Il arrive, il arrive !

Voilà, s’il vous reste encore quelques manques de cadeaux (et on est certaines que c’est le cas), surtout en Littérature jeunesse (pas bien, pas bien ! ;-)), on vous propose VIVEMENT :

  • Pour les plus jeunes : le drôlissime, brillantissime, tendrissime et dernier album de Gilles Bachelet, « Une histoire d’amour » qui fait du plus basique de nos objets du quotidien des surprises et nouveautés. Une poésie au liquide vaisselle et un humour à vous faire récurer les casseroles un bon moment. Et surtout c’est un album qui sonne le : Pourquoi on ne vivra plus jamais de la même façon, dans nos maisons, et qu’on continuera – encore et toujours – à croire en l’amour.
  • Pour les plus grands « enfants », un très bel album (coup de coeur de début d’année 2017), celui de Henry Cole chez Little Urban : « Chat perdu« . Cet illustrateur américain de talent, nous emmène dans une aventure de toute beauté, tant les dessins au crayon sont travaillés, les détails des décors captivants et les situations réalistes. C’est un album sans texte magnifique, qui nous incite très vite à chercher et retrouver ce « fameux » chat perdu. Un itinéraire à travers la ville, revisitée à l’occasion.
  • Pour les ados., « Le groupe » sera un choix de roi. Si, si je vous assure. Jean-Philippe Blondel ne cessera de nous étonner, tant sa finesse psychologique est grande, concernant autant les ados que les adultes. Tant il aime nous mener par le bout du nez et nous surprendre (une chute très intelligente). Tant ses personnages sont touchants. Tant il est capable de nous donner envie de lire et d’écrire. Trop fort ! Tant ce « groupe » qui paraît tellement réservé, voire exclusif, nous semble si proche. Une belle idée du dévoilement, de la sincérité et du partage à travers le papier, les mots couchés. Se révéler enfin être celui qu’on est vraiment, faire tomber les barrières et s’assumer. Une leçon transmise aux jeunes lecteurs, mais qui nous parle aussi quand on pense être (enfin) devenus grands. C’est chez Actes sud junior. Ca se dévore.

Et si vous avez encore besoin d’idées, nous avons aimé aussi : 

Il est maintenant temps de vous souhaiter un très joyeux Noël.

Offrez et soyez gâtés ! C’est cet échange qui comble tout le monde en cette fin d’année. Et surtout lisez, lisez et partagez…

Publicités

17 décembre, embrassons-nous…

 

a60399-2

D’abord il y a la couverture en noir où des amoureux s’enlacent dans un champ blanc aux adorables fleurs à la pointe dorée, et ce titre si douillet : « Embrasse-moi ! ». Puis on ouvre les pages et là… c’est une avalanche d’amour qui nous enrobe.

img_20161206_173553img_20161206_173603

 

 

Les  jolis mots de Jacques Prévert  sont croqués de manière humoristique et délicate par la plume talentueuse de Ronan Badel, le papa d’Emile.

 

Ensuite, on lit, on relit, encore et encore, avant de fermer les pages de ce bel ouvrage et de glisser à toutes les petites et grandes oreilles qui nous entourent :  « Embrasse-moi ! »

« J’aime mieux tes lèvres que tes livres »

Embrassez-vous, allez-y ! C’est noël, c’est permis !

Prévert/Badel – Gallimard – La poésie a-t-elle un âge ? – 14.90€

« La pierre modeste » des éditions Rue du Monde

C’est en écoutant une intervention d’Alain Serres lors de la fête du livre de Saint-Paul-les trois châteaux *, qu’est né cet article. Le nouvel étendard de l’Education Nationale, c’est l’Education Morale et Civique, comme si on avait attendu des nouveaux programmes pour inculquer ces valeurs à nos élèves. La littérature jeunesse propose une multitude de récits  comme supports de débats et notamment les beaux livres des éditions Rue du Monde.

Voici donc les principaux objectifs d’E.M.C associés aux ouvrages des éditions Rue du Monde, le choix n’est pas simple tant le catalogue est riche. Alors, n’hésitez pas à vous rendre sur le site ou à commander le catalogue afin de peaufiner cette programmation plutôt cycle 2.

