Lettres de mon hélicoptêtre

Petit rafraichissement découvert cet été.

UnCouv-lettres-de-mon-helicoptetre-copie-620x752 soir d’ennui, une petite fille malicieuse, un peu mécanicienne et aventurière quitte la capitale sur un drôle d’engin volant. Elle va faire le tour du monde et découvrir différents pays sans oublier d’écrire consciencieusement à ses parents pour leur raconter.

Clémentine Beauvais peint le portrait d’une adorable fillette très attachante dans un récit drôle. Le chat qui l’accompagne malgré lui, les personnages rencontrés ici et là sont joliment croqués aux crayons de couleur par Anne Rouquette.

Les Post Scriptum sont  savoureux (ceux sur l’école m’ont bien fait rire, déformation professionnelle oblige!), la naïveté de « l’adorable fillette » est cocasse (elle ne regarde jamais derrière elle), l’écriture ponctuée  de rimes désordonnées est délicieuse, le dénouement de ce voyage est surprenant et les illustrations invitent à se laisser porter par cette histoire.

A (s’)offrir sans hésitation.

Lettres de mon hélicoptêtre, Clémentine Beauvais, Anne Rouquette, Sarbacane, 2016.

Lecture autonome dès 8 ans. Lecture partagée dès 5 ans !

Sélection CE1 Les Incos 2016-2017.

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La Cabane à Histoires

La cabane à histoires, c’est un projet télé qui s’annonce pour septembre sur Piwi +. Cette série destinée aux 4-7 ans et mêlant prises de vues réelles et animation comprendra 26 épisodes de 7 mn réalisés par Célia Rivière et produits par Dandeloo.

cabane à histoires

Quatre enfants réunis par l’amitié sont prêts à se plonger dans la littérature de jeunesse, lovés dans leur « cabane à histoires », celle de Lisette, pour découvrir à chaque fois un nouvel album.

Voici quelques-uns des titres qui devraient être mis en scène:

mon chien qui pue

Mon chien qui pue, Christine Roussey, La Martinière Jeunesse, 2015

festin de Noël

Le festin de Noël, Nathalie Dargent, Magali Le Huche, P’tit Glénat, 2008

Poucette

Poucette, Andersen, Charlotte Gastaut, Père Castor, 2011

les-concombres-du-roi

Les concombres du roi, Evelyne Brisou-Pellen, Judith Gueyfier, Belin, 2014

popotin de l'hippopotame

Le popotin de l’hippopotame, Didier Lévy, Marc Boutavant, Albin Michel Jeunesse, 2003

la-Petite-sirene-a-lhuile

La petite sirène à l’huile, Emilie Chazerand, Aurélie Guillerey, Sarbacane, 2015

Ce document a été créé et certifié chez IGS-CP, Charente (16)

Panique au village des crottes de nez, Mrzyk et Moriceau, Les Fourmis Rouges, 2015

999 têtards

999 têtards, Ken Kimura, Yasunari Murakami, Autrement Jeunesse, 2005

Pour en savoir +, RDV sur la page Facebook du projet pour lever le voile sur les coulisses mais aussi sur notre article « Vu à la télé » qui évoquait quelques émissions télé jeunesse tournée vers la littérature de jeunesse!

 

Antoine et la fille trop bien

On est encore un peu loin des vacances d’été mais…

-Imaginons que vous ayez un(e) ado dans les parages qui raffole des albums de Max de Radiguès : 520 km et Un été en apnée.

-Supposons que pour une raison que vous seul connaissez, vous ayez envie de lui faire plaisir en lui offrant une BD dans le même esprit.

-Partons du principe que votre libraire (ou votre blogueur) vous a déjà forcément convaincu d’offrir Cet été-là. Deux solutions s’offrent à vous : filer rattraper le temps perdu en acquérant l’album des cousines Tamaki ou bien fouiner encore parmi les nouveautés.

Dans ce cas, tout frais sorti des cartons, je ne peux que vous recommander de sauter sur Antoine et la fille trop bien d’Alexandre Franck publié chez Sarbacane (13,90€).

