Mamie passe le bac

Un coup de coeur et un coup de gueule en même temps, ce n’est pas courant…

« Mamie passe le bac« , c’est d’abord un coup de coeur pour une illustration de 1ère de couverture. Voyez plutôt !

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ill. de Béatrice Sautereau

 

Comment ne pas avoir envie de découvrir la vie de cette mamie, pensive, déjà bien sympathique et sûrement aussi dynamique que les couleurs qui l’agrémentent, alors qu’elle vous interpelle par ce « mamie passe le bac : ça vous pose un problème ? »

Cette « petite » mamie, c’est Mady et elle a donc décidé de passer les épreuves du bac de français, en candidat libre. Le hic – oui il y en a un – c’est qu’elle a une petite fille, Maëlys, 16 ans, qui prépare aussi ces fameuses épreuves. Et cette dernière n’apprécie pas du tout, mais alors pas du tout, ce qu’elle considére comme un délire, un caprice, une blague de mauvais goût. Maëlys vit avec sa maman, Magalie, divorcée qui elle, approuve tout à fait cette décision et admire, du coup, sa mère. Trois voix, trois femmes, trois générations, pas toujours les mêmes préoccupations et pourtant plus de points communs qu’elles n’en ont conscience elles-mêmes. Chacune se confie soit à son journal intime, soit à son blog. Chacune échange, fait part de sa mauvaise humeur (l’ado), de ses doutes (la maman), de ses nombreux efforts (la mamie). Chacune utilise les moyens de communication qui lui sont propres. Au début en tout cas… et puis Gwladys Constant bouleverse tout. L’ « ordre normal » des choses n’a plus lieu d’être. Une mamie qui passe le bac et qui s’inscrit sur facebook, une petite-fille qui l’aide et qui l’accepte comme « amie », une maman qui vit une histoire d’amour adolescente… Est-ce qu’on doit rester à sa place ? Mais où est sa place ? Et comment trouver sa « vraie » place ?

C’est un récit dynamique, pas d’ennui et une alternance des voix qui s’imprègne tout à fait de cette diversité de la communication d’aujourd’hui : sms, résaux sociaux, lettre, post-it, blog… C’est un récit frais et enjoué. J’y trouverai des similitudes avec les périples de Maxime, de « Comment (bien) rater ses vacances ». On rit beaucoup, on trouve certaines situations absurdes et pourtant pourquoi pas ? Chacun finit par trouver sa place, et surtout ne rien regretter, vivre et profiter. Bon certes, l’inévitable happy-end peut contrarier mais quand tout se passe bien dans la vie, que chacun finit par se trouver, ça peut exister ! Quand il y a de l’optimisme, ne le cachons pas !!

 

Mamie_Bac

1ère de couverture

 

Alors le coup de gueule, me direz-vous ? Ah je vois que vous suivez… Il est davantage du côté de la sélection du prix Chronos 2015, que vous pourrez trouver par ici : http://www.prix-chronos.org/selections/

En effet, quel dommage que « notre » mamie n’ait pas été retenue pour cette sélection alors que la thématique de l’inter-générationnel est bien plus qu’explicite dans ce roman. Chaque année, je guette et je lis avec impatience les titres de la sélection Chronos (6ème-5ème et 4ème-3ème, correspondant davantage avec mon public professionnel) et Oskar m’avait habitué à mieux, je dois le dire. Dans les autres romans de la sélection, chez cet éditeur (je précise), je n’ai pas autant ressenti que dans ce récit bien mené de Gwladys Constant, une vraie question de société sur la transmission des savoirs, l’échange grands-parents / petits-enfants et le problème du vieillissement. Des récits sympathiques certes, mais moins emballants. Alors attendons le mois de mai pour connaître les prix 2015 et croisons les doigts pour une sélection 2016 au top, comme c’est souvent l’habitude !

Quant à Gwladys Constant, je ne serai pas surprise de la revoir un de ces jours sur l’OL… Et je vous conseillerai déjà du même auteur « L’oncle Mika », toujours chez Oskar dans la collection « Court-Métrage », un petit récit sur l’homophobie.

Ou verra-t-on peut-être un jour Mady revenir et passer le Bac général, la licence, le Master… ?? Une autre occasion de dé-lire… r ! Ben quoi ? Ça vous posera, de nouveau, un problème ?

Gwladys CONSTANT, Mamie passe le bac, Oskar.

Entre légèreté et uppercuts…

Je ne sais pas vous, mais il m’arrive parfois d’avoir une pile de romans qui attend tranquillement sur mon bureau, que je daigne les lire. Cela n’est pas donné à tout le monde, je m’en rends bien compte.

Et puis, au hasard de l’illustration, du résumé de la 4ème de couverture, j’en saisis un et commence de fabuleuses – ou pas – lectures. Ainsi, d’autres fois, je me prends à m’autocritiquer, à me détester même pour ne pas avoir découvert et lu ce livre-pépite bien plus tôt. C’est ce qui m’est arrivé avec ce roman, « Une histoire à vieillir debout« , de Carole Prieur, qui attendait bien trop sagement sur mon bureau. (A l’occasion, chers romans pour ados, n’hésitez pas à me faire signe !!)