***

« On ne peut rien cacher aux enfants, il suffit de trouver les mots » Alain Serres

***

  • La sensibilité : soi et les autres

Partager, Veronica Salina, Camilla Engman

« Canard refuse de donner un peu de son pique-nique. Mais les fourmis le convaincront de les inviter à sa table ! Et si l’on apprenait à partager, à la maison comme sur la planète ?  » Dès 4 ans.

=>  Expérience de la diversité des expressions des émotions et des sentiments.

partager

Trois petits cadeaux, Sandra Poirot Cherif.

« Des mots simples pour évoquer la vie qui change lorsque des parents se séparent… Avec trois petits cadeaux tendres glissés à la fin de l’album.  » Dès 4 ans.

=> Connaissance et reconnaissance des émotions de base 

cadeaux

J’ai oublié ma poésie, Alain Serres/Pef

« Le petit Charles a du mal à retenir L’Albatros, de Baudelaire. Et devant toute la classe, c’est la panique ! Tout va mieux lorsqu’il laisse exploser son imagination…  » Dès 8 ans.

=> Connaissance et reconnaissance des émotions de base 

oublipoesie

 

  • Le droit et la règle: des principes pour vivre ensemble

La devise de ma république, Alain Serres/Olivier Tallec

« Un accordéon de 5 m de longueur qui réunit des enfants multicolores, des gens ordinaires et des personnages-clés autour de la liberté, de l’égalité et de la fraternité. » Dès 6 ans.

=>Connaître les valeurs et reconnaître les symboles de la République française.

tallecrepublique

Le premier livre de toutes nos couleurs, Alain Serres/Zau

« 7 milliards d’humains sur la Terre, et tous différents ! Voici un album pour réfléchir avec les plus jeunes à l’arc-en-ciel de l’humanité, à l’histoire des relations entre les Terriens et à la tolérance. Pour aller de soi vers les autres. » Pour les 7-10 ans.

=>Le respect des différences, interconnaissance, tolérance.

livredenoscouleurs

Les bêtes noires ont bon dos, A . Serres / A . Fronty

« Les habitants de la forêt montrent du doigt cet étrange scarabée doré venu d’ailleurs… mais quand il part, sa lumière manque à tous ! »

=>Le respect des différences, interconnaissance, tolérance.

bete noire

L’ogre, K.Ressouni-Demigneux, Thierry Dedieu

« Les enfants de la cité ont une peur bleue du voisin du rez-de-chaussée. Pourtant, ses ciseaux ne servent qu’à découper du papier. Une fable forte sur la différence.  » Dès 5 ans.

=>Le respect des différences, interconnaissance, tolérance.

dedieuogre

Le premier livre de mes droits de l’enfant, Alain Serres/Pef

« Des données-clés et des formules imagées font vivre l’esprit de la Convention internationale des droits de l’enfant. Les principaux droits sont formulés »

=> Les droits et les devoirs : de la personne, de l’élève, du citoyen

droits enfants

Malala, pour le droit des filles à l’éducation, Raphaële Frier/Aurelia Fronty

« Malala, cette Pakistanaise de 17 ans qui a reçu en 2014 le prix Nobel de la Paix, s’est distinguée dès 11 ans par ses prises de position face aux talibans, tandis qu’ils cherchaient à fermer les écoles accueillant des filles. Elle s’est trouvée propulsée sous les feux de l’actualité internationale en 2012, après avoir été gravement blessée à la tête lors d’une tentative d’assassinat par des talibans. Depuis, Malala a amplifié son action en faveur de l’éducation et est devenue une figure de la lutte contre l’oppression des filles par les fondamentalistes musulmans.  » Dès 8 ans.

