qu’il faut et dès les premières lignes il nous semble entendre parler et rire ces enfants ivoiriens. Un joli petit roman avec (un autre) Jean Reno.

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Récemment paru dans la collection « Roman » des Mini Syros, voici Allô Jésus, ici Momo. Ou comment un banal problème de maths fait ressurgir d’antiques querelles de voisinage. Tout commence quand Doumbia pêche face à un problème de maths concernant un rendu de monnaie pour l’achat de barquettes de framboises. Elle se rend chez monsieur Habib l’épicier, s’exprime mal et celui-ci comprend que l’instituteur l’accuse de mal rendre la monnaie. S’ensuivent des quiproquos s’enchaînant en ribambelle. Le tout finit dans la crèche toutes religions confondues. Ouf, on a eu peur. Avec Henriette Santon en guest star pour coacher ces apprentis bergers, rois mages (et les moutons). Je ne crois pas que ce sympathique roman fera partie des inoubliables du fonds Syros mais c’était tout de même un moment de lecture agréable. J’ai a peu près le même avis concernant Dépêche-toi tonton de Roland Fuentès. Cette nouvelle aventure de tonton Zéro nous montre combien il est ridicule de toujours vouloir gagner du temps plutôt que d’en prendre.

Pour finir, car ça fait bien 2 heures que je suis sur cet article, je garde une pépite pour la fin. Un genre de livre sorti de nulle part et qui va sûrement passer complètement inaperçu, je vous présente un roman venu d’Estonie, écrit par Piret Raud (je ne sais pas qui c’est) :

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Il s’intitule donc comme vous pouvez le voir Le thé des poissons , il n’est pas publié comme le laisse penser la couverture à La Joie de lire mais au Rouergue.  Il se compose de tout petits récits dans lesquels les poissons prennent le thé ! Mais ce n’est pas tout, il y a aussi des œufs qui mettent la tête à l’envers et des théières qui font du yoga, et une histoire que j’adore dans laquelle il y a un téléphone portable peureux qui tremble tout le temps. C’est charmant, drôle, presque jamais vu. J’adore ce genre de livres surprenants, déconcertants mais toutefois bidonnants. Cela me rappelle un autre roman également composé de courtes histoires que j’ai lu l’an dernier Dom do dom du hongrois Ervin Làzàr, tout aussi loufoque dans lequel on croisait un cheval bleu, un sapin mobile, d’autres curieuses choses mais le tout évoluant dans une joyeuse communauté. dom_do_dom_HIBOUK_web_500

Je vous quitte sur ces quelques idées consacrées aux lecteurs à partir de 8 ans. Je ne mets pas de limite d’âge,  il ne manquerait plus que ça.

En attendant, mangez du chou. Ou du chocolat.

En attendant Guillaume Guéraud…

Guillaume Guéraud viendra au salon du livre d’Albi (les 5, 6 et 7 avril 2013… qu’on se le dise !)

Heureuse je suis, parce que les copines ici présentes en parlent beaucoup. Alors je me dis, que ce sera certainement MA grande rencontre littéraire de ce salon.

Curieuse aussi je suis car (mea culpa) je n’avais encore jamais rien lu de lui.

Erreur réparée, j’ai lu du Guillaume Géraud, j’ai réfléchi à du Guillaume Guéraud, j’ai rêvé du Guillaume Guéraud, j’ai cauchemardé du Guillaume Guéraud.

Bref, ma curiosité est satisfaite, grandement satisfaite.

Atypique dans le paysage lijien (lije est un néologisme signifiant littérature jeunesse), les romans de GG ne laissent pas indifférents. Ils sont étonnants, parfois inquiétants et souvent dérangeants.

Parmi tous ceux que j’ai lus, il y a une ligne directrice, quelques thèmes et détails récurrents. Le cinéma y est sans conteste très présent. Les références cinématographiques y sont nombreuses (il faut lire absolument Sans la télé car on y touche de près tous les motifs guéraudiens).

Autre récurrence qui m’a beaucoup amusée : les personnages semblent développer une phobie des maths en général et de la géométrie en particulier. Anecdotique certes, mais cela évoque très souvent une aversion des personnages pour le collège. L’école et ses représentants y sont parfois récriés : on s’ennuie ferme dans les coulisses de l’Éducation Nationale !

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Dans Anka, Marco 14 ans,  planche avec difficulté sur un devoir de géométrie quand deux policiers qui manquent cruellement de tact viennent lui apprendre la mort de sa mère. Abasourdi, Marco n’arrive pourtant pas à pleurer. Il ne sait pas pourquoi mais un détail sur l’avis de décès le préoccupe. Il erre dans l’appartement quand sa mère finit par rentrer…

Ce roman n’est pas un roman de science-fiction et la mère de Marco n’est pas une revenante. Plus banalement, son père, il y a quelques années, avait contracté, un mariage blanc avec une jeune roumaine sans papier. C’est elle qui vient d’être retrouvée morte, abandonnée sur un banc public.

Révoltée par cette nouvelle et par l’attitude passée et actuelle de son père, Marco décide de découvrir qui était cette jeune roumaine. Oubliée de tous, il va faire revivre son histoire en enquêtant sur son passé.  Ainsi les chapitres se succèdent sur un rythme binaire : le récit de Marco est coupé par des retours en arrière sur l’histoire d’Anka, la jeune roumaine. Chaque chapitre, montre le lien étrange qui se noue entre le jeune homme et la jeune décédée. Chaque chapitre, montre le mal-être de Marco se développer. La fin est déconcertante (trop déconcertante ?) – vraiment -.

