Un thème, 3 romans: la Seconde Guerre Mondiale

On peut dire que je suis une lectrice éclectique. De par mon métier de bibliothécaire, je tâche de lire des ouvrages pour adultes comme pour enfants (surtout de la jeunesse mais chut!), de la BD en passant par le documentaire sans oublier le roman et ce en variant les genres si possible mais il faut bien avouer que le roman historique, ce n’est pas ma tasse de thé… Or, ces derniers mois, le plus grand des hasards a fait que j’ai lu plusieurs titres historiques et portant en particulier sur la période de la Seconde Guerre Mondiale. Très naïvement, je me dis que si j’avais eu entre les mains ces livres au cours de ma scolarité, ma vision de l’Histoire n’en aurait été que meilleure, en tout cas plus investie… Mais je ne doute pas que des enseignants usent et abusent de la littérature de jeunesse pour nourrir leurs cours. Si c’est votre cas, venez nous parler de votre expérience en commentaire; on est avides d’échanges!

Journal d’Anne Frank, Anne Frank, Livre de poche

Le premier titre proposé ne sera sans doute pas une découverte pour vous mais il me paraît néanmoins incontournable. Parce que c’est un véritable témoignage d’une jeune juive, parce que je l’ai lu ado et relu par la suite, parce que facile d’accès, parce que captivant…Evident!

Pour les plus jeunes enfants, je recommande Anne Franck dans la collection « Petite et grande » chez Kimane, une belle porte d’entrée au sujet. Une collection dont on reparlera à coup sûr!

Le garçon en pyjama rayé, John Boyne, Gallimard jeunesse, 2009

Ensuite, en respectant la chronologie de publications, il y a Le garçon en pyjama rayé. Pour ma part, je l’ai lu sur les conseils d’un ami enseignant en langues vivantes qui l’a proposé à ses élèves et ce sans rien savoir du sujet et quelle claque j’ai reçu. Si vous êtes ici, vous en savez déjà beaucoup et vous ne pourrez en faire de même mais je ne peux que vous conseiller de le faire découvrir sans rien dévoiler de l’histoire. Voici simplement l’une des premières pages pour vous donner le ton :

Max, Sarah Cohen-Scali, Gallimard jeunesse, 2012

L’ouvre-livres avait plébiscité ce titre et Gaëlle avait eu l’opportunité d’interviewer l’autrice Sarah Cohen-Scali après son obtention du prix Sorcières du roman ado en 2013 ici et multi-primée depuis pour Max.

On vous invite également à découvrir le reste de la bibliographie de Sarah Cohen-Scali et notamment Orphelins 88 paru chez Robert Laffont en 2018. Gaëlle confiait son avis de lecture sur notre compte Instagram.

La première page du roman où l’on découvre ce bébé nazi

L’éblouissante lumière des deux étoiles rouges, l’affaire des cahiers de Viktor et Nadia, Davide Morosinotto, L’école des loisirs, 2019

Enfin, ce pavé d’un auteur italien permet d’avoir le point de vue sur le conflit d’enfants jumeaux sous l’ère soviétique. C’est un magnifique objet-livre présentant de faux vrais facs-similés, des photos, des coupures de presse mais aussi les annotations manuscrites de l’officier chargé de juger le dossier. Il s’agit des cahiers de Nadia, qui rédige ses souvenirs en bleu et Viktor en rouge. Davide Morosinotto s’est inspiré pour sa fiction du parcours de l’un de ses grands-pères pour narrer ce pan d’Histoire méconnu.

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Orphelins 88 de Sarah Cohen-Scali

Au début du confinement, il y avait donc tout en bas de mon tas, Orphelins 88. Lui, il appartenait clairement à la catégorie des « c’est pas le moment ». Lire un truc pas drôle pendant la période pas drôle je me disais que je ne supporterais pas. Je me rappelle encore de la claque de Max et j’avais aussi un peu peur de la déception. Je me souviens aussi de mes heureuses rencontres avec Sarah Cohen-Scali. La première fois à Villeurbanne après l’avoir interviewée pour le blog (toujours en ligne) et la seconde à Montreuil en 2018 quand je lui ai acheté ce livre. J’ai donc tout lu jusqu’à ce qu’il ne reste plus que ce roman qui me narguait.

Ce livre c’est quoi ? La suite de Max ? Oui et non. Ce n’est pas Max tome 2 en tout cas ! Mais plutôt un autre volet  de l’Histoire, une continuité.  Une digne continuation de cette partie de l’histoire de l’Allemagne au sortir de la guerre.  Aucun personnage en commun avec Max ici, juste la suite de l’Histoire celle avec un grand H et non pas celle du héros précédent. Un même pays, une même catastrophe. Alors que tout devrait enfin aller mieux, la situation n’est pas si idyllique qu’elle le devrait et les ravages sont nombreux. C’est ici le sort de millions d’enfants orphelins qui est mis en avant.