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Antoine vit dans une famille aisée et passe ses étés dans une grande demeure avec ses parents de droite. Lui, la droite ou la gauche il s’en fout un peu. Son truc c’est Einstein et la relativité. Un intello en somme, mais plutôt cool. Avec les filles, c’est le néant. Quand débarque Adèle, la fille d’amis (de droite) de ses parents, Antoine se sent grandir d’un coup. MAIS débarque son grand frère, l’affreux et malpoli Alexandre qui revient de pension pour mettre le boxon. Vacances houleuses, vacances heureuses ? En tout cas pas le temps de s’ennuyer avec cet énergumène dans les pattes. La mère frôle l’infarctus à chaque instant en compagnie de ce fils maudit. Antoine, qui avait déjà tendance à s’effacer, devient transparent en présence de cet aîné diabolique.

Je recommande vivement cet album aux ados et aux adultes qui préfèrent revivre leur pénible adolescence en lecture plutôt qu’en vrai (ouf, ce n’est pas possible) !

 

 

 

Les petites reines, Clémentine Beauvais, Sarbacane (coll. eXprim)

HAUT LES MOCHES !!!
OH, LES MOCHES !!! (Ce qui n’est pas pareil)

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Dans Comme des images , Clémentine Beauvais avait déjà particulièrement bien analysé les ravages des réseaux sociaux auprès des adolescents. Fragile, l’une y avait laissé sa vie.
L’histoire commune de Mireille, Astrid et Hakima débute lorsque Théo (ex meilleur ami d’enfance de Mireille) a l’idée de lancer un concours de boudins au collège via une page facebook dédiée aux filles les plus ingrates. Ici, à l’inverse de Comme des images, les réseaux sociaux ne font pas de gros dégâts mais poussent les trois héroïnes à se surpasser. Pas de place aux lamentations dans Les petites reines ! Place à l’initiative, à la débrouillardise, à l’autonomie ! Élues boudins,
Mireille (boudin de bronze, jadis boudin d’or) Astrid (boudin d’or) et Hakima (boudin d’argent) prennent leur vie en main. Mireille, au sacré tempérament, serait presque vexée de ne plus être au top du top ; elle décide alors de rencontrer les deux autres boudins qui l’ont honteusement détrônée.

De caractères différents, chaque boudin trouvera néanmoins un motif pour rallier Paris à bicyclette d’ici le 14 juillet. Car elles n’ont pas en commun que leur laideur et leur largeur ; d’autres raisons les guident dans cette folie de rejoindre la capitale à coups de pédales vengeurs. L’une veut retrouver son père, l’autre faire un scandale auprès d’un général et la 3e veut approcher son idôle : Nikola Sirkis. Seules, elles n’oseraient pas mais ensemble elles sont capables de tout. Y compris de vendre bien ironiquement du boudin dans une caravane pour financer leur road-trip.

Unies dans la souffrance du pédalage, nos trois boudins sont loin d’imaginer ce qui les attend lorsqu’elles posent leurs grosses fesses sur la selle de leur vélo au départ de Bourg en Bresse (Bourkenbresse) au matin du 8 juillet.

Avec elle, le Soleil, qui sera de la partie tout du long. Pas le vrai soleil, mais Kader le frère d’Hakima, surnommé ainsi par Mireille ; éblouie dès leur rencontre. Kader ne fait pas de vélo, il est en fauteuil roulant. Kader prend la tête de ce drôle d’attelage en poussant de toutes ses forces avec ses mains et en même temps il tire les trois filles vers une célébrité bienfaisante et reconstructrice. Mireille n’en revient pas d’être chapeautée par un gars si solaire et musclé et gentil et beau et et et … Alors elle est tellement intimidée qu’elle ne sait jamais trop quoi lui dire de malin ou simplement normal. Elle bafouille sans cesse « Savakader? » Intrusion du langage sms parfaitement inclus dans ce roman qui joue savamment avec les codes d’aujourd’hui.

Influence des réseaux sociaux, omniprésence des médias à l’affut du moindre scoop, langage sms qui se mêle à la plus jolie des langues ; Clémentine Beauvais s’impose comme une auteure incontournable de la littérature jeunesse.

Un roman à lire par les ados et les adultes curieux du monde étonnant qui les entoure !

Et dans le tas, a continué Hakima d’une voix qui n’était plus qu’un chuchotement, je vois ceux qui tombent en pédalant, et qui pédalaient, pédalaient, pédalaient, avec leurs grosses pattes, jusqu’à ce qu’ils s’aperçoivent qu’il leur avait poussé des ailes, et qu’ils pouvaient se sauver.

The end.

