Médias et littérature jeunesse : quelles critiques pour quels publics ?

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Samedi dernier avait lieu, au sein de la Bibliothèque centrale de Tours, l’inauguration du Centre Patrice Wolf, un nouveau centre de ressources en littérature pour la jeunesse alimenté en partie par les ouvrages donnés par l’ancien co-animateur de « L’as-tu lu mon p’tit loup ».

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À cette occasion une table ronde était organisée, consacrée aux relations entre les médias et la littérature jeunesse. Animée par Anne Clerc, Déléguée Générale des Amis de la BNF, elle réunissait  trois journalistes spécialisées sur le sujet ; Françoise Dargent, du Figaro, Jeanne Beutter, journaliste indépendante et Lucie Cauwe, qui anime maintenant le blog Lucie&co, et est aussi administratrice du groupe intitulé « Autour de la littérature de jeunesse » sur Facebook.

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Appartenant au collectif de passionnées qui œuvrent sur ce blog Louvrelivres, c’est un sujet qui ne pouvait que m’intéresser.

Mon projet initial était bien évidemment de vous faire un compte-rendu le plus exhaustif possible des différentes discussions survenues tout au long de cette table ronde.

 2017-11-23_143633Je ferai cependant une entorse à cette initiative. En effet, Cécile Boulaire, Maître de conférences à l’Université François-Rabelais de Tours, et spécialisée en littérature pour la jeunesse, était présente ce jour là et son article dans Album ‘50’  a parfaitement retransmis leurs échanges ainsi que les débats qui s’en sont suivis.

Étant moi-même « la bibliothécaire qui a apporté son témoignage et qui, une dizaine de minutes plus tard, a dit « c’est vrai que je n’avais pas du tout vu les choses sous cet angle », apportant la preuve concrète que cette après-midi de débat avait fait avancer la réflexion », je souhaitais apporter un complément d’information concernant ma réflexion.

Celle-ci faisait réponse à la journaliste Jeanne Beutter qui émettait des réserves quant à la « concurrence » faite -selon elle- par les rédactrices et rédacteurs de ces différents blogs vis-à-vis des journalistes de métier, dont elle-même. Il est exact, en effet, que je n’avais pas envisagé que cela pouvait être perçu comme une activité concurrentielle.

Cependant, comme je l’ai fait remarquer, il me semble que les ambitions du collectif ne portent pas sur le même champ d’action. Il est vrai que nous ne sommes pas journalistes. Ce n’est pas pour autant que notre regard est moindre, voire « bisounours », ou naïf comme pourraient le laisser supposer les propos de Lucie Cauwe -retransmis par Cécile Boulaire- vis-à-vis des différents blogs. Bloggeuses, « (…) une expression d’emblée perçue comme péjorative (…) » ici ; « (…) nébuleuse de jeunes femmes, lectrices de littérature pour la jeunesse (et, peut-être, seulement de littérature pour la jeunesse…), passionnées par les livres qu’elles lisent, parfois mères de jeunes enfants, qui semblent considérer que ces trois conditions suffisent à rendre légitimes leurs avis sur les livres pour enfants, exprimés sur leurs blogs personnels  (…) ici

 La présentation que Cécile Boulaire fait des bloggeuses et bloggueurs dans son article est d’ailleurs, à mon sens, un très bon reflet de notre collectif, composé en effet de  « professionnel(le)s qui, au cours de leur parcours, ont ressenti le besoin de se former et qui, à l’issue de leur formation, ont très logiquement souhaité faire partager au-delà de leur petit cercle de connaissance les propos critiques qu’ils et elles se sentaient désormais en mesure d’argumenter. » Bibliothécaires, libraires, professeures-documentalistes ou professeures des écoles, nous sommes toutes en poste et, de par nos professions, toutes médiatrices du livre, donc habituées à examiner en détail les ouvrages et  les « critiquer » afin d’effectuer des choix. Mais force est de reconnaître que la place de la contribution médiatique de professionnels/elles du livre  interpelle, et questionne.

