Frangine, Marion Brunet (dès 13 ans)

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Il était une fois un livre incroyable paru en plein pendant ce qu’on a appelé la Manif pour tous (incroyable y a même une page wikipédia !) Enfin, pour tous, ça dépend pour qui.  On aurait pu dire que le timing était parfait et le livre écrit « exprès pour ». Mais un livre pareil est pour moi intemporel, il parle avant tout d’Amour et va bien au delà du débat « mariage pour tous ». Voilà pourquoi, d’après moi Frangine,  est un livre pour tous.

Frangine est paru en mars 2013, pendant que certains brandissaient haut et fort leurs idées en battant de pavé, parfois armés de bougies et de chants religieux voués à éloigner le mal de notre société.

Frangine ce sont des histoires d’amour. Celle de deux femmes -Maman et Maline-, qui ont fondé une famille et eu deux enfants, au risque d’y « perdre » leurs parents pour l’une des deux qui ne les a jamais revus. Mais ce n’est pas cette histoire là qui est l’héroïne de ce roman, il s’agit de celle d’un frère envers sa plus jeune sœur. Quand Joachim découvre que Pauline est harcelée depuis son entrée au lycée par tout un tas de gens à cause de leur famille il est prêt à exploser. Il n’a rien vu venir lui qui n’a jamais été la cible des moqueries à ce propos. Mais c’est bien plus facile de s’en prendre à une fragile jeune fille qu’à un grand gars comme lui. Alors c’est Pauline qui va « ramasser ». Même ses plus fidèles amies semblent avoir changé de camp, ou plutôt n’osent plus s’afficher en compagnie de leur « meilleure » amie. C’est si simple de basculer de côté, sournoisement, lâchement, en silence. C’est un peu comme mentir par omission.

Pour faire face aux attaques, aux harcèlement, aux menaces, Pauline se fait muette et monacale. Plus de mots ou presque ne sortent de sa bouche, plus de décorations dans sa chambre d’ados qui devient celle d’une nonne.

Pauline se recroqueville, mutique. Elle habite désormais un corps mou et un environnement désertique duquel elle a volontairement ôté toute joie et toute fantaisie.

Sa chambre devient blanche comme des articulations trop serrées par la rage. Joachim prend alors la situation en main.

Mais Pauline ne veut pas de son aide. Là ça se corse. Pourtant Joachim, avec ses biscotos et son intelligence il aurait eu vite fait de leur régler leur compte à tous ces petits malins qui la détruisent à petit feu. Pauline ne veut pas en entendre parler, elle veut régler ça elle-même, faire face aux détraqueurs à la conscience étriquée.

Nous, lecteurs, nous frémissons. Elle est si fragile, Pauline, on voit bien que tout l’amour dont on l’entoure ne suffit pas. On voit bien qu’elle en veut à mort à ses mères de l’avoir mise dans cette situation. Elle a pas demandé à naître Pauline. Pourtant elle doit en assumer les conséquences. Elle en veut peut-être même à son frère adoré de vivre si bien la situation.

Pauline ne sait plus ou elle en est et, longtemps, l’on se demande ce qu’elle va faire pour régler ses comptes :

– avec ses harceleurs

– avec ses mères

– avec elle-même

– avec les amies qui l’ont abandonnée

– avec ce frère parfait

– avec ces grands-parents qui n’ont jamais voulu d’eux

Y a du boulot en perspective pour cette héroïne au bord du gouffre. Y a de l’incertitude tout du long pour le lecteur.

Mais comment va t’elle faire pour se sortir de CA sans y laisser des plumes ? A moins qu’elle n’ait pas envie de s’en sortir. Sa détresse est palpable et on panique d’une issue tragique. Mais c’est aussi la détresse d’un frère bouleversé à l’idée de ne pas réussir à aider sa sœur chérie.Celle de deux mères dont le couple se délite un peu plus chaque jour.

J’ai rarement lu un livre à l’amour si palpable.

Marion Brunet évite tous les clichés du mariage gay et de l’homoparentalité. C’est un hommage vibrant à la Famille et à la fratrie. Un livre qui montre que l’amour des nôtres peut nous porter très très haut.

Quel dommage que pendant tout ce temps on n’ait pas entendu parler de ce roman intelligent et sobre et qu’à la place on ait fait tant de pub pour des ouvrages qui étaient jusque là assez confidentiels (Tous à poils !, Papa porte une robe…) !

Le monde est parfois injuste Marion car un peu de publicité ne fait jamais de mal à un bon auteur… mais je ne doute pas que Frangine sera reconnu pour ce qu’il est : un roman d’amourS et non pas un roman uniquement sur l’homoparentalité.

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Ma semaine Pépix

Ah la chouette semaine Pépix que j’ai passé !

Bon, admettons que j’ai failli être croquée toute cru par un ogre et que j’ai cru crever de rire à cause d’une toute petite souris… Mais passé le choc, je suis toujours bien vivante pour vous raconter cette drôle de semaine.

Pépix est la nouvelle collection qui pétille dirigée par Tibo Bérard aux éditions Sarbacane. Elle se destine aux 8/12 ans (environ, hein, on va pas pinailler) et se veut « un grand cocktail d’humour, d’aventure et d’irrévérence ! » Tiens, un cocktail… Voudrait-on enivrer les enfants dès leur plus jeune âge ?

Si on pouvait en enlivrer certains, ça serait déjà bien. 