15,50 € (et ça les vaut largement)

Le Noël 2014 de l’Ouvre-livres

NOEL…NOEL…NOEL…NOEL…NOEL…

Ce n’est jamais simple de choisir parmi les merveilles de l’année et de n’en garder que quelques unes.
Ce n’est jamais simple non plus de choisir un cadeau. Nous nous réjouissons de voir que malgré les années le livre reste une valeur sûre au pied du sapin, qu’il soit en plastique ou… en sapin.
Cette année, c’est sûr, si j’avais un enfant dans mon entourage qui a autour de 3ans et demi/4 ans, il n’échapperait pas à mon coup de coeur :

narrow_calin Gros câlin de Nicholas Oldland, ed. Bayard jeunesse.

L’histoire d’un ours plein d’amour et de joie qui distribue des câlins à tout le monde ! Les arbres, les castors (des fois les deux à la fois), c’est indéniablement l’ours le plus sympa au monde. Au début ses acolytes de la forêt semblent un peu étonnés de ce débordement de tendresse mais ils s’y font bien. Mais un jour un bûcheron armé d’une grosse tronçonneuse va s’en prendre à un arbre… Je ne dirais pas comment l’histoire se termine sinon ça gâcherait tout.

***

Ce n’est jamais anodin d’offrir un livre….en fait cela peut devenir militant. Moi j’ai déjà eu droit à « Tu arrêtes avec tes cadeaux de maitresse?! » Comme si c’était le cadeau ringard, has-been …. Alors la sœur, la copine, la cousine est fière que sa progéniture ait un cadeau intelligent, « éducatif » mais le jeune, dont les copains ont tous déballé une tablette, une console, voire un écran plat ( je vous jure que ça se passe autour de moi!), risque de marmonner un merci poli…..Et pourtant…..

Soyons fous, coupons la poire en deux : inventons le livre porte-billet, le livre porte-bons cadeau, le livre cache-« participation à ce que le jeune veut pour Noël ». Histoire de transmettre quand même de belles histoires et de belles images sans passer pour la Tata craignosse et sans céder à la fashion pression (Non mais!).

Lors de mes pérégrinations urbaines, j’ai découvert quelques belles histoires, et admiré ici et là de magnifiques illustrations destinés aux jeunes lecteurs autonomes (dès 7 ans).

Le dernier opus d’Antoine Guilloppé  Little Man relate l’aventure d’un jeune garçon au centre de New York. Les buildings et autres éléments architecturaux  de La Grosse Pomme permettent à Antoine Guilloppé de mettre sa technique d’illustration au centre de cet album et de nous livrer une histoire touchante. Un plaisir toujours présent.

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Little Man, Antoine Guilloppé, Gautier Languereau, Octobre 2014, 19, 90€.

Un jardin en hiver de Pauline Kalioujny est une histoire toute simple qui séduit par son jeu de couleurs (noir, blanc, rouge), par l’intrigue ( à qui donc sont ces grosses empreintes noires dans la neige??) et par la simplicité et la chaleur de ce qui ressemblerait à un conte russe. Une belle découverte.9782364745353

Un jardin en hiver, Pauline Kalioujny, Thierry Magnier, Novembre 2014, 11, 90€.

Abris d’Emmanuelle Houdart nous offre des illustrations magnifiques et les différentes significations de l' »ABRI » suivant son âge, son origine. Chaque définition est très juste et parlera sans aucun doute aux grands comme aux petits. Une belle émotion.

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Abris, Emmanuelle Houdart, Les fourmis rouges, Octobre 2014, 18€.

Yéti de Christine Naumann-Villemin et Marianne Barcilon.  Voici un album de saison qui présente un personnage sympathique, attachant qui part à la recherche de la belle qui a perdu sa botte..ça ne vous rappelle rien? Le dénouement est surprenant…..

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Yéti, Christine Naumann-Villemin et Marianne Barcilon, Kaléidoscope, Novembre 2014, 12, 80€.

Pour toi de Christos et Sandrine Gambart. Un petit livre de rien du tout avec de belles illustrations et surtout surtout beaucoup, beaucoup de tendresse pour ce monstre poilu, griffu, qui sait aussi se rendre doux et câlin pour ceux qu’il aime. On en redemande!9791091338196

Pour toi, Christos et Sandrine Gambert, Points de suspension, Novembre 2014, 8€.