Comment situer,  par exemple, les libraires rédactrices et rédacteurs de la revue des libraires Page ?

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Quid des libraires pour la jeunesse rédactrices et rédacteurs dans  la revue Citrouille et son blog  associé, Librairies sorcières ?

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Et, enfin, que penser des relations entre  « tous les professionnels du livre et de la lecture pour la jeunesse » apportant leurs contributions dans La Revue des Livres pour enfants ?

C’est une réflexion dont nous pourrions débattre plus longuement ensemble mes collègues et moi-même. Je pense plus particulièrement à Gaëlle, qui est parfois intervenue dans plusieurs de ces revues.

À suivre, donc.

 

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Ma vie de libraire #2, une bonne journée !

Une bonne journée de libraire, il y en a plein dans l’année !

C’est parfois un petit rien qui va faire qu’on rentrera chez soi le sourire béat aux lèvres. Par exemple, il me suffit d’avoir réussi à vendre un livre que j’aime mais qui n’emballe pas les foules pour être contente. Si je parviens à vendre un Moomin, autant dire que j’ai gagné ma journée.

moomintowelOn voit là les Moomin de Tove Jansson déclinés en mode PQ, serviette en papier.

C’est dire comme dans d’autres contrées, ils sont vénérés…

Une bonne journée de libraire est, selon moi, une journée variée. La journée pendant laquelle je ne fais rien d’autre que rentrer des livres en stock (oui, oui, c’est même fréquent…), n’est PAS une bonne journée à mon avis ! J’aime quand tout se mêle dans un chaos relativement organisé tout de même.

Avant de me lancer, je tiens juste à préciser un basique de notre métier : la diffusion et la distribution du livre… Ce sont les socles sur lesquels notre métier repose. Deux gros mots qui font peur aux stagiaires et qui n’ont pourtant rien de bien vilain.

La diffusion du livre c’est l’aspect commercial. Les représentants qui viennent nous visiter pour nous présenter les nouveautés c’est la diffusion du livre.

La distribution du livre c’est l’aspect technique. Colis, facturation, avoirs…

Un petit exemple : prenons l’éditeur Bayard jeunesse. Les nouveautés nous sont présentées par un représentant qui travaille pour la société de diffusion SOFEDIS, il vend aussi d’autres éditeurs tels que Mijade ou Minedition. Mais la distribution de ces ouvrages est confiée à la SODIS qui s’occupe de nous faire parvenir les ouvrages et de les récupérer lors des retours, la SODIS s’occupe aussi de la facturation etc… Dans ces cartons venus de la SODIS il y aura aussi d’autres éditeurs diffusés par tout un tas d’autres sociétés et pas seulement ceux vendus par le représentant qui vend Bayard et cie. On y trouvera par exemple les livres de chez Gallimard jeunesse qui sont eux aussi distribués par la SODIS mais dont la diffusion est assurée par la représentante de chez Gallimard (qui vend aussi d’autres éditeurs que Gallimard tels que les Grandes personnes…)

Je vous ai perdus ? Alors, retour au concret !

Mais de quoi donc est composée une journée type à la librairie me direz-vous ? En voici les grandes lignes, à savoir nos principales tâches auxquelles se rajoutent tout un tas de petites choses dont on pourra reparler une autre fois :

Réception des colis/Entrer les livres en stock : Aïe mon dos, ouille mes doigts ! Attention les dégâts les cartons peuvent faire jusqu’à 25 kg mais en moyenne on s’arrête autour de 20… Oui, c’est réglementé ! Un carton plein de livres à ras bord atteint facilement les 25 kilos, ce n’est pas rien surtout quand on reçoit 30, 40, 50… 80 cartons et plus (selon les librairies évidemment). C’est la tâche qui nous occupe le plus bien que ce soit la plus ingrate à mes yeux (mais peut-être y a t’il des libraires qui trouvent ça top ?). Selon les librairies, les livraisons sont quotidiennes ou 2 ou 3 fois par semaines, chacun gère selon ses besoins et possibilités.