La guerre est finie mais au final pas dans tous les esprits. C’est ce que vont découvrir les adolescents hébergés au foyer d’Indersdorf. Mais malgré la terreur qu’il règne encore par endroits, ce lieu leur apporte le réconfort nécessaire à leur reconstruction, la tendresse, la nourriture, l’amitié puis l’amour à l’âge où leurs hormones se mettent à frétiller.
Tous venus d’horizons divers, parfois même a priori incompatibles, leurs destins s’emmêlent dans ce foyer salvateur. Le héros est en quête de son identité, la plupart cherchent leur famille. Je me suis vraiment prise au jeu, voulant à tout prix découvrir qui était vraiment ce Josh.


Comme pour le roman Max on est dans un pur récit historique inspiré de faits et ici de personnages réels. Tous les secrets de la construction du roman sont révélés à la fin.


Une fois encore j’ai été bouleversée par la dureté de cette histoire mais aussi ébahie par les moments de tendresse et de grâce qui la ponctuent. Un équilibre précis et précieux, savamment alimenté tout au long de l’histoire.
Sarah Cohen-Scali passionnée d’histoire se documente copieusement avant d’entamer ses récits. Il en ressort des ouvrages poignants qui mettent en exergue le pire et le meilleur des êtres humains.


C’est donc une autre claque après Max et non pas une sous sous suite par défaut. Un ouvrage bien à propos qui revient sur le sujet des Lebensborn et leurs ravages. Et je découvre avec joie qu’un troisième volet est paru !

Orphelins 88, de Sarah Cohen-Scali, ed. Robert Laffont, 15,90€.

 

 

Il y avait donc tout en bas de mon tas, Orphelins 88. Lui, il appartenait clairement à la catégorie « c’est pas le moment ». Je me rappelle encore de la claque de Max. Et de mes heureuses rencontres avec Sarah Cohen-Scali. La première fois à Villeurbanne après l’avoir interviewée pour le blog (toujours en ligne) et la seconde à Montreuil en 2018 quand je lui ai acheté ce livre.

Ce livre c’est à nouveau l’horreur en puissance, les ravages de la guerre font surface douloureusement pour des millions d’enfants. Pourtant la seconde guerre mondiale est en théorie finie en juillet 1945 Europe.
Mais pas dans tous les esprits. C’est ce que vont découvrir les adolescents hébergés au foyer d’Indersdorf. Mais malgré la terreur qu’il règne encore par endroits, ce lieu leur apporte le réconfort nécessaire à leur reconstruction.
Tous venus d’horizons divers, parfois même a priori incompatibles, leurs destins s’emmêlent dans ce foyer salvateur. Le héros est en quête de son identité, la plupart cherchent leur famille. Je me suis vraiment prise au jeu, voulant à tout prix découvrir qui était vraiment ce Josh.
Comme pour le roman Max on est dans un pur récit historique inspiré de faits et ici de personnages réels.
Une fois encore j’ai été bouleversée par la dureté de cette histoire mais aussi ébahie par les moments de tendresse et de grâce qui la ponctuent. Un équilibre précis et précieux, savamment alimenté tout au long de l’histoire.
Sarah Cohen-Scali passionnée d’histoire se documente copieusement avant d’entamer ses récits. Il en ressort des ouvrages poignants qui mettent en exergue le pire et le meilleur des êtres humains.
C’est donc une autre claque après Max et non pas une sous sous suite par défaut. Un ouvrage bien à propos qui revient sur le sujet des Lebensborn et leurs ravages.

Orphelins 88, de Sarah Cohen-Scali, ed. Robert Laffont, 15,90.

Par Gaëlle.

Max de Sarah Cohen-Scali

Max

L’avis d’Elsa:

Max, le héros de ce roman historique, n’est même pas né quand il commence le récit de son histoire. Celle d’un futur-bébé, fruit d’une expérience génétique diabolique. [Il s’agit du Lebensborn, vaste programme d’eugénisme destiné à développer la race aryenne, mis en place par Himmler à partir de 1935. Voir ici pour plus d’explications]. Plus fort que Kirikou, il possède, encore fœtus, une grande conscience de lui-même et de son rôle.

Premier bébé du Lebensborn, Max est né le jour de l’anniversaire d’Hitler qui, pour marquer le coup, l’a baptisé lui même. Il s’honore ainsi du titre d’enfant « BPFP » (baptisé par le Führer en personne). Ce statut lui permet d’obtenir de nombreux privilèges et la clémence des adultes qui l’entourent. Il connait de nombreux « mots codés » qu’utilisent les dignitaires nazis préparant la solution finale. Il fait ainsi profiter le lecteur du récit des scènes, parfois insoutenables, auxquelles il assiste : décisions politiques de la plus haute importance, déportation, meurtres, prostitution,… toujours avec ses mots d’enfants.