Je me demande de Jostein Gaarder et Akin Duzakin. Des questions sur la vie, l’amour, l’amitié, mais juste des questions…..pas de réponses d’adulte. Des illustrations magnifiques dans les tons sépia, gris, bleu….Histoire de prendre le temps….

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Je me demande, Jostein Gaarder et Akin Duzakin, La joie de lire, Novembre 2014, 10€.

Histoire à la petite semaine de Rachel Corenblit et Cécile Bonbon. Un petit livre de rien du tout…perdu dans les livres de la collection Mouche….une belle histoire de transmission, des personnages frais, un texte écrit simplement sans vocable sensé capter l’intérêt du jeune lecteur (je pense à POURRI, PET, CROTTE….*). J’aime l’idée d’avoir entre les mains un carnet ligné que l’on lirait chaque jour, des illustrations colorées qui rappellent des tampons, des croquis, des collages….J’ai hâte de recevoir les autres titres de cette série ……

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Histoire à la petite semaine, Rachel Corenblit et Cécile Bonbon, Editions du Rouergue, Aout 2014, 8€.
*même si je suis une fan de la taupe, Gaëlle !!

***

Quelques livres pour les tout-petits…

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ça va pas la tête, Elisa Gehin, Bernard Duisit, Hélium, 2014, 12,50 €

Ça va pas la tête ? : livre à tirettes et rabats où les personnages passent du sourire à la grimace pour le bonheur des plus petits. On retrouve ici la technique des tampons chère à Elisa Géhin et les couleurs acidulées qui font sa marque de fabrique. Livre pour rire, manipuler, jouer. A partir de 3 ans.

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Le petit curieux, Edouard Manceau, Milan jeunesse, 2014, 16,50 €

Quoi de mieux que le créateur en personne pour évoquer son dernier livre?! Voilà Le petit curieux présenté par Edouard Manceau…C’est une fenêtre découpée dans le livre qui invite le tout-petit à regarder le monde qui l’entoure…D’une simplicité et d’une ingéniosité remarquables!

 

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L’abécédaire, Xavier Deneux, Milan jeunesse, coll. « Les imagiers gigognes », 2014, 25 €

Nouvel opus de la collection « Imagiers gigognes » aux éditions Milan signée Xavier Deneux. Cette fois, il réinvente le genre de l’abécédaire. Chaque lettre est mise en scène: page de gauche la lettre en relief, page de droite la forme correspondante en creux. Le contour en volume se détache de la page et invite l’enfant à toucher chaque caractère pour mieux les mémoriser. En vis-à-vis, un mot illustré en creux vient faire écho à chaque lettre pour lui donner vie et sens. Un véritable outil ludique, presque magique, à la fabrication soignée et solide, qu’un enfant pourra découvrir sans risquer de le casser.

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Quelques romans…

Puisque tout le monde en parle, faisons de même !

LivreDePerle300Le livre de Perle, Timothée de Fombelle, ed. Gallimard jeunesse, 17 €.

Le nouveau Timothée de Fombelle est une fois encore savoureux, savant mélange de conte, de roman historique de roman à l’eau de rose ; il est quasi impossible à raconter ! C’est le livre de Perle avec une majuscule parce qu’il s’agit que quelqu’un, Joshua Perle. Dedans il y est question de personnages venus d’une époque différente, de collections d’objets, de boutique de guimauves, de valises qui s’entassent, de marais, de guerre, d’amour… Je ne vous en dit pas plus mais sachez que c’est un livre exigeant qui requiert une attention soutenue… Pour bons lecteurs donc, plutôt autour de la 4e. Mais c’est une merveille qui embaume la guimauve et la lagune de Venise (ok, elle sent pas très bon.) Vous pouvez lire par ici ce que le génial Michel Abescat en a dit car il en parle mieux que moi. Et une interview très chouette de l’auteur par . Au passage le roman a quand même gagné la Pépite du livre pour ado…

Coups de coeur de mes collègues à la librairie mais que je n’ai pas eu le temps de lire, je cite  :

Humains de Matt Haig publié chez Helium (15,90 €) HUMAIN_couverture_2014.04

et La guerre des singes de Richard Kurti chez Thierry Magnier (18,80 €).

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Tous deux pour bons lecteurs aussi.

