Un « Galet »… c’est la mer, c’est l’été !

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Un Galet, ce n’est pas qu’une pierre, ronde, lisse, polie par le roulis régulier et répété des vagues. Ce n’est pas que cet objet façonné uniquement au gré des envies d’une Dame nature qu’on aime ramasser, caresser, lancer, garder, jeter, scruter. « Galet » c’est aussi le surnom d’une petite fille, l’héroïne de « notre » histoire, qui aime les manipuler et les animer. Qui aime s’en servir pour jouer, créer, rêver. Et aussi parce que son « papa dit que les galets sont des pierres aussi précieuses que des bijoux. Qu’ils sont rares et fragiles. Que ce sont des trésors. »

Lors de ses moments solitaires, au bord de l’eau, Galet se trouve un compagnon, voire un confident. C’est l’Océan. C’est la force, la stabilité, la protection. Entre les deux, s’instaure un dialogue enrichi des histoires de chacun, de leurs désirs, leurs projets, leurs doutes, leurs écarts d’humeur. Et tout au long du récit, au cours de ces échanges, Galet grandit.

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De l’enfant, joueuse, innocente et insouciante elle deviendra une adolescente entre colère et apaisement, en plein questionnement. Guidée par les paroles de ce compagnon imaginaire, elle se cherche et finit par entrevoir cet adulte qu’elle deviendra. Un individu accompli, qui n’en oubliera pas pour autant l’essentiel … son âme d’enfant.

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« Galet » est un album harmonieux. Une couverture épurée valorise le personnage principal, une petite fille seule. Un format à l’italienne permet de diversifier le rythme du récit, de créer des ruptures et des continuités mais aussi d’y offrir des points de vue panoramiques laissant une large place aux paysages typiques des bords de mer. Il y a aussi une belle simplicité dans les traits du dessin de Mathieu Siam, un mélange équilibré entre lavis et plume qui donne aux illustrations une certaine nervosité ou sérénité. C’est selon… L’utilisation des cadres, des dessins en pleine page, des plans larges ou rapprochés, très détaillés, donne du peps au récit ou impose des arrêts sur images. Une habile transmission des émotions.

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« Galet« , c’est aussi beaucoup d’originalité. Aborder un sujet comme l’introspection, la solitude et une forme de mélancolie, ce n’est pas si courant en Littérature de jeunesse. C’est une histoire au ton sérieux,  piquée aussi de tendresse et de poésie. On y parle en quelque sorte de philosophie. Comment vivre sa vie, mais aussi à qui se confier, où trouver une « oreille » fidèle et une indispensable compréhension. Peut-être justement dans ce type de conversation avec les éléments naturels, les arbres, les fleurs, les nuages, les galets, l’Océan… On cherche tous une écoute idéale, même si elle est parfois immatérielle. Une discussion au plus profond de soi, juste pour se rassurer, pour s’affirmer et avancer. « Galet » permet, passé la prise en compte des images et si le besoin s’en fait ressentir, de partager et de discuter autour de la « compréhension de soi ». Un récit très juste sur la difficile construction de l’identité, la vie.

« Galet » de Mathieu SIAM. Comme une Orange, 2016. 11€

Comme une Orange, c’est une « petite » maison d’édition associative, équitable et militante située à Angoulême. Pour consulter leur catalogue et parce qu’il y a encore « plein de découvertes à faire » comme le dit si bien Eric, avec de très beaux albums intelligents et esthétiques (l’un n’empêche pas l’autre… ;-)), qu’on peut commander en ligne, c’est par ici : http://www.commeuneorange.com

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Quant à Mathieu SIAM, on lui souhaite de poursuivre ce « voyage » créatif et littéraire déjà entamé et on lui transmet surtout plein de pensées encourageantes et positives pour finaliser son Master 1 de LIJE au Mans. 

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« Vois-tu au loin, ce trait si fin. C’est l’horizon, le trait de tous les possibles, de tous les ailleurs, de tous les bonheurs. Suis ton chemin, garde le cap. Profite du voyage, peu importe les obstacles, je serai là…« 

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A comme Aujourd’hui

Voilà je suis heureuse de marquer mon retour dans l’OL avec ce roman, « A comme Aujourd’hui ». Non pas que je n’ai rien lu pendant un an – ce n’est pas sensé rassurer… – mais juste qu’une autre vie, studieuse, m’avait monopolisée et demandée une autre énergie et un autre temps. Alors j’en profite pour dire merci aux copines d’avoir continué à oeuvrer et à faire vivre ce blog qui nous passionne toutes.

Voilà « A comme Aujourd’hui » c’est un peu ce que l’on a l’impression de vivre parfois : plein de vies en même temps. OU c’est la chanson de La Grande Sophie qui revient comme une musique de fond. Vous savez « Quelqu’un d’autre ». OU c’est parfois une pensée non maitrisée : « tiens, si je vivais une autre vie » ! Sauf que dans le cas de A, ce n’est ni une impression, ni une chanson ou une pensée. C’est Sa vie.

Chaque jour, et donc à chaque chapitre, il change de corps. Il devient un autre. Cet autre n’est jamais très « éloigné », se trouvant souvent dans le même périmètre géographique que le précédent et en tout cas à peu près du même âge. C’est dans le corps d’adolescents que A se retrouve chaque nouveau matin, filles ou garçons. Et là, il doit suivre le cours des choses, s’adapter à son « personnage » présent. Faire semblant de rien, habiter un corps sans intervenir, interagir. Il doit être obéissant A, le plus discret possible et le plus modulable. Sauf que A, un matin, se réveille dans la peau de Justin. Ce dernier a une petite amie, Rhiannon et A décide de ne plus faire semblant. Même si le risque est de se faire découvrir…

A comme aujourd'hui

« A comme Aujourd’hui » n’est pas une nouveauté. Désolée ! Mais c’est le roman qui m’a le plus plu, au cours de l’été dernier. L’idée est originale. C’est bien écrit et comme nombre de romans édités par Les Grandes Personnes, malgré le format et le nombre de pages, ça se laisse lire tranquillement. Ça emporte. Et puis c’est aussi une réflexion sur la vie. Pourquoi moi et pas un autre ? Ainsi, A « traverse » nombre de corps et de personnalités aux problématiques différentes. Il y a déjà la question de genre, c’est vrai. Mais il y a les adolescents lambdas, les jumeaux, les dépressifs, les toxicomanes, les gays, les amoureux, les studieux, les respectueux… qu’il nous fait voir au plus près, de l’intérieur, en toute intimité. Autant d’identités, ça fait réfléchir. Et puis, il y a lui aussi : A, qui ne veut plus être ce qu’il est. Et pourtant…

Bref, un retour dans l’OL à la fin d’une année, à la veille d’une toute nouvelle qui pointe fortement le bout de son nez. C’est l’époque des résolutions… Être (ou pas) quelqu’un d’autre ?!

extrait – p. 12 « Cela fait des années que je rencontre des gens sans jamais rien apprendre d’important sur eux, et ici, ce matin, avec cette fille, je sens poindre une envie de faire véritablement connaissance. C’est peut-être un moment de faiblesse de ma part, ou, au contraire, une preuve de courage. Quoi qu’il en soit, je décide de saisir l’occasion. Je décide de creuser davantage. »

A comme Aujourd’hui, David LEVITHAN, Les Grandes Personnes, 2013. 978-2-36193-173-5