Dans les cartons, il y a de tout ! Youpi c’est tout mélangé à l’exception des nouveautés. Sinon dans les autres il y a notre réassort (le fonds qu’on vend régulièrement et qu’on recommande ou les nouveautés qu’on à déjà vendues et qu’on recommande illico), le livre de Mme Machin pour sa petite file, et pour ceux qui travaillent avec des collectivités ; tous les livres réservés pour les bibliothèques, crèches etc… Notre logiciel ne nous permet pas de valider le carton dans son ensemble, aussi nous bipons patiemment chaque livre de chaque carton et regardons bien attentivement pour qui il est. Je vous l’ai dit, c’est vraiment nul comme tâche ! Mais bon, pour celui qui s’occupe de rentrer en stock les nouveautés c’est pas tellement mieux car passé le cap du « oh les jolis livres tout neufs ! », il va passer le reste de sa journée à créer des fiches pour référencer toutes ces merveilles.

Bon, ok, il y a des logiciels plus évolués ou des librairies qui ont un service de réception. Mais là, je vous raconte la vie du petit libraire de quartier qui fait tout lui-même. Ma vie, quoi. Je vous raconte ma vie, c’est le propre de cette catégorie « Ma vie de ».

Il faut bien sûr s’esquinter les yeux à vérifier bien toutes les factures ou bons de livraison car les erreurs sont fréquentes ou bien il faut faire aussi attention aux changements de prix… Autant dire que ça prend un max de temps et que c’est un brin rébarbatif.

Retour des invendus : Ah ben c’est marrant, c’est presque l’exact opposé de tout ce que je viens de vous raconter. On reprend les mêmes cartons mais vides et on recommence ! Bon, avant il y a un jeu que j’adore personnellement et que je compare un peu à une chasse aux trésors c’est de chercher dans tous les recoins de la librairie les ouvrages à renvoyer aux éditeurs. Certains font ça très méticuleusement en imprimant des listes de suggestions de retours proposés par le logiciel, d’autres font ça plus sauvagement en enlevant au cas par cas là où il y a besoin de place. L’essentiel étant de respecter un juste équilibre et de ne pas vider le magasin ou se « sur-stocker » d’ouvrages invendables.

Pour les retours il y a une règle de base avec plein de petites variantes sympas selon les distributeurs : « retours libres entre 3 mois et 12 mois de stock ». En gros un libraire qui n’a pas vendu ses livres au bout de 3 mois à la possibilité de les renvoyer, il lui sera fait un avoir. S’il dépasse un an, il est censé demander une autorisation de retour à son représentant… Alors, ça c’est ce qu’on nous enseigne à l’école des libraires et puis une fois dans nos jobs on s’aperçoit que c’est loin d’être si figé. Y a ceux qui ne reprennent rien du tout (rare mais ça existe!), ceux qui ne reprennent rien sans l’aval du représentant, ceux qui reprennent tout même si c’est paru la veille. Ceux qui sont censés reprendre mais te renvoient la moitié de ce que tu as rendu… Y a même ceux qui veulent pas reprendre dans la librairie X mais qui reprennent dans la librairie Y. Oh la la ma tête, j’y comprends plus rien ! (cf. rubrique Achats/copinage ci-dessous)

Tout ce qui reste en stock longtemps voire très longtemps devient de la dépréciation et ça c’est moyennement recommandé car ça finit par coûter de l’argent au libraire. On évite donc de laisser trop vieillir les stocks, sans pour autant évidemment enlever nos chouchous qu’on vend quand même une fois l’an.

Achats : la pause copains. Les achats sont essentiels à la bonne marche de la librairie, il y va de la crédibilité de votre assortiment tout de même ! Le libraire reçoit plusieurs représentants par semaine, parfois même plusieurs par jour. Et ça peut aller de 1 minute à 2 heures (ou plus si affinités!) Les relations qu’entretiennent les deux parties sont assez fascinantes. Pourquoi ? D’abord parce que le libraire est alors un client et non plus un vendeur le temps d’un rendez-vous ! J’aime cette inversion des rôles, ce n’est plus à moi de convaincre mais au représentant de faire l’effort de m’attirer vers ses ouvrages. On se laisse porter en regardant les belles images sur l’ordinateur en se disant qu’on a bien de la chance de voir ça avant tout le monde ! Ensuite parce qu’entre nous, au fil des années se tissent des copinages plus ou moins sérieux. Alors qu’il ne faudrait pas du tout !!! Là est tout le nœud du problème: avoir confiance en son représentant qu’on soit pote ou pas… Difficile de dire non à un ami, n’est-ce pas ? Mais un vrai ami te dira : « laisse tomber ce livre c’est naze, c’est pas pour toi. » Et heureusement, il y en a !

