Les étrangers

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Nord de la France. C’est la fin de la journée, une sortie de collège normale, les élèves papotent nonchalamment sur le trottoir et se quittent peu à peu, pour un retour à la vie familiale. Mais Basile, lui, décide de ne pas rentrer directement. L’ambiance n’est pas au beau fixe en ce moment chez lui, et il n’a pas envie d’y retourner. Il hésite, se ballade, erre et finit par se retrouver sur une friche de gare désaffectée. Là, il y rencontre un « vieux » copain de l’école primaire (qu’il avait un peu oublié) et découvre un quotidien de squat. Mais ils ne sont pas seuls et quand arrivent trois autres jeunes, Basile se trouve bien vite mêlé et emporté par une histoire de kidnapping de mineurs réfugiés. Sans jamais comprendre pourquoi, au début en tout cas, il est entraîné dans une course poursuite qui le terrifie et qui l’amènera au poste, où ses parents seront obligés de venir le récupérer. Il aura certes vécu une « aventure » dangereuse, mais qui le changera irrémédiablement.

Un roman écrit à quatre mains, direct, incisif, qui nous plonge dans une dure réalité des réfugiés, des sans-papiers, ceux qui souhaitent passer de l’autre côté : le fameux « eldorado » anglais mais qui nous secoue aussi sur la question du trafic, des passeurs, des profiteurs… Le rythme est entraînant, amenant une lecture rapide du récit. Et le destin de ces migrants va permettre à Basile, un peu auto-centré (genre ado. quoi ;-)), de découvrir ce qui se passe à deux pas de chez lui. La précarité, la fragilité, la peur… Et le fait que les protagonistes soient des mineurs isolés sensibilisent davantage, incontestablement. Malgré deux-trois éléments de peu de vraisemblance (on dira… mais parfois je manque d’imagination), c’est un récit intelligent et percutant, un suspense bien mené et même oppressant. La couverture annonce le ton, récit un peu noir…. mais tellement ancré dans la réalité. A conseiller plutôt à partir de 14-15 ans.

A quand, pour E. Pessan et O. de Solminihac, une autre coopération littéraire de ce type ? Une réussite !

« Les étrangers » – Eric Pessan, Olivier de Solminihac – L’école des loisirs, 2018. Coll. Médium plus. 13 euros

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Juste une erreur, Hubert Ben Kemoun

juste une erreur

La couverture semble parfaite pour un roman d’été et pourtant la lecture de la quatrième de couverture nie le ton léger auquel on pourrait croire juste en se focalisant sur la photo et les couleurs très « girly ».

Ce roman, je l’ai offert à ma fille de 11 ans, lors du salon du livre d’Albi. Je me rappelle que Monsieur Ben Kemoun nous avait mises en garde. Il avait expliqué à Amélie que le sujet était difficile, qu’elle pouvait commencer à le lire ou faire le choix de le garder pour un peu plus tard. Elle a fait le second choix. J’ai donc ouvert ce livre qui pourtant lui était dédicacé. Petite intrusion d’une maman dans « ce qu’elle pourra lire plus tard ».

Je ne suis, d’ailleurs,  pas tout à fait d’accord avec ce « plus tard »: oui le sujet est dur mais il est surtout édifiant. À une époque où tout est fait pour que nos jeunes filles croient qu’ un physique parfait permet, à lui seul, de réussir ; à une époque où passer à la télé coûte que coûte semble être le nouveau graal ; ce roman (qui n’est certes pas une nouveauté) montre les dangers de l’apparence et des paillettes et oppose à cela un personnage sincère et droit qui a l’intelligence de mettre l’amitié au dessus de toute gloire éphémère.

Tout commence dans un univers plutôt rose et léger. Deux collégiennes que tout oppose sont pourtant des amies « à la vie à la mort ». L’une, Mélanie est séduisante et séductrice. Une véritable lolita comme les façonnent les magazines. Toujours à la pointe de la mode, elle aime attirer le regard. Son amie d’enfance, Mélitine, a un prénom aussi singulier que son personnage. Elle ne brille pas par son physique et sa plastique mais par sa spontanéité et ses traits d’esprit. Élève brillante, elle grandit dans un foyer sécurisant où l’on est peu enclin à se laisser éblouir par ce qui brille. Leur amitié étonne mais elle est là, solide. Enfin, c’est ce que chacune croit. Jusqu’au jour d’un mauvais casting. Évidemment l’une s’y rend en mettant en avant ses plus beaux atouts. Évidemment l’autre s’y rend pour accompagner et soutenir l’envie de réussite de son amie. Évidemment, il y a de la concurrence : Mélanie n’est pas la seule belle. Évidemment celle retenue fera des envieuses. Mais au delà de l’évidence, il y aura une « outsider »: une concurrente qui s’ignore.

Dès lors, le roman rose bascule du côté obscur. Les véritables personnalités se dévoilent et la tension entre les personnages se développe  jusqu’au point de non retour.

J’ai aimé ce livre car  il décrit avec finesse et détails la psychologie des personnages empêtrés dans cette histoire noire.

En effet , les chapitres alternent les différents points de vue afin que le lecteur touche au plus près les pensées et les sentiments de Mélanie, de Mélitine, de Sonia et de Christophe. Oui, il y a un homme dans cette sombre histoire. Un homme amoureux et manipulé. En revanche, la plupart des personnages féminins sont égocentrés et cruels. Heureusement, face à ces manipulatrices s’impose  l’authenticité d’une jeune fille qui ne se bat pas contre les autres mais pour les autres. Une jeune fille pour qui l’amitié ne se vend pas contre l’illusion de la réussite.

C’est un roman à lire ou faire lire  à nos jeunes adolescents. Un roman qui appelle à la discussion.

Cerise sur le gâteau : voici la dédicace de Monsieur Ben Kemoun qui, en quelques mots, dit beaucoup de ce roman.

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Et un second cadeau. Cette jolie citation qui m’a beaucoup interpellée et me plait assez:

 » J’ai toujours pensé que des parents règleraient nombres de problèmes avec leurs enfants s’ils savaient leur montrer à quel point simplement et gaiement, ils s’aiment, se désirent, se cherchent et se trouvent. » page 58.

Hubert Ben Kemoun, Juste une erreur, édition du Seuil, 2011, 135 pages.