Un roman sombre qui dénonce le mensonge, la misère et une société égocentrée qui abandonne les esseulés.

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Restons du côté obscur de GG pour parler du Contour de toutes les peurs. Un livre qui nous parle de nos peurs : celle de nous retrouver nez à nez avec un intrus dans notre propre demeure, celle d’être torturé et… conséquence de toutes ces peurs : celle de la mort.

Un roman qu’on a du mal à lâcher dès les premières pages. On veut connaître l’issu et surtout comprendre. Comprendre comment quelqu’un peut basculer dans une telle violence et surtout savoir comment Clément le jeune héros du roman va réussir à sortir presque indemne de cette histoire. Clément a été séquestré, torturé et laissé pour mort chez lui. Il n’était pas une victime prise au hasard : il est le fils d’une avocate.

J’ai particulièrement aimé ce roman parce qu’il aide à la réflexion et aux échanges avec des adolescents sur des notions telles que la justice ou la vengeance. Par ailleurs,  les personnages,  même secondaires, apportent un éclairage à la narration. Et ça j’aime beaucoup !

Mon fils de 13 ans a aimé cette  narration haletante. Étrangement, il noue un lien privilégié avec cet auteur. Il aime ce qu’il écrit même si cela lui fait VRAIMENT peur. Particulièrement celui-ci : il a réveillé des peurs fortement ancrées qui lui ont fait perdre le sommeil quelques jours durant. Bref : à ne pas laisser entre toutes les mains. Un accompagnement adulte me semble nécessaire.

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Je ne pouvais pas finir cet article sans parler d’un ovni dans la bibliographie de Guillaume Guéraud. Quand j’ai terminé de lire ce court roman, j’ai relu le nom de l’auteur sur la couverture pour être sûre que je ne m’étais pas trompée. J’ai trouvé ce livre « culculapraloche » vraiment! La fin est plus qu’attendue et sans surprise.

Ma fille de 10 ans, elle, a un avis enthousiaste sur ce court roman. Elle a aimé ce récit qui évoque les amours de cour de récréation. C’est léger, facile à lire et plein d’énergie positive. Cela suffit à la lectrice qu’elle est actuellement.

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Surtout n’oubliez pas de lire Sans la télé. 

Tout commence par une enfance sans télévision car « la télévision c’est un poison qui rend con ». Une enfance, dans les années 70-80, une enfance sous la gauche. Il y a un peu de chaque enfant né dans ces années-là dans ce livre. Mais il y a surtout beaucoup de l’auteur. Chaque chapitre fait référence à un film culte (ou moins culte !). Le cinéma y éclaire les morceaux de vie du narrateur. Il aide à comprendre (un peu) l’œuvre si éclectique de notre GG bien aimé.

Bref, ici, à Albi, nous avons hâte de rencontrer Monsieur Guéraud. En attendant, nous savourons SA littérature.

Oméga et l’ourse

Ecrit par Guillaume Guéraud et illustré par Beatrice Alemagna, Oméga et l’ourse est un album aux dimensions hors-normes, 31x41cm. Le fait qu’il soit plus large que  haut accentue considérablement sa tendance panoramique, d’autant plus lorsqu’il  est ouvert où il mesure 82cm de long ! Il entre dans la catégorie des livres dont on se saisit à deux mains et que l’on doit lire sur un support. Le format impressionne l’enfant ; quand on est petit, plus le livre est grand, plus la lecture s’apparente à une aventure. Il faut littéralement partir à l’exploration des pages. Cela confère un effet spectaculaire et les représentations prennent une ampleur considérable pour l’enfant.

Dès la première de couverture, plusieurs hypothèses de lecture sont soumises. Une diagonale scinde l’image en deux espaces distincts avec d’un côté une fillette et de l’autre une forme marron : est-ce un tronc d’arbre, les pans de jupe d’une mère,  l’ourse mentionnée dans le titre ? Il faut évidemment ouvrir l’album pour connaître la réponse même si d’autres questions vont continuer à s’imposer à nous, lecteurs…

 Ce projet a démarré d’après une idée de l’illustratrice, inspirée par une esquisse au fusain de l’artiste Edvard Munch qui portait ce titre. Cet ouvrage paru aux éditions du Panama en 2008 retrace le parcours initiatique d’une fillette prénommée Oméga qui s’éprend d’une ourse et la suit dans la forêt où elle se fera dévorer par amour.

L’album,  en tant qu’objet initialement conçu pour s’adresser à l’enfant non lecteur, touche son public par le biais d’un médiateur, qui d’une part s’est procuré le livre et d’autre part, le lit à voix haute. Les éditeurs et les créateurs songent ainsi de plus en plus à orienter le propos en direction de cet adulte intermédiaire. Selon Beatrice Alemagna, cet album est un  compromis fascinant entre un texte pour les enfants et un sous-texte  pour les adultes. On peut comprendre le titre comme un jeu de mot clin d’œil à l’adulte : « oméga », outre le prénom de l’héroïne est un agglomérat d’étoiles et « ourse » renvoie aux constellations de la grande et de la petite ourse. Le titre appelle déjà au domaine de la nuit, du sommeil et peut-être du  rêve… De quoi initier le doute sur la véritable nature de l’ourse : la créature incarnerait-elle l’animal féroce, le prédateur de l’homme ou bien la figure rassurante du doudou, le nounours affectueux ? Cette dualité perdure tout au long du récit et permet à chacun de se construire sa propre opinion en refermant le livre sur une double page onirique…