Pour ma part je réitère quelques fameux livres de cette année que j’ai particulièrement aimés :

20140518-171457.jpg Eleanor et Park dont la critique déjà publiée sur ce blog est , roman subtil sur l’amour et le malaise adolescent qui m’a vraiment transportée.

Tant que nous sommes vivants Également le très bon roman d’Anne-Laure Bondoux, Tant que nous sommes vivants, dont on lira la critique ici.

Pour ceux qui aiment les romans qui remuent les tripes, Philippe Arnaud frappe fort avec son roman publié chez Sarbacane, Indomptables.

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Ne vous fiez pas à cette couverture sur laquelle deux enfants semblent s’amuser follement ! Plus jeunes, certes ils s’amusaient sur la plage mais avec le temps vint la détresse et l’exil. C’est l’histoire bouleversante de deux enfants africains qui se nourrissent l’un de l’autre, passent des heures à discuter dans un confortable manguier. Il y a Jean-Jules et Mohamadou. Il y a aussi Olivia qui vit en France et qui est en souffrance. 3 enfants, 3 ados qui grandissent à une même époque mais dans des conditions bien différentes. Enfants, la vie des 2 garçons est plutôt légère mais avec les années le père de Mohamadou se radicalise. Plus question de s’amuser ou même d’écouter la radio. Mohamadou trouve refuge ailleurs, puis lorsque ce n’est plus possible, l’exil lui tend les bras. Jean-Jules et son ami ne se quitteront plus. C’est un roman bouleversant qui m’a subjugué par tous ces aspects tantôt doux, tantôt amer, tantôt joyeux ou désespéré. On n’oubliera pas de sitôt ces 2 héros.

***

Quelques documentaires…

Bestiaire des grands et des petits de Julie Colombet propose de grandes illustrations colorées et une entrée originale dans le documentaire. Il s’agit d’une suite de vérités scientifiques liées à la taille des animaux très cocace. Un moment agréable.

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Bestiaire des grands et des petits, Julie Colombet, Acte Sud Junior, Novembre 2014, 16 €

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Le pain perdu du Petit Poucet et autres recettes de contes de fées, Seymourina Cruse, Marie Caudry, Thierry Magnier, 2014, 21,20 € 

Ici, il ne s’agit pas des contes traditionnels réécrits mais plutôt d’une mise en scène humoristique et gourmande à la façon de Seymourina Cruse. Pour chacun des 14 contes revisités, ce sont 2 à 4 recettes originales et faciles à réaliser, tantôt sucrées, tantôt salées mais toujours avec une saveur de l’enfance qui nous sont proposées. Par exemple, au menu de Boucle d’or et les trois ours:

– la soupe au pistou de Papa ours

– le crumble aux mûres de Maman ours

– la gâteau au yaourt et miel de bébé ours

Chaque conte est illustré par une grande double-page signée Marie Caudry où les détails savoureux bouillonnent.

 

Dans le même esprit culinaire,

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Envies d’enfance, 55 recettes illustrées par Junko Nakamura, Stéphanie Rigogne-Lafranque, Rouergue, 2013, 18 €

On grandit, on accumule les expériences, les goûts, on stratifie nos souvenirs. Et puis, un jour, on s’aperçoit qu’il y a des choses que l’on a oublié de faire depuis longtemps, des choses essentielles et futiles: regarder l’âge que l’on a au fond des verres comme on le faisait à la cantine, sourire de toutes ses dents au dos des cuillères, creuser la mie du pain jusqu’à ce qu’il n’en reste que la croûte, faire un volcan avec sa purée, manger sa glace en commençant par la pointe du cornet, lécher le beurre des tartines, éplucher les clémentines en une seule fois pour que la peau ne se déchire pas, goûter les confitures avec les doigts ou encore manger le chocolat en poudre à la cuillère… Certaines saveurs, certains gestes nous ramènent irrémédiablement à l’enfance, c’est en cultivant cette insouciance, cette douceur que l’on retrouvera le temps du réconfort.

Dans ce répertoire de recettes promptes à raviver les plus chers de nos souvenirs d’enfance, se sont glissées 7 histoires imaginées par Stéphanie Rigogne-Lafranque. Voici le titre évocateur de quelques-unes de ces précieuses bulles d’enfance:

– comment se pelotonner sous la couette sans en perdre une miette

– comment quelques plats peuvent sécher des larmes

– comment de l’ennui naît la magie

– comment la nostalgie a du bon

Les illustrations délicates de Junko Nakamura, par empreintes de papiers découpés, apportent une douceur supplémentaire à ces tendres morceaux de cuisine… A expérimenter en famille!