=>L’égalité de droit entre les femmes et les hommes.

malala

  • Le jugement: penser par soi-même et avec les autres

Le loup et la petite fille, Yves Jaffrennou / Evelyne Mary

« Ce n’est pas banal, quand on est une petite fille, de devenir l’amie d’un loup. C’est pourtant si amusant de jouer à tous ces jeux ! Un jour, la fillette veut emmener son ami au village. Mais les chasseurs veillent… Il y a parfois des petites filles imprudentes et des amitiés qui dérangent…   »

=>Les préjugés et les stéréotypes.

le loup petite fille

T’es fleur ou t’es chou? , Gwendoline Raisson/Clotilde Perrin

« Une fable amusée sur les stéréotypes, où un garçon carrément chou-fleur réconcilie filles et garçons en inventant des jeux qui plaisent à tout le monde ! » Dès 4 ans

perrinchou

  • L’engagement: agir individuellement et collectivement

La guerre qui a changé Rondo, Romana Romanyshyn / Andriy Lesiv

« Dans la ville de Rondo, tout est lumière et harmonie, à l’image de sa fameuse serre où les fleurs chantent… Un jour, pourtant, la guerre éclate, semant le désastre. Mais trois amis vont défendre leur ville de façon créative, mettant en œuvre une brillante solution… Un album aux illustrations espiègles et innovantes. » Dès 6 ans.

=> Coopérer en vue d’un objectif commun

rondo

 

Le voyage de Nyéba, Yves Pinguilly/Nathalie Novi

« La maman de Nyéba est très malade. Le grand féticheur est formel : seules des branches de jujubier arriveraient à la sauver. La fillette part donc à la recherche de cet arbre. Il lui faudra être courageuse et bien maligne… Un texte fort sur l’engagement d’une petite fille pour sa maman. » Dès 4 ans.

nyéba

***

Cette bibliographie (non exhaustive!) permettra sans aucun doute à chaque élève  de « se fabriquer un réseau de lucioles pour éclairer son chemin »(A.Serres).

Ces ouvrages peuvent conduire à de multiples exploitations: lecture suivie sur une période, lecture offerte avant ou après la classe, lecture libre quand l’album est laissé en libre accès, exposés pour les premières présentations des CE2, débats citoyens  sur les thèmes de l’actualité etc….. Chaque texte peut être lu dans sa version intégrale, ou être présenté en extraits pour les lecteurs débutants. Les illustrations colorées des grands albums illumineront vos salles de classe et plaisent vraiment aux élèves. Les ouvrages de cuisine, les anthologies de poèmes, les abécédaires permettront de travailler les différents types de texte.

Allez, zou, rapprochez-vous de votre libraire et enchantez vos classes!

 

 

vidéo: https://www.youtube.com/watch?v=9l-lm3mZDtY

En sortant de l’école

Ahhh… la fameuse récitation de l’école, ce poème qu’on doit tant bien que mal apprendre par cœur pour le restituer debout devant toute la classe sous le regard de l’instit…ça rappelle des souvenirs, hein! Dans le top des poètes les plus récités en classe, il y a très certainement notre cher Jacques Prévert! Son oeuvre a été remise à l’honneur à l’occasion d’un projet coproduit par Tant Mieux Prod, Bayard Jeunesse Animation et France Télévisions.

En sortant de l’école est une collection de 13 courts métrages d’animation de 3 minutes environ, qui se propose d’associer poétiquement, dans la liberté artistique la plus exigeante, 13 poèmes de Prévert à l’univers graphique de jeunes réalisateurs tout juste sortis des écoles d’animation françaises.

en sortant de l'école

Le programme a été diffusé en mars 2014 dans l’émission jeunesse Ludo sur France 3 à l’occasion du Printemps des poètes. Cette collection rend hommage à l’esprit libertaire et explorateur de Prévert en faisant confiance à 15 jeunes réalisateurs, 15 talents. Ils ont choisi chacun un poème de Prévert et l’illustre, l’interpréte. Avec leurs envies, leurs images, leurs messages, leur rythme, leur technique et leur trait.

La diversité des techniques est une des clés de voûte de cette collection : stop motion, anime traditionnelle, banc-titre, papier découpé, 2D numérique, 3D… Prévert, qui savait comme il est parfois difficile de débuter dans la vie, a passé beaucoup de temps à donner des coups de main à ses jeunes amis talentueux. En sortant de l’école s’inspire de sa personnalité unique. L’idée est simple : leur donner carte blanche pour se faire une carte de visite !

