Sens dessus dessous

Nouvelle séance avec le groupe de 6-11 ans du centre de loisirs pour « Je lis, tu dessines » avec des histoires « sens dessus dessous ». Pour donner le ton dès l’arrivée des enfants à la bibliothèque, j’avais mis quelques vêtements à l’envers comme mes chaussettes, mon pull et mes lunettes, ce qui a fait beaucoup rire les enfants. Nous sommes rentrés à reculons jusqu’à l’espace jeunesse où je leur ai fait un petit discours d’introduction en verlan 😉

Voilà le déroulé de la racontée où l’on a essayé de proposer un maximum de titres jouant avec les sens de lecture :

L’Afrique de Zigomar, Philippe Corentin, L’école des loisirs, 2000

Dans ce grand classique, Pipioli le souriceau rêve d’aller en Afrique comme son amie l’hirondelle. Le merle Zigomar accepte de l’y emmener… mais il n’a aucun sens de l’orientation. Un voyage inattendu les attend. Toute la saveur humoristique de cet album repose sur le décalage entre le texte et les images jusqu’à la chute finale.

 

Le long d’un reflet, Shinsaku Fujita, Nobi Nobi

Une petite fille et son grand frère partent explorer leur ville qui s’étend le long d’un cours d’eau. Ils admirent les façades des maisons qui se mirent dans l’onde, et observent chaque remous à la surface de l’eau. Car leur ville est certes minuscule, mais son reflet la fait paraître gigantesque !

Jeux de miroir, constructions symétriques, effets d’optiques… Cet album se découvre en grande partie à travers l’image inversée de la petite ville, qui donne au lecteur une vision de la réalité tantôt fidèle… tantôt déformée. A lire à l’endroit…ou à l’envers!

 

Mon voisin, Marie Dorléans, Editions des Braques, 2012

Un beau jour, un nouveau voisin emménage. Les bruits qui proviennent de chez lui intriguent notre héros qui, de l’autre côté de la cloison -représentée par la pliure du livre- va s’imaginer les choses les plus folles… C’est un vrai contraste entre la réalité un peu terne page de gauche (illustrée finement en noir et blanc) et l’imagination débordante page de droite (marquée par les couleurs transparentes façon rhodoïd).

C’est l’acteur Guillaume Gallienne qui raconte l’histoire dans sa version exhaustive (elle est allégée dans le livre) et les sons prennent vie. Plus que jamais, le travail sonore illumine et complète le travail graphique et l’écriture : le son devient un personnage à part entière; c’est bien pourquoi nous avons écouté le CD!

 

Océano, Anouck Boisrobert, Louis Rigaud, Hélium, 2013

Un éblouissant pop-up pour prendre conscience de la beauté et de la fragilité des océans. La conception originale convie le lecteur émerveillé à une grande expédition à la fois sur et sous la surface de l’eau.

Du port bruissant d’activité à la banquise, en passant par une mer déchaînée par la tempête et, enfin, l’idyllique lagon aux milliers de poissons, c’est un voyage dessus-dessous qui rend hommage à la diversité et la richesse du monde marin à préserver.

Plouf, Philippe Corentin, L’école des loisirs, 1991

Autre incontournable de Corentin avec cette histoire d’un loup qui a très, très faim. Au fond d’un puits, il croit voir un fromage… C’est aussi l’histoire d’un cochon trop gourmand… C’est l’histoire d’une famille de lapins trop curieuse… C’est l’histoire de… Mais chuuuuut ! Ici, c’est le format à la française doublé de la lecture verticale qui donne une nouvelle ampleur à ce drôle de récit.

Hortense au plafond, Aurore Callias, Albin Michel Jeunesse, 2009

Le soir tout en haut de la grande maison, dans sa chambre où elle a parfois du mal à s’endormir, Hortense regarde le plafond depuis son lit. Une nuit, elle y découvre Saguzar membre intrépide de la famille nocturne des chauves-souris, qui lui propose de le rejoindre au plafond. Un peu d’acrobatie et voici Hortense partie pour une aventure tête à l’envers où elle découvre comment vivent dans sa propre maison les habitants de la nuit.