Au début, quelque chose m’a un peu gêné dans ce roman : le décalage entre la fausse naïveté de Max et la description de faits historiques atroces, rompant avec le pacte habituel du genre. Et puis j’ai fini par m’attacher aux failles du personnage qui gagne en humanité à mesure qu’il décrit l’horreur. Sur son parcours, il rencontre des personnages secondaires qui lui ouvrent des horizons différents de celui pour lequel il est programmé.

Ce roman historique propose une lecture du nazisme du côté des nazis et sur un aspect méconnu : le Lebensborn. Rien à voir, donc avec Kirikou…

A recommander chaudement aux lecteurs à partir de la 3e.

Gallimard, collection Scripto, 2012. 472 pages. 15,90€

L’avis de Gaëlle :

Max est un livre dilemme. D’après moi c’est le meilleur roman pour ados de l’année 2012. Sauf que… on ne peut pas le mettre entre toutes les mains, on ne peut pas le conseiller à n’importe quel âge, on ne peut pas le laisser comme ça sans expliquer que c’est une réalité qui est décrite, on ne peut pas, on ne peut pas et pourtant on doit le lire.

Pourquoi ?

Parce que. Mais pas que. Il n’y a même pas à expliquer, c’est le genre de livre auquel on ne devrait pas pouvoir échapper surtout quand on est ados.

Max, comme l’a dit Elsa, narre des faits historique réels, chose qui mérite d’être clarifiée auprès des lecteurs d’emblée. Est-ce ce qui dérange tant de monde ? Même certains libraires ne sont pas très « chauds » pour conseiller ce roman, je l’ai remarqué lors de réunions où était évoqué ce phénomène Max qui commence à circuler sous le manteau auprès de certains ados. Ne vous a-t-on jamais dit que plus c’est interdit, plus c’est tentant ? Donc déjà je pense qu’il y a un gros problème dès le départ : c’est une histoire atroce, n’en parlons pas. C’est vulgaire disent d’autres. Et puis c’est violent. OUI, mille fois oui.

Toutefois avant de lire Max, je n’avais jamais eu la chair de poule en lisant un livre pour ados, ni même pour adultes. Le génie de Sarah Cohen-Scali est de débuter l’histoire in utero, de montrer l’emprise du nazisme sur cet enfant, conditionné avant même sa naissance à être un parfait aryen. La fin du premier chapitre se clôt sur l’accouchement de la mère (de la pondeuse, dirais-je ?) et l’on voit cet enfant naître et dire « Heil Hitler » tout juste né. Boum. Fin du premier chapitre, on est sonnés. Évidemment, tout le monde aura compris qu’il ne le dit pas… Mais il le pense tellement fort que tout le monde l’entend. Et parfait, il l’est ! Mensurations crâniennes idéales, teinte des yeux idéales, cheveux blonds comme il faut. Tellement parfait que le führer en fait presque son fils. Il a de quoi être fier ce petit, il sera pas dégagé comme ceux qui ne conviennent pas à ces messieurs mesureurs.

Mais Max est avant tout une histoire de sentiments. Sarah Cohen-Scali a magnifiquement construit ses personnages qui naviguent de l’amour à la haine. Ambivalence portée à son paroxysme avec le personnage de Max qui est le pire des salauds avant même de naître et qui va pourtant vers la rédemption. Un livre sombre, certes, mais avec un final optimiste malgré toutes les horreurs accumulées au fil des pages. Max aurait pu finir autrement et là, ça aurait changé la donne.

Je salue l’écriture de l’auteure, tellement juste qu’elle m’en a fait frémir. Chaque mot semble à sa place. Les jolis comme les vilains. Subtil mélange de langage de charretier (mais on allait tout de même pas faire sortir des roses de la bouche de tels salauds) et de belles phrases, Max restera gravé dans les mémoires de ceux qui auront eu « le droit » de le lire ou de ceux qui l’auront lu en cachette.

Ne cachez pas Max ! Lisez-le avec vos enfants, lisez-le pour eux, lisez-le pour vous, lisez-le en mémoire des horreurs commises pendant cette triste période. Lisez-le pour tous ces bébés fabriqués par des mères pondeuses et des soldats nazis. On parle peu d’eux. Ce n’est pas ce qui nous reste en tête de cette période, pourtant nombreux sont encore ces bébés devenus grands et qui doivent vivre avec ce terrible héritage au dessus de leur tête. Ils sont sûrement contents qu’on parle enfin un peu d’eux.

Max, livre phénomène, devrait être sur la liste de l’Education nationale. Mais qui osera le mettre ?

Merci Sarah Cohen-Scali. Comptez sur moi pour défendre cet ouvrage.