Ce projet, tout à fait original et atypique, a tout d’abord commencé dans les écoles d’animation française. Grâce au RECA, le Réseau des écoles françaises d’animation, le projet a été présenté dans 19 écoles. Il s’agissait, pour ceux que l’aventure tentait, de choisir un poème de Prévert dans une liste de 50 et de rédiger une note d’intention de réalisation. Il leur fallait également joindre un dossier graphique et des notes d’intention sonore et musicale.

Voici les 13 courts-métrages réalisés:

Marie Larrivé et Camille Authouart (ENSAD) – Les oiseaux du souci

Lila Peuscet (EMCA) – En sortant de l’école

Burcu Sankur et Geoffrey Godet (Supinfocom Valenciennes) – Tant de forêts

Armelle Renac (Supinfocom Valenciennes) – Les belles familles

Caroline Lefevre (EMCA) – Âne dormant

Marion Auvin (EMCA) – Je suis comme je suis

Marion Lacourt (ENSAD) – Page d’écriture

Chenghua Yang (EMCA) – Le cancre

Clément de Ruyter (GOBELINS) – Le gardien du phare aime trop les oiseaux

Morgane Le Péchon (La Poudrière) – Le dromadaire mécontent

Anne Huynh (Institut Ste Geneviève) – L’école des beaux arts

Marine Blin (La Poudrière) – Quartier libre

Mélia Gilson (LISAA) – Presque

Nous vous conseillons fortement de visionner les bonus du DVD où figure un superbe documentaire sur le making-of du projet…

Pour aller plus loin:

POEMES-ET-CHANSONS-DE-JACQUES-PREVERT_ouvrage_popin

Poèmes et chansons de Jacques Prévert, Benoît Marchon, Serge Bloch (ill.), Bayard jeunesse, 2008, 17,90 €

SAMSUNG CAMERA PICTURES

Quelques autres titres autour de l’univers de Jacques Prévert

dont le recueil Paroles dont sont tirés les poèmes adaptés en courts-métrages

Une saison 2…

Après le succès de la collection de courts-métrages hommage à Jacques Prévert, France Télévisions et la société de production Tant Mieux Prod signent une nouvelle saison de  « En sortant de l’école » cette fois dédiée à Robert Desnos.

En-sortant-de-lecole-saison-2

Avec pour ambition de réunir une nouvelle sélection de jeunes réalisateurs de l’animation française, « En sortant de l’école » est aussi en passe de devenir la série d’animation dédiée à la poésie. Pour cette seconde saison, treize textes de Robert Desnos, poète épris de liberté et résistant, vont prendre vie au gré de courts-métrages d’animation. « Couplet de la rue de Bagnolet », « Le Zèbre » ou « Le salsifis du Bengale » proposent autant d’approches inventives, sélectionnées avec soin parmi une centaine de projets.

« En sortant de l’école » offre à ces jeunes étudiants leur première expérience de réalisation en conditions réelles : de la résidence d’écriture à l’abbaye de Fontevraud cet été, en passant par toutes les étapes de production dans de prestigieux studios d’animations jusqu’à la diffusion sur une grande chaîne nationale.

La saison 1, récompensée via Tant de forêts, Cristal pour une production TV au Festival international du film d’animation d’Annecy 2014, réalisé par Burcu Sankur et Geoffrey Godet, diffusée en mars dernier, a déjà réuni plus de 2,5 millions de téléspectateurs dont près de 800 000 enfants âgés de 4 à 10 ans. Elle est également sortie en salle début octobre et disponible en DVD. La saison 2 sur Robert Desnos sera diffusée au printemps 2015 dans Ludo sur France 3, à l’occasion du prochain Printemps des poètes, qui se déroulera du 7 au 22 mars.