Difficile aussi les premiers temps de savoir à qui accorder sa confiance ou  pas. Attention, le représentant n’est pas là pour arnaquer les libraires mais disons que tous n’ont pas la même vision du métier.

Lors des RV les équipes commerciales représentent généralement plusieurs maisons d’édition (ex : Actes sud junior, Rouergue, Thierry Magnier c’est untel.1 tandis que Flammarion, Casterman, Autrement c’est untel.2) Donc les RV peuvent parfois être très longs car nous travaillons généralement 2 ou 3 mois de programmes d’affilée. Certains envoient parfois les bons de commande à l’avance aux libraires pour que les quantités soient prêtes le jour du RV plutôt que de tout discuter et de se bagarrer le bout de gras pendant des heures ! C’est le cas en BD où certains diffuseurs (coucou Guigui !) ont un catalogue teeeeeeeeeeeeeellement étoffé qu’on étouffe. Et là je ne parle pas du marathon que sont leurs journées de tournée mais simplement la largeur de gamme de leur catalogue… De ce fait on ne voit pas tout le monde aussi souvent.

La règle, quand on veut tout bien faire comme il faut voudrait qu’on prévienne dès le début du RV : « j’ai xxx temps à t’accorder et j’ai xxx retours à te demander ». On est client oui ou bien ? Dans les faits on commence par se raconter nos vacances.

Il y a aussi les journées exceptionnelles qu’on ne vit que de temps en temps !

Et ces 2 dernières années il y en a eu quelques unes de grandes joies ! ll y a eu la fois où, après avoir terminé Max de Sarah Cohen-Scali, j’ai eu une démangeante envie de lui poser des questions (l’interview est d’ailleurs par ici sur ce site même). Et puis il y a eu ces jours heureux de rencontres avec des auteurs invités pour le club de lecture. J’en profite pour remercier les deux derniers venus qui ont été absolument adorables : Fred Paronuzzi et Annelise Heurtier.

Encore plus folles sont les journées de salon où l’on côtoie tout le gratin de la littérature jeunesse sur nos stands avec qui on fait copains comme cochons pendant un week-end alors qu’en vrai dans la rue on n’oserait même pas leur parler tellement on les ââââââdmire. C’est ainsi que ces deux dernières années j’ai passé quelques journées en compagnie de certaines de mes « idoles » obtenant ainsi lâchement de belles dédicaces sans jamais faire l’once d’une queue…

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Méli-mélo de Carole Chaix, Marion Fayolle et Marie Caudry.

Voilà, c’était une bonne journée dans ma vie de libraire. J’aurais pu ajouter la vitrine, petit détail qui m’amuse toutes les 3 semaines. J’adore trouver des thèmes qu’on ne voit pas trop ailleurs du genre l’automne, le printemps, Noël, Pâques. Ces derniers mois j’ai bien cogité avec mes collègues et on a trouvé des thèmes plutôt chouettes : les onomatopées, les pois, les personnages ronchons, la moumoute…

Le but est que le client se dise : tiens, c’est quoi le rapport entre tous ces livres ? C’est « la moumoute »

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Une bonne journée c’est une journée d’échange avec les clients, évidemment. De conseils et de partages !

 

Ma vie de libraire pour la jeunesse # 1. À bas les clichés !

Bienvenue dans ma vie de libraire !

Cet article s’inspire de plusieurs vies de libraires, les miennes.  En librairie dite de Grande Surface Spécialisée, puis en librairie généraliste, puis en spécialisée jeunesse. Toutes pareilles et pourtant toutes différentes !