Vieillir_Debout

1ère de couverture

« Une histoire à vieillir debout« , je vous préviens tout de suite, je l’ai lu sans aucun recul, ni objectivité, ni analyse critique. Je l’ai lu plutôt avec mes tripes. Si ! Si ! Il y a des récits qui vous happent, qui vous enserrent, qui vous bouleversent. Et pourtant, l’histoire terminée, j’ai bien eu du mal à comprendre, à analyser. On ne sait pourquoi certains récits vous touchent à ce point. Ainsi va la vie !

« Une histoire à vieillir debout« , c’est un récit à deux voix, deux points de vue : Lou, une jeune adolescente et son grand-père, monsieur Grayet. Ce dernier, remisé (c’est comme cela qu’il le conçoit) dans une maison de retraite, n’y trouve pas sa place, déprime, veut s’opposer et décide donc de fuguer. Lou, déconcertée par cette nouvelle, mais aussi étouffée par une ambiance à la maison lourde et souvent culpabilisante, décide de partir avec Najette, une copine de la cité, pour le retrouver. Ce n’est rien d’autre qu’un voyage initiatique pour les deux jeunes filles, qui aux détours de leurs rencontres et péripéties, apprendront à pardonner, à démonter les préjugés, à grandir et à profiter (voire même à aimer ?? Inéluctable scène du baiser). Pour le grand-père, c’est une autre affaire. C’est plutôt un voyage inversé, un parcours à remonter le temps, qu’il effectue dans l’envie de retrouver ses meilleurs souvenirs, ses meilleurs instants, ses « inoubliables » secrets et de continuer à Vivre (dans tous les sens du terme) quelques temps, encore un peu.

« Je suis enfin où le temps tout à coup nous met des coups et gagne par K.-O. debout » … « Je prends des résolutions : ne pas me laisser vieillir, me bouger ! » p. 22

« Je le sens bien : je me débats, je me débats avec le temps, je me débats avec la vieillesse. Je me débats avec la vieillesse telle que la voient les autres, telles qu’ils l’imaginent pour moi« . p. 24

« Une histoire à vieillir debout« , c’est aussi une Grande interrogation sur la vieillesse, sur la vie que nous offrent ces personnages, extrêmement sensibles. Lou et Najette, pures figures d’innocence, de légèreté, de fraîcheur nous octroient à nous lecteurs quelques pauses bien méritées. Car, le ressenti du Grand-père, ses reflexions et sentiments sont beaucoup plus graves et nous envoient quelques uppercuts, qui remuent, touchent, attendrissent.

« Je me souvenais de moi. Je me souvenais de mes rides, de mes cheveux blancs, de ma peau dépossédée par le temps, par mon histoire, mes histoires. Je me souvenais de mon regard qui mêlait avec nuances la perte de certaines illusions et l’espérance toujours tenace. Je me souvenais de mes lèvres qui ne se battaient plus pour dire à tout prix mais qui savaient s’entrouvrir aux moments opportuns. Ca, c’était moi. Mais pas ces rides inexpressives, ces cheveux blancs filasse, ces lèvres qui rentrent pour ne plus rien dire, cette peau abandonnée, inhabitée. Ca ne pouvait pas être moi. Je ne me suis pas reconnu. J’ai eu envie de me retrouver« . p. 77

Bien évidemment (pour moi ça l’est en tout cas), « Une histoire à vieillir debout » fait partie de la sélection du Prix Chronos 2013-2014. C’est une évidence, car les ouvrages sélectionnés pour ce prix sont toujours de qualité. En suivant ces sélections, depuis maintenant une quinzaine d’années, j’y ai fait de belles découvertes, de grands plaisirs de lire et y ait déposé quelques litres de larmes…

Je saluerai également la maison d’édition, Oskar, qui m’assure toujours de beaux voyages littéraires, peut-être égalés, mais jamais oubliés. Et surtout, les romans de chez Oskar proposent des thèmes, qui incitent à se poser, à cogiter et sûrement à débattre et à partager. (C’était le cas de « Sako » – entre autres – sur l’amitié et la clandestinité).

« Une histoire à vieillir debout » oblige à marquer un temps d’arrêt, à se re-découvrir les uns et les autres, à profiter de chaque instant qui passe (même si cela semble gnangnan) et prépare à un certain Vivre ensemble. Les jeunes ne sont pas aussi insensibles, égoïstes et irresponsables. Les vieux ne sont pas aussi… « vieux » ! C’est un roman qui aborde très justement les questions de la vieillesse et de la mort, et pourtant un roman plein de vie.

« Une histoire à vieillir debout« , Carole PRIEUR, Oskar éditeur, 2012.

Pour découvrir l’univers prolifique et poétique de Carole Prieur, l’auteure : http://caroleprieuraffabule.blogspot.fr/

Pour en savoir plus sur le Prix Chronos : http://www.prix-chronos.org/

« Je n’ai pas peur de la mort. Incontournable issue. Une évidence contre laquelle il n’est pas nécessaire de se battre. Ce qui me fait peur, c’est le renoncement. Renoncer à vivre parce qu’il y a la mort. Plus jamais ça. La mort me surprendra en vie« . p. 127