Une saison avec Jane-Esther, Shaïne Cassim (dès 13/14 ans)

4e91a-9782211214360_1_75Il y a quelques mois, je m’interrogeais sur l’avenir de cette maison qu’on appelle (dans le business du livre jeunesse) avec tendresse, simplement l’École.
Puis, j’avais lu avec émoi Calpurnia de Jacqueline Kelly, roman parfait en tout point (selon mes critères bien évidemment). Aujourd’hui je ressens un peu le même émoi littéraire en vous parlant du nouveau roman de Shaïne Cassim intitulé Une saison avec Jane-Esther. En commun, j’ai retrouvé une écriture délicate, de belles phrases qui donnent envie de dire « oh! » (Et ce n’est pas si souvent que j’ai cette sensation), un personnage dont le destin qu’on devine brillant s’enclenche avec une passion. Si Calpurnia s’émancipait par la botanique, Eden Vilette ne jure que par la poésie. Le roman mêle d’ailleurs habilement des poèmes au récit. Ceux de l’héroïne et ceux de Jane-Esther, célèbre poétesse de retour en ville. On remarque là que Shaïne Cassim a un talent dans le domaine de la poésie également affublé d’une imagination qui déborde. En effet, notre jeune héroïne sent qu’elle a au bout de sa plume un poème prêt à s’offrir au monde sur le thème d’une mystérieuse poule aux coudes pointus. Cette poule, Eden va la chercher tout au long du roman, aidée de Jane-Esther qui lui offre un regard sans concession sur poésie.
« Plutôt l’ortie que l’orchidée,
Le sommeil sans repos
que le rêve tranquille.
Plutôt la nuit ou l’aube que le plein jour,
Le sommeil d’une poule davantage que le charme d’une fleur compliquée… »

Si Eden suit les conseils de Jane-Esther dans le domaine de la poésie, c’est moins le cas lorsque son coeur s’emballe pour un drôle d’anarchiste russe qui a la révolution dans le sang. Eden, qui ne voulait justement pas se contenter du chaste amour que lui proposait Devendra Lacazette plonge dans les bras de cet incontrôlable Adam.
Au son de ces noms, vous aurez peut-être deviné que l’action se situe à la Nouvelle Orléans. Le roman se déroule lors de l’année 1967, l’on y croise le spectre du racisme, les Black Panthers et Angela Davis.
Pour tout vous dire j’ai adoré ce roman jusqu’à ce que j’en lise une critique qui m’a jeté dans un doute affreux. Ce roman est-il si génial que ça ? Je crois que oui mais je me réserve le doit de penser que ç´aurait pu être un chef d’oeuvre si :

Les personnages étaient plus développés
Le roman était plus long. Il s’adresse quand même à de grandes ados de plus de 13/14 ans et de ce fait je regrette qu’il ne soit pas plus consistant. Ce qui était le cas de Calpurnia.
En plus on ne sait pas si Eden trouve sa poule aux coudes pointus.

Je reste toutefois saisie par la beauté de la langue et par les passages poétiques qui m’ont réconciliée avec un genre littéraire que jusqu’alors je trouvais fort ennuyeux.

Allez, je vous en cite un petit morceau :

« Songeant à la poule aux coudes pointus, je devenais profondément consciente de mon ignorance, de la peur irrépressible de vivre dans ce monde de tumultes, du vide qui tordait mon ventre à l’idée que je ne reverrais jamais Adam. J’avais l’intuition que cet amour serait le grand désastre de ma vie, et que j’allais devoir imaginer une façon poétique et amusante de vivre avec ce désastre. »

Shaïne Cassim a écrit de nombreux romans pour la jeunesse et est éditrice de la collection pour grands ados Wiz de chez Albin Michel.

Ce roman paraîtra courant octobre (oui, je sais c’est pas juste!)

Depuis 20 ans, le Rouergue s’est branché !