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Oui, c’est moi ! En mode Marvel, un jour de pétage de plombs. Attention, on ne s’amuse pas tous les jours non plus !

Il s’agit ici du premier article voué à faire connaître un métier qui fait fantasmer bien des gens. C’est justement pour faire prendre conscience des réalités que j’ai décidé de vous livrer un portrait assez peu glamour mais 100% véridique de mon gagne-pain.

Li-braire !

Avouez que ça fait rêver. Ça en jette, non ? Je suis parfois prise d’une envie de faire ma maligne lorsqu’on me demande « Et toi, tu fais quoi comme boulot ? » En réponse, j’ai l’impression de prononcer une simili formule magique « Oh, moi tu sais, je suis libraire pour les enfants… » Puis,  j’ai pris l’habitude après avoir écouté les « T’as trop d’la chance ! Ça doit être trop coooooool comme boulot ! » (oui c’est vrai), de vite calmer les ardeurs de mes fans. Salaire minable, boulot épuisant, horaires de commerçant, vacances de commerçant, patience en toutes circonstances pour gérer les désirs des clients, etc…

Mais c’est vrai que j’ai de la chance d’être libraire, c’est un boulot cool et de passion. Franchement, y a pire. Mais avant de vous décider à venir vivre ma vie de libraire dans votre vraie vie à vous, lisez cet article et celui de Télérama intitulé Profession : libraire fier qui donne un bon aperçu du métier. Même si le terme « fier » dans le titre me fait grincer des dents car j’ai du mal avec l’importance que certains donnent à ce métier car enfin, soyons honnêtes, on ne vend que des livres. Je ne vois nulle mission sacrée ou acte de bravoure là-dedans.

Avant tout, vous qui pensez à devenir libraire, demandez-vous si vous êtes vraiment passionné de livres et non pas de lecture et encore moins d’un genre de lectures en particulier… Je m’explique : on peut-être un fan absolu de SF, lire 150 romans de SF dans l’année et vouloir passer sa vie à en conseiller dans une librairie et puis… on se retrouve dans une librairie généraliste au rayon dictionnaires (je n’ai rien contre les dictionnaires).

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On ne tombe pas toujours du premier coup au poste escompté, surtout dans les GSS ou les librairies généralistes. Alors, je pense que l’amour du LIVRE est essentiel, ça parait bête de dire ça, n’est-ce pas ? Il faut aimer le renifler, le tripatouiller, ok bon, j’arrête. Nul besoin d’être fétichiste non plus.

Si vous êtes vraiment passionné par la chose livresque alors vous pourrez certainement vous accommoder de votre paie au SMIC, de vos samedis travaillés, de vos 5-semaines-de-congés-pas-une-de-plus, de vos centaines de kilos de cartons portés chaque semaines, de vos clients de mauvaise humeur, du téléphone qui sonne toujours au mauvais moment (fonctionne aussi avec la cb qui tombe en panne au mauvais moment, l’ordi, la caisse etc…) Vous ferez le ménage avec délice en fin de semaine, irez à la déchèterie en sifflotant vous débarrasser des tas de cartons évoqués plus haut. C’est encore et toujours la passion qui vous aidera à vous lever les dimanches à l’aube pour aller sur les divers salons du livre pour lesquels des semaines de préparation sont nécessaires et une journée entière de remise à neuf de la librairie au retour. Et j’en passe.

Donc de la passion, sinon c’est cuit.

Quand je vois le nombre de personnes qui rêêêêêêvent de faire ce boulot lorsque j’en parle, je m’aperçois que l’image qu’en a une bonne partie de la population est terriblement déformée.

Voici selon moi les pires clichés véhiculés (et un brin exagérés je l’avoue) auxquels j’apporte mon vécu…

Idée reçue numéro 1: pour être libraire il faut être très intelligent.

Même pas ! J’en connais qui n’ont pas le bac mais je ne dirai pas qui. Pour être libraire, il faut surtout être curieux et avoir de bonnes connaissances de culture générale.