Le récit à deux voix, les carnets croisés de Saguzar (en orange) et d’Hortense (en noir), se lit tout comme l’image, à l’endroit et à l’envers. Gare au torticolis!

 

Comment lire un livre ? Daniel Fehr, Maurizio A.C. Quarello, Kaleidoscope, 2019

« Hé ! Lecteur ! À quoi tu joues ? Tu tiens le livre à l’envers ! Regarde-nous ! » Les personnages de contes sont sens dessus dessous. À toi de tourner, retourner, secouer le livre pour mettre de l’ordre dans ce bazar ! Un album interactif à faire tourner la tête ! comme le résume l’éditeur.

 

Extraits de Chimères génétiques, Julie Lannes, L’atelier du poisson soluble, 2011

Attention : Herbier Génétiquement Modifié ! A partir d’expériences scientifiques réelles, Julie Lannes a imaginé une série de plantes telles qu’elles pourraient évoluer, après « greffe » de gènes d’origine animale. Ses magnifiques gravures, très poétiques, sont d’un incroyable réalisme qui les rend d’autant plus inquiétantes.

Voilà un ouvrage accessible par les plus grands. On prendra soin de lire la 4ème de couverture ainsi que les explications de la page de titre pour bien présenter et expliquer la notion d’ADN et d’OGM avant la sélection de quelques transgénèses qui bouleversent les repères des enfants (et des adultes aussi d’ailleurs).

  • Fragaria
  • Solanum tuberosum rana
  • Solanum tuberosum aequorea victoria
  • Brassica
  • Zea mays
  • Solanum lycopersicum

 

Va jouer avec le petit garçon, Clémentine Beauvais, Maisie Paradise Shearing, Sarbacane, 2016

Qui n’a pas entendu un jour son parent lui lancer l’injonction : Va jouer avec le petit garçon ! (ou la petite fille…). Notre héros, tranquillement occupé à jouer dans son monde à lui, au jardin public, se rebelle : « Et moi, je te demande d’aller jouer avec la dame qui donne à manger aux pigeons, là, sur le banc ? Et si ce petit garçon était en fait un monstre déguisé ? Et s’il m’attirait dans son royaume sous terre, où d’autres enfants esclaves sont à son service ? » C’est le début d’une aventure loufoque où l’enfant imagine un monde secret (et souterrain) et une opération de sauvetage riche en surprises !

Les animateurs ayant informés les enfants du thème du jour, certains avaient également joué le jeu en inversant leurs chaussures ou leurs vestes. Ils n’ont pas manqué d’idées pour renverser leur journée, proposant d’inverser les toilettes des filles et des garçons ou de faire un repas du dessert à l’entrée.

Quant à leur activité plastique, les enfants ont eu le choix entre la confection d’un méli-mélo de personnages présenté par exemple sur le blog (une fois n’est pas coutume) L’atelier qui dessine permettant de combiner des têtes, torses et pieds variés et une roue de personnages permettant de permuter les têtes et détaillée ici, inspirée du travail de Norman Messenger dans le livre-jeu Imagination édité au Seuil.

Entrez dans le monde onirique de Philippe Corentin

Il est un genre en littérature pour la jeunesse, particulièrement apprécié des jeunes lecteurs : la littérature de rêve.

max-maximonstres1Max et les maximonstres de Maurice Sendak, en est le livre phare.

On retrouve dans ce genre (à quelques détails près), le même schéma narratif : un jeune héros vit quelques déconvenues dans sa réalité, il s’endort puis bascule dans le monde onirique où il rencontre des être délirants. Enfin, une situation qui lui rappelle sa réalité le réveille.

images tu rêves liliDans l’album Tu rêves, Lili, de A. Boulon et C. Renaud, ce schéma est particulièrement explicite puisque les illustrations mettent en avant chaque détail que l’on retrouve à la fois dans la réalité et dans le rêve de Lili.

Ces deux albums ont été lus en classe et ont permis d’expliquer cet effacement de la frontière entre le rêve et la réalité.