Frangine, Marion Brunet (dès 13 ans)

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Il était une fois un livre incroyable paru en plein pendant ce qu’on a appelé la Manif pour tous (incroyable y a même une page wikipédia !) Enfin, pour tous, ça dépend pour qui.  On aurait pu dire que le timing était parfait et le livre écrit « exprès pour ». Mais un livre pareil est pour moi intemporel, il parle avant tout d’Amour et va bien au delà du débat « mariage pour tous ». Voilà pourquoi, d’après moi Frangine,  est un livre pour tous.

Frangine est paru en mars 2013, pendant que certains brandissaient haut et fort leurs idées en battant de pavé, parfois armés de bougies et de chants religieux voués à éloigner le mal de notre société.

Frangine ce sont des histoires d’amour. Celle de deux femmes -Maman et Maline-, qui ont fondé une famille et eu deux enfants, au risque d’y « perdre » leurs parents pour l’une des deux qui ne les a jamais revus. Mais ce n’est pas cette histoire là qui est l’héroïne de ce roman, il s’agit de celle d’un frère envers sa plus jeune sœur. Quand Joachim découvre que Pauline est harcelée depuis son entrée au lycée par tout un tas de gens à cause de leur famille il est prêt à exploser. Il n’a rien vu venir lui qui n’a jamais été la cible des moqueries à ce propos. Mais c’est bien plus facile de s’en prendre à une fragile jeune fille qu’à un grand gars comme lui. Alors c’est Pauline qui va « ramasser ». Même ses plus fidèles amies semblent avoir changé de camp, ou plutôt n’osent plus s’afficher en compagnie de leur « meilleure » amie. C’est si simple de basculer de côté, sournoisement, lâchement, en silence. C’est un peu comme mentir par omission.

Pour faire face aux attaques, aux harcèlement, aux menaces, Pauline se fait muette et monacale. Plus de mots ou presque ne sortent de sa bouche, plus de décorations dans sa chambre d’ados qui devient celle d’une nonne.

Pauline se recroqueville, mutique. Elle habite désormais un corps mou et un environnement désertique duquel elle a volontairement ôté toute joie et toute fantaisie.

Sa chambre devient blanche comme des articulations trop serrées par la rage. Joachim prend alors la situation en main.

Mais Pauline ne veut pas de son aide. Là ça se corse. Pourtant Joachim, avec ses biscotos et son intelligence il aurait eu vite fait de leur régler leur compte à tous ces petits malins qui la détruisent à petit feu. Pauline ne veut pas en entendre parler, elle veut régler ça elle-même, faire face aux détraqueurs à la conscience étriquée.

Nous, lecteurs, nous frémissons. Elle est si fragile, Pauline, on voit bien que tout l’amour dont on l’entoure ne suffit pas. On voit bien qu’elle en veut à mort à ses mères de l’avoir mise dans cette situation. Elle a pas demandé à naître Pauline. Pourtant elle doit en assumer les conséquences. Elle en veut peut-être même à son frère adoré de vivre si bien la situation.

Pauline ne sait plus ou elle en est et, longtemps, l’on se demande ce qu’elle va faire pour régler ses comptes :

– avec ses harceleurs

– avec ses mères

– avec elle-même

– avec les amies qui l’ont abandonnée

– avec ce frère parfait

– avec ces grands-parents qui n’ont jamais voulu d’eux

Y a du boulot en perspective pour cette héroïne au bord du gouffre. Y a de l’incertitude tout du long pour le lecteur.

Mais comment va t’elle faire pour se sortir de CA sans y laisser des plumes ? A moins qu’elle n’ait pas envie de s’en sortir. Sa détresse est palpable et on panique d’une issue tragique. Mais c’est aussi la détresse d’un frère bouleversé à l’idée de ne pas réussir à aider sa sœur chérie.Celle de deux mères dont le couple se délite un peu plus chaque jour.

J’ai rarement lu un livre à l’amour si palpable.

Marion Brunet évite tous les clichés du mariage gay et de l’homoparentalité. C’est un hommage vibrant à la Famille et à la fratrie. Un livre qui montre que l’amour des nôtres peut nous porter très très haut.