Exemple : si vous soutenez à un client que Stendhal n’a jamais écrit Le rose et le vert et que vous lui ricanez au nez en lui disant c’est Le rouge et le noir ! , vous aurez l’air idiot car ça existe bel et bien… Idem avec un autre piège de nos classiques de la littérature française, notre ami Molière a bien écrit L’école des maris bien qu’on nous demande toujours celle des femmes.

Mais bon, pas de panique car quand on débute on ne peut pas être une encyclopédie non plus. Et même au bout de xxx années de carrière, il y aura toujours un client qui en saura plus que vous sur un sujet et ne manquera pas de vous le faire remarquer. C’est agaçant mais au moins, dans mon boulot, j’en apprends tous les jours et tous les soirs je me couche un peu moins bête. N’est-ce pas formidable ? Donc, il faut en avoir dans le ciboulot mais on n’a pas besoin de réviser l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert non plus. Quoi que avec celle magnifique publiée par l’Edune l’an dernier, on s’y met avec plaisir. lumières

Dans les faits, pour être libraire il n’y a pas forcément besoin d’un diplôme MAIS les DUT Métiers du livre par exemple sont appréciés. On peut trouver des formations dès le CAP, suivez le lien ici pour voir la liste des formations. Vous voyez, il y en a pour tous les goûts. Pas besoin de se lancer dans un cursus de lettres modernes et ça, c’est pas une chouette nouvelle ? Donc, non pour être libraire, pas besoin de faire de longues études. Le plus dur c’est de trouver du boulot car on est serrés comme des sardines.

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Les formations en alternance sont, sur le papier, une super idée. Dans les faits je connais malheureusement peu de libraires qui prennent des apprentis. Le plus dur est de trouver celui qui voudra faire de vous son petit protégé. Sollicitez les librairies auxquelles personne ne pense, celles cachées dans un petit village en périphérie où un libraire galère tout seul et voudrait bien un peu d’aide…

Idée reçue numéro 2 le libraire lit beaucoup

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Le libraire lit quand il peut mais jamais au travail…

Alors ça c’est forcément vrai, je vous faisais une petite blague. Le libraire lit beaucoup mais je voulais préciser une petite chose loin d’être anecdotique : le libraire ne lit jamais pendant son temps de travail ! Ou alors c’est un petit veinard. Personnellement, je n’en connais pas qui ont le temps de bouquiner pendant les heures d’ouverture. Le libraire lit donc en dehors de son travail, dans son lit par exemple jusqu’à ce qu’il s’écroule de fatigue. Ou à la plage, ou dans son canapé. Où il veut mais pas au boulot. Donc on fait beaucoup d’heures supplémentaires non rémunérées. Mais vous allez me dire « quand on aime on ne compte pas ». Je l’attendais celle-là mais je préfère ne pas y répondre. Dans le cas où l’on est « spécialisé jeunesse » puisque c’est de ça dont on parle dans ce blog, j’en viens carrément à culpabiliser lorsque je prends le temps de lire un bouquin pour adultes.

ça te saoule pas de lire que des livres pour les gosses ?

Me demande-t’on parfois à juste titre (la réponse est oui ET non)

Je ne m’autorise que les congés d’été pour lire du « pour les vieux…  » Le reste du temps ça m’angoisse et me donne l’incroyable sensation de prendre trop de retard sur toutes les nouveautés si je ne carbure pas à la jeunesse. Ce qui m’amène à l’idée reçue suivante.

Idée reçue numéro 3 : le libraire connait tout (même pas vrai)

Alors celle-là, je l’entends toutes les semaines : »Demande à la dame mon chaton, elle connaît tous les livres. » Ou sa variante lorsque l’on conseille : « Mais vous avez lu tous les livres ? »

Et bien non le libraire ne connait pas tout et n’a pas lu tout ce qui est dans sa boutique… Mais normalement au bout d’un certain temps et s’il sait bien faire son boulot, il est capable de répondre à un peu tout. Par quel miracle ? Et bien déjà, suis-je autorisée à dire « tous les Nothomb se ressemblent ? » N’allez pas croire que j’ai une dent contre Amélie, je veux juste dire par là que généralement on se fait vite une idée du style d’un auteur par exemple, de l’identité d’une collection. Si vous aimez machin alors vous aimerez bidule (oui, comme sur les propositions de libraires par internet, c’est dingue !) Par exemple : si vous aimez Musso vous aimerez Lévy.