Bon je dois avouer que mon titre – jeu de mot est un peu « flop ! flop ! », sans une petite explication. Tout le monde connaît les fameuses éditions du Rouergue, qui ouvraient en 1993 (mince j’étais jeune moi à ce moment là…) leur super département jeunesse, avec ces petits albums qui en ont fait sa renommée. Depuis, cet éditeur qui avait semé quelques graines, bien bonifié ses premières pousses, a pris racine – fortement, fermement – dans le paysage de la littérature pour la jeunesse française. Le Rouergue s’est logé, perché, sur les plus hautes branches de ce qui fait aujourd’hui notre passion, avec des ouvrages destinés aux petits, tout-petits, et ados. Bref, « le Rouergue s’est branché… » Comprendo, maintenant, mon jeu de mots ?

Pour fêter tout cela, comme il se doit, c’est donc avec l’image de l’arbre que les éditions du Rouergue ont décidé de marquer cet anniversaire et de continuer à nous surprendre, nous enchanter (forêt enchantée…). Bien que je sois persuadée que le choix de ce symbole fort que soit l’arbre n’ait absolument rien à voir avec ma démonstration alambiquée, quoi que… ?

Pour l’occasion, c’est Olivier Douzou (ne me dites pas que ce nom vous est inconnu, je me fâche !) et José Parrondo qui ont concocté un superbe album : Forêt-Wood ! Dans cet album, inutile d’espérer y découvrir notre grandes essences forestières françaises. Les arbres y sont peu communs, imaginaires et poétiques.

foret-wood

1ère de couverture de « forêt-wood »

Mais là où Le Rouergue continue (selon moi) à demeurer une pétillante, et revivifiante maison d’édition, c’est par cette idée de proposer aux jeunes lecteurs de dessiner – à leur tour – leur arbre imaginaire (ce qui ne cache en rien la forêt !). Ainsi, depuis octobre 2012, des arbres les plus étonnants, drôles, sympathiques qui soient sont postés sur ce site : http://foretwood.tumblr.com/

Ce qui devient, au fur et à mesure et pour reprendre les termes exacts de l’éditeur, « une forêt virtuelle de zéro hectare mais un espace infini, comme l’imaginaire des enfants et des créateurs ».

Le Rouergue, un arbre Remarquable… qui reste « branché » ! (la boucle est bouclée, et TOC !)

Forêt-wood, de Olivier Douzou et José Parrondo, Editions Du Rouergue, mars 2013, 17 €

P comme Printemps, P comme Poésie !

C’est en lisant  Jean-Pierre Siméon que je me requinque. De la vitamine P, enfin! P comme Printemps, P comme Poésie9782355041969

Voici en quelques lignes ce que je retiens de cette lecture…..

Le stéréotype de la poésie scolaire est tenace : des vers qui riment + apprendre par cœur + une récitation devant les copains qui gloussent + la maîtresse qui demande de mettre « le ton » (ceci est ma représentation d’élève et d’enseignant non formé sur la didactique de la poésie).

Jean-Pierre Siméon place la poésie au cœur de notre humanité et affirme que la poésie est le bien de tous. Il lève tous les malentendus, la poésie ce ne sont pas que des vers qui riment (« le caractère le plus constant de la poésie est son inconstance »), ce ne sont pas des représentations du monde harmonieuses et lumineuses, parfois certains textes sont loin du « joli », le poème n ‘est pas qu’évasion mais traite surtout de la réalité, du questionnement sur le monde.

Il définit la poésie comme reposant sur deux gestes fondateurs. Le premier geste est éthique, une invitation à l’effort d’ être attentif à soi, aux autres, au monde : « Cette façon d’être attentif aux presque riens du réel, d’en révéler la valeur et la profondeur, est le geste fondateur du poète ». Le second geste est esthétique, « la poésie est un extraordinaire laboratoire d’invention dans la langue. » Pour identifier la poésie dans la langue, J-P.Siméon évoque trois critères fondateurs à savoir l’intensité de la langue et de la saisie du monde, la densité (« dire le profond et le multiple avec peu de mots ») et l’opacité (tout n’est pas perceptible immédiatement). Il souligne le fait que le poème ne peut pas être expliqué avec des mots, il porte sa part d’inconnu, d’ailleurs aucun poème ne peut vouloir dire la même chose pour tous. Il faut accepter que la poésie déroute, accepter de ne pas tout comprendre. Il pointe du doigt la responsabilité des passeurs de poèmes : ne pas transmettre « le patrimoine clos de sens consacrés par la tradition exégétique mais faire des lecteurs hyperactifs ».