Quel dommage que pendant tout ce temps on n’ait pas entendu parler de ce roman intelligent et sobre et qu’à la place on ait fait tant de pub pour des ouvrages qui étaient jusque là assez confidentiels (Tous à poils !, Papa porte une robe…) !

Le monde est parfois injuste Marion car un peu de publicité ne fait jamais de mal à un bon auteur… mais je ne doute pas que Frangine sera reconnu pour ce qu’il est : un roman d’amourS et non pas un roman uniquement sur l’homoparentalité.

Comme des images, de Clémentine Beauvais, collection eXprim, éditions Sarbacane.

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Il y a un corps dans la cour du lycée Henry-IV

Un incipit qui cingle. Tout est dit, ou presque : le début commence par la fin et ça se termine mal.

Là où l’on reconnaît un bon livre, c’est quand on oublie le début (même si c’est la fin) alors qu’on le/la connaît déjà ; vous me suivez ?

Exemple : Love story d’Erich Segal. On sait dès les premiers mots que l’héroïne meurt et pourtant on (je) m’effondre quand même quand elle meurt pour de bon.

Bref résumé raccourci et tronqué en mode pas sérieux : Comme des images c’est l’histoire de Léopoldine qui vient de changer de petit ami (un moche à la place d’un beau). Il y a terrible vengeance car le beau apprécie moyennement d’être remplacé par un thon. Plein de gens vont souffrir de cette vengeance mais ça va ouvrir les yeux des plus embobinés d’entre eux. Détail important : Léopoldine a une soeur jumelle Iseult qui est son brouillon. Léopoldine a une amie fidèle qui, avant, était copine avec sa jumelle. Léopoldine sent bon Anaïs Anaïs, Léopoldine a un sac de luxe, une robe Tara Jarmon, des ballerines Repetto. Elle a tout.

Attention, je repasse en mode « sérieux ». Dans Comme des images, Clémentine Beauvais nous livre une histoire diablement touchante qui va bien au delà des apparences. Dans ce lycée on fait finalement le triste constat que tous les élèves sont les mêmes. Mêmes vêtements de luxe, même tennis Bensimon et surtout, surtout : même avenir, même futur formaté, même parcours prévu. Tout est déjà gravé dans la pierre du prestigieux établissement. C’est l’inexorable course à la réussite. Dans ce décor tout tracé, Iseult la jumelle qui rêve des beaux-arts passe pour une drôle. Pourtant, rien n’est drôle pour elle. Marre d’être prise pour sa sœur parfaite, marre d’être l’illuminée qui rêve d’art. Marre de cette vie toute prévue alors qu’elle commence à peine !

Et puis, derrière les luxueuses apparences tout le mal être de cette génération hyper-connectée jaillit. Tout comme ce corps au milieu de la cour tout cabossé.

Pendant longtemps l’on se demande à qui diable est ce corps dans la cour du lycée Henry-IV . Qui pourrait bien vouloir en finir du prestige ? La vocation du prestigieux établissement (se dit hache quatre pour les intimes) est-elle de former les futures élites ou de hacher menu des ados poussés par leurs familles à l’excellence ? Il semble que le lycée les mouline tout fins pour voir s’ils sont bien de la trempe des illustres qui les ont précédés (Descartes, Alain, Sartre versus Patrick Bruel). Dans ce lycée (H-IV) à l’appellation de virus, un vilain évènement chamboule la vie d’un groupe d’amis. A l’âge où l’on « casse » pour mieux se caser, Léopoldine est victime d’une vengeance de son ex petit-ami ; bien assisté de deux copains remontés comme des coucous pour lui faire sa fête. A coups de réseaux sociaux et de mails, Clémentine Beauvais nous fait découvrir ce que c’est que LA honte. Mais là où l’auteur est particulièrement inspirée, c’est que LA honte se répand d’une manière plus subtile qu’on ne peut l’imaginer.

Dommages collatéraux en prévision…

Ce roman traite de sujets contemporains avec une intelligence qui vous saute à la figure à chaque chapitre. Rien n’y est mièvre ou pleurnichard. Sans pathos, mais avec pleine conscience de notre époque, Clémentine Beauvais nous offre un texte subtil, vrai et dramatiquement probable.

Lu en un soir et une pause-déjeuner, dévoré mais pas près d’être digéré.

Recommandé vivement aux ados et aux adultes.