Ensuite, nous  avons mis en réseau les livres de Philippe Corentin pour entrer dans ce monde onirique littéraire. Trois de ses albums ont été étudiés dans le cadre de ce projet : Les deux goinfres, Zigomar n’aime pas les légumes et Papa!

les deux goinfres

LES DEUX GOINFRES

Bouboule est un enfant très gourmand. Il est aussi le narrateur de cette histoire. Lui et son chien Baballe vont découvrir que leur gourmandise ne les rend effectivement pas malade mais qu’elle est à l’origine de leurs pires cauchemars.

les deux goinfres

dessin d’élève

Les élèves (CP/CE1) ont particulièrement apprécié cet album parce que « le vocabulaire est drôle (les bing, les bang…)« . « On adore quand ils arrivent dans la cabine du capitaine et quand les gâteaux parlent. Leur chef est à la fois drôle et méchant, surtout quand il dit: « Caramélisez les! ».

« Bouboule et Baballe étaient malades et c’est pour cela qu’ils passent dans l’univers du cauchemar. Ils sont punis de leur gourmandise. »

les deux goinfres 1

dessin d’élève

Voici l’avis spontané et individuel de Pierre Lou (écrit sur son journal du lecteur) : « J’aime bien quand Bouboule et Baballe sont attaqués par un gros éclair au chocolat. J’aime bien le vocabulaire (exemple quand Bouboule dit « un gros baba plein de rhum »). Les mots sont drôles et enfantins. »

papa

PAPA !

Un petit garçon lit dans son lit. Puis, il s’endort. Quand tout à coup, il crie : « Papa! ». Bizarrement,  lorsque les enfants évoquent ce titre, il ne disent jamais d’un ton neutre le fameux « papa! ». C’est le seul titre que je connaisse qui soit ainsi crié !

Leur page préférée est incontestablement celle-ci:

papa pageCe qui plait énormément dans cet album c’est « l’impression d’être dans un monde inversé ». Et les hypothèses vont bon train concernant ce pont entre la réalité et le rêve: « Et si la grenouille était le doudou du petit garçon? » ,  » Et si le petit garçon était en train de lire un livre sur des monstres? », « Et si le petit garçon était vraiment le monstre dans le monde des créatures bizarres? ».

Bref, avec toutes ces émissions d’hypothèses, les jeunes lecteurs ont compris que la posture d’un auteur pouvait aussi s’exercer dans le jeu avec son lecteur.

zigomar n'aimepa sles légumes

ZIGOMAR N’AIME PAS LES LÉGUMES

C’est l’histoire d’une souris (du nom de Pipioli) qui voudrait apprendre à voler. Son ami, le merle Zigomar, s’y investit avec l’énergie d’un bon professeur mais c’est inévitable : Pipioli tombe… À moins qu’il finisse par réussir à réaliser l’impensable car oui, nous, lecteurs, le voyons voler. Là encore la frontière entre réalité et rêve est ténue.

zigomar n'aime pas les légumes

Dessin d’élève

Mais les enfants ne s’y trompent pas et il entrent avec plaisir et complicité dans le jeu de l’auteur. D’ailleurs c’est la seconde partie de l’album qui recueille leur préférence.
« On a aimé la rencontre avec les légumes. Cela nous a rappelé celle de Bouboule avec les gâteaux. Les légumes sont en colère après Zigomar, le merle et Pipioli, la souris. C’est drôle, lorsque l’oignon dit: « on va les faire pleurer! », lorsque le citron dit: « on va les presser! » et lorsque les champignons disent: « on va les empoisonner! ». C’est une vraie vengeance car c’est ce que nous faisons subir aux légumes ou c’est ce que les légumes peuvent nous faire vivre pour de vrai dans la réalité! »

Voilà, les enfants adorent ce genre de personnification.

LA LITTÉRATURE EN RÉSEAU OU LE MONDE ONIRIQUE SELON PHILIPPE CORENTIN

N’hésitez pas à ouvrir les documents pdf ci-dessous : les élèves ont travaillé à divers ateliers pour sentir ce passage de la réalité aux rêves. Voici le résultat de leurs recherches.

atelier illustrations

atelier personnages

atelier confrontation entre le rêve et la réalité

atelier causes et conséquences des rêves