Dans une seconde partie il démontre la richesse de la poésie en évoquant de nombreux poètes classiques et contemporains étudiés. Il analyse le problème de la poésie à l’école : il y a ceux qui considèrent la poésie comme un outil d’apprentissage, ceux qui renoncent à la poésie ou encore ceux qui font du problème l’argument de leur enseignement. L’enjeu de la poésie est de restaurer chez l’enfant son rapport à la langue et son désir d’apprendre. Les pratiques traditionnelles en milieu scolaire se réduisent à la récitation et à l’explication de texte. L’élève cumule les difficultés : affronter un public, la mise en voix, la respiration, la voix, l’articulation, la mémoire. La proposition est d’initier dans un premier temps les enfants à la lecture à voix haute de la poésie sans souci de la mémorisation. L’adulte doit se faire « passeur de poèmes » : donner des poèmes dès le plus jeune âge , mais de « vrais poèmes insolites, imprévus, mystérieux », il se doit de « substituer aux stéréotypes de la récitation et de l’explication de textes des activités multiples ».

Dans une troisième partie, Jean-Pierre Siméon suggère que les activités pédagogiques se développent autour de trois axes : la familiarisation avec le fait poétique; le travail sur la mise en voix du poème et le travail d’écriture. Il débat sur la poésie jeunesse (a-t-on vraiment besoin de la poésie pour la jeunesse alors que l’on a déjà la poésie ?), il cite quelques maisons d’édition qui proposent au jeune lecteur « une poésie qui ne les sous-estime pas » et propose un répertoire qui doit « immerger l’enfant dans la diversité profuse et l’insolite ». Il s’intéresse ensuite à l’écriture de poèmes à l’école et recentre le sujet en proposant avant tout de « revenir sur cette idée que les enfants seraient naturellement poètes ». Il questionne la place du médiateur et le caractère obligatoire de l’exercice d’écriture de poème. Enfin, la mise en voix fait l’objet de son propos. « L’oralisation du poème révèle de nombreux problèmes propres aux enjeux de la poésie » telles que l’interprétation. L’idée est de multiplier les entrées afin de faire vivre aux enfants « le plus grand nombre d’expériences possible ». Il termine son ouvrage avec des exemples concrets de la mise en voix face à un public, les Brigades d’Intervention Poétique (BIP) qui lisent des poèmes aux classes, la Babel heureuse qui propose des lectures croisées dans différentes langues et l’Atelier de diction qui aborde des compétences techniques relatives à la mise en voix.

Il ne manque pas d’évoquer le Printemps de Poètes : http://www.printempsdespoetes.com/

Je retiendrai cette citation:

« Confronter un enfant à la poésie, ce n’est pas lui donner une leçon à apprendre[…], c’est l’exercer à la lucidité, à l’étonnement, libérer son regard et l’amener à se reconnaître tributaire d’un destin commun. »

Une réelle problématique de classe quand on a comme compétence du socle commun des connaissances à évaluer :

« L’élève est capable de :
– dire de mémoire, de façon expressive une dizaine de poèmes et de textes en prose. »

Suite à cette lecture, et au séminaire « Enseigner le Théâtre et la Poésie d’Aujourd’hui » proposé par le Centre de Recherches en Didactique de la Littérature de l’Université Stendhal de Grenoble 3, je vous propose quelques références à mettre entre les mains des jeunes lecteurs. Il ne tient qu’à vous de les compléter…

Aux éditions Motus, mes élèves ont apprécié:

77d740e794b0049fcecce2caf044487f-300x300

images1580918_1289306

Le verlan des Oiseaux et autres jeux de plumes, Michel Besnier, Boiry

Mon kdi n’est pas un kdo, Michel Besnier, Henri Galeron

Le rap des rats, Michel Besnier, Henri Galeron

Mais la découverte continue …