Et puis, normalement le libraire se tient au courant (magazines, blogs, etc…) et sait donc ce que machin ou bidule qui est hyper renommé dans le monde de la littérature en a pensé. Lorsque je ne peux pas donner mon avis mais que j’ai lu un bon article dessus, j’en parle. Attention ! Je n’ai pas dit que je faisais semblant d’avoir lu le livre en mettant dans ma bouche les propos de Michel Abescat dans Télérama !!! Je suis toujours honnête même si ça apporte parfois la réaction que je déteste : « Ah bon, vous ne l’avez pas lu ? » « Non madame, mais j’en ai lu d’autres vous savez… » On dirait que le monde s’écroule lorsque l’on ose dire non.

Et puis ce sont aussi souvent les mêmes que l’on conseille car nous avons bien sûr nos chouchous. Ce qui ne nous empêche pas de savoir aussi nous débrouiller lorsque l’on nous demande des conseils sur des choses qui nous inspirent moins. Et ça ça arrive quand même assez fréquemment car on ne tombe pas toute la journée sur des lecteurs avec qui l’on peut partager ses affinités. Et un fin libraire, à mon sens, ne tentera pas le diable en proposant à un fan de 50 shades of grey de tenter dans la foulée Belle du seigneur. Je pars du principe qu’il faut respecter les lectures des clients et y aller mollo dans leur reconversion.

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J’avoue j’ai pas tout lu. Quoi, vous n’allez pas me dire que vous avez lu tous vos livres quand même ?

Idée reçue numéro 4 : le libraire aura bien un livre pour régler le problème du petit.

Votre enfant mord ? Il ne veut pas jeter sa tétine ? Votre fille ne veut plus se montrer toute nue ? Votre fils est mauvais perdant ? Votre chien est mort ?
Pas de panique le libraire a des livres pour toutes les situations et c’est presque vrai. Grâce à la série de chez Calligram Ainsi va la vie -que tout le monde même moi appelle Max et Lili-, on trouve de tout.  Mais alors vraiment de tout. Même si la mère de la meilleure amie de votre fille picole ou si le neveu de je ne sais pas qui est en prison, c’est tout bon. Grâce à Max et Lili on est sauvés ! Pour tous les âges les auteurs et éditeurs proposent des titres pour soigner tous les maux. Le libraire doit jouer au psychologue avec certains clients et faire preuve de tact dans des situations parfois bien difficiles. Divorce, maladie, décès, beaucoup de familles confrontées à des situations compliquée cherchent un livre pour aborder des sujets délicats avec leurs enfants.  Pas toujours simple de répondre à toutes les demandes et de trouver le livre adéquat. Pour les plus grands il va falloir « taper » dans les romans, trouver le titre auquel s’identifier au héros. Bon, pas simple tout ça. Et en plus c’est même pas sûr que ça marche… Il y en a qui croient dur comme fer au livre médicament. Je reste un peu plus sur la réserve selon les demandes et me retient parfois de conseiller aux parents un pédo-psy plutôt que d’essayer d’éradiquer la jalousie maladive de l’aîné qui mord le nouveau né à coups de Trotro à une petite sœur.

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Madame la libraire ! Au secours mes enfants se sont transformés en félins, qu’est-ce que je peux leur lire ?

Je pourrais mettre encore ici bien des idées reçues sur mon métier mais j’en garde pour la suite ! Il faut savoir tenir en haleine ses lecteurs.

Je vous donne quand même un SPOILER en attendant le #2 : libraire, un chouette métier… Dans le prochain post : votre libraire balaie (tout en décrochant le téléphone et en disant au revoir avec le sourire à la madame qui s’en va).