Depuis quelques années, on ne peut que constater l’essor des publications destinées à cette tranche d’âge et l’on s’en réjouit (en tout cas  moi !) puisque ce phénomène
offre enfin une alternative au combo infernal Géronimo Stilton vs Cabane magique (existe en version Bus magique, Château magique, j’en passe et des
meilleures…)

Avec sa souris détective, Albin Michel a bien compris que si l’on veut faire lire faut que ça déménage ! Alors on met de la couleur partout même si c’est pas assorti, on écrit gros, de traviole, faut que ça penche, que les lettres vous sautent à la figure et vous jettent les mots direct à la bouche. Un livre arc-en-ciel qui rappelle les tranches bariolées de la fameuse Cabane magique. Mais là, une fois passé le choc visuel de la couverture, c’est austérité à bord, à babord et à tribord. Pourtant les gamins embarquent pour ces mystérieux voyages dans le temps. Là, petit aparté, c’est un mystère pour moi… Mais je reconnais que rares sont les séries à faire se côtoyer des pirates, des phoques, des gondoliers, Léonard de Vinci, des petits ramoneurs de Paris. Dedans, c’est tout gris. Malgré cela, avec leurs copains Tom et Léa, les enfants embarquent pour des voyages partout et tout le temps.  Pas moyen de se reposer dis donc (ça plairait pas à l’autre souris dont je parlerai tout à l’heure…) Et cette sournoise notion de cycle ! Prends le 1, le 2, le 3 ET le 4 et tu pourras résoudre l’énigme (fonctionne de la même façon avec le 5, 6,7 ET 8 ainsi que de nombreux tomes derrière). Bon, si avec ça on se sent pas obligé de les lire tous…

BREF !

Passés ces deux mastodontes de l’édition, d’autres initiatives plus emballantes ont vu le jour.  Par exemple citons les éditions Albin Michel (encore eux!), qui ont démarré en grande pompe la collection Witty il y a environ 3 ans. David Walliams qui avait déjà été publié par Gallimard jeunesse pour Le jour où je me suis déguisé en fille (tiens, voilà un livre dont on pourrait entendre parler ces jours…) en est un peu le fer de lance. Mais n’oublions pas la série à succès Madame Pamplemousse qui régale les jeunes filles de ses fabuleux délices. Le hic ? Ben, j’en vois un tout petit quand même… Où sont donc les auteurs français là dedans ? Car dans les livres cités les auteurs sont une souris italienne anonyme, une certaine Mary Pope Osborne pour les 43 tomes de La cabane magique, mais foin de français !

Vous aussi ça vous agace ?

Je cite tout de même Claudine Desmarteau qui me fait faire pipi de rire avec sa série Le petit Gus, une série humoristique pleine de vie et de gros mots gras comme il faut. Je précise car ça ne plaît pas à tout le monde !

Bon, et bien je soupçonne Tibo Bérard d’avoir aussi été agacé par cette domination anglo-saxonne parce qu’on a tout plein de bons auteurs par chez nous. Et voili
voilà, tout ce blabla pour vous dire que Pépix est une collection qui a absolument tous les atouts pour se creuser une place de choix dans ce « créneau » des 8/12 ans.

Avant d’argumenter, laissez-moi vous les présenter :

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Ils sont beaux, hein?

Alors, selon moi et ça n’engage que moi et moi-même ça devrait plaire à beaucoup car :

– les auteures se sont lâchées et bon sang que ça fait du bien ! Elles sont pour le moment deux : Marion Brunet a concocté L’ogre au pull vert moutarde et Raphaële Moussafir s’est attaquée à la fameuse légende de la petite souris avec Sacrée souris. 

– les histoires sont TROP marrantes. Dans L’ogre..., il y a vraiment un ogre gardien de nuit dans un foyer pour enfants. Ce n’est pas juste un gros monsieur vilain, poilu qui pue du bec ; c’est VRAIMENT un ogre. (Si tant est que ça existe). Il y a une phrase de Marion Brunet au début du roman qui m’a bouleversée, c’est une phrase à propos du personnage d’Abdou qui, chez lui, dort dans un panier à chien. Il y a une explication qui n’est pas celle qu’on croit, son père n’est pas si horrible quand même !
Dans Sacrée  souris une souris pimousse (et feignasse) devient, par tout un tas de chamboulements -dont la mort de la si gentille reine des souris Marie-Claire-, LA petite souris. Comment être petit et s’assumer comme tel, semble t’elle nous dire du haut de ses courtes pattes.

Les deux textes sont parsemés de bons conseils et de bonus qui sont hilarants. Dans L’ogre, Abdou vous livre ses conseils de traduction français compliqué-français normal et ça donne ça :

S’ils disent : « Les budgets ne sont pas élastiques. » Il faut entendre : « Tu garderas ton blouson pourri encore une saison. »

Dans Sacrée souris on découvre tout un tas de bonnes astuces pour :

Rendre ses parents chèvres, ranger sa chambre, éviter le gaspillage ou encore comment se brosser les dents… Enfant, si des fois tu te demandes qui peut bien mettre un bordel pareil dans ta chambre, tu vas être servi !

Et oui, c’est écrit bordel dans le livre.

Par ailleurs, les passages en vieux françois de « Victor Emile Souris l’écrivain interminable » (une trouvaille que cette phrase !) et leur traduction en français djeun sont mémorables :

« Esgourde-moi bien, félone pucelle ! [écoute moi bien, saleté de gamine!] Où diantre es-tu allée quérir telles fariboles ? [On peut savoir d’où tu sors cette idée débile ? ] Icelui ne croira oncques à des viles balivernes ! [On va pas avaler des crétineries pareilles, quand même !] »

Oui, c’est aussi écrit pucelle !

Bon, là je me retiens de vous citer tout le contenu des romans.

– design de la collec au top !

– slogan au top aussi (cf ci-dessus)

– illustrateurs au petits soins. Caroline Ayraud pour Sacrée souris et Till Charlier pour L’ogre au pull vert moutarde

Bon, ben reste plus qu’à attendre la sortie en librairie… RV début mars.